Le prunier, bel arbre fruitier offrant à la fin de l’été des fruits délicieux et gorgés de soleil, constitue un atout précieux dans un jardin. Facile à vivre, ses origines sont incertaines, bien qu'il soit cultivé depuis des siècles et qu'il ait beaucoup voyagé. Le prunier ne se limite pas à une seule espèce, et les variétés sont légion. Elles peuvent cependant être regroupées : mirabelles, prunes d'Agen, quetsches et autres reines-claudes sont les descendantes des divers pruniers plus ou moins sauvages que l’on trouve encore aujourd’hui dans nos jardins et nos campagnes.

Le Prunier dans la Famille des Rosacées
Le prunier fait partie des Rosacées et du genre Prunus, qui regroupe des arbres et arbustes souvent cultivés pour leurs fruits mais également pour leur intérêt ornemental. On trouve dans ce genre l’amandier, le pêcher, l’abricotier. Rustique, le prunier vit généralement très longtemps, et c’est au bout d’une vingtaine d’années que sa production est à son apogée, une fertilité qui va durer environ 50 ans. Bel arbre de taille moyenne, son feuillage caduc arrive en même temps ou à la fin de sa floraison blanche. Il donne des fruits, des drupes (un fruit dont l’enveloppe qui entoure la graine est charnue, enveloppe qui ne s’ouvre généralement pas pour laisser sortir sa graine) à la chair savoureuse, d’environ 2 à 3 cm de diamètre. Peu difficile quant à la qualité du sol, le prunier ne craint que les excès en argile ou en sable.

Entretien et Culture du Prunier
Facile d’entretien, le prunier est souvent laissé de plein-vent, mais peut aussi être conduit ou palissé. Il bénéficiera d’apports en fertilisants organiques en automne, qui favoriseront sa fructification et son développement. Sa taille de formation, si nécessaire, se fait dans ses premières années. Sa taille de fructification, en automne, ne se réalise pas systématiquement. Elle consiste, environ tous les 3 ans, à renouveler les rameaux qui portent les fruits ainsi qu’à nettoyer l’arbre des branches mortes ou abîmées, des gourmands et à éclaircir son centre. Il est également possible d'éclaircir les fruits lorsqu’ils sont en abondance.
Le prunier est sans doute l'arbre fruitier le plus résistant au froid et aux maladies. C'est un arbre très facile à cultiver chez soi dans son jardin, partout en France. Il ne nécessite pas d'entretien particulier, ni de taille spécifique. La taille d'hiver s'effectue en fin d'hiver, vers fin février voire début mars, permettant de différencier plus facilement les bourgeons à bois et à fruits. Il faut essayer de faire pousser des rameaux le plus près possible de la charpentière. Si l'on a déjà des rameaux mixtes, on ne les taillera presque pas : il suffit de garder 2 yeux à fruits (ou fleurs) et ainsi de conserver également des yeux à bois qui serviront au renouvellement de nouveaux rameaux l'année suivante ; l'idéal étant de conserver un bourgeon à bois au-dessus du dernier bourgeon à fleurs. Si l'on a des rameaux qui n'ont que des bourgeons à fruits (branche chiffonne), on ne taillera pas, le seul renouvellement se fait par le bourgeon terminal.
La taille en vert s'effectue après la nouaison, c'est-à-dire lorsque la quetsche est en croissance. À ce stade, on ne conserve que 3 à 5 fruits par coursonne. Il faudra également supprimer les bourgeons inutiles et ne garder que les bourgeons de remplacement. Pour diminuer la vigueur des bourgeons de remplacement, on peut les palisser à l'horizontale. Les bourgeons d'accompagnement sont eux pincés (ou étêtés) à 2 ou 3 feuilles.
Contrairement aux pommiers ou aux poiriers, les pruniers développent des bourgeons à fruits naturellement, sans transformation d'un bourgeon à bois. Ces bourgeons à fruits se forment naturellement et directement sur les rameaux qui se sont développés dans le courant de l'année précédente. Un paillage généreux au pied du prunier limite la pousse des mauvaises herbes, protège les racines du froid en hiver et réduit l’évaporation en été. L'eau est un facteur clé de la croissance des plants. La meilleure période de plantation du prunier Quetsche d’Alsace est l’automne. Les températures sont encore douces, le sol est humide et les racines ont tout l’hiver pour s’installer avant la reprise de printemps. Durant les premières semaines suivant la plantation, il est important d'arroser régulièrement en l’absence de pluie, surtout si la plantation a eu lieu au printemps.
