Le concept de « tutorat » recouvre deux réalités juridiques et opérationnelles distinctes mais fondamentales dans le droit français : le tutorat en entreprise, pilier de l'insertion professionnelle par l'alternance, et la tutelle, mesure de protection juridique des majeurs. Cet article propose une analyse détaillée de ces deux domaines, de leurs procédures spécifiques, des délais à respecter pour les renouvellements et des enjeux liés à chaque fonction.

Le tutorat en entreprise : un levier pour l'alternance
Parmi les aides accessibles proposées par les OPCO, l’aide à la fonction tutorale est une prime souvent méconnue, mais intéressante. Ce dispositif peut ainsi encourager l’embauche de personnes en alternance. Elle permet, en effet, aux entreprises de recevoir une compensation financière, pour le temps consacré par le tuteur à la personne en alternance qui rejoint l’entreprise.
L’aide à la fonction tutorale est une compensation financière destinée aux entreprises qui embauchent des contrats de professionnalisation ou d’apprentissage. Pour devenir tuteur dans une entreprise, le salarié doit pouvoir justifier de deux ans d’expérience professionnelle dans le domaine d’étude de l’alternant. Il peut aussi suivre une formation spécifique à l’exercice du tutorat afin d’être dans les meilleures conditions pour encadrer l’alternant durant toute la durée de sa formation.
Modalités de versement et démarches auprès des OPCO
Les modalités de versement de la prime à la fonction tutorale (jusqu’à 350 euros, suivant la générosité des OPCO) sont simples : cette dernière est versée par mois ou trimestres de formation de l’apprenti. Ce versement est en général établi grâce à des accords avec les OPCO des entreprises. Les entreprises ayant embauché des jeunes en contrat de professionnalisation ou d’apprentissage doivent en faire la demande au moment du dépôt de dossier sur leur interface personnalisée sur l’OPCO.
Pour trouver votre OPCO, vous devez connaître votre convention collective. Utilisez notre outil pour découvrir votre OPCO simplement à l’aide du nom ou du siret de votre entreprise. Quel est le montant de la prime du tuteur ? Il varie selon votre secteur d’activité, et donc de l’OPCO auquel votre entreprise est rattachée. Cela peut aussi varier si vous êtes dans le secteur privé ou si vous êtes dans la fonction publique.
Missions et responsabilités du tuteur en entreprise
Devenir tuteur d’un salarié en alternance est un rôle à missions multiples. En tant que tuteur, la première mission consiste à mettre en place de bonnes conditions d’intégration pour l’apprenti. C’est un moment clé durant lequel il accueille l’alternant, l’introduit au fonctionnement de l’entreprise et le présente aux différentes équipes. Tout au long de la formation, le tuteur a pour rôle de guider les différentes missions de l’apprenti ainsi que de garantir sa montée en compétence, notamment en veillant à l’apprentissage des savoir-faire indispensables.
Enfin, le tuteur a pour objectifs d’assister, de suivre et de conseiller l’alternant pendant toute la durée de sa formation. Il vérifie l’apprentissage des acquis professionnels de l’alternant ainsi que la validation de ses objectifs pédagogiques dans son école. Plus qu’une compensation financière, la prime intervient comme une valorisation du tuteur et surtout du temps qu’il a consacré à la montée en compétence professionnelle et pédagogique de son apprenti.
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Cadre juridique et conditions de qualification
Il existe trois statuts juridiques distincts : le maître d’apprentissage, le tuteur (contrat de professionnalisation) et le tuteur de stage. Bien que les missions soient quasi identiques sur le terrain, leurs cadres juridiques imposent des obligations différentes.
| Statut | Type de contrat | Référence Code du travail | Conditions de qualification |
|---|---|---|---|
| Maître d’apprentissage | Contrat d’apprentissage | Art. L. 6223-1 à L. 6223-8 | Diplôme + 1 an d'expérience ou 2 ans d'expérience |
| Tuteur | Contrat de professionnalisation | Art. L. 6325-3-1 | 2 ans d'expérience minimum |
| Tuteur de stage | Convention de stage | Art. L. 124-9 | Aucune exigence de diplôme |
Les voies d'accès à la fonction de maître d’apprentissage
Les critères de qualification peuvent être remplis de trois façons différentes prévues par le Code du travail :
- Diplôme + expérience : Le candidat est titulaire d’un diplôme ou d’un titre professionnel dans le même domaine que celui préparé par l’apprenti, et justifie d’au moins deux années d’expérience professionnelle pertinente.
