L’univers du travail constitue une ressource inépuisable pour explorer la complexité du monde. Considérant cette dimension comme fondamentale, de nombreux artistes confrontent leur propre activité et leurs créations aux valeurs, aux enjeux et aux pratiques qui s’y jouent. Cette réflexion s'inscrit dans une dynamique territoriale forte, notamment à Dunkerque, où l'histoire industrielle et humaine se croise avec les nouvelles formes de représentations culturelles.

Une plateforme pour l'Art et le Travail
L'organisation de rencontres entend renforcer la dynamique engagée par le lancement de la plate-forme Culture ; Arts/Travail, valoriser les partenariats et échanges entre les différents et singuliers acteurs du monde du travail, de la recherche et de la création artistique. D’autres acteurs et partenaires seront progressivement amenés à rejoindre et enrichir ce réseau au fil du temps.
Parmi les soutiens institutionnels et académiques, on retrouve l'Université Lumière Lyon 2, le CND - Centre National de la Danse, et l'association Travail & Culture (TEC CRIAC). Cette cinquième rencontre interrogera donc les chemins empruntés par l’Art contemporain pour interroger la notion de Travail au sens large.
Le travail comme motif artistique : Cinéma et Théâtre
Le cinéma naît avec le monde industriel dont il a comme en écho les formes séquencées, saccadées et le processus mécanique de rationalisation du travail. La création d’un film est elle-même le résultat d’un travail collectif et pluriprofessionnel. Comment les différentes formes de cinéma participent-t-elles à réinterroger nos rapports au travail dans toutes leurs complexités ?
Comme l'explique Jean-Paul Géhin, co-fondateur du festival Filmer le Travail, la question reste centrale : qu’est-ce que « Filmer le travail » aujourd’hui ? Avec des intervenants comme Chloé Aïcha Boro, Sébastien Jousse et Antoine Rottbach, les évolutions culturelles et économiques du cinéma sont analysées. De même, sur la scène du théâtre, peut-il s’esquisser de nouveaux visages du travail qui lui donneraient force pour trouver un nouveau droit de cité ? Quand le travail interroge les relations au travail, de quoi témoigne-t-il ?
Laurence Equilbey, pour la beauté du geste | Une exploration de l’art
Mémoire, archives et transmission
Installées depuis 1993 à Roubaix dans l’ancienne filature Motte-Bossut, fleuron de l’industrie textile du XIXe siècle, les Archives nationales du monde du travail (ANMT) dépendent du ministère de la Culture et de la communication. Ce lieu de mémoire conserve les traces des mutations économiques et sociales.
L’association Autour du 1er mai est née en 2005 autour de la volonté de comprendre le monde, le penser et le changer, grâce au cinéma. Elle propose, avec la Base cinéma et société, un accompagnement pour trouver des films, savoir comment les visionner, et bâtir une programmation. 26 chemins d’accès thématiques sont déclinés, dont deux sont dédiés au monde du travail : "Les gestes du travail" (filmer la tâche, l’activité) et "Du 19è siècle à aujourd’hui, questionner le travail".
Acteurs locaux et enjeux de société
Le Centre de Culture Populaire (CCP), créé à l’initiative de syndicats, est une association inter comités d’entreprise agréée d’éducation populaire depuis 1965. Le projet du CCP est de promouvoir la culture du monde du travail par la diffusion, l’animation, l’action culturelle dans l’optique de contribuer à l’émancipation civique, intellectuelle, sociale et technique des travailleurs et leurs familles.
Dans l’action du comité d’entreprise, il y a l’aspect revendicatif : agir sur l’amélioration des conditions de travail. Mais nous avons aussi pour vocation d’assurer aux salariés un plus grand confort dans leur quotidien : l’accessibilité à la culture et aux projets artistiques qui contribue au bien-être des salariés. La création depuis de nombreuses années d’un poste d’animatrice culturelle au sein du CE permet la rencontre, la confrontation avec des artistes, des scientifiques, comédiens, avec des œuvres contemporaines, rendant les salariés acteurs de la société dans laquelle ils vivent.

Diversité des approches : du geste à la parole
La coopérative Dire Le Travail regroupe des personnes œuvrant à valoriser par la prise de parole la contribution des travailleurs à la vie sociale. Nous accompagnons des personnes et des collectifs souhaitant s’exprimer sur leur travail, dans le cadre d’entretiens, d’ateliers d’écriture ou de projets éditoriaux.
Parallèlement, Entreprise & Découverte est l’association nationale de la visite d’entreprise. Elle référence toutes les visites d’entreprise en France et publie tous les 2 ans l’observatoire du Tourisme de savoir-faire. À travers ces initiatives, le travail est rendu visible, non pas comme une simple donnée économique, mais comme un fait humain vivant. Si les aspects techniques, quantitatifs, économiques et politiques du travail sont la condition du travailleur, ils ne doivent pas dissimuler la mobilisation subjective, les apports sensibles et cognitifs que le « travaillant » met en œuvre dans son activité.
Perspective historique et généalogique
Au-delà des structures collectives, le travail est aussi une affaire d'individus et d'histoires familiales. À Dunkerque, comme ailleurs, la mémoire des familles s'inscrit dans le temps long. Prenons l'exemple de Chantal Yvette Prunier, née à Dunkerque le 11 juillet 1955 et décédée le 24 février 2026. Son parcours, comme celui de tant d'autres, témoigne de l'ancrage local des lignées dans un département (le 59) marqué par une forte identité industrielle.
L'analyse statistique des noms de famille, telle que celle effectuée pour le patronyme "Prunier", permet de retracer des trajectoires géographiques et historiques. Cette approche généalogique, qui croise les données d'état civil, complète la compréhension globale des mutations du travail : chaque nom, chaque date de décès, porte en lui une part de l'histoire sociale d'une région. De l'Ain à l'Aisne, de l'Allier aux Alpes, ces archives permettent de structurer la mémoire collective, tout en offrant aux chercheurs et aux familles des outils pour documenter le passé.
En somme, qu'il s'agisse de la création cinématographique, de l'engagement syndical, de la recherche historique ou de la généalogie, toutes ces démarches concourent à la même finalité : donner au travail sa valeur réelle, démocratiser les débats qui l’entourent et offrir un espace de rencontre propice à l’échange.