Le bambou, avec son feuillage persistant et sa croissance rapide, apporte une touche d'exotisme et de fraîcheur à de nombreux jardins. Qu'il soit cultivé en pleine terre ou en pot, il permet de créer de magnifiques écrans végétaux. Multiplier cette plante offre la possibilité d'agrandir sa collection sans frais supplémentaires, tout en conservant les caractéristiques des variétés appréciées. Cependant, contrairement à une idée répandue, le bouturage de cannes dans l'eau n'est pas la solution idéale pour les "vrais" bambous, car ce ne sont pas des plantes semi-aquatiques et ils ne développent pas de racines à partir d'un morceau de tige classique. La reproduction par bouturage est une solution simple et rapide à mettre en œuvre, car les semis de bambou s’avèrent peu efficaces et les plans obtenus sont de mauvaise qualité, tandis que la reproduction in vitro est une technique sophistiquée qui n’est pas accessible à tous.

Comprendre les Types de Bambous et Leurs Méthodes de Multiplication
Il existe différentes méthodes de multiplication, qu'il s'agisse de reproduction sexuée (semis de graines) ou de reproduction asexuée (végétative) comme la greffe, le marcottage, le bouturage et la division. Les bambous, plantes particulièrement vigoureuses, se divisent principalement en deux catégories pour la multiplication : les bambous traçants et les bambous non traçants.
Les Bambous Traçants : Maîtriser l'Expansion
Les bambous traçants sont caractérisés par leurs rhizomes leptomorphes, des tiges souterraines qui s'étendent rapidement et peuvent coloniser de vastes zones, y compris les jardins voisins. La variété la plus répandue est celle des bambous traçants, qui s'étendent facilement et ont une croissance rapide. Cette capacité d'expansion les rend souvent qualifiés d'invasifs. Pour ces variétés, la division des rhizomes est la technique la plus courante et la plus efficace pour les multiplier. Des bambous traçants comme les Phyllostachys nécessitent l’installation d’une barrière anti-rhizomes pour contenir leur expansion. Les espèces traçantes favorisent une multiplication rapide grâce à leur système de rhizomes développé.
Quand Diviser un Bambou Traçant ?
La division d'un bambou traçant peut se pratiquer quasiment toute l'année, en évitant les périodes de gel et les épisodes de canicule. Le moment le plus propice et le plus facile se situe en sortie d'hiver, vers février ou mars, en fonction des régions au climat plus ou moins doux. En effet, à cette période la plante n’a pas encore formé les nouveaux rejets, qu’on appelle turions. Il est préférable d'éviter de diviser les bambous durant l'hiver, car le sol est trop dur et il est plus difficile d’extraire les turions. Il faut aussi éviter de diviser le bambou quand les turions sont en plein développement. Il est conseillé de programmer l’intervention après un épisode pluvieux pour que le sol ne soit pas trop sec et puisse être facilement creusé. Il est également important de noter que la meilleure période pour bouturer le bambou est le printemps ou le début de l’été, lorsque la plante développe ses racines les plus dynamiques. Cette période offre des conditions optimales pour l’enracinement des boutures de bambou.
Comment Diviser un Bambou Traçant ?
Pour diviser un bambou traçant, il faut commencer par le choisir en laissant de côté les pieds trop âgés qui seront très difficiles à diviser, ainsi que les pieds trop juvéniles qui sont encore dans leur période d'enracinement profond.
- Préparation du sol et du trou de plantation : Avant toute intervention, il faut arroser le sol s’il est trop sec, ce qui facilitera la division. Il faut aussi penser à préparer les trous de plantation pour les futures jeunes pousses. Le trou doit être suffisamment profond pour accueillir la bouture mais aussi la barrière anti-rhizome, soit environ 25 à 30 cm. La terre doit être bien ameublie, y compris au fond du trou, que vous enrichirez avec un peu de compost bien mûr.
- Sélection et prélèvement du rhizome : Pour bien comprendre, il est important de savoir que les rhizomes sont les tiges souterraines du bambou et que chez cette plante, ces rhizomes sont leptomorphes. Dès que les risques de gelée sont passés, vous pouvez prélever un rhizome. Veillez à ne pas trop attendre non plus, car les nouveaux bourgeons ne doivent pas sortir du rhizome : le meilleur moment est mars. Toutefois, vous pouvez effectuer une bouture à n’importe quel moment de l’année, mais les autres périodes seront moins propices. Choisissez un rhizome qui a entre 2 et 4 ans. Les bambous âgés d’au moins trois ans se prêtent mieux au bouturage. Pour les bambous traçants, il suffit de localiser un rhizome sain portant plusieurs tiges solides, puis de soulever délicatement la motte pour préserver les racines fines. Repérez les chaumes éloignés de la touffe principale, puis déterrez-les en les séparant de la plante-mère à l’aide d’une bêche ou d’une scie, car si le bambou est ancien, les racines peuvent être épaisses. Il est préférable de prélever directement dans la terre un ou deux rhizomes que vous aurez sectionnés d’un coup de bêche. Coupez dans le rhizome un tronçon d’une trentaine de centimètres.
