Le bouturage est une méthode de multiplication végétative extrêmement accessible, économique et ludique. Elle permet d'obtenir un "clône" de la plante mère, c'est-à-dire un nouveau végétal génétiquement identique, reproduisant ainsi fidèlement ses caractéristiques. Que vous souhaitiez augmenter le nombre de vos plantes préférées, remplacer un sujet vieillissant ou simplement vous reconnecter avec la nature en observant le cycle lent des racines, le bouturage est une technique à la portée de tous, même sans expérience.

Le principe fondamental du bouturage
Le bouturage consiste à prélever un organe végétal sur une plante mère - le plus souvent un morceau de tige, mais aussi une feuille ou une racine - et à le planter dans un substrat adéquat, léger et drainant. Ce "morceau" de végétal, une fois replanté, va développer ses propres racines et ainsi former une nouvelle plante. Contrairement au semis, qui peut entraîner des variations génétiques, le bouturage garantit l'exacte reproduction du pied mère. Cependant, cela signifie aussi que si la plante mère est vulnérable à une maladie ou un parasite, ses clônes le seront également. Pour réduire ces risques, il est préférable de varier les méthodes de multiplication, en complétant les boutures par des semis ou le greffage.
Le bouturage offre un gain de temps non négligeable par rapport au semis, accélérant l'installation définitive du végétal et l'arrivée des floraisons. C'est une méthode simple pour introduire régulièrement de nouvelles plantes dans votre jardin ou votre intérieur.
Quand bouturer : périodes idéales selon le type de bouture
Il n'existe pas de "meilleure période pour le bouturage" unique, car différentes variétés de plantes préféreront diverses périodes, entre le début du printemps et la fin de l'automne, et même l'hiver pour certaines.
Boutures herbacées (tiges jeunes)
Ces boutures sont réalisées au printemps, généralement de mai à juin, avec des tiges encore jeunes et tendres. Elles s'enracinent très facilement mais sont aussi plus fragiles. Cette technique est utilisée pour les plantes difficiles à bouturer, les semi-rustiques, ou celles dont on souhaite un résultat rapide.
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Boutures semi-ligneuses ou aoûtées (tiges durcies par le bois)
Ces boutures sont prélevées en été, de la fin août à la mi-octobre. La base des rameaux est en bois dur, mais la pointe est encore tendre. Elles sont plus rigides que les boutures herbacées, ce qui facilite la formation de racines.Exemples de plantes concernées : Alysse, arabis, aubriète, cinéraire, fuchsia, gaillarde, lavatère, œillet, santoline, sauge, verveine, surfinia. À la fin de l’été les températures encore chaudes et l’humidité élevée favorisent le développement rapide des racines. C'est au mois d'août que le bouturage est de mise pour les surfinias, qui réjouissent les jardiniers de leurs cascades de fleurs toujours très colorées. Juillet à août : le bouturage des plantes semi-aoûtées, dont la base des rameaux est en bois dur mais la pointe est encore tendre. C’est le cas des petits arbustes persistants ou des géraniums. Les arbustes qui se lignifient se prêtent bien aux boutures de tiges de fin d’été, et peuvent aussi être bouturés au printemps.
Boutures ligneuses (bois sec)
Les boutures de tiges de bois sec se pratiquent plutôt en hiver, idéalement entre mi-novembre et début février, lorsque les rameaux sont en dormance. Les boutures d'automne sont idéales pour les plantes aux feuillages persistants, car les risques de déshydratation dus au soleil sont passés.Pour qui ? Cette technique simple convient aux arbres les plus conciliants, comme le peuplier ou le saule. La fin de l’été et le début de l’automne sont des périodes favorables pour bouturer un grand nombre de conifères. Le chèvrefeuille d'hiver, Lonicera fragrantissima, un arbuste parfumé à la floraison hivernale, peut être bouturé à cette période. "À la Sainte Catherine, tout bois prend racine" est un dicton qui exprime le principe du bouturage, un "bois" qui prend racine étant bien le principe de la multiplication du végétal.
Les différentes techniques de bouturage
Plusieurs techniques existent, chacune adaptée à des types de plantes et des saisons spécifiques.
La bouture simple (de tige)
C'est la technique la plus courante et la plus utile, s'appliquant à un très grand nombre de végétaux. Elle consiste à planter un tronçon de tige, effeuillé à sa base et coupé juste en dessous d'un nœud, là où apparaîtront les racines.
Prélèvement des boutures
- Choisir la plante mère : Sélectionnez une plante saine, un pied bien formé et exempt de maladie.