La Diversité des Pruniers : Une Histoire de Migrations
Il existe un très grand nombre d’espèces et de cultivars dans le groupe des pruniers. Ces différents types de pruniers sont très répandus dans le monde et leurs origines et généalogies restent souvent floues. On peut cependant repérer les plus importants de ces types. Ce sont les Romains, grâce à leurs conquêtes mondiales, qui ont implanté en Europe un grand nombre des fruits (noix, vigne, cerises…) que l’on cultive encore de nos jours, dont les prunes. C’est dans la province “Narbonnaise” que les Romains ont planté différents types de pruniers.
Le serment de Pézenas - La Reine des prunes
Le Prunier Sauvage : Prunus insititia ou Prunus domestica subsp. insititia
Le prunier sauvage, connu sous les noms botaniques Prunus insititia ou Prunus domestica subsp. insititia (il y a dissension entre les botanistes en ce qui concerne la généalogie du prunier sauvage), est un petit prunier, de 2 à 5 m de hauteur. On le trouve dans les haies, dans les bois, formant des fourrés denses grâce à son drageonnement important. Il porte des jeunes rameaux pubescents et parfois épineux, au contraire du prunier commun. Le prunier sauvage offre des petits fruits de 2 à 3 cm de diamètre, ovales ou globuleux, bleu foncé ou jaunâtre. La chair est très sucrée avec une saveur acidulée, le noyau est lisse et adhère à la chair. Ces prunes sont souvent utilisées pour les eaux-de-vie locales ou bien séchées.
Saviez-vous qu'il est également appelé “prunéolier”, “prunier de Damas”, ou encore “prunier crèque” ? Cette espèce est réputée provenir de Damas. La légende dit que ce sont les croisés qui l’ont ramenée après leur défaite en Orient (1149) ; il leur a été reproché d’y être allés “pour des prunes”, d’où la célèbre expression ! D’autres voyageurs auraient également ramené des spécimens de ce petit prunier, notamment un seigneur de la région de Dijon. On trouve d’ailleurs dans les communes situées aux alentours de ses terres de nombreux pruniers de Damas, principalement la variété jaune, et la variété pourpre figure sur un écusson.
Le Prunier Domestique : Prunus domestica
Le Prunus domestica est une autre espèce de prunier dont on consomme le fruit depuis l’Antiquité, certainement bien plus et peut-être même le cultivait-on alors. Le prunier domestique est un arbre de taille moyenne, entre 3 et 7 m de hauteur, aux jeunes rameaux glabres. Les feuilles, caduques, sont ovales ou oblongues, dentelées, au revers parfois légèrement duveteux. Sa floraison est précoce, entre mars et avril, mais sa profusion compense généralement les pertes dues aux gelées printanières. Elle apparaît sur les rameaux de l’année précédente, avant le feuillage. Les prunes de cette espèce sont assez grosses, de forme oblongue à sphérique. Elles sont recouvertes d’une mince pellicule de protection que l’on appelle la pruine.
Le prunier domestique est facile à cultiver et rustique. Il avoue une préférence pour les sols silico-calcaires (10 % maximum de calcaire, 75 à 92 % de sable siliceux, 8 à 15 % d'argile) qui sont profonds et bien drainés, mais se développera dans tout type de terrain, excepté les terres trop arides. La plupart des pruniers domestiques sont auto-stériles, ils ont besoin d’un prunier d’une autre variété pour fructifier. Il existe cependant des variétés autofertiles, mais la pollinisation croisée est toujours préférable. Par contre, les variétés issues de Prunus domestica ne sont pas compatibles avec les variétés issues du prunier du Japon.
Le Prunier du Japon : Prunus salicina
Parmi les différents types de pruniers, Prunus salicina est une espèce chinoise de prunier poussant spontanément en Corée, au Laos, au Vietnam ainsi qu’au Japon. Le prunier du Japon est un arbre de taille moyenne, pouvant monter jusqu’à 12 mètres de hauteur. Ses feuilles caduques sont oblongues à bord crénelé. Les fleurs, blanches, apparaissent au début du printemps. Viennent ensuite les prunes, des drupes de 4 à 7 centimètres de diamètre. Elles peuvent être jaunes, verdâtre ou violettes, avec une chair claire sucrée et bien juteuse à laquelle le noyau adhère. C’est la deuxième espèce la plus cultivée après le prunier domestique. Le prunier du Japon a donné naissance à de très nombreuses variétés. Incompatible avec le prunier domestique, il peut par contre fort bien s’hybrider avec le prunier myrobolan et les espèces américaines. Il est autostérile.
