Les mystères du sol : Champignons, boules gluantes et autres organismes dans votre terreau

La terre qui nourrit nos plantes, qu'elles soient d'intérieur ou d'extérieur, est un univers complexe et souvent méconnu. Loin d'être un simple mélange inerte, elle abrite une vie foisonnante, dont les manifestations peuvent parfois surprendre, voire inquiéter le jardinier novice. Des structures étranges ressemblant à des boules gluantes aux formations filamenteuses ressemblant à de la moisissure, en passant par les mycorhizes bénéfiques, le sol est un écosystème dynamique. Cet article se propose de démystifier ces apparitions, en s'appuyant sur les observations et les connaissances actuelles, pour mieux comprendre la nature et le rôle de ces organismes souvent discrets.

Les mycorhizes : Partenaires invisibles de vos plantes

Parfois, la terre est enrichie de mycorhize et peut ressembler à ça, même avant d’être dans vos pots. Ce sont des champignons bénéfiques dont on estime le nombre d’espèces à plus de 50 000. Sans rentrer dans les détails, le «champignon» tel qu’on le connaît est tout simplement l’organe reproducteur. Ces champignons mycoriziens s’étalent sous terre à la recherche de racines. Une fois trouvées, ils font une symbiose, ils deviennent partenaires d’affaires! Tout ça pour dire que votre terre est probablement très riche et saura très bien nourrir vos plantes.

Champignons mycoriziens formant un réseau sous terre

Le concept de symbiose est central ici. Les mycorhizes ne sont pas de simples occupants du sol ; elles établissent une relation mutuellement bénéfique avec les racines des plantes. En échange de nutriments (comme le phosphore et l'azote) que les champignons sont capables d'extraire du sol et de rendre assimilables par la plante, ces dernières fournissent aux mycorhizes des sucres produits par la photosynthèse. Ce partenariat invisible est crucial pour la santé et la croissance de la plupart des espèces végétales.

Les "boules gluantes" : Entre confusion et découverte

Pour la tranche de vie, ma toute première plante avait ces étranges boules dans la terre. Ma première réaction fut de la regarder au microscope, de l’ouvrir, et de supposer que le liquide un peu gluant à l’intérieur était en fait… un escargot! Par la suite, j’ai observé et chéris un autre de ces «escargots» quelques jours avant de réaliser qu’il ne bougeait pas du tout et de faire des recherches. Ces capsules sont faites pour se dissoudre avec le temps pour relâcher leur contenu. Est-ce bon pour tel ou tel type de plante? À cela, je réponds: de l’engrais, c’est de l’engrais!

Ces "boules gluantes" peuvent prêter à confusion. Elles peuvent ressembler à des œufs d'insectes, à de petites capsules d'engrais à libération lente, ou même, dans une interprétation fantaisiste, à des "escargots" immobiles. En réalité, ces structures sont souvent des organes de reproduction de certains champignons ou des réservoirs de nutriments. Leur capacité à se dissoudre et à libérer leur contenu en fait une forme d'engrais naturel. La question de leur compatibilité avec des plantes spécifiques est largement résolue par le fait que leur fonction première est d'apporter des nutriments, ce qui est universellement bénéfique pour la croissance des plantes.

Dans le règne fongique, certaines espèces produisent des structures globuleuses qui peuvent contenir des spores. Le Scleroderma areolatum, communément appelé "boule de terre", en est un exemple. Ce champignon, qui ressemble de loin à une Vesse-de-loup mais avec une peau plus dure, coriace, écaillée et aréolée, est une petite sphère ne dépassant pas 5 cm. Son péridium, ou enveloppe, craquelle en écailles brunes, formant des aréoles. À l'intérieur, la chair, initialement ferme et grise, devient noire et pulvérulente à maturité, libérant ses spores. Bien que le Scleroderma areolatum soit classé dans l'ordre des Bolétales, il est important de noter que l'identification des champignons doit toujours être faite avec la plus grande prudence, idéalement par un mycologue averti, car de nombreuses espèces peuvent être toxiques.

Scleroderma areolatum (boule de terre)

L'interaction des champignons dans le sol - Hervé Coves

La moisissure : Un signe parmi d'autres

Si vous avez de la moisissure, sachez qu’elle est présente naturellement dans beaucoup de terreaux, au même titre que les champignons mychoriziens. Ceux qui font des espèces de petits buissons filamenteux à la surface de la terre sont des champignons saprophytes. Ceux-ci sont des décomposeurs qui peuvent être bénéfiques à vos plantes en recyclant la matière organique dans la terre. Ces moisissures peuvent apparaître sur le terreau d’une plante dont le substrat est toujours humide en surface (comme une plante tropicale), ou encore sur la terre de vos semis (que vous arrosez probablement tous les jours ou presque). Ce n’est pas nuisible à la santé humaine, et vous pourriez la laisser là.