- Prélever les tiges : Avec un sécateur correctement nettoyé, prélevez quelques extrémités de tiges, d'une dizaine de centimètres de long environ. Préférez une tige non fleurie d’environ 20 cm, prélevée sur une plante en bonne santé, de préférence jeune (de l’année), mais bien formée.
- Tailler la bouture : Avec un couteau bien aiguisé (idéalement, un greffoir), taillez de la façon la plus nette possible juste en dessous d'un nœud (point de départ d'une feuille). C'est à ce niveau que les racines émergent. La règle est donc de toujours couper en dessous d’un nœud.
- Préparer les feuilles : Supprimez les feuilles du bas de la bouture ; ne conservez qu'un "toupet" au sommet, soit les deux ou trois feuilles les plus hautes. Si la plante possède des feuilles assez importantes, vous pouvez les couper en 2 dans le sens de la largeur pour limiter l'évaporation.
Repiquage
- Préparer le contenant : Choisissez un pot, une jardinière ou une caissette en polystyrène si le nombre de boutures est important. Le contenant sera rempli d'un substrat léger et drainant, composé d'un mélange de terreau de feuilles et de sable, ou un terreau spécial semis et bouturage. Tassez-le légèrement.
- Planter les boutures : Creusez pour chaque bouture un petit trou d'une profondeur de 5 cm environ à l'aide d'un bâtonnet. Insérez profondément la tige dans le pot, puis tassez le mélange tout autour.
- Arroser et placer : Arrosez délicatement à l'aide d'un pulvérisateur. Placez vos boutures dans un endroit abrité, à la mi-ombre. Il est très courant que votre bouture (tige ou feuille) "fasse un peu la tête" après la mise en pot, ce qui est tout à fait normal. C’est le signe que la plante consacre son énergie à la formation de racines au détriment de l’organe extérieur.
Hormone de bouturage
La poudre d'hormone de bouturage, vendue en jardinerie, peut être utile pour favoriser la reprise et l'émission de racines. Vous pouvez y tremper la base de vos boutures, en veillant à ce qu'il ne subsiste qu'une fine couche à l'extrémité (tapotez légèrement avec le doigt pour faire tomber l'excédent). Cette hormone de croissance synthétisée (auxine), naturellement présente dans les plantes, n'est pas indispensable et peut être réservée aux boutures les plus difficiles.
Éducation de la bouture
Le temps d'enracinement dépend de chaque espèce, mais plusieurs semaines sont nécessaires. Durant ce temps, veillez à ce que le mélange terreux ne sèche pas, et protégez vos godets du gel le cas échéant (serre, châssis de culture). La mise en place définitive ne s'opère que lorsque les plants ont suffisamment forci.

La bouture dans l'eau
Certaines plantes émettent très facilement des racines lorsqu'on place une de leurs tiges vertes ou une feuille avec son pétiole dans un verre d'eau. La méthode du bouturage dans l'eau est simple et ludique.Pour qui ? Les plantes d'appartement comme le bégonia, le dieffenbachia, la misère, le philodendron ou le monstera, mais aussi le laurier-rose, le lierre, le papyrus, le saule ou le basilic.Quand ? Printemps/été.Comment procéder ? Il suffit de tremper la bouture dans un verre ou un pot rempli d’eau, jusqu’à voir les racines bien développées (environ 10 cm). La multiplication en eau est assez rapide, les racines apparaissent après quelques jours. Cependant, la reprise de la plante une fois mise en terre est parfois plus difficile que pour un bouturage classique. Il est important de couper une section de tige saine comportant des nœuds, car c'est là que se concentrent un grand nombre d'hormones qui favorisent le développement de la plante.
La bouture de feuille
Cette technique est employée sur les plantes à feuilles charnues et certaines plantes d'appartement.Pour quelles plantes ? Bégonias, fuchsias, pourpiers, sedums, cactus et autres plantes succulentes. Le Begonia massoniana se bouture très bien à partir d’une feuille incisée, posée à plat sur du terreau humide, les jeunes pousses apparaissant au niveau des incisions réalisées dans les nervures principales.Quand ? Toute l'année pour les persistants.Comment procéder ?
- Feuilles avec pétiole : Choisissez de belles et grandes feuilles et découpez-les au niveau du pétiole (la "tige" de la feuille). Laissez-les sécher quelques heures avant de les repiquer dans un substrat léger (mélange de terreau et de sable) en l'enfonçant légèrement, partie coupée dans la terre. Il est également possible de les immerger en veillant à ce que la feuille ne soit pas au contact de l'eau pour éviter la pourriture.
