L’abricotier est une espèce capricieuse qui réserve des mystères, même aux producteurs les plus chevronnés. Sous réserve des aléas climatiques des prochaines semaines, la campagne abricot s’annonce globalement mieux orientée qu’en 2025, sans pour autant retrouver un plein potentiel de production. La filière est confrontée à une variabilité croissante, car l’abricot est particulièrement sensible au changement climatique, avec des comportements très hétérogènes d’une variété à l’autre. Pour aider les producteurs à faire leurs choix, le Ctifl propose un calendrier de 35 variétés de maturité s’étalant de fin mai à début septembre, constitué à partir d’une enquête conduite depuis 2015 et régulièrement actualisé auprès d’une cinquantaine de producteurs bio des quatre principaux bassins de production.
Dynamiques variétales et critères de sélection
La segmentation par la couleur est un sujet de débat, avec des avis divergents sur son intérêt commercial. Si l'on analyse le comportement des variétés, les tendances actuelles se concentrent sur l'autofertilité, la coloration, le calibre (3a, 2a) et la qualité gustative. Parmi les variétés étudiées, certaines se distinguent par leur pertinence :
- Wonder cot : très bien en précoce, produit surtout sur bois d’un an, nécessite un éclaircissage sur fleurs.
- Banzai : gustativement très bien mais réservé au circuit court.
- Carmina : très productif, peut se faire en AB, colore très tôt, productif sur bouquets de mai, nécessite de laisser vieillir le bois.
- Gilgat : bon, très solide pour les circuits courts.
- Magic cot : grande variété, pas besoin d’éclaircir ni de taille, laisser vieillir, utiliser une barre de coupe pour limiter la croissance.
- Carmingo primius : très bon, autofertile.
- Rubista : coloris rouge précoce, acide, mou, récolte sur gros calibre.
- Samouraï : grande variété, facile à polliniser, pas chère à produire, autofertile.
- Sefora : très bonne, production moyenne, doit être arquée pour favoriser le repercement, mieux en gobelet.
- Bigred : grande variété, vigoureuse, peu de taille à charger.
- Régalcot : autofertile, bien en AB.
- Orangered : à polliniser avec abeilles et beaucoup de pollinisateurs, reste intéressante.
- SF 99030 : très bien pour l'AB.
- Apriqueen : bien avec épiderme amer.
- Orangerubis : très bien en circuit court, mais fragile à récolter (suture verte, affinage en frigo 3 jours).
- Lido : bien en AB, très rustique, bon autofertile, un peu buissonnant.
- Koolgat : grande variété, très bonne, très productive, obligation de taille en vert pour éviter les dégarnissements.
- Titi cot : très bien, rustique, bien en AB.
- Digat : remplaçant de Bergarouge, très productif, autofertile, très bien en AB.
- Lady cot : bien en circuit long.
- Vallamust : très, très bien en AB.
- Mediva : autofertile, petit calibre, bon.
- Kalao : très bien en AB, même avec monilia sur fleurs.
- Talisman : bien, rustique.
- Aramis : résistant Sharka, rendement variable, à tester.
- Oscar : très bien en AB.
- Farlis : cher à éclaircir mais très bien.

Gestion agronomique et porte-greffes
Le choix du porte-greffe est déterminant pour la vigueur et l'adaptation au sol. Les options incluent les francs (Manicot, Haggith), les pruniers (Marianna, GF 8.1 avec obligation d'intermédiaire RC, Myrobolan B 1254), Torinel (induit une faible vigueur), Citation (très bien si pas de calcaire), et Ishtara (pour sols légers). De nouveaux porte-greffes comme le ZH4 INRA et le Rootpac R espagnol sont également suivis.
La lutte phytosanitaire reste un défi majeur. Les problèmes principaux incluent le Monilia fleur (stade sensible du bouton rose à la chute des feuilles, favorisé par un climat doux et humide), le Monilia fruit (proche de la récolte, lors du grossissement rapide), et la bactériose (toute la saison, liée à l'humidité). Pour la bactériose, une lutte par badigeon sur tronc sur les jeunes arbres est recommandée la première quinzaine d'octobre. La gestion de la Tordeuse Orientale du Pêcher (TOP) repose sur la confusion sexuelle, tandis que l'ECA nécessite de surveiller le vol des psylles autour de la floraison. La Sharka impose un arrachage systématique des arbres infectés.
Tuto : L'éclaircissage des pommiers - Dans les vergers avec Jules
Perspectives de production européenne
Après une récolte 2025 plutôt faible (476 000 tonnes contre 563 000 en 2024), la production européenne d'abricots devrait légèrement progresser en 2026, avec une hausse estimée à +6 % par rapport à l'an dernier, atteignant les 505 000 tonnes. Cette évolution s'explique par des conditions climatiques globalement plus favorables, notamment l'absence de gel, bien que marquées par des épisodes pluvieux pendant la floraison, limitant le plein potentiel de production.
En Espagne, la campagne affiche une légère avance de 5 à 7 jours. La récolte 2026 est estimée à 110 120 tonnes, soit +13 % par rapport à la moyenne 2020-2024, mais -7 % par rapport à 2025. En Italie, la production nationale est estimée à environ 193 680 tonnes, soit +1 % par rapport à 2025. En France, les prévisions de production pour 2026 sont estimées à 106 520 tonnes. Toutefois, l'AOP Pêches et Abricots de France anticipe une récolte inférieure d'environ 15 % à celle de l'an dernier, en raison de l'impact de l'humidité dans la partie sud.

Évolution de la filière et enjeux futurs
La filière est confrontée à une variabilité croissante. À contre-courant de la tendance actuelle, les surfaces d’abricotiers en agriculture biologique diminuent. La sensibilité variétale aux monilioses et la baisse de productivité de certaines variétés non adaptées à la conduite bio en sont les causes principales. L'objectif est de proposer des solutions techniques aux producteurs bio de la région Occitanie pour fiabiliser et accroître la production.
Le changement climatique constitue un défi majeur, nécessitant l'introduction de variétés mieux adaptées, notamment en termes d'exigences en froid. Le secteur est également confronté à un manque de renouvellement des générations et à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Sur le marché, le durcissement des exigences réglementaires entraîne une hausse des coûts de production, sans répercussion systématique sur les prix de vente, fragilisant la rentabilité des exploitations. L'abricotier réserve des mystères, et le lancement d’une étude prochaine, réunissant les compétences de l’INRAe, du CTIFL, du GRCETA, et des stations régionales d’expérimentation, tentera de réunir de nombreux travaux sur la physiologie de l’espèce pour tenter d’en savoir plus.
tags: #calendrier #de #recolte #abricot #serfel