L’intégration de plantes ornementales dans l’environnement des animaux de ferme, et plus particulièrement des chèvres, soulève régulièrement des interrogations chez les éleveurs amateurs comme chez les propriétaires de chèvres naines. Le chèvrefeuille, cette plante grimpante emblématique de nos jardins, est au cœur de ces débats. Si ses fleurs sont parfois convoitées par les humains pour leur nectar sucré, sa place dans la ration des caprins mérite une analyse approfondie, mêlant botanique, toxicologie et observations empiriques.

Les caractéristiques botaniques et la culture du chèvrefeuille
Le chèvrefeuille, appartenant à la famille des Caprifoliaceae et au genre Lonicera, est une plante vivace dont l’origine se situe essentiellement en Asie et en Europe du Nord. Il se présente sous des formes variées : grimpant sur les tonnelles et treillages, il est apprécié pour sa résistance à la sécheresse, ou arbustif pour former des haies.
Sur le plan morphologique, le chèvrefeuille grimpant est une plante au feuillage semi-persistante ou semi-caduc, ce qui signifie que plus l’hiver est doux, plus la plante conserve ses feuilles. Il produit de longues lianes, couvertes de feuilles et, à la belle saison, de fleurs le plus souvent jaunes, rouges, blanches, orange ou roses. Sa hauteur peut atteindre 10 mètres pour une largeur de 4 mètres.
C’est une plante mellifère qui apprécie la mi-ombre ou le soleil et la terre calcaire. Bien qu’il soit rustique jusqu’à -15° en terrain drainant, sa culture demande quelques précautions :
- Multiplication : Elle s’opère par bouture de bois sec ou bouture herbacée de printemps, par marcottage ou semis.
- Entretien : La taille n’est pas obligatoire, mais il est conseillé de supprimer les bois morts en fin d’hiver.
- Sensibilité : L’oïdium apparaît généralement lorsque les températures douces ou chaudes côtoient des périodes humides, ou lors de grands changements de températures.
Le chèvrefeuille dans l’alimentation humaine : nectar et précautions
Il n’est un secret pour personne que la cuisine des fleurs gagne en popularité. Le chèvrefeuille produit une abondance de fleurs en forme de trompette. À la base des fleurs, on découvre un savoureux nectar sucré qui fera bien des adeptes. Pour s’en délecter, il suffit de retirer un petit bout de la base et de sucer pour extraire le nectar.
Toutefois, une règle d’or prévaut : comme pour les champignons ou les petits fruits, assurez-vous d’avoir correctement identifié une fleur avant d’y goûter. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir. Il est impératif de ne manger que les parties dont vous êtes certain qu’elles sont comestibles : la baie de la plupart des chèvrefeuilles, par exemple, est toxique. De même, les feuilles sont également considérées comme toxiques.
Planter et tuteurer un chèvrefeuille : une plante grimpante parfumée - Truffaut
Le chèvrefeuille et la chèvre : une cohabitation complexe
La chèvre occupe une place grandissante dans nos jardins, notamment pour l’écopâturage. La chèvre est un ruminant, possédant plusieurs estomacs qui lui permettent de digérer la cellulose contenue dans l’herbe. Elle est une excellente débroussailleuse, capable de manger presque tout, des mauvaises herbes aux plantes épineuses. Pourtant, face à une plante comme le chèvrefeuille, les avis divergent entre les éleveurs.
Sur l’île de Pantelleria, proche de la Sicile, le chèvrefeuille était historiquement utilisé pour l'alimentation des chèvres et comme bois de chauffage. Cette pratique ancienne suggère une certaine tolérance de l'animal envers cette plante. Dans les forums spécialisés, de nombreux propriétaires rapportent que leurs biquettes se jettent sur le chèvrefeuille dès qu'elles en ont l'occasion, le mettant à nu régulièrement. Certains affirment même que leur chèvrefeuille repousse de plus belle à chaque tonte par les animaux et que ces derniers ne manifestent aucun signe de maladie après ingestion.
Cependant, la prudence reste de mise. Si le chèvrefeuille n'est pas toujours classé comme une plante mortelle, il existe une distinction entre ce qui est « comestible » et ce qui est « non-comestible » ou potentiellement toxique. Les feuilles et les baies sont souvent citées comme étant toxiques. Le comportement alimentaire des chèvres est guidé par l'habitude ; tout changement brutal peut être dangereux pour leur système digestif.

Les enjeux de la sécurité alimentaire pour les ruminants
Une intoxication sur deux chez les caprins est liée à une plante. Les chèvres, lorsqu'elles se retrouvent dans des pâtures exiguës ou face à un déséquilibre alimentaire permanent, peuvent être amenées à consommer des végétaux qu'elles n'auraient pas choisis en temps normal. Il est crucial de surveiller l'état de santé de l'animal : une chèvre n'est pas dans son état normal si elle semble abattue, qu'elle ne se déplace que très peu, voire pas du tout, ou qu'elle reste allongée.
Il est important de noter que les listes de plantes toxiques disponibles sur internet sont souvent généralistes (pour chiens, chats ou humains) et ne sont pas toujours spécifiquement adaptées aux besoins métaboliques des caprins. Certains éleveurs, face à cette incertitude, préfèrent protéger le tronc du chèvrefeuille ou supprimer les plantes dont ils ignorent la toxicité réelle, comme les arums, pour éliminer tout risque.
L'alimentation des chèvres doit être équilibrée, incluant du foin, des concentrés, de l'eau fraîche à volonté (jusqu'à 10 litres par jour), des minéraux et des vitamines. Si vous souhaitez intégrer un nouvel aliment, faites-le toujours en douceur sur plusieurs jours pour ne pas perturber la flore intestinale nécessaire à la digestion.
Gestion des variétés et des risques associés
Le genre Lonicera est vaste. Parmi les variétés les plus courantes, on trouve :
- Lonicera Goldflame : Feuillage caduc, fleurs parfumées rouge et orange.
- Lonicera Dropmore Scarlet : Feuillage caduc, fleurs orange sans parfum.
- Lonicera Henryi : Feuillage persistant, fleurs rose orange parfumées.
- Lonicera Japonica : Feuillage semi-persistant, fleurs blanches et jaunes parfumées.
- Lonicera fragantissima (chèvrefeuille d’hiver) : Feuillage semi-persistant, fleurs blanc nacré.
La diversité des espèces rend le diagnostic de toxicité parfois complexe. Si le chèvrefeuille sauvage (Lonicera periclymenum) est fréquemment consommé par les chèvres en liberté sans incident apparent, il est conseillé de ne pas encourager la consommation massive de variétés ornementales dont les propriétés chimiques pourraient différer. La vigilance doit être accrue concernant les baies, dont la toxicité est largement documentée.
En somme, si la chèvre est un animal capable de trier et de s'adapter, le rôle du propriétaire est de garantir un environnement sécurisé. L'observation fine du comportement des animaux reste la meilleure alliée de l'éleveur : si elles broutent par petites quantités sans signe de malaise, le risque semble limité, mais l'ingestion massive de feuilles ou de baies doit être évitée par mesure de précaution. La gestion de l'enclos, le maintien d'une ration équilibrée et la connaissance des végétaux présents sur le terrain sont les piliers d'une cohabitation réussie entre le chèvrefeuille ornemental et le troupeau caprin.
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