- La division proprement dite : Utilisez une bêche bien tranchante et enfoncez-là tout autour de façon à pouvoir déterrer le jeune pied. Il peut être utile d'avoir sous la main un sécateur ou une scie, afin de couper proprement les rhizomes trop vigoureux pour la bêche.
- Replantation immédiate : Replantez immédiatement le bambou issu de la division dans le trou préparé. Complétez le rebouchage du trou avec la terre extraite, arrosez pour que la terre adhère bien au rhizome et tassez. Il est important de prélever une motte assez grosse pour conserver un maximum de racines autour de la touffe. Ensuite, il suffit de placer les nouvelles touffes dans les pots préparés à cet effet, avec du terreau et un peu d’engrais riche en azote.
- Arrosage et suivi : L’arrosage doit être fréquent et régulier les semaines suivantes. Il convient de maintenir le contact plusieurs semaines tout en surveillant le drainage pour éviter la pourriture des racines. Un arrosage modéré sans stagnation d’eau favorise le développement des jeunes plants. L’apport de compost ou d’amendement organique comme la corne broyée stimule la formation des racines.

Les Bambous Non Traçants : Une Multiplication plus Contrôlée
Les bambous non traçants, comme les Fargesia, sont moins envahissants et forment des touffes denses. Ils sont cespiteux, c’est-à-dire non traçants. Ils n’auront pas tendance comme les autres bambous à partir à l’assaut de tout votre jardin, ils sauront se cantonner à la zone que vous leur aurez dédiée. Pour multiplier ce type de bambou, vous devez procéder à la division de la souche mère.
Quand Diviser un Bambou Non Traçant ?
La technique de division est identique à celle requise pour le bambou traçant, avec une différence majeure puisque vous ne pourrez pas récupérer une jeune canne un peu à l'écart du pied mère. La division peut être effectuée à n’importe quel moment de l’année, mais le début du printemps (février-mars) est préférable.
Comment Diviser un Bambou Non Traçant ?
Pour les bambous non traçants comme les Fargesia, il convient de creuser autour de la motte avec précaution et de prélever un morceau comportant 4 à 5 cannes. Cette méthode demande plus de délicatesse mais offre d’excellents résultats. Il suffit de diviser la souche en récupérant un ou plusieurs morceaux de rhizomes du pied mère. Ensuite, il faut les replanter en pot ou en pleine terre. N’hésitez pas à le rabattre au besoin (les cannes sont coupées à ras du sol), il ne craint pas les tailles sévères et répétitives. Veillez à bien les arroser sans les noyer !

Les Différentes Techniques de Bouturage et Division
En plus de la division des rhizomes, d'autres techniques peuvent être envisagées pour multiplier le bambou, bien que certaines soient plus adaptées à des types spécifiques ou à des "faux" bambous.
Bouturage à partir des Chaumes (Tiges)
Le bouturage à partir des chaumes offre une alternative simple, même sans matériel spécialisé. Il suffit de choisir un chaume jeune de moins d’un an, d’enlever les feuilles à la base et de plonger la bouture dans l’eau claire ou de la planter dans un pot rempli de terreau enrichi. Pour ces boutures sans racines, il faut un peu plus de temps pour que votre bouture devienne une plante à part entière.
Bouturage en Terre : Étape par Étape
- Préparation : Préparez vos outils (sécateur bien affûté et propre) et remplissez un grand pot de terreau. Faites déjà des trous dans le sol pour les boutures. Trouvez un bon endroit pour placer la bouture au cours des premières semaines, un endroit abrité, chaud et à l'abri du soleil.
- Choix de la tige : Choisissez de jeunes tiges de moins de 3 ans avec un bon diamètre. En général, plus la tige est jeune et épaisse, plus la bouture a des chances de bien pousser.
- Coupe de la bouture : Coupez la bouture à un angle de 45 degrés à l'aide d'un sécateur afin que le bambou ait le plus de chances possible de s'enraciner. Une tige de bambou est constituée d'épaississements (les nœuds ronds autour de la canne de bambou) et de parties lisses entre ces nœuds (les membres de la tige). La coupe doit comprendre au moins deux épaississements et deux parties lisses entre eux. Une longueur de tige minimale de 25 centimètres est recommandée. Vous pouvez également couper le sommet et le débarrasser de ses feuilles.
