Traitement des Semences : Alternatives Naturelles et Stratégies Durables

L'agriculture moderne est confrontée à un défi constant : concilier productivité et respect de l'environnement. Dans cette optique, les traitements de semences, traditionnellement dominés par les solutions chimiques, font l'objet d'une recherche d'alternatives plus durables. L'expérience de Monsieur Michel RENARD, agriculteur passionné par l'expérimentation, illustre cette démarche, marquant un tournant vers des pratiques innovantes visant à réduire l'usage des produits phytosanitaires tout en assurant la rentabilité de son exploitation.

L'Expérience Pionnière de Michel RENARD

Il y a une dizaine d’années, Monsieur RENARD suit les essais d’Agriconseil de près. Un essai sur orge d’hiver retient notamment son attention avec un mélange à base de sucre et d’oligo-élements comme alternative au traitement de semence chimique. Les résultats étaient intéressants notamment sur les parcelles en semis directs/TCS. Michel, passionné par les expérimentations, décide de tester la technique sur les cultures de printemps (pois, millet, tournesol pour l’oiselerie) dans un premier temps pour limiter la prise de risque.

Michel RENARD a contractualisé une MAE réduction de phytos (réduction des IFT) en 2010. Dans la première version, les traitements de semences n’étaient pas comptabilisés. Par contre, dans la dernière version, ils sont pris en compte ce qui compliquait l’atteinte en terme de diminution des IFT. La réflexion a donc été orientée vers des alternatives aux traitements de semences chimiques. Cette recette évolue en fonction des essais réalisés par Michel. Aujourd’hui, dans un objectif de diminution des charges d’intrants, il ne met plus d’oligo-éléments (pas de différences significatives). Mise en pratique depuis 2010 et utilisation plus importante depuis 2015. Michel RENARD est toujours à la recherche de nouvelles techniques permettant d’améliorer l’efficacité de ses traitements phytosanitaires. Il est à l’affût des nouveautés qui permettraient de concilier rentabilité d’exploitation et respect de l’environnement. L’information continue, les échanges entre agriculteurs sont des moteurs. Michel souhaite améliorer l’efficience de son système tout en maintenant bien évidemment un revenu.

Aujourd’hui, l’heure de la transmission approche. Michel RENARD réalise son traitement de semence à base de sucre d’abeille sur des semences fermières ayant été traitées chimiquement les années passées. Dans aucun cas, il ne faut prendre de risque. La phase de tri est donc très importante. Il faut prendre le temps de faire ce travail et de le faire consciencieusement. Il faut impérativement des semences saines. Si le moindre doute existe, il ne faut pas hésiter à mettre un ½ traitement de semence chimique. « Après 10 ans de tests sur mon exploitation, je pense avoir trouvé, pour moi, une recette qui fonctionne. C’est agréable d’avoir des semences propres. Dans des conditions de levées difficiles, la différence est visible à l’œil nu. Mes collègues du groupe DEPHY l’ont même observé lors d’une visite de parcelle en 2018. J’ai pu alors mesurer des écarts importants (avec une différence significative cette année là en terme de rendement). Je vois des choses mais je ne peux pas être sur que 100 % de l’explication vienne de l’absence de traitement de semence. En tout cas, ce que je peux observer, c’est qu’avec un traitement de semence chimique, la levée est plus difficile, plus lente… Est-ce un effet du produit phyto? Si mes semences sont issues de parcelles saines, je n’hésite plus à enrober mes semences uniquement à base de sucre. Mon salarié, quant à lui, a fait son propre cheminement. Cette année, il a voulu essayer cette technique sur l’exploitation de sa famille. Les conseils de l'agriculteur : « Pour réussir cette technique, il faut être très précautionneux notamment dans le choix de ses semences. Si vous avez peur vous pouvez toujours commencer par les cultures de printemps où la prise de risque est limitée.

