La Camomille Romaine : Une Herbacée aux Multiples Facettes

Illustration de la camomille romaine

La camomille, souvent perçue comme une simple fleur aux vertus apaisantes, est en réalité un terme générique qui englobe diverses espèces botaniques. Parmi elles, la Camomille romaine, ou Chamæmelum nobile, se distingue par son histoire, sa répartition géographique et ses applications variées. Cette plante vivace de la grande famille des Astéracées apporte une note gaie et parfumée dans les jardins, tout en étant prisée pour ses propriétés médicinales et cosmétiques.

Origines et Répartition Géographique de la Camomille Romaine

La Camomille romaine est une plante vivace de répartition atlantique, se rencontrant du Portugal à l’Écosse. En France, elle est présente à l’ouest d’un tracé Amiens-Dijon-Bordeaux. Elle pousse généralement sur des sols siliceux ou sablonneux, humides en hiver, et peut être trouvée jusqu'à 600 mètres d'altitude. Son port couché peut tapisser le sol là où elle abonde, mais elle est sensible à la compétition, notamment pour la lumière. Ainsi, cette camomille occupe surtout des milieux ras bien exposés où le développement d’autres espèces est limité, à l’image des berges des plans d’eau et des pelouses tondues ou piétinées.

En raison de sa répartition, elle était vraisemblablement inconnue des Grecs et des Romains, et elle n’apparaît clairement qu’au XVIème siècle dans la littérature. Notre espèce, Chamaemelum nobile, a été mentionnée en 1588 par le médecin allemand Joachim Camerarius, qui l’observe dans des jardins à Rome.

Variétés de Camomille et leurs Caractéristiques

Le terme "camomille" recouvre en réalité plusieurs plantes, ne appartenant pas toujours au même genre botanique, mais partageant des similitudes d'apparence, avec des fleurs comme des marguerites, un joli feuillage divisé et des propriétés médicinales semblables.

La Camomille Romaine (Chamaemelum nobile)

La Camomille romaine est la camomille la plus utilisée dans la pharmacopée française. C'est une vivace tapissante qui pousse naturellement dans les prés et les friches d’Europe de l’Ouest. Elle forme une petite touffe, se ramifiant uniquement sur la partie supérieure. Ses tiges tendent à ramper au sol avant de se dresser au moment de la floraison, atteignant une hauteur de 10 à 30 cm. Ses tiges sont duveteuses, et ses feuilles sont sans pétiole, de couleur vert-blanc, très découpées et filiformes. Le feuillage est finement divisé et odorant quand on le froisse.

À l’état naturel, ses inflorescences comportent un cœur jaune de fleurs ligulées et des fleurs blanches à la périphérie (comme une marguerite). Elles sont solitaires en bout de tige et très odorantes, apparaissant en été jusqu'en septembre. En culture, c’est la forme à fleurs doubles qui est préférée, avec ses inflorescences presqu’entièrement composées de fleurs ligulées qui ont la forme de pompons blancs. Cette variété est souvent appelée "Camomille à fleurs doubles" (Chamaemelum nobile 'Flore Pleno') et est la variété que l'on trouve communément en pharmacie.

Botaniquement, la Camomille romaine se reconnaît à un ensemble de critères. Si les parties végétatives (stolons) sont couchées voire plaquées au sol, les tiges florifères sont généralement ascendantes ou dressées. Elle présente d’épais stolons souvent rougeâtres sur lesquels naissent des bourgeons de feuilles et de racines, ainsi que des feuilles vert-grisâtres (bi)pennatiséquées à lobes courts, étroits et aigus mesurant 2,5-4 mm x 0,5 mm ; ces dernières sont le plus souvent au moins légèrement pubescentes. Les tiges, ramifiées et feuillées, portent les inflorescences qui se présentent sous la forme de petits capitules bombés composés de fleurs blanches en languette en périphérie (sur un seul rang), et de fleurs jaunes dites « tubulées » au centre. Entre les fleurs du centre, le réceptacle porte également des écailles membraneuses larges, concaves et obtuses, lacérées au sommet. Hermaphrodites et seules fertiles, les fleurs jaunes du centre des capitules se prolongent et recouvrent/coiffent le sommet de l’ovaire sur toute sa périphérie et de manière régulière. L’akène (ou fruit sec appelé abusivement « graine ») produit par chacune des fleurs tubulées mesure 1-1,2 mm x 0,2-0,3 mm et est orné de trois côtes longitudinales sur la face ventrale ; lisse par ailleurs, il prend une teinte grisâtre variable (gris-marron à gris-jaunâtre) à maturité.

Différentes parties de la camomille romaine : fleur tubulée fanée, fruit à maturité et stolons

Deux cultivars sont particulièrement reconnus : 'Flore pleno' et 'Treneague'. Le premier, stérile en raison de l'absence quasi-totale de fleurs jaunes fertiles, doit être multiplié par division de touffe. Le cultivar 'Treneague' a été très utilisé à la Renaissance pour former des tapis végétaux très denses et compacts.

