Milou : L'icône canine de la bande dessinée, un héritage intemporel

Milou, le célèbre compagnon canin de Tintin, est bien plus qu'un simple animal de compagnie dans l'univers de la bande dessinée. Créé par Hergé, ce fox-terrier à poil dur, connu sous le nom de Snowy en anglais, a conquis le cœur de millions de lecteurs à travers le monde et est devenu une véritable icône culturelle. Son apparition dès le premier album de Tintin, « Tintin au pays des Soviets » en 1929, marque le début d'une aventure qui perdure depuis près d'un siècle.

Milou, le fox-terrier de Tintin

Un portrait détaillé de Milou : race, caractère et "défauts" attachants

Milou est un chien attachant, drôle, et reconnaissable à son pelage court et lisse, sa petite taille, son museau long et ses oreilles en forme de V. Ces grandes oreilles tombantes lui confèrent un air caractéristique, à la fois facétieux et amusant. Sa race, le Fox-terrier à poil dur, est connue pour être amicale, intelligente, pleine d'énergie et dévouée à son maître, des qualités qui sied parfaitement au personnage. La race et le personnage sont ainsi devenus indissociables, contribuant à la popularité des Fox-terriers.

Malgré sa loyauté, son intelligence et sa bravoure, Milou possède quelques défauts qui le rendent d'autant plus humain et attachant. Sa gourmandise est légendaire ; il raffole des os, mais aussi de charcuterie et de poulet ! Il est constamment attiré par la nourriture et ne parvient pas à résister à la tentation de grignoter, ce qui l'entraîne parfois dans des situations compliquées ou comiques, apportant une note d'humour et de légèreté à ses aventures. Autre trait plutôt étonnant pour un chien, il aime l'alcool, notamment le whisky, mais aussi le champagne et le rhum. Il peut aussi être râleur, pantouflard, parfois un peu vantard, susceptible et pas très sociable, des aspects qui, loin de le rendre détestable, le rendent encore plus mémorable.

Hergé et la genèse de Milou : une histoire personnelle

Le nom "Milou" porte en lui une référence à une histoire personnelle et plutôt triste de l'auteur, Hergé, de son vrai nom Georges Rémi (R et G pour Georges Rémi). Marie-Louise Van Cutsem, surnommée Milou, était une ancienne petite amie de Hergé, probablement son premier amour. Hergé aurait été fiancé à cette jeune femme, mais les parents de la belle auraient rompu les fiançailles, estimant que Hergé n'était à l'époque que coursier pour le journal Le Soir et souhaitant une autre activité pour le futur époux de leur fille.

En 1939, l'ex petite amie de Hergé partit au Congo, et leur relation s'étiola. Jusque-là, l'auteur avait continué de lui envoyer ses albums. En 1940, soit un an plus tard, Hergé fit entrer le capitaine Haddock dans ses albums et le lien entre Tintin et Milou se relâcha progressivement, parallèlement à l'effacement de celui qui unissait Hergé et Marie-Louise. Cette anecdote révèle la profondeur de la connexion entre la vie de l'auteur et la création de ses personnages, ajoutant une couche d'émotion à l'histoire de Milou.

Milou au-delà des pages : du grand écran aux produits dérivés

La popularité de Milou n'est pas restée confinée aux pages des bandes dessinées. Il est également apparu sur grand écran, notamment en 2011 dans le film d'animation de Steven Spielberg, « Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne ». Cette œuvre a connu un grand succès commercial, rapportant 370 millions de dollars, et a été saluée par la critique. Milou avait déjà fait une incursion cinématographique en 1961 dans « Tintin et la Toison d’Or », un film franco-belge de Jean-Jacques Vierne avec la collaboration de René Goscinny au scénario.

Le marché des produits dérivés a également largement ouvert les bras au personnage de Milou. Peluches, figurines, vêtements permettent aux fans de Tintin de garder auprès d'eux leur fidèle compagnon canin. Malgré une date de naissance au début du XXe siècle, Milou, presque un siècle plus tard, continue de connaître un vif succès, le nombre de ventes de produits dérivés restant élevé. Cela témoigne d'un attachement durable des fans à cet adorable toutou. Milou est devenu une icône et laisse derrière lui un véritable héritage.

