Introduction
Grimper un bananier peut sembler anodin, mais l'acte de s'élever, que ce soit par nécessité, par défi ou pour le plaisir, revêt des significations profondes. Cet article explore diverses facettes de cette action, depuis une incroyable histoire de survie où un jeune homme s'est nourri de fruits d'arbres, jusqu'à l'art et la science de l'élagage en hauteur, en passant par des voyages imaginaires où les bananiers et les arbres tropicaux deviennent le décor de récits fantastiques. Nous plongerons dans des récits personnels poignants, des explorations de destinations lointaines, et le monde fascinant des professionnels qui font de la grimpe leur quotidien.
L'Épopée des adolescents de l'île d'Ata : La survie au milieu de l'océan
En 1966, un événement extraordinaire a captivé le monde : un groupe de six adolescents, âgés de 15 à 19 ans, a été découvert vivant sur l’île d’Ata, aux Tonga, après une aventure en mer qui a mal tourné. Leur histoire, qui a eu un grand succès à l’époque, a été documentée par le photographe australien John Carnemolla. Plus récemment, Sione Filipe Totau, mieux connu sous le nom de Mano, a partagé son témoignage poignant, à l'âge de 74 ans, dans un extrait de l'épisode « Extremes » d'un podcast de VICE sur Spotify, décrivant son expérience à 19 ans sur l’île d’Ata.

Mano, originaire de la petite île de Ha’afeva, aux Tonga, un endroit minuscule d'environ deux kilomètres sur un kilomètre, se souvient avoir été fasciné par la taille des îles voisines comme les Fidji, la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Cette curiosité l'a conduit à une décision impulsive. Un jour, un ami lui a proposé : « On va aux Fidji. Tu veux venir ? » L'idée était de voler un bateau, ce à quoi Mano, sans hésitation, a répondu : « Oh d'accord, je viens ! »
Après l'école, les six amis ont repéré un homme qui amarrrait son bateau chaque jour au même endroit, toujours vers six ou sept heures du soir. Le père de l'un des garçons possédait le même bateau, ce qui a permis à l'un des jeunes d'être un marin expérimenté. Ils ont hissé la voile et quitté le port de Nukuʻalofa, situé à 160 kilomètres au sud.
L'aventure a rapidement tourné au drame. Lorsque les lumières de Nukuʻalofa ont disparu de leur vue, il était minuit, et le vent a commencé à souffler plus fort, soulevant les vagues. Le lendemain, une pluie légère les accompagnait alors qu'ils dérivaient au milieu de l'océan sans voile. Ils ont réussi à recueillir l'eau de pluie dans quelques boîtes trouvées à bord, mais n'avaient rien à manger. La faim et la soif ont commencé à faire des ravages, et certains garçons ont pleuré, impuissants.
Ils ont dérivé pendant huit jours en mer, et c'est seulement le huitième jour qu'ils ont aperçu l'île d'Ata. Mano décrit l'arrivée comme étant dans l'obscurité, vers onze heures du soir, sur cette île volcanique assez haute. Épuisé, il a sauté du bateau et nagé à travers les vagues. En atteignant le rivage, il a eu l'impression que toute l'île tournait, mais a vite réalisé que c'était lui-même, après huit jours sans manger ni boire. Miraculeusement, tous les garçons ont atteint la terre sains et saufs.
Ils se sont endormis immédiatement et ne se sont réveillés qu'au lever du soleil. Leur première action fut de chercher un chemin vers le sommet de l'île. Pendant l'ascension, Mano a marché sur un morceau de bois trempé. Il l'a ramassé, l'a cassé en petits morceaux et a léché l'eau qu'il a pu en extraire. Arrivés au sommet, en regardant les falaises autour d'eux, ils se sont sentis « tellement vivants ».
Malgré leur faiblesse initiale, ils ont persévéré. Ils ont tenté d'allumer un feu, mais n'y sont parvenus qu'après plusieurs jours de récupération. Chaque jour, ils allaient à la mer pour chasser des coquillages, et ils ont trouvé des papayes et des noix de coco. Finalement, ils ont retrouvé assez de force pour frotter des morceaux de bois ensemble, de plus en plus vite, avec plus de force et de chaleur, jusqu'à ce qu'ils commencent à brûler et qu'ils réussissent à faire du feu.
