Le Bouturage du Pin Parasol : Une Voie d'Accession au Bonsaï

Le bouturage est une technique fondamentale dans le monde du bonsaï, offrant une méthode économique et accessible pour multiplier les arbres et créer de jeunes plants destinés à des projets de miniaturisation. Contrairement à une idée reçue, le succès de cette méthode repose sur une compréhension approfondie des espèces végétales, des conditions environnementales et d'une application rigoureuse des bonnes pratiques. Si la multiplication d'une plante d'ornement courante comme le géranium peut sembler aisée, transposer cette technique à des espèces plus exigeantes telles que l'érable, ou encore plus spécifiquement le pin parasol, demande une approche plus nuancée et informée. Cette méthode de propagation végétative, qui consiste à prélever une section d'un arbre - qu'il s'agisse d'un rameau, d'une branche ou d'une racine - permet d'obtenir des spécimens génétiquement identiques à l'arbre mère, formant ainsi des clones. Cette capacité des cellules végétales à régénérer les tissus manquants est le pilier du succès du bouturage.

Schéma d'une bouture de plante avec ses différentes parties.

L'utilité du bouturage s'étend bien au-delà de la sphère du bonsaï. Les forestiers et les maraîchers l'emploient pour garantir l'obtention de plants de qualité supérieure, plus résistants et productifs. Les pépinières et les producteurs de plantes ornementales y ont également recours pour diversifier et pérenniser leurs collections. Le bonsaï, en tant que discipline artistique et horticole, ne fait pas exception. L'intérêt du bouturage pour le bonsaï est multiple : il permet de reproduire fidèlement les caractéristiques recherchées d'un arbre, telles que la taille des feuilles, la forme du feuillage, la texture de l'écorce, la couleur des fleurs ou encore la taille des fruits. De plus, cette technique accélère considérablement le processus de développement d'un bonsaï, en permettant de prélever des boutures déjà d'une certaine épaisseur. Il n'est pas rare de voir des oliviers de 20 à 30 cm de diamètre, issus de boutures, développer un système racinaire fonctionnel en seulement un an. Les azalées satsuki, par exemple, avec leurs feuilles d'une taille remarquable et leur feuillage dense, sont souvent le résultat d'un travail de pincement, de culture assidue et d'une sélection génétique rigoureuse, où le bouturage joue un rôle prépondérant dans la multiplication de ces variétés d'exception.

Les Fondements du Bouturage : Choix de l'Espèce et Préparation du Matériel

L'un des premiers enseignements tirés de l'expérience est l'importance capitale du choix de l'espèce à bouturer. Si de nombreuses espèces utilisées en bonsaï se prêtent à cette multiplication, certaines demandent une attention particulière. Le pin parasol, par exemple, bien que faisant partie de la grande famille des Pinacées et originaire d'Europe, présente des défis spécifiques lors du bouturage. Il est souvent recommandé de privilégier certaines variétés comme les cyprès, les ifs, les faux cyprès, les genévriers (Juniperus) et les cryptomérias pour la multiplication par bouture.

Lorsque l'on procède à la taille d'une branche destinée à devenir une future bouture, il est impératif de disposer d'un récipient d'eau. Ce dernier sert non seulement à éviter le dessèchement rapide de la branche, mais surtout à prévenir l'absorption de bulles d'air, véritable danger pour la survie de la bouture. La plante continue en effet de fonctionner et de faire circuler sa sève même après avoir été sectionnée. L'outil de coupe est également un élément crucial. Il doit être tranchant et propre pour réaliser une coupe nette, sans écraser les tissus de la branche. Un sécateur qui écrase la tige empêche les cellules de se régénérer et de favoriser la formation de racines. Le nettoyage des lames avant utilisation, à l'aide d'eau de Javel ou d'alcool, est une étape indispensable, à renouveler systématiquement lors du changement de plante ou d'espèce.

Outil de coupe tranchant pour bouturage.

Pour une bouture classique, il est conseillé de conserver entre deux et trois entre-nœuds en dessous des deux ou trois paires de feuilles. C'est à cet endroit précis, au niveau des nœuds, que les racines sont le plus susceptibles de se développer. Les racines ne naissent généralement pas au milieu d'un entre-nœud. Il est donc primordial que la section de tige destinée à être plantée contienne au moins un nœud pour offrir à la plante la possibilité de s'enraciner. Il est encore trop fréquent d'observer des praticiens enterrant des jeunes plantules sans s'assurer qu'un entre-nœud soit bien en contact avec le substrat. De même, il faut proscrire l'idée de peler le fond de la bouture pour exposer le cambium. Cette pratique, parfois préconisée par des "experts", favorise la propagation de champignons pathogènes et génère un stress inutile pour la jeune plante. Laisser deux ou trois paires de feuilles est généralement suffisant. Si ces feuilles sont trop volumineuses, il est préférable de les retailler pour réduire la transpiration, tout en essayant de conserver les plus petites.

