La qualité d'un match de football est intrinsèquement liée à l'état du terrain sur lequel il se déroule. Savez-vous que de la qualité de la pelouse dépend la qualité du jeu des footballeurs ? Il est crucial d'apporter le plus grand soin aux pelouses vertes des stades ! Le gazon d’un stade doit répondre à de nombreuses exigences techniques qu’impose la Fédération Française de Football, transformant chaque terrain en une prouesse d'ingénierie biologique et mécanique.

Les paramètres techniques du terrain
La hauteur du gazon influe sur la vitesse du jeu : plus il est tondu ras, plus les mouvements des joueurs sont aisés. Ainsi, l’entraîneur peut adapter la vitesse du jeu selon la fatigue de son équipe par la hauteur du gazon. Les rebonds du ballon sont également plus élastiques sur une pelouse rase. La hauteur des brins de gazon de la pelouse d’un terrain de football doit être compatible avec la pratique de ce sport. La pelouse sera donc maintenue à une hauteur comprise entre 24 et 28 mm.
Exigence peu connue du grand public, la Ligue de Football Professionnel impose un dessin de tonte précis. Une alternance de bandes vert foncé et vert clair est créée par inversion du sens de passage de la tondeuse : les brins de gazon sont inclinés dans le sens opposé d’une bande à l’autre. Ce procédé permet d’obtenir 18 bandes longitudinales de 5,5 à 6,1 m et 12 bandes en largeur de 5,5 à 6 m. Ce quadrillage, marqué dans la longueur, favorise la lisibilité du jeu et la gestion des hors-jeux par l’arbitre.
Sur le terrain, ce sont vingt-deux joueurs et trois arbitres, soient 50 pieds massifs et un escadron de crampons qui battent la pelouse. Les mottes de terre arrachées par les tacles et le piétinement sont autant de critères à prendre en compte avant de poser une pelouse sur un terrain de football. Fortement sollicitée, la pelouse d’un terrain de football doit être composée de brins d’herbe particulièrement résistants. Elle doit aussi offrir un niveau d’esthétique compatible avec le spectacle proposé par les 22 joueurs. Les gazons de type Ray-Grass répondent parfaitement à ces exigences. Ils poussent rapidement (5 à 10 jours), couvrent bien le sol, résistent au piétinement et s’entretiennent facilement. Son puissant système racinaire garantit une bonne résistance au gel. Très denses, les Ray-Grass limitent en outre la pousse des adventices (mauvaises herbes). Les brins vert foncé de ces gazons permettent d’obtenir une pelouse particulièrement belle.
Méthodes de mise en place et entretien végétal
Il existe différents procédés de pose de gazon : le semis (le plus traditionnel) ou le placage. Selon le choix arrêté par les responsables du stade sur les conseils du jardinier paysagiste, le gazon plaqué permet un gain de temps non négligeable à la pose et à l’entretien, mais il présente d’autres difficultés techniques. Ainsi, il existe toujours un risque de « rejet de greffe » si le gazon ne s’adapte pas au sol.
Une fois le gazon posé, le jardinier-paysagiste doit veiller à rassembler les conditions optimales pour garantir une durée de vie la plus longue possible. Il développe ainsi différentes techniques pour pallier le manque d’ensoleillement inévitable sur une partie du stade. Les stades les plus prestigieux font appel à la luminothérapie pour compenser le manque d’ensoleillement. L’orientation du stade, son architecture (hauteur des tribunes et emprise de son toit) créent en effet des zones d’ombre pouvant affecter la pousse. La mise en place d’un éclairage spécifique compense l’absence de lumière naturelle dans les zones ombragées de la pelouse.
Froid et gel sont également des facteurs de risque pour le gazon. Ainsi des systèmes de chauffage peuvent-être installés sur les zones du terrain plus exposées au froid. L’intérêt de ce dispositif est de maintenir le sol hors-gel sans détremper la pelouse. Si les Ray-Grass sont particulièrement vivaces, leur résistance est à entretenir avec un engrais adapté. Une combinaison d’un engrais à libération lente et d’un fertilisant plus rapide en cas de stress climatique fait des merveilles. Cette fertilisation doit soutenir le développement racinaire et faciliter la régénération du gazon. Le programme de fertilisation comprend notamment un épandage en octobre et en mars. Le premier doit permettre l’accumulation des réserves nécessaires pour franchir l’hiver. Le second favorise la croissance des brins au printemps.