Agriculteur appliquant un traitement de semences

Michel réfléchit aujourd’hui à d’autres alternatives ou compléments au traitement de semence à base de sucre. Son objectif : gagner en rapidité de levée. Il pense aujourd’hui à essayer du phosphore sur la graine. Il souhaiterait améliorer la fertilité au semis. « J’ai dû mettre en place une alternative au traitement de semence chimique afin de pouvoir respecter le cahier des charges de la MAE réduction des phytos. J’ai toujours été sensibilisé à la réduction de dose, à la diminution de phytos tout en restant réaliste. Il y a 3 ans, Michel nous a présenté ses essais au groupe DEPHY sur cette pratique alternative au traitement de semence chimique. Un peu sceptique, nous sommes allés voir ses champs au mois de décembre. Au niveau visuel, pas de doute, la modalité avec sucre et oligo-élements était plus verte. La récolte a confirmé ces résultats. Des essais sur cette thématique ont donc été mis en place par la Chambre d’Agriculture. Pendant deux ans, les résultats entre les différentes modalités n’ont pas été significatifs comme vous l’ont montré les tableaux. Cela ne signifie pas pour autant leur inefficacité. Il faut cependant être conscient de la prise de la risque surtout sur des semences issues de parcelles non traitées. L’œil de l’agriculteur, au moment du triage, reste le garant de la qualité de la semence. Nous continuons bien évidemment à suivre les essais de Michel de très près. En tant qu’animatrice d’un groupe DEPHY, avoir des agriculteurs comme Michel nous permet de faire avancer petit à petit les mentalités. Ecophyto DEPHY, 2021, Pratiques remarquables du réseau DEPHY : Pratiques alternatives aux traitements de semences.

Les Fondements Scientifiques et les Solutions Commerciales

L'approche de Michel RENARD s'inscrit dans une tendance plus large de recherche de solutions visant à améliorer l'implantation des cultures. La société S.A.S GOLD, par exemple, propose des solutions telles que "NITRAGIN GOLD" et "RHIZOSEED", qui visent à délivrer des éléments nutritifs essentiels lors de la phase sensible d'implantation des cultures, notamment par l'inoculation de souches bactériennes spécifiques comme Sinorhizobium meliloti. Ces produits, bien que distincts des traitements de semences traditionnels, participent à l'objectif d'une meilleure vigueur des jeunes plantules.

Le rôle des bactéries intestinales dans la santé mentale

Les traitements de semences conventionnels, bien que parfois critiqués, jouent un rôle crucial dans la protection des cultures contre un large éventail de bioagresseurs. La gamme des TS céréales offre une protection contre diverses maladies des semences ou du sol et contre les ravageurs du sol. Ces traitements, souvent incontournables dans les situations à risque, sont à utiliser à bon escient. Le choix de ce type de protection s’appuie notamment sur la qualité sanitaire des semences, l’historique parcellaire et la date de semis. Ces critères déterminent les risques d’infections et/ou de nuisibilité des bioagresseurs.

Lutte contre les Maladies Fongiques : Carie, Charbon Nu et Fusarioses

La vigilance est de mise face à des maladies comme la carie commune du blé, dont le fort pouvoir de propagation des spores rend la lutte complexe. Un seul épi carié contient des millions de spores, disséminées lors du battage, contaminent la récolte, les futures semences, le sol et le matériel agricole. Cette maladie reste discrète en fréquence, mais peut générer des dégâts et soucis majeurs pour les parcelles et agriculteurs concernés.

La lutte chimique contre la carie repose uniquement sur la protection fongicide des semences. Plusieurs traitements sont très efficaces face à une contamination des semences et du sol. Citons par exemple Vibrance Gold, Celest Power, Rubin Plus ou encore Redigo. En agriculture biologique, face à la contamination des semences, deux spécialités sont autorisées : Copseed et Cerall. Copseed, à base de sulfate de cuivre tribasique, présente une efficacité plus régulière que Cerall. Celle-ci n’est cependant pas totale. De même, le vinaigre est une substance de base autorisée pour lutter contre la carie portée par les semences. Son efficacité est indéniable mais non totale, cette protection est inadaptée dans le cas d’un sol contaminé.

Le Procédé ThermoSem (Thermoseed Global, Suède) est un système breveté de désinfection de semences par un traitement à l'air chaud et humide (Forsberg, 2001). Ce procédé offre une alternative intéressante à la désinfection chimique des semences vis-à-vis de la carie, mais elle ne permet pas de s’affranchir de cette maladie si la contamination vient du sol.

Schéma comparatif de l'efficacité des traitements fongicides contre la carie du blé

Sur orge, la présence de charbon nu est toujours signalée sur le territoire, bien que cette maladie ne se transmette que par la semence et que des protections à forte efficacité soient disponibles en traitement de semences. La contamination des semences n’est pas visible car c’est l’embryon qui est infecté. Qu’elle soit avérée (via une analyse sanitaire) ou suspectée (semences provenant d’un champ - ou situé à proximité d’un champ - ayant porté des épis charbonnés), le recours à un traitement très efficace est recommandé. Les essais confirment la très bonne efficacité de Celest Orge Net avec l’apport de tébuconazole, ainsi que celle d’autres traitements contenant cette molécule comme Vibrance Gold et Rubin Plus. Cependant, Celest Orge Net est la seule modalité permettant un contrôle quasi-total de la contamination. Il est crucial de noter que la résistance du charbon nu aux SDHI est toujours présente, et peut être sélectionnée par des traitements dont l’efficacité n’est pas totale.

