La vannerie, cet art ancestral de transformer des végétaux en objets utilitaires et décoratifs, trouve une richesse insoupçonnée dans les matériaux que la nature nous offre. Parmi eux, la ronce et la clématite sauvage se distinguent par leur disponibilité et leurs propriétés remarquables, bien que leur récolte et leur préparation demandent savoir-faire et patience. Cet article explore en détail comment récolter et préparer ces lianes pour des réalisations en vannerie, en s'appuyant sur les expériences et les conseils partagés par des artisans passionnés.

La Clématite : Une Matière Première Surprenante pour la Vannerie
La clématite sauvage, également appelée "viorne" ou "clématite des haies", s'est révélée être une matière première particulièrement intéressante pour la vannerie, offrant une souplesse et une résistance une fois travaillée. Son adoption par certains vanniers s'explique par sa relative facilité de mise en œuvre, permettant en quelques heures la cueillette, la sélection et la préparation du matériau.
L'une des premières utilisations de la clématite dans la vannerie concerne la création de liens. Les résidus d'écorçage de la clématite, fins, souples et résistants, une fois retordus en deux brins, constituent une excellente alternative aux ligatures traditionnelles pour assembler les arceaux d'un panier. Cette astuce permet de pallier rapidement un manque de matériel spécifique.
Le tressage avec la clématite, bien que prometteur, peut présenter des défis techniques. Lors de la réalisation d'un premier panier de petite dimension (environ 15 cm), un vannier a rencontré des difficultés : les brins plus épais avaient tendance à casser lors du façonnage du bord. La raison invoquée est la faible dimension du bord du panier (5 à 7 mm), rendant impossible l'enroulement d'un brin de clématite de 4 mm autour de celui-ci. Ce détail technique souligne l'importance d'adapter le diamètre des brins à la structure de l'ouvrage. Malgré ces péripéties, le premier panier réalisé s'est avéré étonnamment solide une fois assemblé, témoignant de la robustesse intrinsèque de la clématite une fois travaillée.
Pour faciliter le travail de la clématite, une méthode consiste à la faire bouillir pendant environ deux heures. Ce processus permet de la ramollir et de la rendre plus malléable pour l'épluchage. Après cette étape, il est conseillé de la laisser sécher. Elle pourra ensuite être réhydratée au moment de son utilisation. Cette technique de cuisson est également mentionnée dans des sites spécialisés comme une étape clé dans la préparation de cette liane.
La qualité de la clématite peut varier en fonction de son lieu de récolte. Une cueillette en forêt a révélé des brins semblant un peu plus verts et potentiellement de meilleure qualité que ceux prélevés dans une haie de jardin. Une nouvelle tentative en début d'hiver est envisagée, suggérant que la saisonnalité pourrait influencer les caractéristiques de la matière première.
Il est à noter que la clématite n'apprécie pas les terrains acides. Son utilisation peut parfois laisser une sensation "grattante", particulièrement lorsqu'elle est récoltée sèche en hiver.
Journée découverte autour de la vannerie en clématite et cornouiller.
La Ronce : Une Matière Première Abondante et Polyvalente
La ronce, bien que redoutée pour ses épines, est une matière première très abondante et polyvalente en vannerie. Sa récolte demande des précautions, notamment le port de gants épais et l'utilisation d'une lame pour gratter la tige et enlever les épines. Une astuce partagée consiste à fabriquer un gant en multiples épaisseurs de vieux tissus épais (comme du jean) pour retirer efficacement les épines en passant et repassant la tige dans la main munie de ce gant.
La ronce peut être utilisée de différentes manières en vannerie. Elle peut servir d'éclisse pour de petits paniers, mais elle est surtout précieuse en vannerie spiralée. Dans ce type de technique, la ronce entoure la paille pour former des boudins qui, mis en spirale, constituent la structure du panier, comme par exemple dans la fabrication du "paillassou".