- Plantation : Plantez la bouture dans les trous préparés. Enfoncez une partie de la tige (la partie lisse entre les épaississements) jusqu'au bout dans le sol pour que le bambou se tienne bien droit. Tassez bien la terre autour de la bouture.
- Arrosage initial : Arrosez bien la terre autour de votre bouture, sans la détremper. Remplissez également la tige de la bouture d'eau pour qu'elle dispose toujours d'une réserve.
- Suivi : Tous les deux jours, vérifiez si la plante de bambou a encore assez d'eau (terre et tige) et complétez si nécessaire. Au bout de 4 à 6 semaines, la bouture aura développé des racines. Au bout de 3 à 4 mois, la plante sera suffisamment forte pour être rempotée ou plantée directement dans votre jardin.
Multiplier un bambou traçant
Bouturage dans l'Eau : Spécificités et Précautions
Bien que le bouturage de "vrais" bambous dans l'eau ne soit pas le plus efficace, la seule espèce de bambou qui peut être bouturée dans l’eau, n’est en fait pas un bambou, mais un Dracaena. On l’appelle le Lucky Bambou ou bambou porte bonheur. Les bambous tropicaux comme les Bambusa ou Dendrocalamus se prêtent mieux au bouturage de tige grâce à leurs bourgeons nodaux.
Pour les autres bambous, si vous choisissez de tenter l'expérience :
- Préparation : Préparez un récipient profond rempli d'eau. La partie inférieure de la tige de votre bouture doit pouvoir être bien droite complètement sous l'eau.
- Coupe : Suivez les étapes de coupe de la tige comme pour le bouturage en terre (jeunes tiges, angle de 45 degrés, deux épaississements et parties lisses, 25 cm minimum).
- Placement : Placez la bouture dans le récipient d'eau. La bouture a besoin de beaucoup de lumière, mais elle ne doit absolument pas être exposée directement au soleil.
- Entretien : Changez l'eau régulièrement (tous les deux jours) et veillez à ce que la température au niveau de la bouture ne soit pas trop basse (au moins 13 degrés Celsius). Le changement fréquent de l'eau est crucial car une bouture de bambou a besoin de beaucoup d'oxygène, qui disparaît rapidement dans une eau stagnante.
- Rempotage : Lorsque les racines mesurent environ 5 cm de long, votre bouture est suffisamment forte pour être rempotée directement dans votre jardin.
Il est important de noter que le bouturage dans l’eau fonctionne mieux au printemps et en début d’été. Les premières racines apparaissent généralement en 4 à 6 semaines pour les boutures de chaumes.
Le Marcottage : Une Méthode Naturelle
Le marcottage exploite la capacité naturelle du bambou à développer des racines au contact du sol. Il suffit de choisir une tige souple, de la plier pour qu’elle touche la terre et de recouvrir la zone de contact pour stimuler l’enracinement. Plusieurs marcottages simultanés augmentent les chances de réussite. Il convient de maintenir le contact plusieurs semaines tout en surveillant le drainage pour éviter la pourriture des racines. Un arrosage modéré sans stagnation d’eau favorise le développement des jeunes plants.
Le Cas Particulier du "Lucky Bambou" et Autres Plantes Ressemblantes
Certains se demandent, à la lecture du titre de ce dossier si nous ne sommes pas tombés sur la tête, surtout s'ils sont envahis par des bambous qui repoussent partout dans leur jardin, y compris chez les voisins ! Il est crucial de distinguer les "vrais" bambous de certaines plantes qui en portent le nom en raison de leur ressemblance morphologique. La bouture du bambou ne réussit vraiment que pour les plantes qui ne sont pas réellement des bambous mais qui en ont l'appellation par leur ressemblance.
Le Lucky Bambou (Dracaena sanderiana)
Aussi appelé « bambou porte-bonheur », le Lucky Bambou n'est en réalité pas un bambou mais un Dracaena, de la même famille que cette belle plante d'intérieur. Très associé au Feng-Shui, le lucky bambou par sa forme (ses tiges forment une spirale à leur sommet), sa couleur et par son nombre de tiges participe à la diffusion d’énergies positives. Contrairement aux bambous réputés pour leur croissance rapide, le bambou d’intérieur se développe lentement. Il peut vivre toute sa vie les pieds dans l’eau et pour bien se développer, il réclame une bonne luminosité, sans pour autant aimer le soleil brûlant.