La Camomille Matricaire ou Camomille Allemande (Matricaria chamomilla L.)

Également connue sous les noms de Camomille ordinaire, Camomille vraie, Camomille bâtarde ou Petite Camomille, cette espèce est une annuelle dressée et ramifiée qui pousse naturellement en Europe à l’état sauvage et qui s’invite dans les champs de culture (en particulier les céréales) et les jardins. D’origine ouest méditerranéenne, devenue subcosmopolite, on la rencontre sur tout le territoire français métropolitain jusqu’à 1200 mètres d’altitude. Elle forme un buisson étroit au feuillage finement divisé, filiforme et très découpé. La matricaire fleurit très longtemps, du milieu du printemps jusqu’en fin d’été, produisant des fleurettes évoquant des marguerites miniatures, pas plus de 25 mm. Le centre du capitule est bombé, alors que le tour formé de fleurons blancs se tourne vers le bas après que la fleur se soit ouverte. Elles sentent fortement la camomille, d’où leur appellation courante.

La Grande Camomille (Tanacetum parthenium Sch.Bip.)

Le Pyrèthre doré, ou Grande Camomille, est une espèce ouest asiatique et sud-est européenne. C’est une plante vivace, de haute taille (30 à 70 cm, voire 80 cm à 1 mètre de haut pour la variété Tanacetum parthenium Aureum), ramifiée, qui porte des feuilles pétiolées, duveteuses et divisées en segments plus larges que les deux autres camomilles. Les capitules sont disposés en corymbes et ils sont constitués d’un cœur jaune et bombé (parfois plat) et d’une périphérie de fleurons blancs. Elle fleurit au cours de l’été. Cultivée en Europe occidentale comme médicinale ou ornementale, elle s’y est naturalisée. C’est ainsi qu’on peut la rencontrer en France dans les terrains vagues, les friches et autres lieux incultes, jusqu’à 1200 mètres d’altitude. La variété 'Aureum' possède un beau feuillage doré, et lorsqu'elle est en fleur, ses fleurs blanches et jaunes sur le feuillage doré sont très décoratives.

Autres Espèces Apparentées communément appelées "Camomille"

Dans la flore française, différentes espèces botaniques, appartenant à différents genres (Matricaria, Anthemis, Chamaemelum, Cladanthus, Tripleurospermum, Tanacetum, Vogtia), sont communément appelées “Camomille”. Il est important de les distinguer :

  • La Fausse-Camomille, ou Matricaire inodore (Tripleurospermum inodorum) : Autrefois Matricaria perforata, c'est une matricaire extrêmement commune en France, se rencontrant dans les friches et les cultures du niveau de la mer à plus de 2000 mètres d’altitude.
  • La Matricaire maritime (Tripleurospermum maritimum) : Longtemps classée comme une sous-espèce de la précédente, elle croît naturellement sur les littoraux de la Manche, de la mer du Nord et de l’Atlantique dans les sables maritimes, les friches, les pelouses.
  • La Camomille maritime (Anthemis maritima) : Se rencontre spontanément dans les sables maritimes et les pelouses artificielles de la côte méditerranéenne (Corse incluse). On peut aussi la trouver, en général subspontanée, dans le Midi et sur le littoral atlantique jusqu’au sud de la Bretagne.
  • La Camomille sauvage ou Fausse-Camomille (Anthemis arvensis subsp arvensis) : Plante annuelle des cultures (de céréales notamment) et des friches, elle peut être rencontrée sur tout le territoire français métropolitain où elle y est souvent rare (espèce en régression).
  • La Camomille puante ou Maroute (Anthemis cotula) : Dispersée dans toute la France, bien que rare dans de nombreuses régions (espèce qui serait également en régression). On la trouve principalement dans les cultures (céréales notamment) et dans les friches. Elle dégage par froissement de ses parties aériennes une odeur fétide.
  • La Camomille mixte ou mélangée (Cladanthus mixtus, ex Ormenis mixta) : Espèce méditerranéenne (sud Europe, Afrique du Nord), c'est une adventice de culture qui fréquente aussi les pelouses, les friches ouvertes et autres lieux incultes aux sols plutôt siliceux. En France, elle se rencontre dans l’ouest et le Midi où elle n’est jamais très commune ; elle est très rare et occasionnelle sur le reste du territoire.
  • La Matricaire fausse-Camomille ou Matricaire sans-rayon (Matricaria discoidea) : Facile à identifier par ses capitules dépourvus de ligule blanc. Originaire du nord-est de l’Asie et du nord-ouest de l’Amérique, elle est naturalisée sur tout le territoire français métropolitain où elle est très commune. C’est une adventice des cultures et jardins que l’on rencontre aussi au bord des routes et des chemins, dans les jachères et les endroits incultes sur sols très tassés.
  • La Camomille bleue, ou Tanaisie annuelle (Vogtia annua, ex Tanacetum annuum) : Nommée ainsi en référence à la couleur de l’huile essentielle extraite de la plante. Cette espèce ouest-méditerranéenne croît spontanément en France (très rare, plus qu’une seule station actuellement connue, dans le Sud-Est), dans le sud de la péninsule ibérique (Espagne, Portugal), et surtout au Maroc où elle y est également cultivée. On la trouve dans les friches et les terrains incultes sur sol argileux profonds et humides en hiver.

