En explorant Corfou lors d'un récent voyage, la découverte fortuite d'un fragment de sculpture a offert une opportunité précieuse de partager une observation préliminaire avec les lecteurs de la Revue Archéologique. Il s'agit d'une plaque de fronton, vestige d'un temple d'époque archaïque. Cette pièce, mise au jour par hasard dans une propriété privée de la localité dite Palaiopolis, a été transportée durant notre passage vers les installations du nouveau musée. L'éphore Versakis, que nous avons eu l'occasion de rencontrer, a exprimé son intention de mener des recherches approfondies sur le site de la découverte. C'est à lui qu'incombera la tâche de publier une étude plus exhaustive de ces vestiges.
Depuis la rédaction de ces lignes, et peu après notre séjour à Corfou, les fouilles menées par M. Versakis ont effectivement révélé des découvertes qui ont considérablement enrichi le corpus des sculptures archaïques corcyréennes. Notre note conserve volontairement un caractère partiel, se concentrant uniquement sur le fragment découvert avant le début des excavations régulières par M. Versakis. Ce fragment, déjà déposé depuis un temps certain au musée de la ville, avait été observé par l'un de nous dès le 26 février. Les premières informations parues dans la presse concernant les fouilles du gouvernement grec datent du 13 avril, l'intervention des archéologues allemands ayant eu lieu plus tardivement.

La région désignée sous le nom de Palaiopolis se situe au fond du golfe, aujourd'hui connu sous le nom de port Hyllaïque, à environ un mile de l'îlot Pondiconisi. Plus près de la pointe du Canoni se trouve le temple dit de Cardachio (Kardachion), édifié entre la mer et le village d'Agios, sur le versant oriental de la colline. La description de ce temple, fournie par Railton en 1830 dans le volume IV (supplémentaire) des "Antiquities of Athens and other places in Greece, Sicily, etc." (Londres), soulève des doutes. Il y décrit l'édifice comme "périptère et hexastyle", alors qu'en réalité, l'examen des lieux et des vestiges conservés suggère l'existence d'un temple de dimensions modestes. Le fronton, entièrement préservé et d'une seule pièce, ne dépasse guère trois mètres de longueur. Riemann, dans son ouvrage "Les Îles Ioniennes, Corfou" (pages 18 et suivantes, puis 34 et suivantes), propose un "plan approximatif" de l'état des lieux, incluant quelques mesures en pas qui s'avèrent peu exploitables. Malgré ces incertitudes, les indications de Railton continuent d'être référencées dans les guides touristiques (Baedecker, 1910 ; Joanne, 1911) et les ouvrages spécialisés (Perrot-Chipiez, Histoire de l'art, tome VII, page 592 ; J. Durm, Handbuch d. Architektur, 1910, page 159, mentionnant "Cadacchio").
Le fragment de plaque de fronton, bien que brisé en deux sections principales, est dans un état de conservation remarquable. La pièce est préparée pour un joint sur ses faces latérales, avec une anathyrose mesurant entre 0,10 et 0,12 mètre. Le matériau utilisé est un calcaire coquillier local, d'une texture assez brute, qui devait à l'origine être peint. Malheureusement, aucune trace de polychromie n'est actuellement visible. La longueur de la plaque atteint 0,99 mètre. Les hauteurs des côtés sont respectivement de 1,71 mètre et 1,43 mètre, indiquant une pente de fronton relativement forte, soit environ 0,28 mètre pour un mètre de longueur. Le rampant oblique et la plinthe, taillés dans le même bloc que la plaque du tympan, mesurent 0,29 mètre de haut et ne dépassent que de 0,18 mètre. La profondeur du champ du fronton est donc exceptionnellement faible, à peine supérieure à l'épaisseur de la plaque elle-même (0,165 mètre). Il est clair que le relief a été sculpté directement dans le bloc massif, dont l'épaisseur primitive était de 0,345 mètre. Les parties les plus saillantes ne dépassent pas la ligne formée par le rampant et la plinthe.
Cette technique de sculpture directe, où le relief est taillé dans l'épaisseur du bloc, rappelle celle employée pour les métopes du temple C de Sélinonte, ainsi que pour la stèle béotienne de Dermys et Kitylos. Sur le rampant et la plinthe, on observe une ornementation géométrique tracée à la pointe, probablement rehaussée de peinture. Le rampant oblique présente une série d'angles ouverts vers la droite, reliés par une bissectrice continue. Ces angles sont encadrés en haut et en bas par deux filets larges de 0,04 mètre. La plinthe est ornée d'une grecque dont les filets mesurent également 0,04 mètre. À notre connaissance, il n'existe pas d'autre fronton archaïque présentant une décoration similaire. Cette ornementation semble inspirée des encadrements parfois utilisés pour les plaques sculptées.

