Qu'est-ce qu'un camp commun de permaculture ? Comprendre un mode de vie durable

La permaculture est un système de conception écologique qui vise à créer des systèmes d'habitation humaine durables en imitant les modèles présents dans la nature. Le mot "permaculture" a été inventé dans les années 1970 par l'écologiste australien Bill Mollison et son collaborateur David Holmgren. Les systèmes de permaculture sont conçus pour être très efficaces et autosuffisants. Ils sont souvent créés à petite échelle, par exemple dans un jardin familial ou dans une ferme. Elle est désormais mise en œuvre dans de nombreux domaines, notamment l'agriculture, la foresterie et même l'hôtellerie.

Si pour le grand public, la permaculture est un modèle agricole, il faut savoir que si l'agriculture a été le premier échelon entre l'homme et la nature, la permaculture ne s'y limite pas. C'est une méthode de réflexion et d'application qui peut se décliner pour n'importe quel projet. Comme le dit Bernard Alonso, « la permaculture est un mot construit de la même façon qu'architecture : il s'agit d'aller vers des procédés qui soient le plus proches possible du fonctionnement de la nature et le plus respectueux dans la durée ». Cette méthode peut s'appliquer à n'importe quoi, par exemple au fonctionnement d'une association.

Schéma des principes de la permaculture

La permaculture n'est pas un ensemble de règles à suivre partout et de la même façon, encore moins un dogme. Les écrits des fondateurs du concept, Bill Mollison et David Holmgren, peuvent (et doivent) être contestés. La permaculture nous invite donc à observer, à apprendre et comprendre le fonctionnement des écosystèmes naturels, pour orienter nos conceptions. De même, notre connaissance générale des plantes et du jardin guidera nos choix de plantations. Une technique n'est pas permaculturelle en soi : elle ne le sera que si elle découle des principes et de l'éthique de la permaculture et si elle est déclinable dans un design de permaculture.

On entend parfois dire que la permaculture n'est qu'un avatar du jardinage bio, sous un autre nom. La première est beaucoup plus que de la production alimentaire, c'est une approche globale. Le second est une méthode. En revanche, les deux se rejoignent et se complètent. La permaculture considère l'ensemble “habitat + terrain” comme un système vivant entier. C’est en observant la nature que nous apprenons comment les écosystèmes fonctionnent. L’étude des écosystèmes fait également ressortir les relations bénéfiques entre plantes et animaux.

Les principes fondamentaux de la permaculture

La permaculture est une branche de la conception écologique qui vise à créer des systèmes d'habitation humaine durables en imitant les modèles présents dans la nature. En matière de mode de vie durable, il existe peu de pratiques plus importantes que la permaculture. La permaculture est basée sur l'observation et le mimétisme des systèmes naturels et vise à créer des systèmes hautement efficaces, autosuffisants et régénérateurs.

Parmi les principes fondamentaux, on retrouve :