Selon l'éditeur Casterman, les aventures de Tintin se sont vendues à 240 millions d'exemplaires dans le monde et ont été traduites dans une centaine de langues. Cette popularité colossale a fait de Milou une icône inoubliable, non seulement chez les enfants, mais aussi chez les adultes.

Les Aventures de Tintin, Perdues dans l'Adaptation ~ Le Dom

L'âge d'or des chiens en bande dessinée : Milou, un précurseur

Si le célèbre fox-terrier voit le jour en 1929, la fiction, et avec elle la bande dessinée, ne s'emparent véritablement du phénomène canin qu'à partir des années 1950. C'est à cette époque que le chien de compagnie triomphe, s'imposant dans de nombreux foyers. Hergé, en plaçant Milou aux côtés de Tintin dès 1929, était sans doute en avance sur son temps, popularisant la bande dessinée en Belgique avec un héros flanqué de son "sympathique cabot".

Dans un entretien pour l'émission "30 millions d'amis" en 1978, Hergé confiait : "Or c'est un reporter, un reporter c'est fait pour voyager, et il est plus facile de voyager avec un chien qu'avec une girafe, une autruche ou un crocodile". Si Hergé choisit de donner une telle importance à un fox-terrier à poil dur - "un peu bâtard tout de même" - dès le début des aventures de Tintin, c'est aussi sans doute parce que cet animal jouissait d'un fort prestige, notamment en Grande-Bretagne, où la revue spéciale qui lui était consacrée le situait au "sommet de la société canine".

Comme le souligne l'historien Philippe Delisle, le jeune dessinateur belge cultivait des allures de dandy et estimait sans doute que le fox-terrier serait un compagnon idéal pour un reporter au goût du jour, qui arborait trench-coat et culottes de golf. Il s'agissait en outre d'un animal athlétique, bien propre à participer aux aventures les plus trépidantes.

Pourtant, Milou ne fait pas particulièrement d'émules lorsque la bande dessinée franco-belge prend de l'essor dans les années 1930 et 1940. L'historien Eric Baratay explique que la jeune bande dessinée francophone cultivait alors une dimension d'évasion, voire de burlesque, qui la portait à privilégier des animaux de compagnie plutôt insolites, la mode étant alors aux "bêtes exotiques". Hergé lui-même, en 1936, affuble ses héros Jo et Zette d'un petit singe baptisé Jocko.

Il est aussi important de souligner qu'à cette époque, malgré la voie ouverte par Walt Disney, les dessinateurs hésitaient à mettre en scène des animaux anthropomorphes. Les milieux catholiques, qui contribuaient activement au développement du "neuvième art", notamment en Belgique, étaient sans doute peu portés à abolir une distance jugée nécessaire entre l'homme et la bête. Pour ces raisons, il faut attendre les années 1950-1960, deux à trois décennies après que Milou a vu le jour, pour que le chien, de plus en plus considéré exclusivement comme animal de compagnie, triomphe sous le crayon des dessinateurs de bande dessinée.

Années 1950-1960 : L'explosion des héros canins en BD

Le phénomène du chien de compagnie, s'il a émergé aux XVIIIe et XIXe siècles, reste minoritaire jusqu'au milieu du XXe siècle. Eric Baratay explique que cette époque est marquée par la disparition rapide des emplois canins, sauf la chasse, du fait de la motorisation des transports et de la mécanisation des usages. Depuis, le travail canin est devenu saugrenu sauf lorsqu'il suppose ou permet une forte connivence avec le maître : chasse, garde du foyer, aide aux handicapés, secours, etc. La même époque voit la quasi-disparition des chiens errants, comme l'indique la suppression de la taxe française sur les chiens en 1958, une année qu'on peut ainsi considérer comme la date symbolique du changement de statut. En effet, l'espèce est rapidement reconvertie, notamment les anciennes races de travail, et consacrée à la compagnie dans ces années 1950-1960, un cas unique dans le monde animal avec celui du chat.

