Guide complet sur la culture du citronnier et la gestion de sa floraison

La culture des agrumes, et plus particulièrement du citronnier (Citrus limonum), représente une passion partagée par de nombreux jardiniers européens. Bien que symbolisant la Méditerranée, ces arbres sont originaires d'Asie et possèdent des exigences physiologiques strictes qui, lorsqu'elles sont mal interprétées, peuvent mener à des déceptions, notamment une absence de fleurs ou une chute précoce des fruits.

Schéma illustrant le cycle de vie annuel d'un agrumier en pot

Les fondamentaux de la physiologie des agrumes

Pour beaucoup d’Européens, les agrumes sont le symbole de la Méditerranée, alors qu’ils sont presque tous originaires d’Asie et généralement cultivés entre les 40e parallèles Nord et Sud. En France, de nombreux passionnés cultivent des agrumes en pots et continuent ainsi une tradition qui remonte à plus de 300 ans avec la collection d’agrumes de l’orangerie de Versailles. Les facteurs limitant à leur culture sont le climat (ils n’aiment ni le froid, ni l’excès ou le manque d’eau), le type de sol, les maladies et les ravageurs.

Le citronnier est sensible aux basses températures et exigeant en termes de nature de sol et de qualité d’ensoleillement pour bien fructifier. Sa culture hors climat méditerranéen passe donc souvent par la culture en pot à condition d’avoir un endroit ensoleillé et frais pour le rentrer en hiver pour le protéger et anticiper sa résistance au froid qui est très limitée.

La gestion de l’eau : un équilibre délicat

En plein champ ou en pot, les agrumes doivent être irrigués en période sèche. Néanmoins, l’apport d’eau doit être raisonnable. Comme de nombreuses espèces végétales, les agrumes sont sensibles à l’excès d’eau, d’autant que leur feuillage est pérenne, ce qui signifie que la plante est active toute l’année. L’excès d’eau conduit à la mortalité du système racinaire par asphyxie (privation d’oxygène). Contrairement à un manque d’eau, à moins qu’il ne soit particulièrement prolongé, l’excès d’eau a donc un impact définitif sur le système racinaire qui conduit à la mort de l’arbre.

Symptôme d’excès d’eau sur un mandarinier adulte

Les symptômes d’un excès sont une inclinaison des feuilles vers le bas, une perte de brillance, parfois un jaunissement, puis un dessèchement et une chute des feuilles et enfin un dessèchement des rameaux. Les symptômes d’un manque d’eau sont au contraire une incurvation des limbes vers le haut, comme si la feuille se fermait sur elle-même, puis également dessèchement et chute. L’arrosage du citronnier est certainement la partie la plus délicate, car il déteste autant le dessèchement que trop d’eau. Il faut donc bien observer vos arbres, selon son âge, votre terre, votre climat et la saison.

L’importance cruciale du substrat et du drainage

Les sols les plus favorables sont composés de 5 à 20 % d’argile, de 15 à 20 % de limons, de 20 à 30 % de sable fin et de 30 à 50 % de sable grossier car ils concilient à la fois une bonne rétention d’eau et une porosité suffisante pour aérer les racines. Si les agrumes sont cultivés en pot, la composition du substrat doit être comparable au sol « idéal ». La proportion de sable fin et grossier doit constituer environ la moitié du substrat. La présence d’une soucoupe sous le pot est à proscrire car l’eau retenue peut provoquer l’asphyxie des racines.

Graphique de composition idéale d'un substrat pour agrumes

Le calcaire est une situation à éviter. Les sols calcaires ou à forte salinité constituent la limitation majeure à la culture des agrumes dans le monde. Dans de telles conditions, l’assimilation du fer est limitée et, par conséquent, la croissance des plantes et la production de fruits. Cette carence en fer est appelée « chlorose ferrique ». Les symptômes sont un jaunissement des feuilles à l’exception des nervures qui restent vert foncé.

Mécanismes de la floraison et causes de l'absence de fleurs

Le phénomène de floraison est dû à la succession de deux processus : l’initiation florale, qui par la réception d’un ensemble de signaux permet à un bourgeon végétatif de passer au stade de bourgeon fructifère et la différentiation florale (formation des ébauches des différents organes floraux). Chez les agrumes, l’induction florale est provoquée par un stress, le plus souvent environnemental. Sous un climat méditerranéen, ce sont les températures basses hivernales qui génèrent ce stress.

La phase juvénile et l'entretien

Les jeunes arbres passent par une phase de non-production de fleurs appelée « phase juvénile ». La floraison n’a en général pas lieu dans les 3 ans qui suivent le greffage et reste faible les deux années suivantes. La production commence 4 ou 5 ans après la plantation et va en augmentant jusqu’à la quinzième année.

