Les Jardins de Highgrove : Un Paradis Floral Assombri par la Controverse autour des Jardiniers de Charles III

Highgrove House gardens

Les jardins de Highgrove, la résidence de campagne du roi Charles III dans le Gloucestershire, sont réputés pour leur élégance et leur engagement écologique, attirant environ 40 000 visiteurs par an. Cependant, derrière cette façade idyllique, une enquête du Sunday Times, relayée notamment par People, a mis en lumière des conditions de travail difficiles et des tensions au sein du personnel. Depuis mars 2022, onze des douze jardiniers de Highgrove House ont quitté leur poste, dénonçant des salaires dérisoires, une pression constante et des exigences considérées comme intolérables.

Un Roi Passionné, aux Exigences Méticuleuses

Le roi Charles III est connu pour sa profonde passion pour la nature et le jardinage. Il a transformé le domaine de Highgrove en un véritable havre de paix, conçu à son image et reflétant sa philosophie personnelle. Il s'est entièrement investi dans la conception et l'entretien de ces jardins, qu'il préfère louer auprès du prince William plutôt que de les voir lui revenir de droit en tant que prince de Galles, un arrangement qui soulève des questions sur le budget alloué au personnel.

Cette implication royale se traduit par une méticulosité extrême et une attention obsessionnelle aux détails, « de la taille des pêches à la couleur des roses ». Le souverain est souvent présent dans les jardins, patrouillant dans les allées, et n'hésite pas à distribuer des notes « écrites à l'encre rouge épaisse » pour exprimer son désir ou son mécontentement. Ces notes, que certains ont trouvées impolies ou démoralisantes, concernent des détails précis, allant des fautes de grammaire sur les étiquettes à la coupe trop précoce de ses delphiniums, qui aurait « gâché un de ses plus beaux moments de l'été ».

King Charles III inspecting plants

Certains témoignages rapportent même des réactions plus vives du roi. Un employé en période d'essai aurait été renvoyé pour s'être trompé sur le nom d'une plante, le souverain aurait alors ordonné : « Sortez cet homme de ma vue ! ». Une autre fois, un employé ayant mal orthographié le nom d'un arbuste japonais à feuilles caduques a vu l'étiquette renvoyée avec l'erreur soulignée et un message laconique : « Non ! » Ces exemples illustrent la rigueur et l'intransigeance du roi face à ce qu'il perçoit comme des manquements.

Les préoccupations de Charles III s'étendent à de multiples aspects des jardins, comme le relate le Times : « Pourquoi les étiquettes de son magnolia préféré n'ont-elles pas été retrouvées ? » ou « Pourquoi les jardiniers n'avaient-ils pas sauvé son azalée vivace bien-aimée ? » Il se serait également inquiété de la pousse décevante d'un cerisier, de l'absence d'une étiquette sur un magnolia, ou encore si les plantes étaient suffisamment nourries d'algues, conformément à ses ordres. La persistance de ces questions, souvent exprimées sous forme de mémos détaillés, met en évidence une exigence constante.

Des Conditions de Travail Sous Pression

Les révélations du Sunday Times décrivent un environnement de travail toxique. Les jardiniers, dont le nombre est resté inchangé (douze personnes) malgré le développement considérable des jardins au fil des années, ont déclaré crouler sous des ordres impossibles. Un ancien employé a rapporté : « C’est comme s’ils vous disaient : vous devriez être reconnaissant de travailler pour le roi, la personne la plus importante du pays ». Cette attitude, perçue comme un manque de reconnaissance, s'ajoute à la pression quotidienne.

Un employé a même déposé plainte fin 2023, dénonçant un personnel « sous-équipé » et un « manque de ressources » pour répondre aux attentes royales. Il indiquait dans sa plainte que « les attentes de sa majesté le roi sont peu prises en compte, et je sais que je ne serais pas autorisé à dire que nous manquons de personnel ». Cette situation a eu des répercussions physiques sur les équipes, certaines ayant contracté des troubles en essayant de satisfaire les demandes.

Gardener working under pressure

Le Sunday Times a également pointé du doigt le management de Constantine Innemée, l'intendant du domaine et homme de confiance du souverain. Il est accusé d'appliquer à la lettre les directives du roi, mais « sans prendre visiblement de gants », ce qui aurait créé des tensions et des crispations parmi le personnel. Cet aspect du management, combiné aux exigences royales, a contribué à transformer le « petit paradis horticole » en un « enfer » pour certains.