Gazon hybride POWERgrass
Gestion de l'hydrologie et systèmes d'arrosage
Selon la saison, le sol et la météo, il faudra apporter 5 à 15 mm d’eau/jour. Aujourd’hui, les pelouses sont équipées de systèmes d’arrosage automatiques hautement sophistiqués. Les terrains de football mesurent 105 m sur 68 m soit une surface de 7 000 m². On comprendra que ces chiffres imposent la mise en place d’un arrosage automatique. Il faut donc en moyenne plus de 30 000 litres d’eau par jour pour maintenir la qualité de la pelouse. En outre, la pelouse des terrains de football accueillant des rencontres professionnelles est arrosée un peu avant le match et une petite minute durant la mi-temps. Cette précaution contribue à limiter le risque de blessure des joueurs.
L’eau ruissèle et s’évacue selon des normes très précises pour éviter un terrain détrempé. Le stade de football de Rodez est équipé d’une pelouse hybride. Un système composé d’arroseurs disposés de manière régulière sur l’ensemble du terrain permet une répartition optimale de l’eau et un arrosage rapide juste avant le match ou pendant la mi-temps, pour humidifier le terrain. Le système d’arrosage est relié à un système de gestion centralisée lui-même relié à une station météo. Des sondes d’humidité fournissent des informations complémentaires au système sur l’air, l’humidité, les précipitations et le sol, permettant de réajuster la programmation de l’arrosage et d’apporter à la plante la juste quantité d’eau dont elle a besoin. Enfin, pour l’ensemble des stades, les pelouses conventionnelles étant très régulièrement et longuement arrosées avant les matchs, on pourrait réutiliser l’eau de pluie.
L'innovation des pelouses hybrides
Il existe plusieurs natures de sols sportifs : les sols classiques composés de terre et de sable, qui concernent surtout les clubs amateurs, les pelouses naturelles, les pelouses artificielles à base de matériaux plastiques, et les sols hybrides qui concernent depuis 15 ans tous les terrains pour les compétitions de haut niveau. Apparu en 1990 le gazon hybride est constitué de plusieurs matériaux : du gazon naturel, des fibres de gazon synthétique et un substrat.
Ce gazon hybride, développé par la technologie AirFibr, est donc constitué d'un gazon naturel, enraciné dans un substrat de synthèse breveté composé de granulés de liège, de microfibres synthétiques (1 % de la masse de gazon) et de sable fin. Le sable est le composant majoritaire du substrat. Les microfibres synthétiques renforcent l'enracinement du gazon. Ces microfibres sont généralement faites de polyéthylène (PE), de polypropylène (PP) ou de polyamide (PA) partiellement renforcé de fibres de verre. Elles se présentent sous forme de mono-filaments ou elles sont « fibrillisées » afin de simuler les brins de gazon naturel et de mieux stabiliser les granulats de remplissage. L’insertion des fibres est maintenue en place par une deuxième base qui est faite de latex ou de polyuréthane. Les granulés de liège absorbent les chocs et réduisent les risques de blessure des joueurs.

Un terrain hybride améliore la vitesse de jeu, la transmission du ballon, la souplesse de la pelouse et rend le terrain praticable par tous les temps. Le drainage est immédiat, l’eau est absorbée très rapidement et l’évaporation est retardée. Ainsi, le terrain n’est jamais inondé, comme cela peut être le cas avec de la pelouse naturelle. Ces pelouses peuvent aussi bien être engazonnées par semis que par rouleaux de placage. La surface de jeu homogène reste plane et stable, quelles que soient les conditions climatiques. L'avantage de cette dernière technique offre aux stades une flexibilité dans la gestion du terrain. En effet, en moins d'une semaine, la pelouse est changée et jouable. Grâce à ce délai court entre le placage et l’accueil d’un match, il est désormais possible de multiplier le taux d'utilisation des stades, notamment en mutualisant le terrain (football et rugby), en accueillant des événements socio-culturels (concerts, festivals) tout au long de l’année. Ceci permet donc de diminuer le nombre de bâtiments avec en conséquence des économies multiples.