- Expérience seule (3 ans) : Le candidat a exercé une activité professionnelle en rapport avec la qualification visée pendant au moins trois ans, avec un niveau de qualification minimal déterminé par la commission départementale.
- Expérience avec avis d’autorité (3 ans) : Le candidat dispose d’une expérience professionnelle de trois ans avec avis favorable du recteur ou du directeur régional compétent. Si aucune réponse n’est donnée dans un délai d’un mois, l’avis est considéré comme favorable.
Important : Les stages et les périodes de formation en milieu professionnel ne sont pas pris en compte pour le calcul de l’expérience requise. Seules comptent les périodes de salariat effectif.
Procédures en cas de remplacement du tuteur
Le maître d’apprentissage que vous aviez désigné ne souhaite plus exercer cette mission ? Il invoque une surcharge de travail ou des difficultés relationnelles. Vous pouvez le remplacer, mais une procédure doit être respectée :
- Recherche d'un remplaçant : Le nouveau maître doit remplir les conditions réglementaires d'expérience.
- Suspension du contrat : Si un délai trop important risque de s’écouler entre la fin des fonctions de l’ancien tuteur et la désignation du nouveau, suspendez l’exécution du contrat d’apprentissage. Il faut signer un avenant précisant la durée de la suspension.
- Résiliation anticipée : Si vous ne trouvez aucun remplaçant, il est possible de demander la résiliation anticipée du contrat devant le conseil des prud’hommes au motif de l’impossibilité de poursuivre l’exécution du contrat.
La tutelle : protection juridique des majeurs
La tutelle est une mesure judiciaire destinée à protéger une personne majeure et tout ou partie de son patrimoine si elle n'est plus en état de veiller sur ses propres intérêts. Le tuteur représente la personne dans les actes de la vie courante. La tutelle s’applique uniquement en cas de stricte nécessité, sur la base d’un certificat médical circonstancié.
Procédure d'ouverture et désignation
L'ouverture d'une tutelle peut être demandée au juge des contentieux de la protection par la personne à protéger, son conjoint, un parent, ou une personne entretenant des liens étroits.
- Le dossier : Il doit comprendre le formulaire Cerfa n°15891, un certificat médical circonstancié, la copie de la pièce d'identité du majeur et l'acte de naissance.
- L'audition : Le juge est dans l'obligation d'entendre la personne à protéger. L'audition n'est pas publique. Sur avis du médecin, le juge peut décider de ne pas entendre la personne si cela porte atteinte à sa santé.
- Désignation : Le juge choisit en priorité les proches. En l'absence de proche, il désigne un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM).
Délais de renouvellement et fin de mesure
Toute mesure de protection est fixée pour une durée maximale de 5 ans. Par exception, le juge peut prononcer une mesure de tutelle pour une durée maximale de 10 ans.
- Renouvellement : Pour procéder au renouvellement, le tuteur doit adresser au juge, au moins 4 mois avant l’échéance, une requête accompagnée d’un certificat médical expert. À défaut, la mesure devient caduque.
- Modification : L’état de santé du proche peut évoluer. Vous pouvez solliciter le juge pour adapter la mesure (allégement ou aggravation) via une nouvelle requête et un certificat médical.
- La fin de la mesure : Elle prend fin automatiquement en cas de mainlevée décidée par le juge, ou en cas de décès de la personne protégée. En cas de décès sans héritier, le tuteur doit demander la nomination du Domaine en tant que curateur.

Capacités et actes du majeur sous tutelle
Même si la tutelle limite la capacité d'agir, le majeur peut accomplir certains actes seul :
- Vie personnelle : Il peut se marier ou se pacser sans autorisation (mais doit informer son tuteur), voter personnellement, et porter plainte seul.
- Actes de la vie courante : Les achats quotidiens peuvent être effectués sans intervention.
- Actes nécessitant l'accord du juge : La vente du logement principal, le testament (avec autorisation du juge), ou la gestion d'un patrimoine complexe.
Dès l’ouverture de la tutelle, le tuteur doit réaliser un inventaire des biens dans un délai de 3 mois et établir un budget prévisionnel. Ces documents sont transmis au juge des contentieux de la protection, qui exerce un contrôle permanent sur la gestion de la tutelle, garantissant ainsi le respect des droits et la protection des intérêts de la personne protégée.