L'influence de l'azote

Mon citronnier est très vert, très vigoureux, mais il ne fleurit pas. Les engrais azotés sont recommandés pour les végétaux, mais la modération est de mise. En effet, l’azote favorise la végétation, le développement des branches et du feuillage. Ce qui est très bénéfique en début de croissance peut cependant à la longue ou en trop grande quantité nuire à votre citronnier. En effet tout est question d’équilibre, et s’il y a trop d’azote par rapport au carbone, l'arbuste est en mauvaise santé. Ou plutôt en trop bonne santé ! La végétation se développe trop par rapport aux autres organes, et en l’occurrence par rapport aux organes reproducteurs.

ENTRETIEN d'un CITRONNIER en POT 🍋 🌳 Arrosage, substrat, taille, et plus encore !

Pourquoi les fleurs et les fruits tombent-ils ?

Les agrumes ont une floraison abondante, notamment les mandariniers et clémentiniers. Il n’est pas rare de compter 150 à 200 000 fleurs sur un arbre adulte. Pourtant, le pourcentage de fleurs qui donnera un fruit mûr est extrêmement faible : au mieux 5 % ! Si la floraison est particulièrement importante, ce pourcentage peut chuter jusqu’à 1 ‰. C’est un phénomène naturel qui est appelé chute physiologique. Il débute dès la nouaison (chute des pétales) et intervient surtout au début de la croissance des fruits, de début juin à mi-juillet.

La chute physiologique ou « chute de juin »

Les jeunes fruits jaunissent, se dessèchent, noircissent et tombent. Ce phénomène correspond vraisemblablement à une régulation physiologique d’ajustement du nombre de fruits en croissance à la disponibilité en élément nutritifs, à l’échelle de la plante. Les fleurs les plus précoces, ou situées en position terminale de pousses feuillées, ont une probabilité de chute physiologique plus faible.

Le début de la chute physiologique ou « chute de juin »

Facteurs environnementaux aggravants

La chute des fleurs blanches ou des petits citrons en formation est parfois provoquée par une chaleur trop importante. C’est notamment le cas en fin d’hiver si vous gardez votre citronnier dans une véranda ou à l’intérieur de la maison, à cause du chauffage. A l’inverse, le citronnier est aussi sensible à une baisse brutale des températures, surtout si le froid est renforcé par le vent. Il ne faut donc pas sortir votre citronnier trop tôt de son lieu d’hivernage car au début du printemps, l’écart des températures entre le jour et la nuit est parfois conséquent.

Ravageurs et maladies courants

La cochenille, insecte piqueur et suceur, est un redoutable prédateur du citronnier, qui exsude le trop-plein de sève élaborée, très sucrée. Cela attire les fourmis qui s’en « régalent » et en font une ample récolte. Les symptômes sont des feuilles qui collent, de la « mousse blanche » comme du savon, la chute des feuilles et pire : le dépérissement général de la plante.

Le Mal Secco est la plus grave des maladies fongiques du citronnier, qui pénètre dans la plante au niveau des blessures. On observe tout d’abord une chlorose des feuilles et des pousses puis un dépérissement des brindilles et des branches. Les feuilles desséchées tombent ensuite. Les brindilles et branches infestées présentent des zones gris plomb à gris cendré. Dès la manifestation des premiers symptômes, tailler les rameaux atteints et les brûler. Ne pas laisser de bois de taille infecté au sol. Bien désinfecter les outils de taille et les plaies de taille.

Pratiques de multiplication et greffage

Vous pouvez démarrer la culture du citronnier à partir de graines, de boutures ou de marcottes, que vous pouvez produire vous-même ou acheter en jardinerie. Le bouturage du citronnier est le plus favorable début mars. Coupez en biseau une pousse de l’année précédente en tronçons de 15 à 25 cm. Supprimez les feuilles de la partie qui sera enfoncée dans le sol et réduisez de moitié les autres feuilles pour limiter l’évaporation.

Greffer un citronnier a pour intérêt de rendre votre plant plus résistant aux maladies, attaques de parasites ou ravageurs, mais aussi aux variations climatiques. Des porte-greffes comme Citrus volkameriania sont tolérants aux sols secs, calcaires et salins et induisent une bonne vigueur à la variété. Il est bien adapté aux citronniers, mais attention aux excès d’eau. Le bigaradier commun, le plus ancien des porte-greffes pour les agrumes, s’adapte bien à tous les types de sols, y compris calcaires, avec une bonne affinité avec l’ensemble des variétés.

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