Enjeux écologiques et durabilité
Un stade est source de pollution comme tout lieu public accueillant un grand nombre de personnes. L’arrosage des pelouses consomme énormément d’eau : cela représente près de 100 millions de m3 chaque année en France. La consommation électrique est de 100 000 kWh pour l'éclairage d’un stade pendant un match. L’émission de dioxyde de carbone CO2 est considérable et concerne aussi bien celui généré pour fabriquer le béton utilisé pour la construction et les rénovations que celui émis pour les transports des supporters lors de chaque rencontre.
Des solutions existent en repensant la nature des pelouses, les matériaux de construction, les transports, la gestion du stade, la limitation des déchets et même en faisant des médailles recyclées ! L’utilisation de billes de pneu recyclés en tant que substrat pour un terrain synthétique, qui permet une utilisation plus intensive comparée à la pelouse et de réaliser une substantielle économie d’eau et d’entretien, est soumise depuis 2018 à une réglementation européenne imposant une très faible teneur en HAP (Hydrocarbures aromatiques polycycliques). La Commission européenne a décidé en 2023 de les interdire à partir de 2031. Reste encore à trouver les solutions de remplacement.
À Lyon, au Groupama Stadium, 50 000 m2 de panneaux solaires ont été installés dans son complexe d’activités pour couvrir une partie des besoins en électricité de l’enceinte. En 4ème division anglaise, le club de Forest Green Rovers promet de « construire le stade le plus écologique du monde ». Il sera entièrement composé de bois, le stade sera alimenté par des sources d’énergie renouvelable (panneaux solaires) et les pelouses seront hybrides sans pesticide.
Valorisation des ressources et économie circulaire
Les médailles de la Coupe du monde de rugby disputée en France, en or, argent et bronze (alliage majoritairement composé de cuivre et d’étain) ont été fabriquées à partir de téléphones portables recyclés. Pour cela 206 000 appareils ont été récoltés dans les clubs de rugby et 1491 médailles ont été frappées à la Monnaie de Paris. Le recyclage a été fait dans l’entreprise WeeeCycling, située en Normandie, affineur ne travaillant qu’à partir de déchets sans utiliser de minerai d’extraction. Des traitements chimiques et thermiques des déchets électriques et électroniques permettent d’en extraire des métaux précieux et stratégiques à très haut niveau de pureté, moyennant des émissions de CO2 « jusqu’à 2000 fois plus faibles que celles des procédés miniers ».
Après broyage et séparation mécanique, les déchets passent dans des fours permettant de former un alliage séparé des impuretés et des métaux communs, grâce à des réactions d’oxydo-réduction par voie thermique. Ces processus n’utilisent que des déchets et leurs pouvoirs calorifiques sont utilisés de manière optimisée avec une faible consommation énergétique. La purification de chaque métal est obtenue par différentes phases de séparation et d’affinage chimique et électrochimique. Ainsi, pour un téléphone de masse égale à 100 g, on obtient 25 mg d’or, 0,34 g d’argent, 8 g de cuivre et environ 1 g d’étain.

Les enjeux sont à la hauteur des surfaces semées. A titre d’exemple, le stade de France c’est 11 000 m² de surface engazonnée et 9 000 m² de pelouse pure. Rencontres régionales, nationales, européennes, coupes du monde et bientôt les Jeux olympiques à Paris, que d’occasions pour se retrouver dans les stades. Le gazon d’une pelouse de stade est un être vivant qui nécessite une attention toute particulière. Il boit et se nourrit, peut tomber malade ou être blessé par les joueurs. Dans les grands stades, un référent pelouse est chargé de veiller sur cette dernière. Vous l’avez compris, les superbes pelouses des stades de football s’obtiennent grâce à une programmation des actions très précise, intégrant désormais des impératifs environnementaux globaux.