  • Appliquer l'autorégulation et accepter la rétroaction : tout ne fonctionne pas comme on l'avait prévu ! Jade insiste pour dire que tout cela n’a rien de nouveau : ce sont des principes universels et de bon sens. C'est pour cela qu'ils peuvent s'appliquer à tout projet.
  • Considérer son jardin comme une potentielle micro-ferme : ou du moins comme un petit système intensif, vertueux et résilient où « chaque élément remplit plusieurs fonctions et chaque fonction est assurée par plusieurs éléments ». Mais aussi où chaque élément est placé en relation avec les autres (exemple : la haie vive composée de plusieurs espèces différentes produit des petits fruits, mais aussi des fleurs pour les butineurs, de l’ombrage, un effet de lisière, un abri pour la faune auxiliaire, des feuillages pour nourrir les poules quand l’herbe est sèche, une protection contre le vent, un moyen de produire de « l’eau verte », de la biomasse qui servira à fertiliser le sol du potager ou le pied des jeunes fruitiers.
  • Maximiser les « effets de lisière » : véritable interface entre deux milieux où la vie abonde particulièrement.
  • Observer de près pour interagir rapidement… ou pas ! Car parfois la nature peut se débrouiller sans nous. Mais pas toujours.
  • Accepter d’utiliser de l’énergie (y compris fossile ou électrique) si le résultat permet d’en économiser davantage : penser, par exemple, qu’utiliser un broyeur pour réaliser du BRF au kilomètre zéro permet d’économiser l’achat d’un certain nombre de sacs de terreau, de paillages ou d’engrais bio fabriqués à 800km et packagés en sacs plastique.
  • Chercher à régénérer plutôt qu’à forcément toujours s’adapter : dans un monde où tout le monde n’a que le mot « résilience » à la bouche (un bien joli mot, mais qui commence à m’agacer quand je le vois utilisé à tous bouts de champ par des politiciens qui ne cherchent ni plus ni moins qu’à nous manipuler : non, nous n’avons pas à être « résilients » quand la situation est inacceptable ! Nous devons être « résistants », c’est très différent…), il faut parfois se rappeler que s’adapter est parfois une preuve d’intelligence, et d’autre fois complètement contre-productif. Tout dépend des cas : exemple parfait avec la gestion de l’eau : plus on plantera dans nos campagnes tempérées d’espèces supposées « résilientes » car issus de biotopes très secs (palmiers, cactus, etc.) pour remplacer nos espèces autochtones (peupliers, ronciers, aubépines, bouleaux, etc. lesquels produisent de « l’eau verte » par tout un écosystème de mycorhization et évapotranspiration), plus on accélérera hélas le processus de désertification ! C’est en plantant densément et intelligemment, en augmentant de quelques points les taux de matière organique de nos sols, que nous allons retenir l’eau sur nos terres, mais aussi faire tomber la pluie. Résister et régénérer plutôt que de « résilier » comme de pauvres moutons résignés… c’est presque aussi difficile à prononcer que les chaussettes de l’archiduchesse ça ^^ , mais moi ça me parle ! Car relever ses manches et faire front face à un monde où tout fout le camp c’est peut-être un peu plus fatigant (et encore) que de se faire de l’autosuggestion dans son fauteuil en se répétant « tout va bieeen, je reste positiiif« , mais c’est tellement plus enthousiasmant ! Et plus utile surtout. Et puis, on peut être positif, enthousiaste, bienveillant MAIS résistant. L’un n’empêche pas l’autre.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

L'application de la permaculture dans le camping

Quel est le rapport entre tout cela et le camping ? Eh bien, il s'avère que la permaculture et le camping vont de pair. Visiter un hôte qui pratique la permaculture ou qui travaille à sa mise en place est un excellent moyen de se faire une idée de ce qu'il faut faire avant de s'y mettre.

Le camping est un excellent moyen d'apprendre à connaître et à observer les écosystèmes naturels. En passant du temps dans la nature, vous pouvez mieux comprendre comment ces systèmes fonctionnent et comment ils peuvent être reproduits à plus petite échelle. Le camping vous permet également de vous éloigner de l'agitation de la vie quotidienne et de vous connecter à la nature à un niveau plus profond. Enfin, le camping est un excellent moyen de faire abstraction du bruit et de se concentrer sur ce qui compte vraiment. Il faut vouloir y aller !

Vous rencontrerez cependant quelques hôtes qui travaillent particulièrement dur pour réduire l'impact environnemental de leurs activités d'hébergement et de leur vie quotidienne. Ces hôtes accueillent des invités dans leurs campements durables à travers l'Europe, offrant une exposition directe à leurs parcelles de nature unique tout en présentant les immenses avantages de leurs pratiques de permaculture.

Considérez la façon dont vous obtenez de l'eau pour le camping. Si vous utilisez de l'eau en bouteille, vous créez des déchets inutiles et consommez des ressources qui pourraient être utilisées plus efficacement. Réfléchissez à la manière dont vous éliminez les déchets lorsque vous campez. Si vous vous contentez de tout emporter en partant, vous ne faites rien pour réduire votre empreinte écologique.

Dans la description proposée sur chaque page d'espace, vous pouvez parfois lire des informations sur les matériaux utilisés sur le site - souvent, nos hôtes les plus créatifs utilisent des matériaux recyclés pour construire de petites maisons, des cuisines extérieures et des espaces de détente. Enfin, les ressources et les méthodes utilisées dans l'espace de camping peuvent en dire long.