Le relief représente Zeus, armé du foudre, terrassant un Géant. Le dieu, projeté vers l'avant, jambe droite tendue et jambe gauche fortement avancée, saisit son adversaire par la chevelure et s'apprête à le frapper de son arme. Le Géant, dont la tête est vue de face, est tombé sur le genou droit et tente de se relever par un effort de la jambe gauche. Telle est la composition générale du groupe. Il manque les bras, les épaules et la partie supérieure du torse de Zeus. La jambe droite est en grande partie perdue, à l'exception du fragment de cuisse mentionné précédemment, et peut-être d'une partie du mollet. Un fragment de pied, encore attaché à la plinthe, subsiste.

La figure 2 offre un détail de la tête, vue de trois-quarts. À l'arrière, non détachée de la paroi du tympan, on distingue l'arme du dieu : un foudre à neuf pointes, formé d'un réseau de flammèches entrelacées, indiqué par de légères incisions. À notre connaissance, il n'existe pas de représentation plus ancienne du foudre dans la sculpture grecque. Cette arme, d'apparence bi-partite et pleine, évoque une double hache. Il a déjà été suggéré que le type primitif du foudre, tel que représenté par les Grecs, pourrait dériver de la double hache. Un dieu assyrien, sur un relief de Nimroud, est représenté armé à la fois de la bipenne et de faisceaux de rayons figurant l'éclair. Sur une autre plaque sculptée, le dieu porte déjà le fulmen trisulcum, constitué de deux tridents opposés, avec une dent médiane rigide et des dents latérales en zigzag légèrement divergentes. Cette arme se rapproche indéniablement par sa forme de la bipenne. Cependant, l'exemple récent et localisé fourni par le foudre du fronton de Corcyre est bien plus caractéristique.
Le visage de Zeus est imberbe, ce qui constitue une particularité notable. On sait qu'à l'Agora d'Ægion existait un téménos de Zeus abritant deux statues du dieu en bronze, dont l'une représentait le dieu dans sa jeunesse, imberbe. Pausanias mentionne ce fait avec une certaine surprise, y voyant un indice de l'ancienneté de la statue. À Ægion, il y avait également une autre statue de Zeus adolescent, œuvre d'Hagélaïdas d'Argos. Cette statue, encore visible à l'époque de Pausanias, faisait l'objet d'un culte privé. Elle était initialement confiée au plus beau jeune homme d'Ægion, qui en devenait le prêtre à condition d'abandonner sa charge dès l'apparition de la barbe sur ses joues. Par ailleurs, les textes signalent également une statue imberbe de Zeus à Olympie. Il est à noter que cette dernière, tout comme la statue d'Ægion, était l'œuvre d'un sculpteur argien, Dionysios, peut-être un élève d'Hagélaïdas. D'après les monnaies, le Zeus Ithomatas de Messène, autre création d'Hagélaïdas, est représenté tantôt comme un homme barbu, tantôt comme un adolescent imberbe. En dehors de ces mentions, nous ne connaissons aucune œuvre archaïque où Zeus, clairement identifié par ses attributs, soit représenté imberbe.
Caractéristiques de l'Art Grec
Ainsi, en l'absence des documents que fourniraient les statues d'Hagélaïdas, le fronton de Corcyre revêt une importance particulière pour l'étude du type du Zeus adolescent, se présentant comme un incunable. Avec sa physionomie juvénile, le Zeus de Corcyre semble être le frère des kouroi dits "Apollons archaïques". La tête, malgré quelques mutilations, est bien conservée et permet une étude détaillée. On remarque immédiatement l'étroitesse et l'allongement du visage. La chevelure est disposée en sillons longitudinaux et maintenue par un ruban entourant le crâne. Sur le front, elle forme une série de huit boucles stylisées en volutes, divergeant du milieu du front vers la droite et la gauche, s'enroulant dans le même sens de chaque côté. Cette disposition conventionnelle ne trouve de parallèle jusqu'à présent qu'avec les chevelures des kouroi de Milo et d'Orchomène. Les boucles du Zeus de Corcyre présentent cependant un modelé plus travaillé et moins plaqué contre le crâne. Les cheveux retombent en avant sur la poitrine, une disposition assez rare chez les kouroi. Trois nattes fines et distinctes sont visibles sur l'épaule droite du dieu, mais non sur la photographie. Rien d'analogue n'est discernable symétriquement du côté gauche. Cependant, de ce côté, sur la paroi du tympan, on aperçoit l'arme du dieu, qui n'est pas détachée.
Cette découverte archéologique à Corcyre, à travers l'analyse de ce fronton de temple archaïque, nous éclaire sur les représentations de Zeus à l'époque, notamment son aspect juvénile, et sur l'évolution de ses attributs, tel que le foudre. L'étude comparative avec d'autres œuvres de la période et des régions avoisinantes permet de mieux cerner les influences stylistiques et iconographiques. Le caractère exceptionnel de la sculpture, tant par sa technique que par la représentation du dieu, en fait une pièce maîtresse pour la compréhension de l'art archaïque grec.