Le rosier, emblème des jardins français, est une plante ornementale prisée. Sa multiplication par bouturage est une méthode naturelle, simple et accessible, même aux débutants, pour obtenir de nouveaux pieds à moindre coût. Cette technique permet de préserver et de reproduire à l'identique une variété que l'on apprécie, y compris sa floraison, sa couleur et sa résistance, contrairement au semis qui donne un individu génétiquement différent. C'est une méthode économique et écologique, ne nécessitant ni greffage, ni porte-greffe, ni engrais chimique.

Quand bouturer un rosier ? Les périodes propices
Le bouturage des rosiers peut s'effectuer tout au long de l'année, mais certaines périodes sont plus propices au succès.
Le bouturage en fin d'été et à l'automne
La période la plus pratiquée pour le bouturage s'étend de la mi-août à la fin novembre. À la fin de l'été, les tiges ont cessé de pousser mais possèdent encore des feuilles. Les tiges sont dites semi-ligneuses, c'est-à-dire souples mais pas entièrement vertes. La chaleur et l'humidité de cette saison favorisent une reprise rapide, généralement en 4 à 6 semaines.
En août-septembre, suivez les mêmes étapes que pour le bouturage au printemps. Les rosiers anciens, les grimpants et les botaniques s'enracinent très bien de cette manière. Pour les boutures de rosier d'été, à l'automne, vous pourrez les repiquer dans un pot plus grand ou les planter en pleine terre dans une zone protégée du gel.
Le bouturage à bois sec en hiver
Plus lent car les températures baissent, ce bouturage à bois sec se pratique directement en pleine terre. L'enracinement se fait progressivement pendant l'hiver et la reprise s'observe au printemps suivant. Cependant, l'hiver n'est pas la période idéale, car les basses températures ralentissent considérablement l'enracinement. Assurez-vous de protéger vos godets contre le gel et les conditions météorologiques extrêmes.
Le bouturage au printemps
Au printemps, les rosiers sortent de leur dormance hivernale et commencent à pousser. En mai-juin, vous pouvez prélever des boutures. La bouture de rosier dans l'eau fonctionne particulièrement bien au printemps, car la patate permet de maintenir l'humidité autour de la bouture tout en fournissant des nutriments.

Quel type de rosier bouturer ?
La majorité des rosiers peuvent être multipliés par bouturage, à condition de choisir la bonne période et les bons rameaux.
- Rosiers anciens : Les rosiers botaniques ou variétés anciennes (comme Rosa rugosa, Rosa gallica) prennent facilement racine. Le bouturage s'effectue très bien de cette manière chez les rosiers anciens.
- Rosiers buissons : Les hybrides modernes à floraison répétée (polyanthas, floribundas) s'enracinent bien à partir de tiges semi-ligneuses en été.
- Rosiers grimpants : Les rosiers grimpants peuvent aussi être bouturés, à condition de bien choisir les tiges. Il faut prélever des pousses secondaires non fleuries, semi-ligneuses, idéalement issues de l'année. L'enracinement peut être un peu plus lent, et le tuteurage est fortement recommandé dès le début.
- Rosiers greffés : Oui, mais avec prudence. En bouturant un rosier greffé, vous ne reproduisez que la partie aérienne, pas le porte-greffe, ce qui peut altérer la résistance du système racinaire ou la floraison.
- Rosiers modernes ou miniatures : Certains rosiers très modernes ou miniatures, issus de croisements complexes ou cultivés exclusivement sous serre, peuvent montrer un faible taux de reprise en bouture. Il vaut mieux les multiplier par greffe ou marcottage si vous souhaitez conserver toutes leurs caractéristiques.
- Rosiers à petites fleurs : Le bouturage ne convient bien qu'aux variétés de rosiers émettant facilement des racines. C'est le cas des espèces à petites fleurs.
En résumé, presque tous les rosiers peuvent être bouturés, mais les rosiers anciens, buissons ou couvre-sol offrent les meilleures chances de réussite pour un jardinier amateur.
Le matériel nécessaire pour le bouturage
Pour réussir vos boutures, il est essentiel de disposer du bon matériel :
- Sécateur : Bien affûté et désinfecté pour réaliser des coupes nettes et éviter la propagation de maladies.
