L'Art du Qi Gong et du Wing Chun : La Quête de la Sensation et l'Éveil du Corps

Dans un monde saturé par le virtuel, où les écrans promettent un savoir instantané, il existe une forme de revanche du réel : les sensations ne s’apprennent ni sur une application smartphone, ni sur des chaînes vidéos. Dans les traditions asiatiques, « comprendre », c’est « savoir le faire ». Si la tête croit comprendre et que votre corps ne sait pas l’exprimer, alors vous n’avez pas encore compris. Bienvenue dans le vrai monde, celui de l’engagement physique et de la présence.

Un pratiquant en posture de l'arbre, recherchant l'ancrage et la fluidité énergétique

La transmission incarnée : Wing Chun et Lao Long

Le Wing Chun est un art martial qui se transmet « par les bras ». Dans notre école, tout le monde travaille avec tout le monde : les grands avec les petits, les hommes avec les femmes, les plus jeunes avec les moins jeunes, les anciens débutants avec les débutants moins anciens. Chaque partenaire est votre meilleur allié pour progresser. Avant tout, la première chose qu’il vous faudra apprendre, c’est à devenir un bon partenaire.

L’apprentissage du Wing Chun est basé sur le feeling. Pour ma part, mon parcours a débuté très tôt. J’ai pratiqué le Judo durant 7 ans - « Telle est la vie : Tomber sept fois, se relever huit » - puis le Viet Vo Dao durant 6 ans sous la responsabilité directe de Maîtres vietnamiens. Après un accident de voiture contrariant et des séances de kiné, j’ai compris une leçon devenue pilier de mon école : « Si vous le voulez vraiment, alors vous trouvez les moyens, sinon : vous trouvez des excuses ». Depuis 2015, je pratique le Wing Chun et je suis l’élève de Thierry Cuvillier, avec qui nous cherchons la fluidité et le feeling, notamment à travers le Chi Sao (mains collantes).

Wing Chun : Démonstration du Chi Sao

L'interne comme fondement du geste

Le geste « visible » n’est qu’un aspect extérieur d’une recherche plus profonde. Pour mieux comprendre les aspects « internes » sous-jacents, je pratique chaque semaine le Ziran Qi Gong et le Yin Yoga. J’ajoute à mon entraînement personnel une forme japonaise de « travail de forge » appelée Aunkaï ou Bujutsu Tanren. Je profite aussi des opportunités pour inspirer mon cheminement auprès d’Akira Hino ou des amis du Uneri Ryu.

Mon Sifu m’a expliqué un jour que pour certains, enseigner est un désir, tandis que pour d’autres, c’est simplement une étape sur leur propre chemin. Je fais partie de cette seconde catégorie. Après 30 ans en entreprise à piloter des programmes de développement des compétences, j’ai appris que la seule « vérité universelle » en arts martiaux est : « tu bosses, ou pas, et c’est ton choix ». Je n’éprouve aucun plaisir à répéter 10 fois la même chose à un « promeneur » qui vient sans s’impliquer. Comme le disait Takashi Kinjo Sensei : « Je n’éprouve pas le besoin d’enseigner si tu n’as pas envie d’apprendre ».

Comprendre le Qi Gong : entre tradition et nomenclature

Pourquoi est-ce si difficile d’écrire l’art de se maintenir en bonne santé ? Beaucoup de vidéos circulent, mais tout se complique dès que l’on cherche à écrire le nom de ces exercices. La prononciation est « Chi Kong », mais on trouve « Chi Kung » ou « Qi Gong ». Ce besoin de transcription est lié aux échanges postaux historiques. La romanisation du chinois a donné naissance à plusieurs systèmes, jusqu’au pinyin, standardisé par la norme ISO 7098.

  • Qi ou « chi » : signifie « énergie » ou « souffle, principe de vie ».
  • Gong ou Kung : représente la notion de travail dans un sens de mérite et de développement de soi.

