Derrière ce drôle de nom, qui n’est pas un mot-valise qui figurerait une chèvre feuillue, se cache l’une de mes senteurs préférées. Le chèvrefeuille est une plante grimpante de la famille des caprifoliacées originaire de Chine. Désormais, on le retrouve dans l’hémisphère Nord et aux abords de la Méditerranée. De nombreuses espèces de chèvrefeuille sont autochtones de l’hémisphère nord. On les trouve généralement en lisère de forêt ou dans les haies. Le chèvrefeuille est très odorant et son parfum est spécifique mais sans rien de l’écœurement que peuvent procurer certains parfums (son nom anglais est d’ailleurs « Honeysuckle”, et il est vrai qu’il y a quelque chose d’un peu mielleux dans son odeur).

La nature et les stratégies de séduction végétale
Si le chèvrefeuille sent si bon, ce n’est pas pour le seul et unique plaisir de mon nez. Car il y a bien un autre nez que cette jolie liane cherche à séduire : celui du sphinx gazé ou sphinx du chèvrefeuille. La nature développe des stratégies de pollinisation lui permettant de se reproduire et donc d’assurer sa survie… offrir des fleurs puissamment odorantes fait partie de cette stratégie. L’insecte, attiré par l’odeur puissante du chèvrefeuille, vient butiner la fleur et ainsi disperser le pollen et féconder la fleur. L’odeur des fleurs est donc une arme de séduction au même titre que la couleur, la forme. Et comme le sphinx gazé possède une longue trompe qui lui permet de récolter le nectar au fond des corolles, ce qui n’est pas le cas des autres insectes, l’arbuste doit lui indiquer sa présence. La nature n’est-elle pas bien faite ? Pas étonnant que l’on parle d’intelligence végétale !
L'expérience sensorielle du chèvrefeuille d'hiver
Dès le mois de janvier si le temps est doux ce qui fut le cas cette année, le chèvrefeuille odorant commence à fleurir de façon éparse mais c'est vers le 20 février que la floraison bat son plein. Elle précède largement celle des forsythias et elle présente l'avantage d'être extrêmement parfumée. Les fleurs sont plus petites que celles du chèvrefeuille grimpant mais leur parfum est à mon avis beaucoup plus puissant et aussi plus subtil. On peut le sentir à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, quel que soit le temps. Les fleurs résistent très bien à la pluie et à des gelées modérées. L'arbuste est parfaitement rustique. Je ne me lasse pas de son parfum sucré où se mêlent des notes de jasmin, de jacinthe et de muguet, un véritable antidote à la grisaille de l'hiver et aux baisses de régime. Son nom botanique Lonicera fragrantissima, c'est-à-dire très odorant, est réellement justifié.
Le chèvrefeuille en parfumerie : entre chimie et poésie
En parfumerie, il n’est pas possible d’extraire une essence de la fleur. Le chèvrefeuille traduit ainsi une sensation très printanière. Il s'immisce à ce titre élégamment dans la collection Aqua Allegoria de Guerlain. De même, il vient donner de la légèreté à Diorella de Dior, Anaïs Anaïs de Cacharel, Beyond Paradise d’Estée Lauder ou à Dot de Marc Jacobs. De même, un parfum Yves Rocher lui est entièrement consacré et se nomme simplement Chèvrefeuille. Son parfum est reproduit en laboratoire à partir d’autres essences naturelles ou par la technique du head space, une méthode développée dans les années 1970 et visant à reconstituer les senteurs naturelles d’une fleur telles qu’elles existent dans la nature et sans les abîmer. Utiliser du chèvrefeuille dans une composition olfactive permet de lui apporter un aspect aérien et printanier.
Cosmétiques : Comment fabrique-t-on un parfum ?
Diversité des espèces et des usages au jardin
Le chèvrefeuille recouvre de multiples fonctions esthétiques et compte aujourd'hui plus de 200 espèces et une multitude d'hybrides. Dans certains cas, il forme des sortes de lianes volubiles s'enroulant autour de divers supports et habillant ainsi les murs, les grillages ou toute autre sorte de surface. Certaines espèces sont même particulièrement vigoureuses et peuvent atteindre 4 ou 5 m de hauteur et couvrir une surface de 8 à 10 m². Dans d'autres cas, le chèvrefeuille prend en revanche la forme d'un arbuste. Il est alors idéal en guise de couvre sol ou pour former une haie.
- Lonicera periclymenum (Chèvrefeuille des bois) : Celui que l’on trouve à l’état sauvage.
- Lonicera 'Goldflame' : Feuillage caduc, fleurs bicolores rose-jaune spectaculaires.
- Lonicera henryi : Feuillage persistant, idéal pour un écran vert toute l'année.
- Lonicera fragrantissima : Le chèvrefeuille d'hiver, un trésor pour les jardins précoces.
Guide de culture et entretien expert
Le chèvrefeuille est une plante grimpante de la famille des caprifoliacées. Il s’accommode de tous les types de sols et de tous les types de climats. Pour les espèces grimpantes, il faut aider leur croissance en guidant les tiges avec un treillage et en les palissant. Pour les haies et les couvre-sols, il vous suffit de guider les rameaux en les bloquant délicatement avec quelques crochets. Après la plantation, il faut arroser peu, mais régulièrement et durant toute la phase de croissance.

Si vous disposez d’un vaste jardin, vous n’avez pas besoin de tailler votre chèvrefeuille. Néanmoins, pour conserver la beauté de la plante et de ses fleurs, il faut éliminer les tiges mortes, notamment dans la partie centrale, afin de donner de l’air au feuillage. Après la floraison vous couperez les rameaux au-dessus du bourgeon sans tailler les branches charpentières. Au balcon, coupez régulièrement pour contrôler la croissance de la plante. Le chèvrefeuille se multiplie facilement par bouturage. Il suffit de planter la bouture de chèvrefeuille en pleine terre, là où l’on attend leur croissance.
Santé, biodiversité et précautions
Le chèvrefeuille aurait cependant quelques vertus thérapeutiques, à savoir contre les troubles digestifs ou bien antibactérienne ou antivirale (état grippaux). Toutefois, il est essentiel de noter que les petites baies du chèvrefeuille sont toxiques. Le chèvrefeuille est le refuge préféré des oiseaux et de différents insectes dont les papillons (le Sphinx, le Damier du chèvrefeuille, le Sylvain azuré…). La cohabitation avec les buprestes, l’Obérée pupillée ou certains charançons peut être néfaste à la plante si leurs prédateurs habituels sont absents. Généralement, les coccinelles devraient en venir à bout des pucerons. Pour l’oïdium, important d’agir vite soit en éliminant et en se débarrassant des branches atteintes, soit en pulvérisant une solution à base de bicarbonate de soude et de savon de Marseille sur les feuilles.
tags: #chevrefeuille #sent #quoi