Exemple de camp de permaculture en pleine nature

Des exemples concrets de camps de permaculture

De nombreux camps et initiatives autour de la permaculture se développent, chacun avec ses spécificités. Voici quelques exemples :

  • L'oasis de Nicolas Starreveld au Portugal : Nicolas Starreveld possède une oliveraie de 60 oliviers dans une région isolée et vallonnée du sud du Portugal, qu'il utilise pour fabriquer de l'huile d'olive et soigner les olives. Les clients aiment l'espace de camping de Nicolas parce qu'il leur donne une véritable sensation de hors réseau - vous atteignez l'espace de camping par une courte randonnée sur un chemin de terre aventureux avec pour toile de fond le Vale Amado.
  • La yourte durable de Vanessa en Catalogne : Vanessa vivait auparavant à Barcelone, où elle a hébergé une expérience artistique et bohème dans son atelier de couture via Airbnb. Dans sa nouvelle maison dans une yourte à la campagne, elle voulait faire la même chose - partager son espace, mais avec une vision renouvelée de la durabilité. Vanessa vit dans une yourte au milieu de ses oliveraies à Riudecanyes, en Catalogne. Dans son jardin, vous trouverez son oasis de paix avec des feuillages variés, des hamacs, un barbecue et des feux de camp.
  • La ferme de Thomas, formateur en permaculture : Formateur en permaculture et père de cinq enfants, Thomas s'est construit une vie pour lui et sa famille qui ne dépend pas de la "course à la richesse". En plus d'être un excellent moyen de voir un professionnel de la permaculture en action, la visite de l'espace de camping de Thomas sera une expérience merveilleusement relaxante.
  • Le havre de paix de Gloria pour les grimpeurs : L'hôte Gloria est une grimpeuse expérimentée, permacultrice et fondatrice de l'initiative des villes en transition "Valgandino in Transizione". Un havre de paix pour les grimpeurs !
  • La micro-ferme autosuffisante de Patrick : L'hôte Patrick travaille à l'autosuffisance totale sur sa propriété. Une petite ferme en permaculture d'un acre entourée d'un mur comprenant une grange, deux hangars, des zones ombragées, un étang, un grand potager et des volailles en liberté, notamment des canards, des poulets, des pintades et des cailles.
  • Le Permacamp dans les Pyrénées-Orientales : Vous devez commencer par remonter la vallée du Tech, l’une des plus proches de la frontière espagnole. Puis grimper dans la montagne jusqu’à Lamanère, la commune la plus au sud de l’Hexagone, rejoindre une piste forestière qui serpente de plus en plus haut, franchir une barrière, dont le code nous a été fourni, éviter les trous pendant cinq kilomètres, avant d’atteindre un plateau à 1000 m d’altitude. Là, au moment où nous arrivons, Bernard Alonso, formateur québécois à la permaculture, explique à un groupe d’une quarantaine de personnes l’intérêt de savoir déterminer les courbes de niveau sur un terrain que l’on veut cultiver. Les personnes présentes (une trentaine d’hommes et une dizaine de femmes, de 17 à 60 ans) s’initient au « niveau égyptien » : avec trois branches formant un A et un fil tenu à la verticale par une pierre, cela permet de tracer au sol une courbe de niveau. Un peu plus loin, près d’habitations en pierre, est installée une immense cuisine où quatre personnes préparent le dîner. Une salade de multiples plantes sauvages et cultivées accompagnera différents plats végétariens. Les cuisinier-e-s sont d’anciens stagiaires qui reviennent d’une année sur l’autre et obtiennent un stage gratuit en échange d’un certain nombre d’heures de bénévolat pour assurer l’intendance. Sur un mur, une toile présente l’ensemble des activités du permacamp : c’est extrêmement varié. David, initiateur du camp, n’est pas là ce jour. Toutefois, il y a Jade, salariée aujourd’hui, et Jérôme, qui a participé à la première formation avant de revenir comme animateur. L’association « Permaculture et transition en pays catalan » est à l’origine du camp. Elle a travaillé avec l’Université populaire de permaculture, dans laquelle on trouve notamment le britannique Steeve Reed. Celui-ci a été le formateur de Jade, qui a passé le Permaculture design course, un diplôme qui permet ensuite d’enseigner à son tour la permaculture. Les propriétaires du lieu ont prêté le terrain pour accueillir en 2013 un séminaire de deux semaines sur la permaculture. Ce cours a été donné en français par Andy et Jessie Darlington, un couple installé dans l’Aude depuis une trentaine d’années.
  • Le projet TERA à la Ferme de Lartel : Nous sommes à la Ferme de Lartel, dans un petit village qui s’appelle Masquières. C’est l’un des lieux qui soutiennent le projet Tera, un projet d’écovillage expérimental et de développement territorial. Ici, c’est la partie microferme, production à la fois maraîchère, vivrière avec une forêt comestible, boulangerie, spiruline, et autres activités autour du corps de ferme. Quand nous sommes arrivés en 2016 nous avons tout de suite commencé le potager associatif. Il y a beaucoup de néo ruraux dans le projet, donc des gens qui au début ne savaient pas par quel bout il fallait tenir une bêche. Ça a donc pris un peu de temps. Le maraîchage pour l’instant est très modeste mais a vocation à grandir jusqu’à devenir une activité commerciale. Nous avons la forêt comestible dont je m’occupe. Cette activité a une vocation vivrière. Je ne dirais pas qu’elle n’est pas économique mais pour le moment les récoltes sont symboliques et ça reste expérimental. C’est un lieu qui permet d’apprendre. On a aussi une activité de boulange. Elle est en chantier depuis très longtemps, mais elle va vraiment démarrer à l’automne parce que nous avons rénové un petit bâtiment, qu’on appelle la grangette, qui était le plus petit des bâtiments du corps de ferme. Les travaux sont enfin terminés et nous n’attendons plus que la livraison du nouveau four. La vocation pour le pain est commerciale. Nous allons commencer gentiment avec 15/20/25 kilos de pain par semaine, et ça va assez vite monter dans les mois qui suivent. À terme, je pense qu’on aura dans les 90/100 kilos de pain par semaine. Alan est donc le maître composteur du lieu : c’est lui qui gère le compost, qui profite du coup à l’activité de maraîchage, à la forêt comestible. Il récupère aussi les déchets des toilettes sèches pour le compost.
  • La Ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie : Crée en 2006, la Ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie, devenue un lieu référence de la permaculture en France. Elle fut l'un des premiers lieux en production maraîchère en Europe dessiné selon les concepts de la permaculture. Aujourd’hui, les recherches menées au Bec Hellouin inspirent des personnes du monde entier : agriculteurs, politiques, responsables de collectivités territoriales, etc.