L'étape suivante fut de construire un abri. Mano, grâce à ses connaissances, fut celui qui sut comment tresser les feuilles de cocotier pour faire les murs de la maison. Il lui fallut deux semaines pour tresser toutes ces palmes, après quoi ils ont organisé l'intérieur de la maison. Ensuite, ils ont mis en place un emploi du temps, incluant l'entretien du feu, les prières, et l'entretien des bananiers. Cette organisation démontre leur ingéniosité et leur résilience face à des conditions extrêmes.
Mano confie n'avoir jamais vraiment aimé l'île, souhaitant constamment rentrer chez lui pour revoir sa famille. C'est pourquoi, après un mois, ils ont commencé à construire un radeau. Ils ont abattu de grands arbres et utilisé le feu pour couper les branches. Cependant, le radeau n'allait pas au large. Mano s'efforçait de ne pas penser à la durée de leur séjour, vivant dans l'espoir que « le lendemain apporte quelque chose de bon ».
Un jour, l'espoir devint réalité. Steven fut le premier à apercevoir un bateau s'approcher de l'île. Il sauta à la mer et nagea vers le bateau. Mano exprime la difficulté de mettre des mots sur ce qu'ils ressentaient à ce moment-là, décrivant leur excitation collective. De retour chez eux, une célébration de trois jours a marqué leur incroyable survie.

En repensant à cette période, Mano réalise qu'ils ont énormément appris. Il compare cette expérience à son éducation scolaire, affirmant avoir appris davantage sur l'île. Cette épreuve lui a inculqué une leçon fondamentale : « peu importe qui tu es ; peu importe la couleur de ta peau, ta race ou quoi que ce soit d'autre. »
Guide de survie : Pourquoi il n’a pas survécu sur l’île de North Sentinel
L'ascension sur l'île des rêves : Quand l'imagination prend son envol
Au-delà des récits de survie, l'acte de grimper, qu'il soit physique ou métaphorique, peut nous transporter dans des univers imaginaires. C'est le cas de William Arribart qui, au fil de ses rêves lucides, se laisse emporter dans un monde merveilleux. Chaque nuit, il trouve refuge sur l'Île des Rêves, fuyant un monde réel où il ne trouve pas sa place. Sur cette île tropicale fantasmagorique, où les arbres exotiques, y compris des bananiers, pourraient aisément s'élever vers le ciel, William s'invente des récits extraordinaires.
Il partage ces aventures avec ses fidèles compagnons : La Grimpe, Hector, Luna, La Toque, Paul et Tiger. Ensemble, ils explorent cet Eden onirique. Cependant, leur paradis est menacé par la redoutable pirate Charlotte Longbow et son second, Harrow le Fish, qui projettent de bâtir un somptueux palais en éliminant William et son équipe. Mais le jeune homme refuse d'abandonner ses amis, même au risque de se perdre dans ses rêves.
L'Île des Rêves est une aventure touchante qui s'adresse à tous les âges, invitant les familles à partager cette épopée inoubliable. Dans cet univers, les rêves affrontent les cauchemars, et le pouvoir de l'amour et de l'amitié triomphe toujours. La grimpe, ici, symbolise non seulement l'exploration et l'aventure mais aussi la résilience face aux défis, même ceux nés de l'imagination.
L'art de l'élagage : Les hommes qui grimpent aux arbres pour un métier
Si certains grimpent aux arbres par nécessité ou en rêve, d'autres en ont fait leur profession. Arnaud Labaume, grimpeur-élagueur près de Précy-sous-Thil, incarne cette expertise. Depuis le 1er janvier 2025, il a déjà dépassé les 30 mètres de hauteur à plusieurs reprises, un témoignage de son audace et de son savoir-faire.