Dans le cas de tiges de ronce épaisses, il est possible de les refendre en deux brins en utilisant la même technique que pour la préparation de l'éclisse. Les éclisses ou lanières de ronce peuvent être utilisées immédiatement ou stockées. Si elles sont stockées, il est recommandé de les tremper cinq minutes dans l'eau avant de les tresser pour leur redonner de la souplesse.
Une observation intéressante concernant la ronce est que, si elle est "verte" lors de son broyage et de son étalement sur les plates-bandes, elle semble devenir très cassante, voire friable, en vieillissant. Cette propriété suggère que la récolte de la ronce pour la vannerie devrait idéalement se faire avant qu'elle ne soit trop âgée.
Il est important de noter que la ronce est une matière ligneuse. Les végétaux ligneux se cueillent en période d'aoûtement, qui débute graduellement à partir du mois d'août, lors de la baisse de la température et de la durée quotidienne d'ensoleillement. Durant cette période, les fibres des arbres s'endurcissent pour survivre aux températures hivernales, un processus appelé lignification.

La Récolte Intelligente et la Préparation des Végétaux pour la Vannerie
La récolte des matériaux pour la vannerie sauvage ne se limite pas à cueillir au hasard. Elle requiert une approche réfléchie, respectueuse du végétal et de son environnement. Les végétaux ligneux, tels que le cornouiller, le noisetier, l'orme champêtre ou le robinier faux-acacia, sont généralement cueillis en période d'aoûtement. Il est conseillé de choisir des rejets de 1 à 5 ans, exempts de fourches ou de blessures causées par des insectes, des animaux ou des intempéries. L'idéal est de cueillir des végétaux dont les caractéristiques correspondent au projet envisagé.
Les lieux de cueillette les plus propices pour les végétaux ligneux sont souvent les abords de ruisseaux ombragés par le couvert d'arbres, particulièrement sur les versants nord. Cueillir de manière répétée dans les mêmes bosquets peut améliorer la qualité des rejets. Par exemple, couper un brin de cornouiller à 90 cm du sol stimule la réactivation des bourgeons latents au printemps suivant, favorisant ainsi la récolte future. Ce processus, répété sur plusieurs saisons, crée un bourrelet cicatriciel, une "tête cicatricielle" ou "trogne", qui facilite la récolte des rejets.
Il est primordial de cueillir avec intelligence et respect, que ce soit sur un terrain privé, un domaine public ou une réserve. Tous les végétaux ne sont pas aptes à la vannerie ; c'est la fibre qui dicte le choix. Des plantes comme la clématite, la feuille d'iris ou l'ortie sont particulièrement fibreuses, bien que tous les végétaux en contiennent.
Après la cueillette, les ligneux peuvent être utilisés rapidement ou stockés. Pour un tressage rapide, on peut les laisser reposer quelques jours à l'ombre avant de les travailler, un processus appelé "ressuyage". Les brins deviennent alors plus malléables, moins cassants et plus "caoutchouteux", similaires aux scoubidous de l'enfance.
Pour stocker les ligneux durant l'hiver, il est conseillé de ne pas les poser directement sur le sol. Ils peuvent être placés sur une caissette en bois ou une palette. Avant utilisation, selon leur essence et leur section, les ligneux peuvent être réhydratés en les plongeant dans un bac d'eau, lestés pour rester immergés. Cependant, cette technique demande une anticipation considérable, car la réhydratation peut prendre plusieurs jours, voire semaines, et un temps excessif dans l'eau risque de les faire pourrir ou de provoquer le décollement de l'écorce.
Une méthode de conservation plus simple pour les rejets consiste à les débarrasser de leurs feuilles et à les placer dans de grands contenants avec 15 à 20 cm d'eau pour immerger leurs pieds.
Le saule est une exception notable : il est généralement séché complètement en bottes, triées par calibre et couleur. Le séchage au soleil des feuilles et pailles (notamment le saule et la folle avoine) confère une teinte blonde, voire blanchie. Pour conserver les tonalités vertes, le séchage doit se faire à l'ombre. Un grenier ou une remise sèche et ventilée, à l'abri des intempéries, du soleil direct et des nuisibles, est l'endroit idéal pour sécher les cueillettes. Les ultraviolets ont tendance à décolorer les végétaux.