Carte des camps de permaculture en France

Les activités et formations proposées dans un camp de permaculture

Chaque permacamp est l’objet d’un élargissement des activités avec des personnes invitées pour encadrer les formations : le jardinage agroécologique a été présenté par quelqu’un formé par l’association Terre et Humanisme ; des apiculteurs viennent expliquer leurs méthodes ; des boulangers montrent comment faire le pain ; des biodynamistes exposent les spécificités de leur modèle agricole… C’est extrêmement varié : il y a eu des formations autour de la communication non-violente, des abeilles, des monnaies locales, de l’autoconstruction, de la forge, etc.

Jérôme, qui a participé aux rencontres des Ami-e-s de Silence, estime que l’on y aborde les mêmes thèmes, mais que le permacamp est plus structuré : le programme est prévu en amont, on fait venir des intervenants extérieurs… ce qui a un coût et nécessite des inscriptions à l’avance. Les gens qui viennent sont surtout français, mais aussi belges, suisses, espagnols et italiens. Cette année, les femmes sont en minorité mais ce n’était pas le cas l’année précédente. Le choix des animateurs et des sujets a une influence sur la parité… donc c’est en amont, au niveau de ces thèmes, qu’il faut veiller à penser la question du genre.

Les formations fonctionnent par une alternance de grands et petits groupes de 4 ou 5 personnes qui se choisissent un nom. Ce nombre de participants semble le plus efficace pour apprendre un savoir-faire : c’est une taille intermédiaire entre l’individuel et le collectif.

Les séjours d’immersion ne sont pas aussi théoriques et pointus que nos formations à l’agroécologie : ils sont avant tout une découverte et une initiation au jardin et à l’agroécologie.