Créé en 1959, Bill (dans Boule et Bill, de Roba), un cocker plein d'humanité, parfaitement intégré dans une famille typique (le père, la mère et le petit garçon), illustre parfaitement ce phénomène. Pour Philippe Delisle, Bill contribuait aussi à donner une dimension comique aux épisodes, ce qui explique qu'il apparaît même plus que le personnage de Boule. À la fin des années 1950, dans une maison d'inspiration catholique comme Dupuis, il n'était guère question de montrer un jeune garçon trop prompt à outrepasser les règles de la bienséance. La loi de juillet 1949 avait institué en France une véritable censure sur la bande dessinée au nom d'impératifs moraux. Finalement, il revenait à Bill d'assumer la part burlesque du récit, de se laisser aller à ses instincts. Dans un tel cadre, le chien ne pouvait que devenir le personnage le plus séduisant, parce que le moins conventionnel, le plus expressif, de la série !

Cette époque coïncide donc avec la multiplication des "amis à quatre pattes", plus ou moins humanisés (souvent plus que moins) dans les pages des bandes dessinées. Pif, qui avait vu le jour dans L'Humanité à la fin des années 1940, est repris dans les pages de l'hebdomadaire pour la jeunesse Vaillant en 1952. Ce chien, sans doute le plus connu dans l'univers de la BD francophone, finit même par donner son nouveau nom à Vaillant : Pif Gadget, vendu à 500 000 exemplaires à peine quelques semaines après son lancement.

À la même époque, et dans le même journal, Louk, le chien-loup de Roger Lécureux, sorte de Croc-Blanc de papier, fait son apparition. C'est un chien libre, qui n'en a pas moins un trappeur pour ami. Dans les pages de Spirou, précurseur de Bill, c'est Bobosse, un petit chien noir à la tête toute ronde et aux grandes oreilles, militant de la cause animale, qui pointe son museau au milieu des années 1950.

Puis à partir de 1964, Vaillant propose les aventures du fameux Gai-Luron de Gotlib. Alors qu'il était initialement un personnage secondaire de Nanar, Jujube et Piette, une bande dessinée enfantine publiée en 1962, Gai-Luron finit par s'émanciper et s'anthropomorphiser. Exactement comme Snoopy l'avait fait, outre-Atlantique, dans le comic strip Peanuts dessiné par Charles M. Schulz de 1950 jusqu'à sa mort en 2000 : au fur et à mesure des strips, le chien blanc de Charlie Brown s'humanise, devient bipède, et se met à philosopher.

En 1963, dans le journal Pilote, et plus précisément dans l'aventure du Tour de Gaule d'Astérix, un tout petit quadrupède noir et blanc de race indéterminée apparaît soudainement à la porte d'une charcuterie-alimentation de Lutèce, et se met d'autorité dans les pas d'Astérix et Obélix. Discret, il ne se fera repérer par les deux Gaulois qu'à la fin de l'album, par un aboiement (contrairement à bon nombre de héros-chiens, celui-là ne parle pas, et ses pensées ne sont représentées qu'en images) : c'est Idéfix, en référence à son obsession pour les os, dont le nom sera trouvé par les lecteurs de Pilote à l'occasion d'un jeu concours ! Ce petit chien sera ensuite de toutes les aventures.

Un an après Idéfix, c'est Cubitus qui voit le jour, grosse boule de poils intello imaginée par Dupa, inspiré par l'univers de Greg, l'auteur d'Achille Talon. Enfin, comment ne pas citer aussi Rantanplan, qui apparaît pour la première fois en 1962 dans l'album de Morris et Goscinny Sur la piste des Dalton : le stupide mais néanmoins attachant (et attaché) compagnon de Lucky Luke est le double parodique de Rintintin, l'héroïque chien de la série télévisée américaine à succès de Lee Duncan, qui fut diffusée de 1954 à 1959.

Le loup dans la bande dessinée : une autre facette du règne animal

Si les chiens de compagnie ont conquis la bande dessinée, d'autres canidés plus sauvages ont également trouvé leur place, apportant des récits différents, parfois plus sombres ou plus ancrés dans la nature. L'exemple de "Louk, chien-loup" de Lécureux et Pascal, paru dans le journal Vaillant à la même époque que Pif, en est une illustration. Louk est un chien libre, sorte de Croc-Blanc de papier, qui n'en a pas moins un trappeur pour ami.

