Le Domaine du Café Grillé, situé à Saint-Pierre, offre une immersion unique dans l'histoire et la richesse botanique de l'île de La Réunion. Au-delà d'un simple jardin botanique, c'est une ferme pilote dédiée à la découverte du café Bourbon pointu, mais aussi un espace où la nature et l'histoire s'entremêlent pour offrir une expérience enrichissante et sensorielle.

Un Jardin Botanique au Fil du Temps
Fondé en 2011, ce jardin botanique de 4 hectares est conçu autour de deux idées chronologiques majeures : La Réunion d’aujourd’hui et La Réunion longtemps. Le parcours permet de remonter le temps, depuis la première plante qui a colonisé l’île jusqu'aux espèces introduites par l'homme, en passant par les grandes cultures qui ont façonné son histoire.
La Réunion d'Aujourd'hui : L'Éveil des Sens
La visite débute par la découverte d’exotiques, des arbustes riches en couleurs, une zone de rocaille et des plantes à parfum comme le tiaré, le frangipanier, l'ylang ylang, le jasmin, et les fransciceas, qui sont en fleur toute l’année et enchantent le visiteur par leurs multiples odeurs. C’est à la fraîcheur d’un sous-bois fleuri que l’on découvre des espèces introduites par l’homme telles que les Anthuriums, les orchidées hybrides posées sur des arbres à calebasses, les bauhénias, la cannelle, et les arbres à dauphins. Une palmeraie en symbiose avec des orchidées et une bambouseraie invitent à la méditation, tandis que de nombreux fruitiers des jardins nourriciers réjouissent les sens.

L'Île Bourbon Lontan : Colonie de Production et Héritage Culturel
Cette partie du jardin vous plonge dans l'histoire coloniale de l'île. Le parcours vous conduit à travers les grandes cultures qui ont fait la Réunion, comme la canne à sucre, la vanille et le vétiver, avant d'arriver au café, la toute première grande culture menée au 18e siècle. Un alambic hors du commun permet d'explorer les propriétés des huiles essentielles, et une case en paille offre un aperçu du vécu des ancêtres. Les visiteurs découvrent également une caféière de « Bourbon rond » ainsi qu’une forêt reconstituée d’espèces endémiques.
La Caféière : Du Bourbon Pointu à la Dégustation
Le domaine des caféiers est une ferme pilote, proposant de découvrir le café Bourbon pointu. La caféière, d'une surface d'un hectare, plantée il y a huit ans et cultivée avec un souci constant du respect de l'environnement, donne un café exceptionnel.
Un Procédé Artisanal et Passionné
Durant la visite de la plantation, Martine explique avec passion le travail que nécessitent le caféier et la culture du café. De octobre à février, les visiteurs peuvent participer à la cueillette de ces petits fruits rouges appelés cerises, et découvrir le procédé encore artisanal qu’emploie le domaine, du « dépulpage » à la torréfaction. Toute la production est certifiée bio et ne se limite pas à la caféière. La promenade, commentée et guidée par Martine, révèle un jardin où la nature est laissée tranquille, regorgeant de surprises à chaque pas. On y observe, sent, touche et goûte parfois. Martine connaît le moindre recoin de ce domaine et partage avec plaisir certains de ses secrets, entre floraisons généreuses et fruits mûrs. Ce n'est définitivement pas un champ tel qu'on pourrait se l'imaginer. Le long de la promenade, les visiteurs croisent pêle-mêle des arbres fruitiers, des plantes aromatiques et médicinales, des orchidées et des arbres divers dans un décor de végétation dévergondée.
Les témoins d'Outre-Mer : Le café bourbon (La Réunion)
Le Café Bourbon Pointu : Une Histoire de Résilience
Il existe deux sortes de café à La Réunion : le café Bourbon rond La Kour et le Café Bourbon pointu. Le café Bourbon pointu, café préféré de Louis XV, a failli disparaître à la fin de l’esclavage. Il était peu productif et sensible aux maladies. Sa culture est relancée grâce à un Japonais par quelques producteurs locaux au début des années 2000. L'art de sa culture et de sa transformation est une expérience que le couple Sliti propose de faire découvrir, étape par étape, du champ jusqu'à la tasse, garantissant un éveil des sens.
Le Bar de La Savane : Une Dégustation d'Exception
Le bar de La Savane, situé dans le même bâtiment que l’accueil, est un véritable bar à café où il est possible de commander et de déguster le café arabica Bourbon rond (1,5% de caféine) et le café arabica Bourbon pointu qui ne contient que 0,5% de caféine.