Pour les boutures multiples prélevées sur une même branche, il est important de noter que certaines auront une coupe au-dessus du dernier nœud.

Le Substrat Idéal et le Choix du Contenant

Le choix du contenant et du substrat est tout aussi déterminant pour le succès du bouturage. Il est conseillé d'éviter les contenants de récupération tels que les pots de yaourt ou les briques de lait, qui ne garantissent pas une bonne aération ni un drainage adéquat. Bien que le bouturage ne coûte pas cher en soi, un investissement dans du matériel de qualité est recommandé. Les passoires ou les pots munis de trop nombreux trous, semblables à des paniers aquacoles, sont à proscrire. Au contraire, des pots en plastique plein, de bonne qualité, sont préférables car ils limitent le dessèchement trop rapide du substrat, objectif primordial à ce stade de développement de la bouture. Un pot de couleur noire est souvent recommandé, car il favorise l'absorption de la chaleur, bénéfique pour l'enracinement.

Comparaison de pots pour bouturage : pot plein vs. pot perforé.

L'utilisation de "rebus" ou de substrats récupérés au fond des tiroirs est une erreur à éviter absolument. Un substrat inadéquat, souvent compact et potentiellement infesté de pathogènes et de champignons invisibles, compromettra gravement les chances de réussite. Un bon substrat doit être à la fois drainant et capable de retenir une quantité d'eau suffisante pour permettre aux racines de se développer. Pour les professionnels ou ceux qui produisent de grandes quantités, il est possible de faire fabriquer un substrat sur mesure, avec une composition précise et parfois enrichi d'engrais à libération lente. Les composants couramment utilisés incluent la tourbe (blonde et brune), la perlite, la fibre de coco, la laine de roche, ou encore l'écorce de pin. Ces éléments peuvent être utilisés purs ou, plus fréquemment, en mélange.

Dans le commerce, on trouve des substrats spécialement conçus pour le bouturage, souvent à base de tourbe blonde et brune. Si ces mélanges sont généralement satisfaisants, il est possible de les améliorer. L'inconvénient de la tourbe pure est sa tendance à composter, ce qui peut être préjudiciable pour une jeune plante aux racines encore fragiles. Pour pallier cet inconvénient, il est recommandé d'ajouter de la pouzzolane de petit diamètre afin d'améliorer le drainage. D'autres options incluent l'utilisation de mottes compressées de coco, qui se gonflent à l'eau, ou de mottes de fibre de verre.

La Patience : Clé du Succès du Bouturage

Une fois la bouture plantée, la patience est de mise. L'apparition de nouveaux bourgeons ou même d'une éventuelle germination ne signifie pas nécessairement que des racines se sont formées. Ce sont des signes encourageants, mais il est crucial de ne pas manipuler ou déplacer le pot. Le déplacement ou le fait de soulever le pot pour vérifier la présence de racines sont les meilleurs moyens d'empêcher le développement racinaire. Il faut laisser le temps à la nature de faire son œuvre, et ne plus toucher à rien pendant plusieurs mois.

Le véritable signal de réussite est l'apparition de nouvelles feuilles, et parfois la visualisation de racines sous le pot. Le rempotage des boutures, ou plus précisément le "transpotage" comme il convient de l'appeler, ne doit être effectué qu'une fois que l'on est certain de la présence d'un système racinaire bien établi. Il ne s'agit pas de défaire la motte pour positionner le racinaire, car le jeune plant est encore trop fragile. Le véritable rempotage, qui consiste à installer l'arbre dans un pot de bonsaï définitif, interviendra à une étape ultérieure du développement.

Rempotage de bonsaï : la marche à suivre - Truffaut

Le Cas Spécifique du Pin Parasol et des Pins en Général

Bouturer le pin parasol, et les pins en général, présente des difficultés notables. Bien que théoriquement toutes les espèces de plantes puissent faire l'objet de bouturage, les pins sont réputés pour être particulièrement réticents à cette méthode. Certaines variétés de pin blanc du Japon (Pinus parviflora) se bouturent mieux que d'autres, le cultivar "Zuisho" étant souvent cité comme le plus performant.

Concernant la période idéale pour le bouturage des pins, les avis divergent. Certains préconisent mars ou avril, juste avant le dégonflement des bourgeons, tandis que d'autres recommandent la mi-juin, lorsque les nouvelles pousses ont commencé à se lignifier. Des expériences menées avec le cultivar "Zuisho" ont montré que la méthode de fin de printemps (mi-juin) donnait de meilleurs résultats, avec un taux de réussite plus élevé par rapport aux boutures prélevées en mars, qui avaient tendance à dépérir et à moisir.