Plus récemment, le loup est devenu le sujet central d'œuvres qui explorent des thèmes plus complexes. Jean-Marc Rochette, par exemple, plante le décor de sa bande dessinée "Le Loup" dans le massif des Écrins, dans les Alpes françaises. L'histoire met en scène Gaspard, un berger dont le troupeau est décimé par les loups. Il tue la louve responsable du dernier massacre, laissant son petit orphelin. Ce "duel étonnant" n'est pas une simple confrontation entre l'homme et la nature, mais explore des nuances plus profondes.

Illustration d'un loup dans une bande dessinée

Rochette, connu pour sa BD autobiographique "Ailefroide" (2018), dépeint la montagne comme un lieu à la fois magnifique et terrifiant, implacable et meurtrier, sans jugement de valeur. Il n'y a pas de bons et de méchants. On peut être l'un comme l'autre. Gaspard le berger, solitaire et marqué par la vie, supporte bien la vie en solo pendant quatre mois, accompagné seulement de son chien et de ses bêtes. Il sait aussi se montrer implacable envers les loups et les hommes venus lui dicter les nouvelles règles de la montagne. Le louveteau, devenu loup, gagne ses instincts de prédateur, passant d'orphelin sans défense à tueur programmé.

Le trait épais de l'auteur du Transperceneige donne vie à des êtres qui semblent sortir de la montagne, comme des silhouettes juste esquissées, mais qui sont au contraire porteuses d'émotions, tant le trait est choisi avec économie et pertinence. La montagne et la neige occupent, comme toujours dans l'œuvre de Rochette, une place de premier choix, imposant le silence dans cette BD peu bavarde qui fait la part belle aux images. Rochette ne verse cependant jamais dans le contemplatif, la dynamique scénaristique est implacable et sert ce "thriller" hors norme qui dépasse largement le combat éculé de l'homme contre la nature, ou le discours éco-responsable bien-pensant, pour proposer une voie originale, celle d'un "entre-monde", ni totalement celui de l'acceptation, ni totalement celui du rejet.

L'évolution du règne animal en BD : des chiens aux chats

Tout récemment, l'historien Eric Baratay faisait un constat difficile pour le chien dans Libération : "Le chat va supplanter le chien, mais il doit se transformer en chat-chien." Aujourd'hui, le nombre de chiens diminue au profit du félin. Le chat vient de dépasser le chien. Nous sommes de plus en plus urbains, et il est plus commode d'avoir un chat en appartement. Ce sont désormais les chats qui sont utilisés pour les publicités. Internet fait que le phénomène est mondial, et surtout beaucoup plus rapide. Le Japon a ainsi connu une conversion au chat assez tardive, dans les années 90, et presque immédiate.

L'hégémonie mondiale des chats s'est d'ores et déjà étendue au monde de la BD, avec des œuvres comme "Le Chat" de Geluck (1983) ; "Blacksad" de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido (2000), avec pour héros un chat noir anthropomorphe exerçant comme détective privé ; "Le Chat du rabbin" de Sfar (2002) ; "Lou !" de Julien Neel (2004), avec une héroïne folle de son félin domestique.

Cependant, la relation entre l'homme et le chat est cyclique et parfois lunatique. Jean-Noël Jeanneney est moins optimiste qu'Eric Baratay pour nos compères félidés, si l'on en croit l'émission qu'il a consacrée en avril 2018 au dialogue immémoriel mais tumultueux qu'ils entretiennent avec les hommes. Depuis quelques temps, le regard jeté sur les chats est moins unanimement affectueux que naguère. Certes, les treize millions de Français et de Françaises qui ont choisi des chats comme animaux de compagnie ne leur marchandent pas leur tendresse. Mais voici qu’on entend parler de massacres de chats noirs - par exemple à Marseille, tout récemment. Voici surtout qu’on leur reproche d’être de trop gros prédateurs, de tuer par millions les oiseaux et les petits mammifères, au point de provoquer - ou au moins d’accentuer - un inquiétant affaiblissement de cette faune dans nos pays. Apparemment, les canidés n'ont donc pas dit leur dernier mot.

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