Le Prunelier : Prunus spinosa
Le Prunus spinosa est également appelé “prunellier” ou encore “épine noire”. Il s’agit d’un arbuste à port buissonnant, épineux et très drageonnant, de 1,50 à 4 m de hauteur. Dispersé par les oiseaux qui raffolent de ses fruits, il peut devenir envahissant. Son écorce est noire et les rameaux jeunes, tout comme le prunier sauvage, sont pubescents. Les fleurs blanches apparaissent entre mars et avril, avant les feuilles. Les fruits appelés “prunelles”, font entre 6 et 15 mm de diamètre et sont d’un violet presque noir. Elles ne sont comestibles qu’après avoir subi le gel, elles sont sinon âpres et astringentes.
Le Prunier Myrobolan : Prunus cerasifera
Le Prunus cerasifera est un petit arbre ou un arbuste de 4 à 8 m de haut qui commence à fleurir très tôt, en février. Les drupes qui naissent des fleurs blanches sont jaunes ou rouge violacé. Il a longtemps été cultivé comme porte-greffe pour les mirabelles, les reines-claudes et les quetsches.
Les Sous-Types de Prunes
Les prunes peuvent être divisées en deux sous-types principaux :
- Les prunes à petits fruits, comme le prunier sauvage : quetsches, mirabelles, reines-claudes…
- Les prunes à gros fruits comme le prunier domestique : de nombreux cultivars présents dans nos jardins descendent de ce prunier.

Les Mirabelles : Prunus domestica subsp. syriaca
Le mirabellier, classé comme Prunus domestica subsp. syriaca, est un arbre mesurant entre 4 et 10 m de haut. La mirabelle est une prune de petite taille, très sucrée, à épiderme jaune orangé taché de rose. Sa saveur est plus délicate que celle de la prune domestique. Le climat continental lui est le plus favorable, ainsi que les terres argilo-calcaires, bien qu’elle ait été tout d’abord cultivée dans le Midi de la France (on en trouve des traces au 17e siècle). On connaît notamment la mirabelle de Nancy et la mirabelle de Metz. Le mirabellier est principalement cultivé en Lorraine. Le mirabellier est autofertile et il peut être multiplié par semis, ceux-ci produisant des individus dont la fructification est identique à l’arbre d’origine.
Les Quetsches : Prunus domestica subsp. insititia
Parmi les différents types de prunier, la quetsche est un sous-cultivar du Prunus domestica subsp. insititia. Son nom scientifique est Prunus domestica. Les quetsches sont des variétés de prunes de Damas. Cette petite prune bleue foncée est très répandue dans l’Est de la France, où elle est appelée “quiterie”, dans les pays limitrophes de cette région, et également au Canada. Charnu, de forme oblongue, ce fruit a une chair jaune sombre très sucrée et acidulée et mûrit assez tôt, vers la mi-août. Fermenté, il compose l’eau-de-vie locale appelée aussi “quetsche”.
Les pruniers quetsches sont robustes, d’autant plus accommodants qu’ils descendent de notre prunier sauvage. Cet arbre fruitier fait partie des plus faciles à cultiver ; les quetsches font partie des prunes dites de Damas, très tolérantes et bien adaptées à notre pays, car sélectionnées à partir de Prunus domestica subsp. insititia, soit notre prunier sauvage ou Prunéolier. Bien que cultivé surtout dans l’Est de la France, le prunier quetsche saura fructifier partout en France pour peu que l’hiver ne soit pas trop doux. Bien développé, il prendra environ 3 à 4 m en largeur et 4 m en hauteur. Ses feuilles alternes sont lancéolées, de moins de 9 cm de long. La prune quetsche est le plus souvent violet noirâtre, pruinée d’un joli bleu. C’est une prune allongée, au noyau aplati qui se décolle souvent assez bien. Même quand c’est une variété autofertile, le prunier quetsche gagne à être planté avec un congénère d’une autre variété pour permettre une pollinisation croisée, donc obtenir plus de fruits. Très tolérant, le prunier quetsche se sent chez lui en France et se comporte bien quasiment partout. Les arbres déjà bien formés, ayant beaucoup de prise au vent seront tuteurés pour permettre un enracinement rapide.