Comparaison visuelle des différentes espèces de camomille

Culture et Entretien de la Camomille Romaine

La Camomille romaine, peu exigeante, trouve toujours sa place au jardin. Elle préfère une exposition plutôt ensoleillée, bien qu'une mi-ombre soit éventuellement tolérée. Elle aime les sols secs, sablonneux, neutres à légèrement acides et humifères, et se plaît en altitude jusqu’à 1000 mètres. Bien que préférant des sols frais et légers, une fois bien implantée, la camomille romaine tolère les périodes de sécheresse. Les potées auront toutefois besoin d'être arrosées régulièrement.

Plantation

La Camomille romaine se sème en pleine terre au printemps, une fois que les gelées sont terminées, ou bien à l’automne. Elle peut également être plantée aux mêmes périodes et se cultive en bacs aussi bien qu’en pleine terre. Utilisée en pot ou en couvre-sol au pied des arbres, elle s'associe avec bonheur aux lavandes et autres vivaces. Cultivée en pleine terre, en massif ou en bordure, elle se sème d'elle-même d'une année à l'autre si la situation lui convient. Au jardin, on peut l'installer en bordure d’un dallage, d’un massif de fleurs ou des rangs de légumes. Elle a aussi toute sa place dans la rocaille, dans un bac ou un carré d’aromatiques.

Entretien

Les camomilles ont besoin de peu d’entretien. Il est juste nécessaire de couper les fleurs au fur et à mesure où elles fanent, et de rabattre la camomille romaine à la fin de l’hiver. Une bonne taille en fin de saison permet à la camomille romaine d'entamer le printemps suivant avec vigueur. En pot, elles doivent être arrosées régulièrement. Elles se multiplient par semis spontanés ou par division des touffes (pour les vivaces), qui se réalise en automne. Attention en hiver si le sol n’est pas assez drainé, la camomille romaine et la grande camomille craignent l’humidité froide ; il faudra pailler leur pied pour les protéger.

Propriétés et Utilisations de la Camomille Romaine

Connue depuis l'Antiquité pour ses propriétés médicinales et cosmétiques, ses multiples bienfaits lui valent la dénomination de camomille officinale. C'est dans ses capitules que se concentre son intérêt pour la pharmacopée. Tandis que les herboristes y trouvent de quoi soigner certains troubles (utilisation des capitules en infusion), l’huile essentielle qui y est produite est très recherchée. Les fleurs fraîches ou séchées de la Camomille romaine et de la Matricaire permettent de faire des tisanes, des macérats huileux, des lotions, des gels et des huiles essentielles. Au goût, la matricaire est légèrement moins amère que la camomille romaine. Elles offrent toutes deux des propriétés thérapeutiques similaires : calmantes, apéritives, émollientes, fébrifuges, antispasmodiques, sédatives, antifongiques.

Usages Médicinaux et Cosmétiques

La Camomille romaine est utilisée pour faire de l'huile essentielle aux propriétés notamment antioxydante, anti-inflammatoire, sédative et spasmolytique. La petite camomille est traditionnellement utilisée pour ses propriétés médicinales, et ce depuis l’Antiquité. Elle se boit en tisane pour calmer les troubles digestifs et pour ses propriétés apéritives. Elle est tonique, antispasmodique et analgésique. Les fleurs de camomille se récoltent en été, lorsqu'elles commencent à s'ouvrir. Ensuite, on les met à sécher à l'ombre, au chaud, et lorsqu'elles sont bien sèches, on peut les conserver une année complète.

La camomille, cette petite plante qui nous veut du bien !

Au Jardin

La camomille est également la bienvenue dans les potagers, car sa puissance aromatique repousse bien des insectes dits nuisibles. Les propriétés répulsives des camomilles contre de nombreux parasites leur offrent une place toute trouvée au potager, ou encore autour des plantes sensibles aux pucerons qu’elles attireront à leur place.

La Camomille dans la Culture et le Symbolisme

Dans le langage des fleurs, les Grecs avaient associé la camomille à Morphée, dieu des rêves. Il est vrai qu'une infusion de camomille avant le coucher aide à dormir, et autrefois, on pensait qu'elle favorisait les rêves prophétiques, ou encore qu'elle attirait l'argent. On offrait des brins de camomille sauvage à ceux qui avaient besoin de retrouver confiance, foi et espoir.

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