Le paillage est une pratique souvent citée lorsqu’on parle de gestion écologique du jardin. Les villes ont adopté cette méthode dans les espaces verts depuis l’interdiction d’utilisation des pesticides et notamment des désherbants sélectifs. Le paillage permet de ne pas laisser la terre à nu. Les matériaux utilisés pour pailler sont très variés. Ils peuvent être d’origine naturelle ou synthétique. Suivant leur origine, la mise en place, l’entretien et la durabilité dans le temps seront différents. Le paillage a un intérêt esthétique, économique en eau et en intrants tels que les désherbants. Pour les paillis organiques s’ajoute un intérêt écologique en stimulant la vie du sol.

Fondements agronomiques du recouvrement des sols
Un paillage est nécessaire pour constituer une couverture efficace pour le sol afin de limiter au maximum l’évaporation des eaux de pluie et de diminuer l’apparition des mauvaises herbes. Le paillage peut être de nature minérale, synthétique ou végétale. Étant un matériau noble pourvu d’une bonne isolation phonique et thermique, le bois est très utilisé dans le recouvrement du sol. Peu importe sa nature, un recouvrement de sol doit assurer une bonne couverture au sol. En premier lieu, il doit permettre la réduction au maximum des risques de tassement ainsi que le lessivage du sol suite aux actions de la pluie. Il doit aussi limiter le dessèchement du sol avec les coups de soleil et de vent. En jouant un rôle d’isolant thermique, un bon recouvrement doit réussir à atténuer les variations brusques d’humidité et de température pour offrir un abri idéal aux micro-organismes ainsi qu’aux insectes du jardin.
À part le fait de respecter ces différentes missions, le paillage bois présente également un tout autre atout : le fait d’être un matériau non inerte. Étant un matériau constitué principalement de végétaux, le paillage bois est capable d’apporter les éléments organiques nécessaires au bon développement des plantations jusqu’à leur décomposition. Pouvant se transformer en humus au fil du temps, il modifie la structure interne du sol en termes de concentration argilo-humique. Les paillis de bois peuvent être transformés en plaquette pour constituer un bien meilleur ornement en respectant une gamme de teintes différentes. Pour obtenir un mélange proche du rouge, on choisit des copeaux d’aulne, pour du marron, des douglas, pour du blanc, le charme et enfin pour une teinte bien rosée, le hêtre.
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) et les bois broyés
Le BRF est un matériau issu du broyage des jeunes pousses et rameaux provenant d’élagages ou de haies. Cette technique a été utilisée pour la première fois dans les années 70 pour reproduire le modèle parfait des forêts. L’utilisation du BRF vise alors à accélérer le processus d’humification du sol en broyant du bois présentant des diamètres en-dessous de 8 centimètres. Ces derniers sont riches en matières organiques et en nutriments et peuvent se dégrader facilement. Qu’il s’agisse d’un paillage bois ou d’un BRF, l’utilisation du bois comme matériau de recouvrement pour le sol est une excellente idée. Un paillage bois a l’avantage de procurer une bonne protection au sol du jardin tout en limitant au maximum les effets de différentes contraintes climatiques. Le BRF quant à lui est moins résistant que le paillage bois.
Certains végétaux sont plus riches que d’autres en résine (conifères comme le pin, sapin, cyprès, thuya, genévrier) ou en tanin (feuillus comme le chêne, platane, laurier, poirier, noyer, châtaignier). Ces substances complexes (composés organiques aromatiques terpénoïdes ou phénoliques) protègent les plantes grâce à leurs propriétés insectifuges, fongicides et imputrescibles. Leur effet principal est de ralentir la biodégradation. De manière générale, les bénéfices du paillage l’emportent sur les nuisances éventuelles attribuées à ces essences. Leur décomposition pourra être plus longue, mais leurs qualités permettront d’obtenir un résultat comparable à celui des paillages issus d’autres broyats.
Expérimentations en milieu viticole : enjeux et limites
Dans le contexte de la monoculture de la vigne, les ressources en matière organique animale sont rares. Paillage avec des sarments broyés, du bois raméal fragmenté (BRF), des écorces, du miscanthus, ou encore de la paille… De plus en plus de vignerons se tournent vers ces alternatives au désherbage chimique, notamment sous le cavaillon. Il semblerait que la réponse ne soit pas si tranchée que ça.
Le problème du BRF est qu’il faut transporter des volumes énormes, et adapter un épandeur. La méthode a même eu tendance à sélectionner les mauvaises herbes les moins souhaitables, telles que le liseron ou le chiendent. Au niveau du stress hydrique, les retours d'expériences indiquent parfois l'absence d'impact positif significatif sur la vigne. Pour ce qui est de la paille compressée, l’intérêt de ce mulch est qu’il prend un plus faible volume que le BRF lors de l’épandage, et qu’il gonfle ensuite sept fois de volume lorsqu’il pleut. Mais la paille compressée vaut beaucoup plus cher que le BRF, et au final, cela ne marche pas toujours mieux.
Les effets du paillage sur le sol
En Charente, la chambre d’agriculture a testé le paillage avec des sarments broyés sur des terres argilo-calcaires, avec des résultats mitigés. Pour être efficace, le paillage doit en effet faire au moins 5-10 cm d’épaisseur, ce qui implique d’importer des sarments, un hectare de vigne ne produisant pas assez de bois pour fournir tous les cavaillons. Par ailleurs, ce n’est pas une réponse intégrale au désherbage du cavaillon, car le liseron arrivait à percer et à s’étaler. De son côté, l’INRA de Colmar a observé un fort blocage de la minéralisation de l’azote du sol, du fait de l’apport massif de carbone organique lors de l’utilisation de plaquettes forestières. Cela a eu pour conséquence d’amputer les rendements. De ce fait, les chercheurs estiment que ce peut être intéressant pour les plantiers, jusqu’à leur entrée en production, surtout si le sol possède un fort potentiel minéralisant.