Le calendrier des activités peut varier selon les saisons :

  • Mars : La chaleur de la serre, en plus d’offrir un peu de chaleur aux apprentis jardiniers, permettra de semer en pépinière une grande variété de légumes. En extérieur, les buttes seront préparées (aérobêche, croc, râteau) pour avoir la terre la plus accueillante possible pour nos semis en pleine terre.
  • Avril : Les pluies généralement abondantes et le temps qui se radoucit en font une période de prédilection pour les semis en pleine terre ou en pépinière. Les plants semés en mars sont rempotés dans des pots plus grands pour qu’ils s’épanouissent avant d’être repiqués. La préparation du sol se poursuit, les premiers plants de légumes sont repiqués dehors, quelques engrais verts sont semés. Mais malgré l’adage, en mai il peut encore geler, il faudra donc protéger les jeunes pousses du froid et attendre la moitié du mois pour repiquer les légumes du soleil.
  • Juin : Le soleil est haut dans le ciel, les jours sont longs, les légumes poussent vite. On repique les plants, on continue de semer, et on reste très vigilant sur l’arrosage et le paillage.
  • Juillet et août : La chaleur est généralement bien installée. A cette période, il y a beaucoup d’entretien à réaliser dans le jardin : pailler, désherber, arroser… Le travail des mois précédents porte ses fruits, les récoltes sont abondantes mais nous ne pouvons pas tout manger.
  • Septembre : C’est généralement un mois intense au jardin. Il y a encore beaucoup de légumes à récolter et transformer, de semences à trier, d’aromatiques à sécher, de plantes à bouturer et les cultures d’hiver se préparent maintenant, il faut donc préparer le sol, semer en pleine terre et en pépinière.
  • Octobre : La saison d’immersion touche à sa fin, même si le jardin ne s’arrête pas pendant l’hiver, c’est le moment de le préparer : rangement, protection, démontage de certaines structures et ombrières.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

Les techniques de permaculture pour un jardin durable

Il n’y a pas une méthode de permaculture, c’est à chacun de réfléchir et de construire sa propre permaculture, car celle-ci se veut protectrice de la nature et des humains. Privilégier les plantes qui se ressèment, pour des plantations plus pérennes et un moindre coût financier et temporel.

Idéalement, il faudrait surtout une véritable prise de conscience collective dans ce monde où le manque d’espace cultivable devient une vraie quadrature du cercle : je vous le dis en toute simplicité, ce n’est pas pour choquer ni provoquer, mais si toutes les familles ayant l’immense chance d’accéder à un bout de terre (ou même un balcon, une toiture d’immeuble…) passaient un peu moins de temps devant Netflix, les jeux vidéos, la télé, les réseaux sociaux etc. mais un peu plus de temps à cultiver en bio toutes sortes de légumes, de fruits, de plantes aromatiques, éventuellement élever quelques poules, et bien tout le monde serait gagnant : bien sûr on ne peut forcer personne, mais la vie de ces familles serait plus belle, leur santé bien meilleure (moins besoin de salle de sport ou de « développement personnel » coûteux si on passe du temps au jardin presque tous les jours), le moral des troupes remonterait en flèche (la biodiversité aussi ;)), les enfants comprendraient mieux par eux-mêmes l’importance d’un monde plus « écoresponsable », c’est toute la société qui y gagnerait (et pas seulement en autonomie alimentaire). Et non ce n’est pas utopique, car c’est ainsi que fonctionnait le monde jusqu’aux années 50, où chacun produisait une partie de sa nourriture, excepté dans les villes où les nombreux marchés proposaient aux citadins des fruits, légumes et produits de la ferme à la fois frais, locaux, sains, et peu chers.

Parmi les techniques et les éléments à considérer :