« C'est certain, il ne faut pas avoir le vertige ni toute autre appréhension ! À cette hauteur-là, on raisonne encore plus chacun de ses gestes », explique l'habitant de Vic-sous-Thil. Son équipement, composé de baudriers, de mousquetons et de cordes, rappelle celui de l'escalade, avec des détails spécifiques comme l'obligatoire EPI (équipement de protection individuelle) et, bien sûr, la tronçonneuse. Arnaud précise qu'il utilise des machines plus petites, avec des guides de seulement 30 ou 35 cm, réservant son guide de 90 cm pour le bas de l'arbre, car il serait « bien trop grand pour être utilisé en hauteur ! »
Paradoxalement, Arnaud affirme qu'il est souvent plus aisé de travailler sur un arbre élancé de 30 mètres que sur un « petit » spécimen d'une dizaine de mètres. « Dans ces derniers, il est parfois difficile d’évoluer, car tout est un peu condensé… À l'inverse, de très grands platanes, chênes ou hêtres sont souvent très faciles d'accès. »
Sa société, Auxois Morvan Élagage, connaît un excellent démarrage depuis son lancement il y a bientôt un an. La clientèle est majoritairement composée de particuliers (environ 80 %), et des communes montrent également de l'intérêt pour ses services. Arnaud Labaume est reconnaissant de la réactivité des gens suite à la création de son entreprise.
En plus de l'élagage, Arnaud Labaume analyse et offre des conseils précieux sur la santé des arbres. Il est confronté à diverses maladies et agresseurs tels que la chalarose du frêne, le bostryche de l'épicéa ou les chenilles processionnaires du pin. Un diagnostic avant toute intervention est obligatoire, et il échange avec ses clients pour s'adapter à chaque situation. Si un arbre malade ou trop grand présente un risque pour son environnement, l'intervention est souvent inévitable.
Le travail d'Arnaud ne s'arrête pas à l'élagage : les opérations se déroulent en deux temps, incluant l'évacuation des branches et/ou des arbres entiers. Pour cela, un camion-benne et un broyeur sont réquisitionnés. Arnaud Labaume souligne l'importance de la collaboration entre professionnels : « je me suis mis à mon compte au milieu de nombreuses autres entreprises. Je suis persuadé que l'on peut s'échanger nos savoir-faire respectifs dans bien des situations. »
La culture du cacao : Une ascension de l'arbre à la dégustation
Si les bananiers et autres arbres tropicaux sont le cadre d'aventures humaines, d'autres arbres, comme le cacaoyer, sont au cœur d'une économie mondiale, nécessitant une forme d'ascension, pas toujours littérale, mais une élévation dans le processus de production. Le chocolat, la « star de la pâtisserie », se marie avec une multitude d'ingrédients pour créer des desserts et même des plats délicieux, comme le mole mexicain, une dinde nappée d'une sauce au piment et au chocolat.

En Amérique, les Aztèques et les Mayas buvaient déjà une boisson chocolatée appelée xocoatl. Les explorateurs européens l'ont appréciée et ont propagé les graines du cacaoyer dans toutes les zones tropicales du monde. Car avant de déguster du chocolat, il faut d'abord produire du cacao.
Le cacaoyer est un arbre qui peut atteindre 10 à 15 mètres de haut et est difficile à cultiver. Il affectionne la chaleur humide, ce qui le rend vulnérable aux moisissures et aux insectes nuisibles. Conséquence : seule une fleur sur 500 donne un fruit, la cabosse. Ces cabosses, qui ressemblent à de petits ballons de rugby, poussent directement sur le tronc et les grosses branches. Deux fois par an, lors de la récolte, les cultivateurs coupent les pédoncules des cabosses et les ramassent. Qu'il s'agisse de petites exploitations ou de grandes plantations, toute la culture du cacao se fait à la main.
En Amérique du Sud, les cultivateurs améliorent leur production en arrosant les arbres pendant les périodes sèches, en plantant d'autres arbres pour leur offrir un peu d'ombre, en utilisant des engrais de manière raisonnée et des insectes « amis » pour combattre les nuisibles. Des cacaoyers en bonne santé produisent davantage. Regroupés en coopérative, les agriculteurs partagent leurs connaissances et expériences et peuvent même obtenir un label « commerce équitable », assurant une meilleure valorisation de leur travail.
Sumatra : Treks dans la jungle à la rencontre des orangs-outans et les défis des plantations de palmiers à huile
L'exploration d'îles lointaines nous ramène à l'importance des arbres, y compris des bananiers et des palmiers, dans l'écosystème et la vie locale. Après un séjour à Java et une escale en Malaisie, Sumatra est une destination inspirante qui attire par ses volcans impressionnants et la rencontre avec des espèces emblématiques menacées, comme les orangs-outans.

Le voyage vers Sumatra commence par un vol de Kuala Lumpur à Medan, une expérience quasi temporelle avec un décollage et un atterrissage à la même heure locale. À l'arrivée à Medan, le processus d'obtention du visa est similaire à celui de Jakarta : passage sanitaire, paiement, puis immigration. Des rangées de chaises instaurent un ordre minimal devant les bureaux, sous la surveillance d'un militaire imposant.