La présence de moisissures blanches filamenteuses à la surface du terreau est une observation courante. Il s'agit souvent de champignons saprophytes, dont le rôle est de décomposer la matière organique morte. Ils sont particulièrement visibles lorsque le substrat reste constamment humide en surface, une condition fréquente pour les plantes tropicales ou lors du semis où l'arrosage est plus fréquent. Ces moisissures ne sont généralement pas dangereuses pour l'homme et peuvent même être bénéfiques en participant au cycle des nutriments.

À noter que si certaines de ces moisissures sont un peu bénéfiques, certaines peuvent également faire un réseau souterrain de mycélium très dense qui peut retirer les propriétés drainantes de votre terre. D’autres vous signalent une pourriture des racines due à un excès d’eau. Il est donc essentiel de ne pas généraliser et d'observer attentivement le contexte. Un mycélium excessif peut effectivement altérer la structure du sol, et dans certains cas, la moisissure peut être le symptôme d'un problème plus grave comme la pourriture des racines due à un arrosage excessif.

Le calcaire : Un dépôt blanc cristallin

Si le blanc forme des cristaux durs, aucun problème. Il s’agit simplement de résidus de calcaires provenant de votre eau d’arrosage ou même de votre engrais. Une fois l’eau et les nutriments absorbés, le surplus de calcaire devient blanc et forme des cristaux. Le calcaire se forme surtout lorsque l’eau est très dure. Vous en voyez peut-être dans le fond de votre douche.

La formation de dépôts blancs cristallins à la surface du terreau est généralement due à l'accumulation de sels minéraux, principalement du calcaire, issus de l'eau d'arrosage, surtout si celle-ci est dure. Lorsque la plante absorbe l'eau et les nutriments, le surplus de minéraux précipite et forme ces cristaux blancs. Ce phénomène est similaire à ce que l'on observe dans les salles de bain où l'eau calcaire laisse des traces blanches. Bien qu'esthétiquement peu attrayant, ce dépôt n'est généralement pas nocif pour la plante, mais une accumulation excessive peut, à terme, modifier le pH du sol.

La perlite : Un allié pour l'aération et le drainage

Il y a différentes sortes de perlite mais celle-ci se présente souvent sous forme de roches blanches dans la terre. Elle est mélangée au terreau pour l’aérer et le rendre drainant. La perlite peut également se présenter sous la forme de boules de styromousse.

La perlite est un matériau volcanique expansé, léger et poreux, souvent utilisé comme amendement dans les terreaux. Sa structure lui confère d'excellentes propriétés d'aération et de drainage. Mélangée au substrat, elle empêche la terre de se compacter, favorisant ainsi la circulation de l'air et évitant l'excès d'humidité, propice au développement de maladies racinaires. Elle peut se présenter sous différentes formes, des granulés blancs ressemblant à de petites roches aux sphères plus ou moins rondes.

Le paillage : Un voile protecteur et décoratif

Je n’aime pas particulièrement le look de la terre nue alors je la couvre de quelques copeaux. Attention aux excès d’arrosage, car la terre sèche beaucoup plus lentement avec ce paillage esthétique. Même si les copeaux de bois sont très espacés, la terre dessous peut rester humide pendant des semaines! Ça ne convient évidemment pas à toutes les plantes et il faut avoir un terreau avec un bon drainage sans quoi on s’expose à faire pourrir les racines.

Le paillage, qu'il soit constitué de copeaux de bois, d'écorces ou d'autres matériaux organiques, est une pratique courante en jardinage. Il a plusieurs fonctions : il maintient l'humidité du sol, limite la pousse des mauvaises herbes, protège les racines des variations de température et améliore l'esthétique de la surface du pot ou du massif. Cependant, comme mentionné, un paillage trop épais ou mal adapté peut retenir l'humidité et entraver le drainage, augmentant le risque de pourriture des racines, surtout si le substrat n'est pas suffisamment drainant à la base. Il est donc crucial de choisir un paillage adapté à la plante et aux conditions de culture, et d'ajuster l'arrosage en conséquence.

Le Nostoc : La mystérieuse cyanobactérie "crachat de lune"

Quel intérêt certain d’apprendre que la substance gluante, visqueuse, hideusement verdâtre et ô combien glissante de votre chemin est une algue bleue dénommée Nostoc ommune ou plus communément crachat de lune, aux nombreuses propriétés et vertus, qui plus est venue du fond des âges ! Gelée indéfinissable, masse informe gluante, de quelques centimètres de haut, le Nostoc est constitué de cellules alignées en longs filaments microscopiques, enrobés d'une substance protectrice. Le Nostoc commun forme des lames plus ou moins étalées. Le Nostoc commun semble disparaître en période de sécheresse, mais il ne fait que s'adapter et se transformer : son extraordinaire capacité à se dessécher lui permet de se ratatiner en croûtes grisâtres, vagues saletés éparses passant inaperçues. Et dès les premières pluies sa spontanéité à réapparaître en quelques heures questionne : génération spontanée, crachat de lune, gelée d'étoiles parfois même beurre de sorcière ? Comment s'installent ces colonies de bactéries dans nos jardins, et comment se propagent-elles parfois avec une telle vigueur ?