  • Les adventices : Elles ne sont plus appelées mauvaises herbes, et pour cause ! Nombre d’entre elles sont utiles, aux auxiliaires, à la terre qu’elles protègent ou nourrissent, à nous car elles nous donnent beaucoup d’indications sur la nature de notre sol. Et en plus, certaines se mangent ! En occupant tout le temps vos espaces, vous limiterez leur propagation.
  • Dessinez votre projet : Que planter pour protéger des vents dominants, où placer les végétaux les plus utilisés dans la vie de tous les jours : légumes, aromates, pour qu’ils soient le plus accessibles possible, créer des zones plus ou moins proches de l’habitation selon les activités humaines.
  • Créez des parcelles : Le principe est généralement de cultiver au-dessus du sol, pour ne pas épuiser ses ressources. Les types de parcelles sont très variés : trou de serrure, lasagne, plate-bande permanente, buttes, bottes de pailles, potager 3P (liste non exhaustive !! ). Si vous faites des bordures végétales, prenez une plante qui a peu de besoins et un système racinaire léger, pour ne pas faire de concurrence aux végétaux plantés à l’intérieur. À moins qu’elle n’ait aussi une utilité ! Vos parcelles doivent être assez larges, mais vous devez pouvoir en atteindre facilement le centre, 1m20 est raisonnable. Vous ne devez pas avoir à marcher dans vos planches de culture, ça tasse le sol, empêchant les vers de terre de faire correctement leur boulot ! En permaculture, la terre n’est jamais retournée ni bêchée. Les parcelles doivent être utilisés tout le temps, donc sélectionnez pour aller ensemble des plantes qui se succèdent dans le temps.
  • Le paillage : Paillez systématiquement entre vos plantations : vous éviterez la pousse des adventices et vous limiterez l’évaporation de l’eau, le gain est sérieux, d’environ 3 arrosages sur 4, les micro-organismes et petits insectes peuvent y travailler à décomposer les éléments qui sont disponibles, taux d’humidité et température sont plus stables, ce qui réduit le stress des plantes.
  • Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) : Il est issu de rameaux jeunes, de moins de 2 ans, qui ont été broyés. Ce broyage permet aux champignons de pénétrer rapidement dans le bois (ils ne peuvent pas pénétrer dans l’écorce) et de le digérer. Ce BRF étalé à la surface du sol rend le sol fertile et aux bons soins des végétaux, en y développant mycélium et humus.
  • Les feuilles mortes : Très semblable au “paillis” qui couvre le sol des forêts, sol idéal s’il en est, vous devez récupérer les feuilles mortes de votre jardin, ou pourquoi pas au bord des routes et les utiliser au pied de vos végétaux. Évitez cependant les feuilles mortes des noyers et des fruitiers.
  • Les tontes d’herbe : Riches en azote, elles sont particulièrement adaptées aux haricots, pois, laitues, pommes de terre et autres gourmandes. Faites sécher 2 ou 3 jours votre tonte au soleil avant de l’utiliser en paillis de 10 cm, pour avoir une couverture durable.
  • Les engrais verts : Couvrant un sol nu et permettant au sol d’être plus perméable, grâce à leurs racines, ils apportent en plus, une fois fauchés ou recouverts par un paillis, des nutriments indispensables aux végétaux.
  • Optimiser chaque élément et les interactions : Les éléments de votre jardin doivent pouvoir interagir entre eux, pour être utiles à plusieurs fonctions : des poules vous nourrissent, se délectent des limaces, fertilisent le sol et se nourrissent de vos déchets, les engrais verts couvrent le sol, leurs racines nourrissent les organismes du sol, les éléments nutritifs qu’elles contiennent nourriront le sol une fois qu’elles seront décomposées. Les plantes compagnes se protègent ou s’aident les unes les autres.
  • Recycler l’eau : Récupérer les eaux de pluie dans des contenants ouverts permet non seulement de disposer d’eau pour l’arrosage, mais aussi d’attirer des oiseaux qui viendront y boire et vous débarrasser des insectes indésirables. Des réservoirs placés un peu partout dans le jardin vous feront économiser efforts et déplacements. Pour favoriser la pénétration de l’eau dans le sol et ainsi éviter l’érosion et le besoin d’arrosage, le mieux est d’utiliser les chemins en surélévation comme des mini-digues. Pour ralentir l’écoulement, un chemin doit être le moins pentu possible.

Illustration d'un potager en permaculture avec différentes cultures

Les défis et l'avenir de la permaculture

Car on en est vraiment là, au stade où préserver ce qui existe encore ne suffit plus. Il faut aussi réparer des décennies d’erreurs et de carnages, ré-ensauvager, redonner de la vie et de la biodiversité partout où elles s’éteignent. Tout doit être régénéré : la biodiversité, la vie des sols, le cycle de l’eau… tout. J’aime bien ce terme d’« agriculture régénérative », que je trouve assez parlant.