- Godets ou petits pots et soucoupes : Pour retenir l'eau et assurer un bon drainage.
- Substrat : Un mélange léger et drainant, composé de terreau spécial bouturage, de sable et éventuellement de perlite. Du terreau universel sans engrais, additionné de sable pour un sol bien drainé, est également une option.
- Film transparent ou bouteille plastique coupée : Pour créer une mini-serre et maintenir l'humidité.
- Hormones de bouturage (facultatif) : Poudre ou gel hormonal, ou des alternatives naturelles comme l'eau de saule ou le miel pur.
Comment bouturer un rosier ? - Truffaut
Les étapes détaillées du bouturage
Le bouturage de rosier se déroule en plusieurs étapes clés pour maximiser les chances de succès.
1. Sélection et prélèvement des tiges
- Choisir le rosier mère : Il doit être en parfaite santé pour mettre toutes les chances de réussite de votre côté.
- Prélever une tige de l'année : Choisissez-la bien droite, non malade, et encore légèrement souple. Elle doit avoir fleuri ou venir de le faire. Récupérez plusieurs branches de l'année, de celles qui portent encore au moins quelques feuilles et bourgeons.
- Mesurer et couper : La tige doit mesurer environ 15 à 20 cm de long et comporter au moins 3 yeux (ou nœuds). Coupez le haut du rameau juste au-dessus d'une paire de feuilles. Effectuez une coupe nette et légèrement oblique juste en dessous d'un bourgeon. Pour les prélèvements sur le bois de l'année, prenez une ramification à une trentaine de centimètres et coupez proprement au-dessus d'une feuille.
2. Préparation de la bouture
- Nettoyage : Ôtez toutes les feuilles en ne gardant que les 2 du haut. Retirez les feuilles du bas pour éviter qu'elles ne touchent le substrat et ne provoquent de pourriture.
- Suppression des épines : Enlevez les épines en bas de la tige, sur un tiers de la longueur (ce qui correspond à la longueur qui sera enterrée).
- Application d'hormones de bouturage (facultatif) : Trempez la base de votre rameau dans de l'eau durant quelques minutes, puis dans de la poudre d'hormones de bouturage. Tapotez pour faire tomber l'excès. L'application d'une hormone de bouturage permet de stimuler la floraison. Une fois acquise, trempez la base de la bouture, en faisant attention à bien répartir le produit sur une longueur de 3 centimètres maximum. Cette solution se concentre en auxines. Si vous utilisez du gel hormonal, trempez la base de la tige sur 1 à 2 cm.
3. Plantation de la bouture
- Préparer le substrat : Utilisez un mélange léger et drainant, composé de terreau spécial bouturage, de sable et éventuellement de perlite. Préparez un pot profond (au moins 30 cm de haut) et large (30 à 40 cm de diamètre) si vous envisagez une culture en pot.
- Faire un pré-trou : Dans le substrat, faites un pré-trou avec un crayon ou un doigt pour ne pas racler l'hormone de bouturage. Arrosez au préalable votre terreau.
- Planter la bouture : Insérez la bouture sur environ 8 à 10 cm de profondeur, en veillant qu'au moins un nœud soit enterré. Plantez la tige à environ 10 cm de profondeur. Tassez légèrement.
4. Création du microclimat
- Couvrir la bouture : Recouvrez d'un film transparent ou mettez sous serre pour maintenir l'humidité. Vous pouvez utiliser une bouteille en plastique transparente coupée. Cela crée un environnement chaud et humide indispensable à l'enracinement. Au bout de 2 semaines, contrôlez l'apparition de nouvelles feuilles ; si c'est le cas, enlevez le contenant plastique/mini-serre.
- Emplacement : Placez la bouture dans un endroit lumineux, mais à l'abri du vent et du soleil direct, de préférence à la mi-ombre. La température compte beaucoup lorsqu'on bouture. L'idéal serait de les garder dans une serre ou une pièce tiède, avec 12 à 15 degrés constants durant toute la saison froide. Gardée au chaud, entre 20 et 25°C, la bouture va s'enraciner en quelques semaines. Attention : si vous placez vos boutures au chaud pendant les quelques premières semaines, elles ne supporteront pas d'être sorties au froid de l'hiver d'un seul coup.