Le Prunier Quetsche d’Alsace est un arbre fruitier aussi décoratif que généreux. Magnifique du printemps à l’automne, il se couvre d’abord de fleurs blanches, puis de feuilles d’un beau vert avant d’offrir de longues prunes violettes à chair sucrée et parfumée. La Quetsche d’Alsace est une variété généralement autofertile : elle peut produire des fruits sans la présence d’un autre prunier. Toutefois, comme pour la plupart des Prunus domestica, la pollinisation croisée améliore nettement la quantité et la régularité des récoltes. Les pruniers, comme la plupart des arbres à noyau, sont sensibles aux blessures. Une taille trop sévère ou mal positionnée augmente le risque d’attaques de champignons (moniliose, maladies du bois…). Comme tous les pruniers, la Quetsche d’Alsace peut être sensible à certaines maladies cryptogamiques et à quelques ravageurs. La récolte de la Quetsche d’Alsace intervient en général entre fin août et septembre, selon les régions et les conditions météo. Variété ancienne et emblématique, la Quetsche d’Alsace est l’une des prunes les plus appréciées pour sa chair juteuse, sucrée et parfumée. Si elle n'est pas très sensible aux maladies, il en est hélas autre chose pour les insectes (guêpes, carpocapses, etc.) et oiseaux ; elle est donc surtout conseillée pour la biodiversité et se faire plaisir, à moins d'y poser un filet ou d'être dans un lieu ayant déjà vocation à obtenir une forte diversité pour y réduire/diluer la pression écologique. Les Quetsches d'Alsace ont la particularité d'être très sucrées et de contenir très peu d'eau, ce qui est parfait pour la réalisation des tartes, confitures et compotes. L'arbre est bien vigoureux, a une forme assez libre et buissonnante, qui évite le plus souvent trop d'entretien.
Les quetsches sont de forme allongée, assez grosses, de couleur violet foncé. En bouche, la saveur est acidulée avec quelques notes sucrées. Son développement est assez rapide et étalé. Il est produit en différentes tailles : scion, gobelet et 1/2 tige. La hauteur est de 3 à 4 mètres en 1/2 tige, pour 2.50 à 3 m de largeur. La hauteur est toujours en fonction du format choisi (gobelet ou 1/2 tige). La floraison débute vers la mi-mars dans le sud de la France, et 15/20 jours plus tard dans le nord. Les fruits sont de couleur violet foncé. Les Quetsches sont de forme ovoïde. La chair est ferme, très parfumée et de couleur jaune. En bouche, la saveur est sucrée-acidulée. La cueillette se fait au mois de septembre. Les variétés quetsches, sélectionnées depuis des siècles, sont propagées par greffe : greffage à l’anglaise du mois de mars, ou greffage en écusson au mois de juillet.
Parmi les variétés de quetsches, on distingue :
- Quetsche d’Alsace ou Altesse simple ou Prune de Namur : fructifère en région froide de climat continental, elle est acidulée et sucrée, se mange en fruit frais ou cuit. C'est une ancienne variété de gros calibre, allongée typique de quetsches, bien connue. La peau est pourpre violacé à chair jaune acidulée et sucrée, très parfumée.
- Quetsche d’Italie ou Altesse double ou Bleue d’Italie : une grosse prune bleue allongée.
- Quetsche blanche de Letricourt : un fruit clair, bien sucré, mais moins acidulé ; cette variété vigoureuse est excellente en tarte. Elle se consomme fraîche, extraordinaire lorsqu’elle provient du jardin. Sa chair dense qui se décolle bien du noyau permet d’en faire de très bonnes confitures, de la cuire en tarte, en compote, mais aussi d’en faire du sorbet.

Les Reines-Claudes : Prunus domestica subsp. italica
Les Reines-Claudes, sous-espèce Prunus domestica subsp. italica, tirent leur nom d'un présent offert par un sultan ottoman à François Ier, cet arbre donnant des prunes vert clair. La reine-claude est plutôt un fruit du Sud, moins rustique que ses cousines, elle est cultivée principalement dans le Sud-Ouest. Elle résiste quand même jusqu’à -15°. Ce prunier sera installé en sol léger et profond. Ses fruits globuleux ont une peau fine, vert jaune ou jaune pâle à chair sucrée et juteuse, ferme.
Les Prunes d'Ente
Les moines bénédictins de l’Abbaye de Clairac font partie des croisés revenus au pays avec des plants de pruniers de Damas. Il semblerait qu’ils les aient croisés avec des pruniers locaux. C’est à partir du XVe siècle que la culture et le séchage de la prune d’ente se sont développés, pour atteindre à la fin du XXe siècle la quantité de 60 000 tonnes de pruneaux dits d’Agen. Cette ville était en effet le port d’embarquement sur la Garonne des prunes d’ente séchées, qui voyageaient sur des gabarres jusqu’à Bordeaux. Ce prunier mesure jusqu’à 6 m de hauteur, affichant un beau port dressé. Il se plaît en sol fertile et profond, plutôt frais mais sans excès de calcaire. Il fleurit abondamment au mois d’avril. La chair est juteuse, très sucrée et parfumée. Le prunier d’ente est autofertile et très bon pollinisateur.
Ornemental autant qu'utile, peu exigeant et donc facilement exportable, le prunier a parcouru toutes les régions tempérées du monde et y reste une valeur sûre. Il fait souvent partie du paysage car il s’est facilement naturalisé, mais il reste très varié, notamment dans ses fruits.