Les fusarioses, causées par des champignons comme Fusarium graminearum et Microdochium spp., peuvent entraîner des manques à la levée et des fontes de semis préjudiciables. Le blé dur y est plus sensible que le blé tendre. Il est recommandé de trier soigneusement les semences et d’appliquer un traitement de semences adapté. Différentes spécialités fongicides combattent efficacement ces pathogènes, avec des gains significatifs de peuplement et de rendement par rapport au témoin non traité. Les nouveautés en traitements de semences antifongiques incluent des associations telles que SOLEGRI XS avec REDIGO ou PREMIS 25 FS, qui montrent des résultats probants égalant ceux de VIBRANCE GOLD dans les essais sur fusarioses.

Gestion des Ravageurs du Sol et des Semis

Le piétin échaudage, causé par un champignon du sol, est combattu par des techniques agronomiques et des traitements de semences à base de silthiofam, comme la spécialité Latitude XL. Cette dernière a confirmé un contrôle partiel des symptômes sur racines avec un gain significatif de rendement en blé sur blé.

Pour lutter contre les ravageurs du sol, deux pyréthrinoïdes sont disponibles : la téfluthrine et la cyperméthrine. Ils agissent dans le sol et visent à contenir les attaques de taupins, de la mouche grise et du zabre des céréales. Leur efficacité est souvent moyenne, nécessitant une surveillance des parcelles et des mesures agronomiques adaptées. ATTACK (téfluthrine) est efficace contre le zabre et la mouche grise, mais moyennement contre les taupins. AUSTRAL PLUS NET (fludioxonil + téfluthrine) présente un profil similaire contre les insectes et une action antifongique. LANGIS (cyperméthrine) est efficace contre la mouche grise, mais moyennement contre les taupins. Il est important de noter qu'il n’existe, à ce jour, aucun traitement de semences efficace contre les pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante de l’orge, ni contre la cicadelle vectrice de la maladie des pieds chétifs.

Diagramme illustrant les cycles de vie des principaux ravageurs des céréales

Dans les situations à risque où les mesures agronomiques ne suffisent pas, le recours à un traitement de semences peut être nécessaire. Les trois spécialités insecticides disponibles sont ATTACK, AUSTRAL PLUS NET et LANGIS. L'autorisation de certaines substances actives, comme le fludioxonil, est en sursis, ce qui souligne la nécessité de rester informé des évolutions réglementaires.

L'Avenir des Traitements de Semences : Innovation et Biocontrôle

Face aux enjeux environnementaux et réglementaires, la recherche de solutions innovantes est primordiale. Le biocontrôle offre des perspectives intéressantes. La nouveauté TOLTEK, un produit de biocontrôle à base de Bacillus amyloliquefaciens ssp. plantarum, est en cours d'évaluation contre le piétin-échaudage. D'autres approches, comme le vinaigre ou CERALL (à base de Pseudomonas chlororaphis), montrent une action sur la carie et les fusarioses, bien que leur efficacité soit variable.

En agriculture biologique, un tri très soigné des semences reste la meilleure protection contre la transmission des maladies du semis. L'efficacité de plusieurs traitements de semences contre le charbon nu de l'orge n'étant pas totale, leur usage risque de sélectionner des résistances. Cela est particulièrement préoccupant sachant que la quasi-totalité des épis analysés sont contaminés par des champignons résistants aux SDHI.

Michel RENARD continue d'explorer de nouvelles pistes, réfléchissant à l'ajout de phosphore sur la graine pour améliorer la fertilité au semis et gagner en rapidité de levée. Cette quête constante d'amélioration de l'efficience du système, couplée à une vigilance accrue sur la qualité sanitaire des semences, témoigne d'une agriculture en pleine mutation. L'échange d'informations entre agriculteurs et le suivi des expérimentations, comme ceux menés par le groupe DEPHY, sont des moteurs essentiels pour faire évoluer les mentalités et adopter des pratiques plus respectueuses de l'environnement, tout en assurant la viabilité économique des exploitations.

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