La multiplication des arbres fruitiers est une quête passionnante pour tout jardinier souhaitant pérenniser des variétés anciennes ou simplement agrandir son verger. Si la question de savoir « comment et quand bouturer les pommiers (Malus) » suscite des débats, il est essentiel de comprendre que si le greffage demeure la norme professionnelle pour garantir la vigueur et la productivité, le bouturage représente une alternative accessible et fascinante pour la reproduction fidèle des spécimens.

Comprendre la multiplication du pommier : Bouturage versus Greffage
L'univers des arbres et arbustes fruitiers est vaste. Si les jeunes arbres achetés en jardinerie ou auprès de pépinières sont un moyen rapide, facile et sûr d’obtenir soi-même des fruits maison, il est également possible de réaliser ses propres plants. La multiplication végétative est la clé pour conserver les caractéristiques génétiques d'une variété.
Le semis de pépins est un procédé long et hasardeux qui aboutit le plus souvent à un spécimen dit sauvage. En effet, la pollinisation naturelle dont la graine est issue ne peut laisser présager du résultat ; c’est pourquoi le greffage permet de garantir la qualité des pommes et de conserver les caractéristiques des variétés. Lorsque vous achetez un pommier en racine nue, il est systématiquement greffé.
Cependant, le bouturage des pommiers est une méthode souvent oubliée au profit du greffage, mais elle mérite d’être redécouverte. Contrairement aux graines, qui ne donnent pas le même pommier, les boutures portent exactement les mêmes fruits. Le principal avantage du bouturage est de créer un pommier qui porte exactement les mêmes fruits que l’arbre d’origine.
Le calendrier idéal pour le bouturage
Il n’existe pas réellement de période “idéale” universelle pour bouturer une plante, celle-ci dépend de l’espèce. Pour le pommier, le moment propice se situe durant le repos végétatif. Jean-Yves Meignen souligne que la fin novembre, après la Sainte-Catherine, est un moment privilégié pour cette opération.
D'autres experts recommandent de commencer à prélever les boutures en hiver ou au début du printemps. Pour réussir, il faut tailler ces rameaux, idéalement après la chute des feuilles. En respectant ce cycle naturel, vous optimisez les chances de reprise de vos boutures en leur laissant le temps de former des callosités avant l'éveil printanier.
Prélever un greffon sur un arbre fruitier
La technique étape par étape : Du prélèvement à la mise en terre
Pour réaliser au mieux cette opération, il vous faudra un bon sécateur et du substrat (mélange de terreau et de sable). Choisissez des plantes mères saines et vigoureuses pour prélever les boutures, sans signes de maladies ou de dommages.
- Le choix des rameaux : Recherchez des tiges jeunes et flexibles de l'année précédente, ayant environ la taille d'un crayon, ni trop grosse, ni trop fine.
- La coupe : Coupez les rameaux de boutures en baguettes d’une quinzaine à une vingtaine de centimètres, en veillant à conserver un bourgeon terminal.
- La préparation : Certains jardiniers placent la bouture dans de la sciure de bois ou de la vermiculite humide en cave ou au réfrigérateur pendant trois à quatre semaines pour favoriser la formation de callosités sur la partie coupée.
- La plantation : Plantez les boutures dans un pot, en les espaçant d'environ 5 cm pour éviter qu’elles ne se gênent, et enterrez-les d'un tiers de leur longueur. En pot, recouvrez les fonds d’un drainant tels que des graviers ou des billes d’argile.
- L'enracinement : Une fois plantées, il est important de les laisser dehors, à l’air libre, pour qu’elles développent des racines. Maintenez le sol constamment humide. Vous pouvez utiliser de la poudre d'enracinement sur l'extrémité calleuse pour stimuler la croissance.
L'accompagnement après la mise en terre
Bouturer une plante ne se suffit pas à ça. En effet après une bonne saison, les feuilles vont commencer à tomber. C’est à partir de ce moment-là qu’il va falloir arracher les boutures pour les replanter. Au moment de les arracher, une petite taille ne se néglige pas ; une fois prête à être plantée, vous pouvez les mettre dans leur emplacement définitif.
Choisissez un endroit approprié dans votre jardin, préparez le sol en le désherbant et en l’enrichissant si nécessaire, puis plantez les boutures à la même profondeur que dans le substrat de départ. Afin qu’elle s’adapte au mieux à son environnement, recouvrez la terre d’un paillis afin d’économiser l’eau et pour rendre la terre plus vivante.

Soins et entretien du jeune pommier
Une fois l'arbre en terre, la vigilance reste de mise. En arrosant régulièrement le pommier, en le taillant et en lui apportant de temps en temps des nutriments supplémentaires, vous assurez à votre arbre une croissance optimale. Il est important de tailler régulièrement le pommier, de préférence après la chute des feuilles, en hiver (de novembre à mars).
Les jardiniers doivent également adapter l’arrosage de leurs plantations, notamment pour les jeunes arbres, en privilégiant un arrosage profond et régulier. Pour protéger les bourgeons de votre pommier du gel, une technique ancienne consiste à pulvériser de l'eau sur l'arbre durant les gelées : la glace qui se forme autour du bourgeon sert en réalité de couche protectrice. Placés autour des troncs, les colliers englués empêchent les fourmis et certains insectes de grimper dans les arbres, protégeant ainsi les fruitiers des pucerons.
Le bouturage est une méthode accessible à tous, mais qui nécessite un peu de patience. En un an, les boutures peuvent prendre racine et donner naissance à un arbre robuste, capable de produire de belles pommes fidèles à celles de l'arbre d'origine. C'est une technique simple et économique pour agrandir son jardin et préserver la biodiversité fruitière.