Les jardiniers amateurs ayant pour ambition d'au moins doubler à moindre frais leur récolte de ses savoureuses baies, pensent souvent que le meilleur moyen est de multiplier le myrtillier qu'ils ont planté dans le massif de terre de bruyère il y a quelques années. Ils se disent que ce qui marche pour les autres plantes par bouturage ou marcottage devrait également fonctionner pour le myrtillier, et que cela vaudrait d'ailleurs également la peine d'essayer de le multiplier à l'aide des graines. Pour faire court, les trois méthodes peuvent réussir, à condition d'être suffisamment patient et d'avoir un peu de temps à y consacrer. Multiplier le myrtillier n'est pas sorcier, mais exige de la patience.

Les fondamentaux de la biologie du myrtillier
Quoi de plus fabuleux que de pouvoir récolter de belles et juteuses myrtilles dans son propre jardin ? Le myrtillier fait partie de la famille des Éricacées, composées des rhododendroideae, des éricoideae et des vaccinioideae. Le myrtillier est un arbuste fruitier au port naturellement rampant. Le myrtillier sauvage d’Europe, le Vaccinium myrtillus, est un arbuste des plaines montagneuses, de petite taille, qui s’épanouit dans les sols acides et rocheux. Ses rameaux sont dressés et anguleux, vert-olive, ils portent de nombreux bourgeons.
En revanche, le myrtillier qui trône dans nos jardins est souvent le cousin américain, le Vaccinium corymbosum. C’est un arbuste d’1,5 mètre de hauteur qui donne des beaux fruits pouvant atteindre 2 cm de diamètre. Ils apparaissent en grappe sur le bois de l’année précédente. Comme on l’a vu plus haut, les myrtilliers n’apprécient pas du tout les sols argileux et/ou calcaires.
Préparation au bouturage : le matériel et le substrat
Avant de vous lancer dans le bouturage de votre myrtillier, vous devez rassembler l'ensemble du matériel nécessaire. Cette étape préparatoire garantit le succès de votre multiplication. Vous aurez besoin d'un sécateur désinfecté à l'alcool, parfaitement aiguisé pour réaliser des coupes nettes. Prévoyez également une plaque alvéolée d'une profondeur minimale de 20 cm.
Le substrat joue un rôle déterminant dans l'enracinement. Vous préparerez un mélange composé de deux tiers de terre de bruyère et d'un tiers de sable de rivière. J'insiste une fois de plus sur le fait qu'il ne faut pas utiliser de terre de jardin normale. Cette composition assure un drainage optimal tout en maintenant l'acidité nécessaire au développement du myrtillier. Équipez-vous d'un pulvérisateur pour maintenir l'humidité constante de votre substrat. La mini-serre s'avère indispensable pour créer l'atmosphère étouffée favorable à l'enracinement. N'oubliez pas un simple crayon ou bâton pour percer les trous destinés à recevoir vos boutures.
Techniques de bouturage : bois lignifié et bois tendre
Deux techniques principales s'offrent à vous selon la période de l'année : le bouturage sur bois lignifié, pratiqué en automne, et le bouturage herbacé, réalisé en juin.
Le bouturage sur bois lignifié (octobre-novembre)
La saison du bouturage du bois lignifié se situe entre octobre et novembre. À cette période, vous travaillez avec des rameaux de l'année précédente, dont le bois s'est durci. Sélectionnez un rameau de l'année précédente, d'une épaisseur similaire à celle d'un stylo. Avec votre sécateur désinfecté, effectuez une coupe en biais à 25 cm pour maximiser la surface d'absorption des nutriments. L'élimination des feuilles basales constitue une étape cruciale. Retirez toutes les feuilles du bas de votre rameau en ne conservant que trois feuilles saines au sommet.
Le bouturage herbacé (juin)
La bouture herbacée du myrtillier s'effectue en juin, sur des tiges de l'année en cours, encore tendres et souples. Ces jeunes tiges possèdent une capacité d'enracinement plus rapide. Le protocole est similaire : prélevez des rameaux, éliminez les feuilles à la base, et plantez dans un substrat humide. Cette méthode nécessite une attention particulière pour éviter le dessèchement des tissus.