Cas spécifiques : écorces de pin et autres matériaux
Pour Amélie Tura, il faut arrêter d’en mettre dans les jardins. L’écorce de pin n’a strictement aucun intérêt dans un jardin. Ces écorces acidifient le sol qui n’en a bien souvent pas besoin. La conséquence peut être un déséquilibre de l’écosystème. Autres éléments à prendre en compte : c’est un produit qui coûte très cher, met un temps infini à se dégrader et ne nourrit pas le sol.
La recette du succès repose souvent sur un équilibre : engrais à la plantation + paillage. On assure ainsi à la plante de la nourriture pour 3 ou 4 ans. L’engrais de fond (corne broyée par exemple qui se dégrade lentement) nourrit la plante pendant deux à trois ans. La troisième année, il suffit alors d’enfouir les restes du vieux paillage pas encore dégradés. On remet alors éventuellement une petite dose d’apport organique et surtout, on ajoute du compost ou on remet une couche de paillage. Il est recommandé d'utiliser 75 % de broyat de bois blanc et 20 à 25% de châtaignier, de chêne ou de conifère grand maximum. Le chêne et le châtaignier sont des bois qui contiennent une grosse quantité de tanins, qui inhibent la croissance des plantes.
Ressources alternatives pour le jardinier
- Feuilles mortes : Usez et abusez des feuilles mortes pour vos paillages. On n’a pas fait mieux. C’est le meilleur moyen d’améliorer ou d’entretenir la fertilité du sol. Les vers de terre, les insectes en raffolent. Vous pouvez les étaler absolument partout, au pied des haies, entre les vivaces, au potager.
- Bambous : Les bambous sont généreux en feuilles. Quand vous coupez, nettoyez vos vivaces ou votre potager, regroupez les déchets sur la pelouse et passez-les à la tondeuse. Ce paillage de courte vie (6 mois environ) peut être utilisé dans les massifs ou au potager.
- Fougères : Toutes les fougères sans exception sont très précieuses à utiliser en hiver pour protéger les plantes fragiles. Dans ce cas, utilisez-les entières et entassez-les sur et autour de la plante à protéger.
- Paillettes de chanvre ou cosse de sarrasin : Des alternatives intéressantes qui se dégradent bien et nourrissent le sol contrairement aux écorces de pin.

Gestion des adventices et entretien du sol
Le paillage permet de ne pas laisser la terre à nu. Une épaisseur suffisante recouvre la terre afin d’empêcher les rayons du soleil de traverser cette couche. Test d’efficacité sur le paillis de froment : l’arrosage permet aux granulés de s’agglomérer, formant ainsi une couche épaisse. Au cours du temps, le paillage ne change pas d’aspect, la couleur fonce légèrement. Deux semaines après installation, du liseron est apparu seulement sur les bords du parterre. Un arrachage manuel a lieu tous les mois. Quelques semaines après installation, des tiges d’oxalis se sont faufilées au travers du paillage. L’oxalis est une plante vivace ayant des bulbilles au niveau des racines, plante rampante qui devient rapidement envahissante. L’arrachage est nécessaire, rendant cette opération fastidieuse.
Concernant le paillis d’écorce de pin non broyé, il est nécessaire de former une couche épaisse. Ce paillage ne se compacte pas à l’arrosage et des trous peuvent se former à l’arrosage ou après le passage de petits animaux. Ces trous et le manque de cohésion de ce matériau favorisent la pousse des mauvaises herbes. Une nouvelle couche a été ajoutée pour combler ces vides durant l’été. La taille des matériaux utilisés est un facteur important. Plus le paillage est broyé et fin, plus la couverture contre les rayons du soleil sera efficace. Une couche plus épaisse sera nécessaire avec du paillage non broyé. Le type de paillage devra être adapté en fonction de la taille des végétaux autour desquels il sera disposé.
Vers une transition agroécologique
La question des amendements organiques, qu'il s'agisse de mulchs, de compost ou de lombricompost, nécessite de comprendre les fonctions et l’évolution du Carbone et de l’Azote. Pourquoi le sol a-t-il besoin de carbone et sous quelle forme, pour quel micro-organisme et in fine pour quelle culture ? Intégrer le cycle du carbone dans le sol est essentiel. Les effets négatifs d’un apport de matière organique mal équilibrée peuvent être réels. Le rapport Carbone / Azote dans le sol et dans le compost est une histoire de temps.
Le lombricompostage constitue une voie de valorisation intéressante. Les deux produits issus du lombricompostage sont le compost lui-même avec sa très haute valeur fertilisante, et le « jus de lombricompost » comme levain pour le sol. Utiliser des amendements liquides et solides demande des points de vigilance. Chaque résidu du jardin (feuilles, fleurs, tailles…) est une ressource précieuse. En raison de la complexité des interactions physico-chimiques et biologiques, résumer la question selon un seul critère est réducteur et insuffisant. Il faut notamment tenir compte des caractéristiques du sol et des végétaux paillés. La transition vers des pratiques plus respectueuses implique d'acquérir individuellement les moyens d’amorcer globalement sa propre transition et trouver les voies qui seront les mieux adaptées à leur contexte pédologique, climatique, social et économique.