L'Histoire Mondiale du Café : Du Yémen à la Réunion
L'arrivée du café en France est un chapitre fascinant de l'histoire des échanges commerciaux et botaniques. C’est grâce à la signature du Traité d’Utrecht, mettant fin à la guerre de Succession espagnole en 1713, que le roi Louis XIV se voit offrir un jeune plant de café par le bourgmestre d’Amsterdam. À cette époque, le café est encore rare en Europe ; on en connaît les vertus énergétiques et on l’apprécie pour son exotisme, mais la plante est très fragile. Les grains utilisés par la haute société européenne viennent majoritairement d’Arabie.
Le Jardin du Roi et la Naissance des Serres Chaudes
Le roi confie alors le précieux plant de café au Jardin du roi (actuel Jardin des Plantes), et plus précisément à Antoine de Jussieu, botaniste célèbre pour sa capacité à acclimater les plantes. L’arrivée du café dans le Jardin du roi marque un tournant historique : pour protéger la plante, il faut impérativement construire des serres "chaudes". C’est en 1714 qu’est érigée la première serre chaude du jardin royal, qui permettra que les plants de caféier se multiplient au cœur de Paris. Ce plant est parti de Moka (ou Mokha), considéré comme le premier port exportateur de café dans l'actuel Yémen où la culture du café existait déjà depuis des siècles. Il est passé par Batavia (aujourd’hui Jakarta, en Indonésie), avant d’arriver dans les jardins d’Amsterdam en Hollande puis au Jardin royal des plantes médicinales, à Paris. Selon des écrits d’Antoine de Jussieu, le plant se serait rapidement acclimaté à la nouvelle serre parisienne car il aurait déjà donné des fruits dès l’année suivante.
La Première Description Française du Café
C’est donc à Antoine de Jussieu, alors professeur de botanique au Jardin du roi, que l’on doit la première description française du café, en 1715, à partir de l’arbre du Jardin du roi qu’il a fait prospérer. Certains considéraient jusque-là le café proche du fusain, du liseron ou d’une légumineuse comme la fève, tandis que d’autres penchaient plutôt pour la création d’un genre botanique à part entière. Les dessins et commentaires d’Antoine de Jussieu rapportent des fleurs blanches éphémères au parfum marqué, auxquelles succèdent les fruits, baies vertes puis rouges en fin de maturation, formées de deux grains enveloppés d’une pulpe épaisse. Par analogie avec des espèces connues, il décrit la plante comme un jasmin d’Arabie à feuilles de laurier (Jasminum arabium, Lauri folio) : ses feuilles lui rappellent celles du laurier ordinaire, tandis que ses fleurs évoquent celles du jasmin d’Espagne, même s’il note toutefois quelques différences avec ce dernier. Il note malgré tout quelques indications pour faire prospérer la plante : il faut planter les semences de café dès qu’elles ont été récoltées pour espérer les voir germer sous six semaines. Pour imiter le climat d’origine de la plante, Jussieu indique qu’il allume un feu dans la serre pour maintenir une chaleur douce, tout en arrosant afin de prévenir toute sécheresse. La serre fut construite spécifiquement pour les besoins du caféier et permet donc ce climat : l’abri est constitué d’une charpente en bois et d’un assemblage de châssis vitrés avec chauffage au feu ou au poêle.

C’est Carl von Linné, le célèbre naturaliste suédois, qui rectifie une vingtaine d’années plus tard cette classification et reconnaît l’originalité du caféier pour lequel il crée le genre Coffea dans son ouvrage de 1737, Genera Plantarum. Une seule espèce de café est alors connue, Coffea arabica, enfin décrite en 1753 dans Species Plantarum. Plus tard, en 1789, Antoine-Laurent de Jussieu, neveu d’Antoine de Jussieu, rangera le genre Coffea parmi les Rubiacées.
Le Café Voyage Vers l'Amérique et les Antilles
Dans les années 1720, Antoine de Jussieu remet au chevalier Gabriel De Clieu un pied de caféier. L’explorateur dieppois repart avec pour mission de transporter ce plant jusqu’en Amérique et doit tenter de l'acclimater dans les Antilles. La traversée fut si mouvementée qu’elle donna naissance à plusieurs histoires, sans doute embellies, qui contribuèrent à la célébrité du café. Selon plusieurs ouvrages, la traversée en bateau aurait été si longue et pénible que les ressources en eau douce seraient venues à manquer. L’équipage aurait donc dû se rationner ; et alors que le caféier allait être laissé pour compte, De Clieu aurait partagé sa ration avec la plante si fragile afin de la conserver. Au terme d’une traversée tumultueuse, le chevalier parvient donc à amener le café sur le sol martiniquais. Par ses soins répétés et sa grande attention à ce plant fragile, il permet au caféier de prospérer et de produire un grand nombre de graines, qui furent partagées avec des cultivateurs. Alors que la même année des tempêtes avaient ravagé les plantations de cacaoyer, le caféier se présenta comme une substitution remarquable. Les arbustes furent rapidement transportés à Saint-Domingue, en Guadeloupe et dans toutes les Antilles, ce qui ferait du plant transporté par De Clieu celui à l’origine des plantations françaises de café dans les Caraïbes.

Informations Pratiques
Le Domaine du Café Grillé propose des visites guidées du jardin botanique du mardi au samedi à 10h et 14h, et le dimanche à 10h et 14h uniquement sur réservation pour respecter le protocole sanitaire en vigueur. Le domaine est ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 17h00. Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.
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