Le Nostoc commune, surnommé "crachat de lune" ou "gelée d'étoiles", est une cyanobactérie, et non une algue, un lichen ou un champignon, malgré son apparence gélatineuse. Il s'agit d'un organisme primitif, apparu à l'ère primaire, qui possède une capacité remarquable de survie. En période de sécheresse, il se déshydrate pour former des croûtes discrètes, puis se réhydrate très rapidement au contact de l'eau, donnant l'impression d'une apparition spontanée.

Ces cellules aux parois épaissies résistent au froid, à la chaleur, aux UV, à la dessiccation et ont une durée de vie de plusieurs années. Espèce pionnière, le Nostoc commun se développe sur des milieux pauvres, plutôt basiques, où il ne trouve pas de concurrence. Autonome pour s'alimenter en carbone grâce à ses pigments chlorophylliens, il pallie au manque d'azote de ses substrats précaires par la transformation de l'azote atmosphérique en ammonium ou nitrates, au sein de quelques cellules spécialisées. Ni les périodes de gel/dégel, ni la canicule, ni les UV, ne le perturbent profondément.

Les principales nuisances apportées par le Nostoc sont la transformation des voies de passage en zones de glissade, et l'aspect inesthétique. Parfois franchement inesthétique. Laid. Au niveau des pelouses, rocailles, il ne se développera que sur des terrains sans concurrence sur ou autour de plantes affaiblies auxquelles il ne nuit aucunement. Le Nostoc étant une colonie de bactéries, les herbicides et algicides ne fonctionnent pas. En bactéricide, l'eau de javel semble agir, mais sur zones non végétalisées, en évitant les risques d'écoulement. Le drainage semble être une des meilleures solutions. Et pourquoi pas, pourquoi pas se réjouir de l'apparition du Nostoc. Oublier son aspect repoussant, voir une belle ressource en azote, prendre son seau et son racloir et récolter de quoi nourrir son jardin.

Nostoc commune (crachat de lune) sur un sol

Bien qu'assez peu appétissant, le nostoc est consommé dans certains pays, notamment au Pérou ou en Chine. Attention cependant : les nostocs produisent parfois des toxines dangereuses pour la santé. Il peut être utilisé comme engrais vert, car il fixe l'azote atmosphérique, enrichissant ainsi les sols pauvres. Il fait également l'objet de recherches pour ses substances bioactives potentielles.

Les champignons dans les pots de plantes d'intérieur

Il arrive parfois que des champignons apparaissent dans les pots de nos plantes d’intérieur. En général, ils ne nuisent pas aux plantes de maison, se nourrissant plutôt du terreau en décomposition. Si vous pensiez que le substrat de vos plantes en pot était stérile, détrompez-vous : c’est un écosystème vivant, rempli de champignons, de bactéries et d’autres microorganismes. C’est même souhaitable, car la majorité de ces organismes sont bénéfiques pour vos plantes.

Les champignons dans le terreau se forment souvent à cause d’un excès d’humidité associé à un manque d’aération. Pour en limiter l’apparition, commencez par réduire l’humidité du substrat. Laissez la surface du terreau sécher entre les arrosages, et veillez à ne pas trop arroser. Assurez-vous que le pot dispose de trous de drainage pour permettre à l’excès d’eau de s’écouler efficacement. Une méthode simple consiste à n’arroser que lorsque le premier centimètre du terreau est sec au toucher. Pour ce faire, entrer votre doigt en terre jusqu’à la première jointure; lorsque c’est sec, arrosez. Par ailleurs, une bonne circulation d’air est cruciale pour empêcher la prolifération des champignons.

Il ne fait aucun doute que les champignons visibles peuvent surprendre. Si leur présence vous incommode, il suffit de les retirer manuellement et d’aérer le terreau en surface en le retournant légèrement avec une fourchette ou une petite pelle afin d’éliminer les petits champignons en développement. Si jamais ils réapparaissent, n’hésitez pas à recommencer. Dans certaines situations, il peut être judicieux de rempoter votre plante avec un terreau frais, car en règle générale, les champignons privilégient les substrats âgés et en décomposition plutôt que les mélanges neufs.

Il est important de garder à l’esprit que les champignons que l’on retrouve dans nos plantes d’intérieur sont presque toujours non comestibles, et certains peuvent même être toxiques. Bien que la majorité des champignons d’intérieur ne soient pas nocifs au toucher, certaines variétés peuvent causer des irritations cutanées ou entraîner des réactions allergiques chez les individus sensibles.

Chères Radieuses, j’espère que vous comprendrez mieux cette formation de champignons dans vos plantes de maison et que vous saurez quoi faire la prochaine fois que vous en verrez. Vous avez aimé ce texte et désirez en apprendre davantage sur le sujet?

tags: #champignon #bulbe #gluant #terre