Soins et entretien des boutures
La réussite de vos boutures de myrtillier dépend largement des soins que vous leur apporterez durant les premières semaines. L'utilisation d'une mini-serre pour boutures de myrtillier s'impose comme une nécessité absolue pour les boutures sur bois lignifié. Cette protection crée une atmosphère humide constante.
Les conditions de conservation requièrent votre attention quotidienne. Vous installez l'ensemble dans une pièce chaude et lumineuse, idéalement avec une température stable entre 18 et 22°C. L'aération d'une mini-serre constitue un geste quotidien indispensable : vous soulevez le couvercle pendant 15 à 20 minutes chaque jour pour renouveler l'air ambiant. Pour les boutures herbacées, positionnez-les dans un châssis ombragé afin d'éviter le soleil direct qui pourrait rapidement déshydrater ces jeunes pousses.
La multiplication par marcottage
Si vous possédez un myrtillier déjà vigoureux, vous pouvez opter pour le marcottage. Si vous regardez de plus près, vous trouverez généralement sur ces myrtilliers adultes des rameaux plus fins, plus souples, qui conviennent pour cette méthode. Après avoir un peu ameubli le sol à proximité du pied mère, enterrez le rameau dans cette terre meuble et recouvrez-le d'une couche de substrat d'env. 10 cm. Dans l'idéal, l'extrémité du rameau dépasse un peu de la terre, c'est là que la nouvelle plante commence à pousser. Si vous avez l'intention de multiplier le myrtillier par marcottage, prévoyez un an d'attente avant d'obtenir une nouvelle plante.
La multiplication par semis
Pourquoi ne pas essayer dans son jardin de multiplier le myrtillier par semis ? Il y a deux façons de mettre la main sur les petites graines : acheter un sachet ou prélever des baies fraîchement récoltées. Si vous utilisez des graines, ne perdez absolument pas de vue qu'elles ont besoin de lumière pour germer et qu'elles ne doivent donc pas être recouvertes de terre, mais juste saupoudrées d'un peu de sable ou de substrat très fin. Un emballage de fruit vide en plastique transparent et couvercle refermable convient parfaitement comme récipient de culture. Les toutes premières pousses pointent généralement le bout de leur nez au bout de deux à trois semaines ; il peut toutefois se passer jusqu'à six mois avant que les premières racines ne se forment.

Transplantation et suivi post-bouture
La transplantation d'une pépinière de myrtillier nécessite une observation attentive. Les boutures herbacées révèlent généralement leurs premières racines après un mois de culture. Vous pouvez vérifier discrètement en tirant légèrement sur une bouture : une résistance indique la formation racinaire. Dès que vous constatez un système racinaire suffisamment développé, procédez au repiquage dans des pots individuels remplis du même mélange terre de bruyère et sable.
Que vous ayez opté pour le bouturage sur bois lignifié ou herbacé, vous devez attendre octobre-novembre pour installer vos myrtilliers à leur emplacement définitif. Cette période correspond au repos végétatif, moment idéal pour limiter le stress de la transplantation. Vous respecterez une distance minimale de 1,20 mètre entre chaque sujet pour permettre une circulation d'air optimale et faciliter la récolte.
Conseils pour favoriser la vigueur des plants
L'utilisation d'un activateur de bouturage bio représente un atout considérable pour stimuler le développement racinaire. Vous trempez simplement la base de vos boutures dans cette poudre ou ce gel avant la plantation. La qualité de l'eau joue également un rôle déterminant. L'eau de pluie constitue le choix idéal car elle ne contient pas de calcaire. Le myrtillier, plante acidophile, supporte mal les eaux dures du robinet qui peuvent bloquer l'absorption des nutriments.
Pour obtenir de belles récoltes de myrtilles, il est important d’obtenir des branches vigoureuses. Plus le myrtillier aura de branches, plus les récoltes seront abondantes. Ainsi, on parle de taille de fructification visant à renforcer la robustesse des rameaux. Les années suivantes, le myrtillier doit être taillé précautionneusement. Toutes les branches de plus de 4 ans doivent être taillées au pied. Les autres branches sont à tailler à 30 cm au-dessus d’un nœud.