Pour réussir le bouturage d'un pin, il est essentiel de sélectionner des branches vigoureuses, bien feuillues, portant plusieurs bourgeons à leur extrémité. Les branches trop longues, trop fines ou trop épaisses sont à éviter. Des branches d'une longueur comprise entre 4 et 9 centimètres, avec un diamètre d'environ 4-5 millimètres, sont généralement idéales. La quantité de feuillage est également cruciale : trop de feuilles entraîne un manque d'eau et un dessèchement, tandis que trop peu de feuillage limite la capacité photosynthétique de la bouture. Il convient de retirer les aiguilles le long de la branche, en ne conservant qu'une couronne d'aiguilles à l'extrémité, qui sera la seule partie aérienne de la bouture.

Le substrat idéal pour le bouturage des pins est un mélange bien drainant tout en conservant une certaine humidité. Un mélange de perlite et de turface, tamisé et utilisé à parts égales (50/50), constitue une option efficace. Il est également primordial d'utiliser un pot qui draine bien. Un simple trou au fond du pot peut ne pas suffire et entraîner une humidité excessive, favorisant le pourrissement des boutures.

Les conditions de culture pour les boutures de pins exigent une vigilance particulière. Il faut impérativement éviter le gel, qui serait fatal aux boutures, même après plusieurs mois. Il est recommandé d'attendre au moins deux ans avant de penser au rempotage. Les boutures doivent être placées à l'ombre et à l'abri du vent, idéalement dans une serre. Le vent, en particulier, peut provoquer un dessèchement rapide. L'arrosage doit être modéré : il faut attendre que le substrat ait commencé à sécher avant d'arroser à nouveau. Les pins préfèrent un environnement racinaire relativement sec, mais il est essentiel de ne pas laisser les boutures manquer d'eau. La vaporisation du feuillage, surtout par temps chaud, est bénéfique.

Illustration de la sélection d'une branche pour bouture de pin.

Face à la difficulté intrinsèque du bouturage des pins, il est souvent conseillé, pour les variétés communes, de privilégier la multiplication par semis. Les graines de pin blanc du Japon, par exemple, offrent un taux de succès bien plus élevé. Cependant, pour les cultivars spéciaux comme le "Zuisho", le "Kokonoe" ou le "Miyajima", le bouturage ou la greffe deviennent des options nécessaires, car les graines de ces variétés ne transmettent pas toujours les caractéristiques génétiques spécifiques de la plante mère. C'est dans ce contexte que le bouturage de cultivars particuliers prend tout son sens.

Le pin parasol, mesurant entre 15 et 25 mètres à maturité, possède un feuillage persistant et peut fleurir au printemps, offrant des teintes rouges ou brunes. Il s'adapte à tous types de sols, y compris les sols secs. Pour le bouturage, les variétés de pins les plus propices incluent les cyprès, les ifs, les faux cyprès, les genévriers et les cryptomérias. L'aménagement d'un coin de potager en pépinière, avec un sol sableux et perméable, est idéal. Si le sol du jardin ne s'y prête pas, un substrat composé de terre végétale, de sable de rivière et de terreau à parts égales peut être préparé. Ce mélange prévient la pourriture des boutures.

La technique de bouturage du pin parasol implique de couper des plants aux extrémités de leurs rameaux latéraux. Ces rameaux doivent être vigoureux et exempts de taches brunes. La méthode de bouture à talon, qui consiste à prélever une petite partie du bois de la tige mère, favorise un meilleur enracinement. Alternativement, pour une bouture classique, un sécateur peut être utilisé pour couper des tronçons de tige en biseau. Les aiguilles ou feuilles sont retirées sur les deux tiers de la hauteur de la bouture. L'étape suivante consiste à tremper la base de la bouture dans de la poudre d'hormone de bouturage. Les boutures sont ensuite plantées dans des pots, enfoncées dans la terre aux deux tiers de leur hauteur. Les pots sont installés à l'abri du soleil, arrosés modérément mais très régulièrement. Durant l'hiver, les boutures doivent être abritées, et sous châssis en cas de gel. L'apparition des premiers résultats peut prendre entre 3 à 6 mois. Il est crucial d'éliminer toute bouture qui deviendrait brune et de ne pas manipuler les plants pour vérifier leur croissance. L'année suivant la mise en pot, un "transpotage" est effectué en mai ou juin, dans des pots individuels remplis de terreau et de sable, en prenant soin de ne pas abîmer les jeunes racines. Les jeunes plants peuvent commencer à être utilisés dès l'automne suivant.

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