Un train relie l'aéroport au centre de Medan. Contrairement à Java, le réseau ferroviaire de Sumatra est peu développé, concentré principalement au sud de l'île et autour de Padang et Medan. Un changement à la gare centrale permet de prendre un autre train jusqu'à Binjai.
Le choix de Sumatra est motivé par le désir de découvrir une autre île inspirante, de voir un des volcans les plus redoutés et de partir à la rencontre des « hommes de la forêt », les orangs-outans. Deux villages, Ketambe et Bukit Lawang, sont les points de départ des treks dans la jungle. Le choix se porte sur Bukit Lawang pour sa facilité d'accès, à quelques heures en bus de Medan, contrairement à Ketambe, situé dans la province d'Aceh, où la charia est appliquée - une décision que le voyageur refuse de soutenir idéologiquement. Bien que les orangs-outans de Ketambe soient à l'état sauvage et ceux de Bukit Lawang semi-sauvages (habitués à la présence humaine depuis la fermeture d'un centre de réhabilitation il y a 20 ans), la préférence est donnée à l'accessibilité et aux principes personnels.
À la gare de Binjai, des conducteurs de tuk-tuk proposent leurs services. Le voyageur est déposé sur un rond-point bruyant où il prend un bemo, un taxi collectif. Une petite mésaventure survient avec le prix du billet, où le voyageur est arnaqué. Malgré la tentative de récupérer la somme, le chauffeur démarre, l'arnaque étant visiblement « bien rodée » et touchant d'autres touristes.
Le trajet est inconfortable, l'habitacle surchauffé et l'asphalte se transformant en piste cabossée. Les plantations de palmiers à huile s'étendent à perte de vue, défigurant le paysage. Trois heures sont nécessaires pour parcourir 63 kilomètres, le bus s'arrêtant fréquemment. À l'arrivée, un orage violent éclate, transformant le terrain vague en champ de boue. Le village, qui s'étire le long de la rivière, est calme, à l'exception de quelques scooters rapides.
L'hébergement offre une immense terrasse avec vue sur les toits et la rivière. Le propriétaire propose des treks, et le voyageur opte pour une journée de « Jungle trekking » avec un guide et une autre touriste, Tina. L'approche écologique du guide est un point important, avec l'assurance que les animaux ne sont pas nourris pour être attirés. Les orangs-outans sont en déclin à cause des cultures intensives de palmiers à huile, des maladies transmises par les humains et surtout du braconnage. Les treks visent à protéger ces grands singes en générant des revenus pour les locaux, les incitant à préserver l'environnement.
La balade dans la jungle est intense : la végétation est dense et luxuriante, le terrain glissant à cause des pluies récentes. Il faut progresser en silence pour observer la faune. Des singes se déplacent bruyamment dans les arbres. Un rapace est aperçu, puis un orang-outan femelle, au visage sans bourrelet, qui se déplace avec une aisance surprenante, arrachant des feuilles et fixant les humains avec un regard troublant.
L'arrivée d'un autre groupe met fin à ce moment privilégié. Un mâle, avec un bourrelet impressionnant et une barbe rousse, est ensuite aperçu. Une discussion tendue éclate entre les guides quand l'un d'eux est surpris en train de nourrir l'animal avec une banane. Le guide du voyageur insiste pour maintenir une distance minimale, contrastant avec d'autres touristes qui se rapprochent pour la « photo parfaite ».
Le groupe se dirige ensuite vers une clairière où des hévéas, ou arbres à caoutchouc, sont percés pour récolter un liquide blanc et visqueux dans des noix de coco. Chaque matin, une entaille est faite, et le liquide coule toute la journée avant d'être récolté le soir pour être vendu au marché ou aux industriels du latex.
Plus profondément dans la jungle, les rencontres avec d'autres groupes se raréfient. Le guide scrute attentivement les alentours à la recherche d'animaux. Des macaques à queue de cochon, entreprenants, n'hésitent pas à s'approcher pour chaparder des fruits comme les ananas, les fruits de la passion et les mangues, qui constituent la base des pauses gastronomiques. Ces macaques détaleent bruyamment lorsqu'ils sont confrontés.