- Feuilles posées à plat : Pour les plantes grasses, il suffit de détacher quelques feuilles de la plante-mère et de les disposer horizontalement sur du terreau et de brumiser une fois par jour autour de la feuille sans la toucher pour éviter la pourriture.
La bouture de racine
Cette technique permet de multiplier les plantes à racines charnues.Pour quelles plantes ? Espèces vivaces à racines charnues assez épaisses (molène, pavots, phlox, acanthe, anémone du Japon, gaillarde, pivoines vivace et arbustive, pavot d'Orient, statice, lupin, géranium sanguin) et quelques arbustes drageonnants (corête du Japon, rosiers rugosa, sumac de Virginie, framboisiers). La renouée du Japon, classée invasive, peut se reproduire à partir d'un petit morceau de racine.Quand ? Hiver.Comment procéder ?
- Dégager les racines : Pour les vivaces, soulevez la souche avec une fourche-bêche, en veillant à ne pas casser de grosses racines. Pour les arbustes, creusez sur un côté jusqu'à atteindre commodément les racines profondes.
- Choisir et couper les racines : Sélectionnez des racines jeunes et ligneuses, d'un diamètre indicatif d'un crayon moyen, en préservant les radicelles. Débitez ensuite au sécateur de petits tronçons d'une longueur comprise entre 3 et 10 cm. Remettez vite en terre la plante mère.
- Repiquage en caissette : Installez une couche de gravier ou de billes d'argile dans une caissette pas trop profonde pour un bon drainage. Remplissez ensuite avec un mélange bien drainant de tourbe et de sable, ou un terreau léger "spécial semis et boutures". Humidifiez la terre et déposez délicatement vos morceaux de racine à l'horizontale, recouverts d'une fine couche de terre (2 à 3 cm). Les bâtonnets issus d'arbustes seront placés à la verticale, en laissant dépasser environ 1 cm hors de terre.
La bouture en talon
Cette méthode consiste à prélever un jeune rameau secondaire en conservant l'empattement qui le réunissait à un rameau principal de l'année précédente. Ce "talon" est une zone propice à la fabrication de racines, augmentant ainsi les chances de succès. Le prélèvement du talon peut cependant causer des dommages à la plante-mère.Pour qui ? Les plantes qui « font du bois » : vivaces semi-arbustives (romarin, lavande), rosiers, arbustes (forsythia, lilas, sureau), grimpantes (clématite, vigne), conifères (thuya, if). La seule façon de multiplier les lilas greffés en conservant les caractéristiques du pied mère est le bouturage.Quand ? Printemps, fin d'été ou automne.Comment procéder ? Détachez la tige en prenant soin de conserver à la base un tronçon d’environ 2 cm du rameau d’origine.
La bouture en crossette
Variante de la bouture à talon, elle consiste à conserver une section entière d'environ 1,5 cm du rameau principal, donnant à la bouture une forme de petite crosse.Pour qui ? Surtout utilisée pour les plantes lentes à prendre racine, à tiges creuses ou à moelle, la lignine protégeant les tissus fragiles des champignons pathogènes : berbéris, figuier, spirée, sureau, vigne.Quand ? Été, début d'automne.
La bouture d'œil
Elle se compose d'un petit morceau de rameau de l'année (2 à 5 cm de long) doté d'un œil axillaire (à l'aisselle d'une feuille), qui a la possibilité de se développer et de former une tige. Cette technique permet d'obtenir plusieurs boutures sur une même tige, mais le développement de la bouture en plante est long.Pour qui ? Essentiellement pour le camélia qui est lent à s'enraciner, mais aussi l'hortensia, le rhododendron, la vigne et les ronces (mûres). Le bouturage est la méthode la plus simple à mettre en place pour multiplier les camélias.Quand ? Fin d'été, début d'automne.
La bouture en plançon
C'est la bouture la plus rapide à réaliser : une branche droite coupée de biais et plantée directement dans le sol.Pour qui ? Elle convient seulement aux arbres les plus conciliants, comme le peuplier ou le saule.
Bouturage de rejets
Certaines plantes font plein de petits bébés autour d’elles, appelés rejets. Cela permet à la plante-mère de se reproduire et d’assurer sa descendance.Comment procéder ? Avant de couper les rejets, assurez-vous qu’ils aient au moins 3 feuilles bien développées. Pour les rejets qui sortent de terre, grattez le substrat autour du bébé sur quelques centimètres pour pouvoir le séparer de la mère sans risque.