Des rapports antérieurs avaient déjà fait état des difficultés de travailler à Highgrove. Dans sa biographie de 2018 sur le prince de Galles de l'époque, Tom Bower évoquait des jardiniers qui devaient s'allonger à plat ventre sur une remorque pour arracher les mauvaises herbes à la main, en raison de l'aversion de Charles III pour les pesticides. Il mentionnait également des « militaires indiens à la retraite qui faisaient des rondes nocturnes avec des torches pour enlever les limaces des plantes », illustrant la singularité des pratiques et l'intensité du travail.

Des Salaires au Minimum Légal et l'Exode du Personnel

L'une des principales raisons de l'exode des jardiniers de Highgrove réside dans des salaires jugés « dérisoires ». En 2022, les jardiniers étaient rémunérés 10,30 euros de l'heure (soit 8,9 livres sterling), à peine plus que le minimum légal au Royaume-Uni. Ce montant est jugé inférieur à celui proposé dans d'autres jardins comparables. Bien que certains employés aient pu penser que le prestige de travailler pour la famille royale compensait la faiblesse de la rémunération, cela s'est avéré insuffisant pour retenir le personnel.

Sur les douze jardiniers employés en 2022, onze sont partis, y compris le chef et son adjoint. Cette rotation de personnel, qualifiée d'« exode », met en évidence la gravité des problèmes rencontrés. Les employés ont eu le sentiment que la « radinerie des Windsor » envers leurs employés était légendaire, exacerbant le ressentiment face aux exigences royales.

Low wage illustration

Face à la pénurie de personnel problématique, la King’s Foundation, qui gère les jardins de Highgrove depuis 2021, a commandé une enquête externe à la fin de l'année 2023. Cette enquête a confirmé des « pénuries de personnel », des « pratiques managériales défaillantes » et un problème de salaires qui affecte le recrutement et la fidélisation du personnel. Parmi les recommandations figuraient l'embauche de travailleurs temporaires et des « conseils en matière de santé mentale », mais il semble que ces mesures n'aient pas porté leurs fruits, car les problèmes ont persisté.

La Réponse de la King’s Foundation

La King’s Foundation, en charge de la gestion des jardins ouverts au public, a tenu à répondre à ces accusations par un communiqué. Elle a affirmé que « Notre taux de rotation du personnel est bien inférieur à la moyenne nationale, tout comme le nombre de plaintes officielles déposées. » La fondation a également précisé que des « augmentations de salaire entre 15 et 19% ont été accordées depuis 2022 ».

Boris Njeukam, enseignant, coordo. du dév. professionnel/CEPAP/ consultant réglementé en immigration

Malgré les affirmations de la fondation, l'enquête externe a mis en lumière des problèmes persistants. Les recommandations n'ont, semble-t-il, pas suffi à apaiser le malaise. La King's Foundation insiste sur son rôle d'« employeur exemplaire » et sur des « taux de satisfaction très élevés dans notre enquête annuelle auprès du personnel ». Cependant, la vague de démissions et les témoignages recueillis par le Sunday Times brossent un tableau contrasté.

Contexte Royal et Santé du Monarque

Ces révélations interviennent alors que le roi Charles III poursuit courageusement son traitement contre le cancer. Diagnostiqué début 2024 alors qu'il était soigné pour une prostate hypertrophiée, le monarque n'a pas ménagé ses efforts pour rester visible et actif. Entre ses apparitions publiques et ses messages de soutien à Kate Middleton, également en rémission, il est salué pour sa ténacité, son humanité et ses convictions écologiques, ce qui a renforcé sa popularité auprès du peuple britannique.

Cependant, malgré la maladie, le scandale de Highgrove a jeté une lumière différente sur l'image du souverain. Le fait que le roi soit lui-même pointé du doigt pour son obsession des détails et son management strict contraste avec l'image d'un monarque à l'écoute et proche de son peuple. Ce désaccord entre la perception publique et les réalités des coulisses souligne la complexité de la figure royale.

Le roi Charles III a acquis Highgrove en 1980 et y a investi « tout mon cœur et mon âme », décrivant les choses qu'il a tenté de faire dans ce « petit coin du Gloucestershire » comme « l'expression concrète d'une philosophie personnelle ». Cette profonde connexion émotionnelle avec le domaine pourrait expliquer, en partie, son exigence et son implication sans faille dans les moindres détails de ses jardins.

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