Méthodes alternatives de bouturage
Au-delà de la méthode classique en pot, d'autres techniques peuvent être explorées.
Le bouturage dans l'eau
Cette méthode fonctionne surtout pour les tiges très jeunes et est la plus rapide, même si elle ne fonctionne pas avec toutes les variétés.
- Choisir et préparer la tige : Prélevez une tige saine, non fleurie, de 15 à 20 cm. Supprimez les feuilles du bas, ne conservez que les deux feuilles supérieures.
- Placer dans l'eau : Placez simplement la tige préparée dans un verre d'eau, à la lumière mais sans soleil direct. Veillez à ce qu'aucune feuille ne trempe pour éviter la pourriture.
- Entretien : Renouvelez l'eau tous les 2 à 3 jours pour éviter le développement de bactéries. Les premières racines apparaissent en 3 à 5 semaines.

Le bouturage dans une pomme de terre
Cette astuce de jardinier est bien réelle, bien que les résultats soient mitigés. La pomme de terre est riche en eau, en amidon et en nutriments, censée maintenir l'humidité autour de la base de la bouture et lui fournir quelques nutriments le temps que les racines se développent.
- Préparer la pomme de terre : Pratiquez un trou au centre d'une pomme de terre ferme, non germée.
- Insérer la bouture : Insérez-y la base de votre bouture sur 3 à 5 cm.
- Planter l'ensemble : Enterrez l'ensemble dans un pot de terreau et humidifiez régulièrement.
Dans la pratique, la pomme de terre n'apporte pas grand-chose de plus qu'un bon terreau bien arrosé. C'est plus intéressant comme expérience ludique ou pédagogique.
Le bouturage en pleine terre
Cette méthode est possible, notamment pour le bouturage à bois sec en hiver.
- Creuser une tranchée : Creusez une petite tranchée de 15 cm dans un sol bien drainé, à mi-ombre.
- Disposer les boutures : Disposez les boutures à 10 cm d'intervalle, enfoncées aux deux tiers de leur hauteur.
- Reboucher et tasser : Rebouchez, tassez et marquez l'emplacement. Aucune surveillance particulière n'est nécessaire : l'hiver fait son travail.
Favoriser l'enracinement sans hormones de bouturage
Il est tout à fait possible de bouturer un rosier sans utiliser d'hormone de bouturage chimique. Les rosiers possèdent naturellement une bonne capacité de régénération.
- L'infusion de saule : Riche en acide salicylique, elle stimule la croissance des racines. Faites tremper de jeunes rameaux de saule (préalablement débarrassés de leurs feuilles et coupés en bouts de 10 cm) dans de l'eau de pluie pendant 24 à 48 heures. Plongez ensuite les boutures de moitié dans cette eau de saule.
- L'eau de cuisson des lentilles ou leur jus de trempage : Les légumineuses contiennent des hormones naturelles de croissance.
- Le miel pur : Il possède des propriétés antibactériennes et peut légèrement favoriser l'enracinement.
Ces solutions peuvent être utilisées avec des pots adaptés et un substrat bien drainé pour favoriser l'humidité sans excès.
Suivi et entretien des boutures
Une fois la plantation effectuée, les semaines suivantes nécessitent une surveillance accrue de votre part.
Arrosage
L'arrosage doit être régulier mais contrôlé, en fonction de la sécheresse de la terre en surface. Maintenez le substrat humide mais jamais détrempé. Un arrosage fin à la base avec un système goutte à goutte permet d'éviter l'excès d'eau.
Température et lumière
Placez vos boutures de préférence dans un endroit lumineux et à l'hygrométrie élevée. La température idéale est de 20 à 25°C pour les premières semaines.
Signes de réussite
Une bouture de rosier réussie montre des signes visibles après quelques semaines :
- Nouvelles feuilles : De nouvelles feuilles apparaissent, signe que les racines commencent à se former. Au bout de 4 à 6 semaines, de nouvelles pousses peuvent également apparaître.