Pour faire une bouture de Lucky Bambou :
- Coupe : Coupez un morceau de tige sain, bien vert et qui porte un nœud (un anneau).
- Installation : Mettez-le dans un bocal en verre transparent avec quelques galets décoratifs pour stabiliser l’ensemble.
- Lumière : Placez votre bouture à la lumière mais pas sous un soleil direct.
- Entretien : Une fois que la bouture a développé suffisamment de racines et que de nouvelles feuilles sont apparues, vous pouvez le planter dans un pot de terreau de qualité, bien drainant et que vous devrez garder humide, mais toujours sans excès. Vous pouvez aussi garder la bouture dans son bocal en verre, refaites le niveau d’eau régulièrement et préférez toujours de l’eau de pluie.

Le Bégonia Bambou (Begonia maculata)
Il s’agit d’un bégonia et non d’un bambou. Mais sa multiplication est si facile à réussir qu’il est surnommé bégonia bambou.
- Coupe : Coupez un bout de tige saine, portant plus de 3 belles feuilles. Ôtez les feuilles à la base, conservez celles au sommet.
- Trempage : Mettez cette bouture à tremper dans un verre d’eau de pluie, que vous renouvellerez régulièrement.
- Rempotage : Au bout de quelques semaines, des racines vont se former. Lorsque celles-ci seront suffisamment grandes, vous pourrez repiquer votre bouture dans un petit pot de terre, rempli de terreau spécial bouturage. Vous poursuivrez les arrosages sans toutefois détremper la terre.NB : la meilleure période pour bouturer le bégonia bambou est le printemps jusqu’au début de l’été.
Le Bambou Sacré (Nandina domestica)
Le Nandina n’est pas non plus un bambou ! Pour autant, ses feuilles qui ressemblent fortement à celles du bambou, lui ont valu cette appellation de Bambou sacré.
- Coupe : Coupez plusieurs tronçons de tige saine et feuillue, d’une dizaine de cm de longueur.
- Hormone de bouturage : Plongez l’extrémité de chaque tige, débarrassée de ses feuilles, dans de la poudre d’hormone de bouturage.
- Environnement : Placez-les à l’étouffée (avec un film plastique par exemple ou dans une serre à semis), et à la lumière.
- Rempotage et suivi : Une fois que des racines apparaîtront, vous pourrez les repiquer dans de petits pots. Suivez leur évolution et attendez que la plante soit suffisamment forte et développée avant de la replanter à l’extérieur (attendez au moins 2 ans). Vous pouvez aussi multiplier le Nandina par semis.
Conseils Généraux pour la Réussite du Bouturage et de la Division
Pour augmenter vos chances de succès, voici quelques conseils à garder à l'esprit :
- Hygiène des outils : Travaillez toujours avec des outils propres et un sécateur à lame tranchante. C'est indispensable pour prévenir les maladies et éviter d'endommager inutilement la plante mère et la bouture.
- Moment propice : Il est préférable de faire des boutures de bambou en mars ou en avril. Au cours de ces mois, le bambou pousse très vite et les nouvelles racines se forment donc plus rapidement.
- Rapidité de plantation : Placez la bouture dans son nouvel emplacement dès que possible. Si vous devez la transporter, enveloppez-la dans du papier absorbant humide pour éviter qu'elle ne se dessèche.
- Soins post-bouturage : Prenez bien soin de vos nouvelles plantes de bambou. L'arrosage est vital pour le bambou, ne laissez pas la terre se dessécher entre deux arrosages, et paillez au pied. Un arrosage modéré sans stagnation d’eau favorise le développement des jeunes plants. Il convient d’éviter l’exposition directe au soleil qui brûle les boutures fragiles. L’excès d’eau décompose les rhizomes et compromet la reprise.
- Patience : La patience reste de mise car le bambou prend du temps pour s’enraciner solidement. En l'espace de quelques mois, votre bouture deviendra une nouvelle plante de bambou à part entière.
- Hormones de bouturage : Les hormones de bouturage ne sont pas nécessaires pour le bambou, à l'exception de certaines espèces comme le Nandina.
- Accessoires : N'hésitez pas à consulter des ressources sur les accessoires pour bambous pour trouver, entre autres, du terreau, du géotextile et de l'engrais.
- Entretien général : Pour des informations complètes sur l'entretien approprié de votre bambou, y compris la plantation, la taille et l'entretien, des blogs dédiés peuvent être très utiles.
La multiplication des bambous est une tâche gratifiante qui permet de profiter pleinement de la beauté et de la polyvalence de cette plante remarquable. Que vous optiez pour la division de rhizomes ou le bouturage de chaumes, une bonne préparation et un suivi attentif sont les clés du succès.