Le substrat idéal pour le bouturage
Afin de faciliter le développement du système racinaire de votre bouture, il est conseillé d’utiliser du terreau spécial boutures et semis. Ce substrat a l’avantage d’être léger et bien drainant. La légèreté du terreau "bouturage et semis" permettra aux toutes petites radicelles naissantes de grandir sans encombre. Le côté drainant du matériau permettra d’éviter la stagnation de l’eau qui aurait pour effet le pourrissement desdites radicelles. Vous pouvez aussi mélanger ⅔ de terre du jardin avec ⅓ de sable ou de perlite. Veillez à ne jamais laisser sécher trop le substrat car la plante a besoin d’eau pour vivre. Pour la multiplication en terre, les racines étant encore très fragiles, il est préférable d'avoir un terreau sans gros morceaux (vous pouvez le tamiser). La plupart des boutures apprécient un mélange léger et drainant.

Conditions de succès et astuces
- Chaleur et humidité : Quelle que soit la technique de bouturage utilisée, conservez vos boutures dans un lieu chaud et humide. Vous pouvez augmenter l'humidité ambiante (hygrométrie) en entourant vos godets d'un sac plastique transparent ou d’une cloche pour créer un effet de serre, maintenu à l'aide d'un élastique.
- Arrosage : Arrosez délicatement et régulièrement, sans laisser le substrat sécher complètement, mais sans excès pour éviter la pourriture. Une bouture trop arrosée peut voir ses feuilles jaunir et sa tige noircir. Arrosez délicatement tous les 2 ou 3 jours et placez les boutures dans un endroit chaud et à l’abri du soleil direct.
- Patience : Une bouture peut mettre quelques jours, plusieurs semaines, voire plusieurs mois à réagir. Le temps d'enracinement dépend de chaque espèce. Laissez-la grandir jusqu’à la saison suivante. Patientez jusqu’à l’apparition de nouvelles feuilles ou de nouvelles tiges, signes de reprise.
- Stimulants racinaires : Des produits commercialisés peuvent accélérer et assurer la reprise de vos boutures. Il suffit de tremper la base des boutures dans ce liquide ou de les arroser régulièrement au démarrage de leur croissance. En arrosant pendant les 3 premières semaines avec ce stimulant, vous multipliez vos chances de réussite.
- Multipliez les tentatives : Pour vraiment ne rien louper, faites plusieurs boutures. Échelonnez vos boutures sur plusieurs semaines afin d’en avoir toujours en cours.
- Lignification : Ce processus, où les jeunes tiges d’arbustes de l’année commencent à brunir et à se durcir, est un bon indicateur que la plante est prête à être bouturée.
- Vigilance : Lorsque la bouture montre des signes de reprise, vous verrez de nouvelles feuilles ou des tiges apparaître. Laissez-la grandir jusqu’à la saison suivante.

Bouturage de plantes d'intérieur et d'extérieur
Le bouturage est une méthode polyvalente adaptée à presque toutes les plantes : annuelles, vivaces, arbustes, arbres, plantes grimpantes, et notamment les plantes d’intérieur. Quand on voit le prix de certaines plantes d’intérieur dans le commerce, il serait dommage de ne pas tenter le bouturage !
Exemples de bouturage de plantes d'intérieur :
- Monstera (Monstera deliciosa, variegata…) : Bouture de tige dans l’eau ou en terre.
- Philodendrons : Bouture de feuille ou de tige, dans l’eau ou en terre.
- Pothos (Epipremnum aureum, Scindapsus pictus) : Bouture de tige en eau ou en terre.
- Bégonias : Bouture de feuille (posée ou incisée) ou de tige, en eau ou en terre.
Exemples de bouturage de plantes extérieures :
- Rosiers : La multiplication d'un rosier peut être réalisée par bouturage, ainsi que par marcottage, semis, ou prélèvement de drageons.
- Heuchères : Elles s'égayent les zones ombragées du jardin de leur feuillage persistant et peuvent être multipliées par bouturage ou division.
- Laurier rose : Multiplier un laurier rose en réalisant ses propres boutures, c'est très facile !
- Lavande, ciste : L'arrivée de l'été n'est pas seulement synonyme de récoltes, c'est aussi le moment de les bouturer.
Le repiquage en godets et la transplantation
Une fois que vos boutures sont bien enracinées et suffisamment forcies, il sera temps de les repiquer. En extérieur, il faudra attendre le printemps suivant pour planter vos boutures en pleine terre ou dans son pot définitif à l’automne ou au printemps suivant. Le bouturage en terre prend plus de temps qu’en eau ; il faudra plusieurs semaines avant que votre plante puisse être replantée dans un pot plus grand.