- Résistance de la tige : La tige reste ferme et garde une couleur saine. Une résistance à la traction après 4 à 6 semaines indique que des racines commencent à se former.
- Substrat : Le substrat doit rester humide, mais la bouture ne doit pas noircir ni se ramollir.
Attendez encore 2 semaines avant de retirer la cloche progressivement.
Comment bouturer un rosier ? - Truffaut
Repiquage et culture en pot
Repiquage
Après 6 à 8 semaines, les premières racines sont apparues. Il est temps de procéder au repiquage. Le repiquage doit se faire dans un substrat aéré et dans un pot de petite taille (environ 1 Litre) afin de permettre à votre plante de le coloniser au plus vite. Une fois enracinée, la bouture peut être transplantée dans un pot plus grand avec un engrais naturel doux pour stimuler la croissance. Pour les boutures de rosier d'été, à l'automne, vous pouvez repiquer dans un pot plus grand ou planter en pleine terre dans une zone protégée du gel.
Culture en pot
Si vous ne disposez pas d'un jardin, il est tout à fait possible de cultiver un rosier en pot sur un balcon ou une terrasse.
- Le contenant : Un rosier, même de petite taille, a besoin d'un pot assez profond (au moins 30 cm de haut) et large (30 à 40 cm de diamètre). Préférez un pot en terre cuite ou en plastique résistant aux UV, bien drainé avec plusieurs trous au fond.
- Le substrat : Le rosier apprécie un sol riche, meuble et bien drainé. Mélangez du terreau pour rosiers avec un peu de compost ou d'engrais organique et du sable pour alléger le mélange.
- Exposition : Un rosier en pot appréciera un balcon bien exposé, ensoleillé au moins 5 à 6 heures par jour. Évitez les expositions trop ventées, notamment en hauteur.
- Arrosage : L'arrosage est plus fréquent qu'en pleine terre, surtout en été. Arrosez dès que la terre sèche en surface, sans jamais laisser le pot baigner dans une soucoupe d'eau stagnante.
- Fertilisation : Un apport d'engrais naturel tous les 15 jours pendant la période de floraison renforce la vigueur du rosier.
- Hivernage : Protégez votre jeune rosier contre les pucerons avec un traitement naturel. Surveillez aussi les limaces ou escargots au pied. Les rosiers sont des vivaces et ont besoin de froid pour leur dormance. Après le rempotage, placez-les au froid dans une serre ou une véranda hors gel, ne les mettez pas dehors.
Avec un minimum de soin, un rosier en pot peut vivre plusieurs années sur un balcon. Il est même possible de faire vos propres boutures pour enrichir votre collection ou partager avec vos proches.
Problèmes et solutions
Le bouturage est une technique gratifiante, mais quelques défis peuvent survenir.
- Taux de réussite : Prévoyez toujours au minimum 5 à 6 boutures pour chaque rosier que vous souhaitez multiplier. Le taux de réussite moyen se situe entre 50 et 70% selon la méthode et la période.
- Enracinement lent : Le temps d'enracinement des boutures est très variable. L'hiver n'est pas la période idéale, car les basses températures ralentissent considérablement l'enracinement.
- Pourriture : Assurez un bon drainage et un arrosage contrôlé pour éviter que le substrat ne soit détrempé et ne provoque la pourriture des boutures.
- Manque de floraison : Si votre rosier a des boutons au moment du rempotage, pincez et enlevez les boutons, car la sève doit monter dans le système racinaire et non dans les fleurs.
- Protection contre les nuisibles : Protégez votre jeune rosier contre les pucerons avec un traitement naturel. Surveillez aussi les limaces ou escargots au pied.
En résumé, faire une bouture de rosier est l'une des techniques les plus accessibles et les plus gratifiantes du jardinage. En respectant les étapes - choix de la tige, coupe en biseau, substrat drainant, microclimat humide et patience - vous obtiendrez des plants vigoureux capables de fleurir dès la première ou la deuxième année. La clé est de s'y prendre à la bonne période, d'utiliser des outils propres et de ne pas céder à la tentation de découvrir les racines trop tôt.