Toutes ces mises en œuvre permettent d’améliorer grandement les taux de matière organique et de minéraux dans les sols, mais aussi maximisent la vie microbienne, la mégafaune, la microfaune, la mésofaune, la microflore, la présence de champignons « auxiliaires » (ceux qui mycorhizent avec les racines, puisent l’eau très profondément et empêchent la prolifération de maladies telluriques) dans nos parcelles agricoles dégradées par l’agriculture intensive, épuisées, vidées… et cependant prêtes à laisser refleurir le miracle de la vie si nous leur en donnons les moyens. Qu’on l’appelle permaculture, agriculture régénérative, agroécologie, agroforesterie, syntropie, etc. cette agriculture respectueuse qui « produit en réparant » et compose avec les forces et les grands principes de la nature plutôt que de lutter contre est la seule et unique solution.

En sachant tout cela, pourquoi cette forme d’agriculture n’est-elle pas une priorité absolue ? Pourquoi cela n’est-il pas enseigné à l’école dans le tronc commun, pas au point de remplacer le français et les maths certes mais du moins un minimum évoqué alors qu’il en va de notre survie ? Pourquoi nos agriculteurs qui font les choses bien (pas les énormes requins de l’agrobusiness, non, ceux-là sont généralement pleins aux as, roulent en 4X4 de luxe et choppent toutes les terres qui se libèrent pour toucher encore plus d’aides PAC) meurent-ils d’épuisement, de désespoir ou de faim ? Pourquoi tant de maraichers doivent-ils abandonner, la mort dans l’âme, faute de pouvoir payer correctement des employés bossant 8H par jour en plein soleil (cependant que des politiciens, dans leurs locaux climatisés, votent la loi Duplomb…).

Je me demande où va cette société où tant de gens, et même de jeunes gens dans la force de l’âge, ne rêvent que de « gagner leur vie » en visant un job d’influenceur ou un business dématérialisé sur les réseaux sociaux, portant sur des trucs totalement superflus qu’on nous vend à grands coups de marketing. Quand on aura des milliards de milliards de données informatiques stockées dans des monstrueux serveurs bouillants comme des cocottes-minute géantes, des milliards de présentations Canva vendues comme des « formations » pour apprendre parfois des trucs complètement perchés, mais qu’il n’y aura plus de bras pour cultiver la terre, et de surcroît pour la cultiver sainement, que mangera-t-on ? L’IA, qui peut nous donner l’illusion d’être tous très puissants, très rapides et très malins, ne sait pas semer, ni récolter, ni traire, ni soigner comme nos paysans… elle n’a pas de bras, l’IA.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

Mon conseil ultime serait de faire une formation en permaculture ! Parce c’est à mon avis l’outil qui apporte à la fois l’élan pour faire quelque chose de concret et en même temps ça nous donne les outils de design et de réflexion pour ne pas se précipiter. Il s’agit vraiment de faire confiance aux processus à la fois naturels et à ceux de la permaculture et du design. C’est très important d’être doux avec soi-même, d’accepter les échecs et de les voir comme une richesse et comme un processus. Il faut faire confiance : quand on plante des choses, quand on construit des choses, il va toujours rester un résultat agréable à la fin. Ça prend du temps, mais si on veut de la pérennité il faut faire dans le lent et le progressif. Ce n’est pas avec des méthodes brutales et focalisées sur des résultats immédiats que l’on va créer un système pérenne. Nous essayons d’éviter ces méthodes qui ont un prix à la fin ; pour moi, la permaculture, c’est faire autrement, accepter pour s’inscrire dans du pérenne. En acceptant ça, on se retrouve à être surpris par des réussites inattendues, par des choses qu’on n’espérait pas. Par exemple, on a planté partiellement l’une des guildes de Permaculture Design, celle de la vigne. On a planté des pieds de vignes, et la première année il y en a qui sont morts. C’est triste à chaque fois et on pense qu’on ne va pas y arriver. Puis pour la troisième fois on a planté, et ça y est : on a un pied qui nous a donné nos premières grappes de raisin ! Ayez confiance, de votre vivant il va se passer quelque chose de bien, vous n’allez pas mourir sans voir émerger quelque chose de vraiment chouette sur ce que vous construisez.

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