Le Qi Gong consiste à répéter un mouvement en portant son attention sur la détente, la respiration et le centrage. Au temps de la Chine traditionnelle, le médecin était payé pour maintenir son patient en bonne santé. En cas de déséquilibre, des exercices spécifiques étaient prescrits. Aujourd’hui, sur la centaine d’exercices existants, nous pratiquons les 8 brocards et les 11 exercices de santé, qui permettent l’apprentissage de l’écoute du corps.

Tableau comparatif des systèmes de transcription (Wade-Giles, Pinyin, EFEO)

La posture de l’arbre : Zhan Zhuang

La posture de l’arbre, ou Zhan Zhuang, est probablement la chose la plus importante pour commencer votre voyage dans les arts martiaux internes. Elle est le cœur de l’enseignement du I-Chuan et essentielle dans le Tai Chi Chuan.

  • La posture : Jambes fléchies aux trois articulations (chevilles, genoux, hanches), sensation d’ouverture, les genoux à l’aplomb des orteils.
  • Mobilité dans l’immobilité : Le but n’est pas de rester dans un immobilisme rigide ; l’arbre n’est jamais complètement immobile, il « laisse faire ».
  • Rééquilibrage : Il s’agit de construire, équilibrer et débloquer votre Qi. Chez la plupart des gens, il y a un déséquilibre Yin/Yang. Maintenir cette posture permet à votre Qi de se rééquilibrer.

En pratiquant le Qi Gong debout, on stimule le Qi qui part du Dan Tien et circule à travers le corps. Comme un tuyau bouché que l’on nettoie avec un courant d’eau, faire circuler le Qi nettoie les canaux méridiens. Il convient de garder la position au moins dix à quinze minutes. Dans une perspective de formation sérieuse, certains préconisent 20 à 30 minutes matin et soir. Avant de pouvoir grimper à l’arbre du Tai Chi Chuan, il faut d’abord apprendre à se tenir simplement debout.

Le Qi Gong naturel et la voie du non-agir

Le Qi Gong naturel (spontané) n’ayant pas de forme fixe à mémoriser, il est très puissant pour l’emmagasinement de l’énergie et le renforcement du système immunitaire. Il provient d’une culture chamanique sans forme et sans dogme, se rapprochant du Bouddhisme et du Daoisme à leurs origines. Ces sagesses préconisent le « non-agir » et le fait de suivre le cours de la nature.

L’important est de respecter les grandes règles de la nature et de suivre le « Tao » comme loi universelle et immuable qui permet la cohésion de l’univers. Être vivant, c’est d’abord respirer. La concentration sur le ressenti interne permet de prendre conscience de son souffle intérieur, de sa propre force vitale, de la mobiliser et de la cultiver à un niveau élevé. Le pratiquant devient capable d’utiliser et de faire circuler son « chi » par le seul contrôle de la pensée, franchissant ainsi le seuil de la porte du travail spirituel.

Schéma des méridiens énergétiques et flux du Qi dans le corps humain

Vers une pratique bienveillante et exigeante

La première réussite de notre école, Lao Long, a été de nous entourer de personnes bienveillantes et positives, respectueuses des autres lignées et styles. Le nom « Vieux Dragon » prête à sourire, mais il est bien vivant. L’ambiance est aussi chaleureuse que travailleuse. La seule ambition de Lao Long est de faire quelques pas de plus dans la bonne direction, semaine après semaine.

Les seules leçons que nous donnons, nous nous les donnons à nous-mêmes pour progresser ensemble. Enseigner est une responsabilité, apprendre est un engagement. Dans cette quête, la patience et l’exigence sont les deux facettes d’une même pièce. Que ce soit par le Wing Chun ou le Qi Gong, l’objectif demeure l’unification de l’Esprit et de la Matière, l’enracinement de la conscience dans le corps, et la découverte que la véritable sagesse commence là où les mots s'arrêtent, dans le silence de la pratique.

tags: #chi #kung #pelouse #fils