Les feuilles d'iris, d'hémérocalle et de carex, ainsi que les rouleaux de clématite et de petite ronce violette, sont suspendus en hauteur. Il est recommandé de former des bottes d'environ 5 cm de diamètre et de les accrocher à un fil, en les groupant par type de végétal, par nuances de couleurs et par année de récolte.

Certains végétaux comme la clématite ou le lierre rampant peuvent être conservés tels quels après cueillette, mais une préparation est souvent bénéfique. La cuisson d'environ une heure et demie pour la clématite et une demi-heure pour le lierre permet de les débarrasser de leur écorce et, si nécessaire, de les fendre dans la longueur à la main, libérant ainsi les mains pour le travail. Le liber, ensemble de fibres végétales situé sous l'écorce, est récupéré après trempage des végétaux et constitue une fibre idéale pour fabriquer des cordelettes et des cordes. Chaque essence ligneuse possède un liber différent, encourageant l'expérimentation.
Les racines, qu'elles soient entières, fendues, brutes ou cuites et écorcées, voire teintées, se conservent en rouleaux dans des cageots. Grâce à leur souplesse et leur légère élasticité, les racines de résineux et de feuillus sont utiles pour les liens de couture des bordures, l'assemblage de pièces d'écorce (patronage) et la décoration. Les racines les plus longues et de diamètre conséquent (5 à 6 mm ou plus) peuvent servir de liens à elles seules pour des vanneries aléatoires comme des vide-poches, des corbeilles ou des abat-jour.
Le liber et les racines sont généralement plus faciles à stocker et à travailler que les ligneux. Il est possible de vanner directement après la cueillette ("en vert" ou "en frais"), mais pour garantir la solidité et la durabilité des ouvrages destinés à la vente, il est préférable de laisser reposer les brins pendant 3 à 7 jours (ressuyage) avant de tresser. Le panier est ensuite réalisé sur une semaine, permettant aux brins de sécher et de se tasser progressivement. Bien qu'il soit possible de réaliser un panier entièrement dans la forêt en une journée, le résultat n'est pas toujours idéal en termes de qualité structurelle (les brins peuvent prendre du jeu en séchant) ou pour la vente.
Après tressage et nettoyage, les chutes de brins d'au moins 20 cm de long peuvent être conservées pour de petites créations telles que des pots à crayons ou des bijoux, et stockées dans de grands sacs en papier.
Les ligneux restent actifs plus ou moins longtemps après la cueillette, le saule et le peuplier étant particulièrement réactifs. Il est important de noter qu'un rejet de ligneux ne meurt pas immédiatement après la coupe, mais des jours plus tard, même si la coupe a lieu en hiver.
L'Art de la Vannerie Sauvage : Entre Tradition et Innovation
La vannerie sauvage, remise au goût du jour par des artisans comme Bernard Bertrand, est une pratique qui consiste à partir en forêt avec un couteau et à revenir avec un panier. Cette approche valorise l'utilisation des ressources naturelles locales pour créer des objets fonctionnels et esthétiques. Des ateliers collectifs permettent d'apprendre et de partager les techniques, rassemblant enfants et adultes autour de projets variés, des mangeoires pour oiseaux aux paniers pour fruits et légumes.
L'intérêt pour la vannerie sauvage s'est accru grâce à des publications spécialisées et des revues dédiées, qui mettent en avant les matériaux issus de la nature. Des ouvrages sur la vannerie bucolique, de jonc ou buissonnière explorent diverses techniques et matériaux.
La vannerie peut également intégrer d'autres savoir-faire artisanaux. Par exemple, le filage de la laine, à l'aide de divers rouets (Minstrel, Catusse, Toïka, etc.) et fuseaux, peut produire des fils qui, bien que n'étant pas directement utilisés pour le tressage, s'inscrivent dans une démarche globale de création à partir de matières premières naturelles. De même, le tissage, avec des métiers variés (métiers à peignes envergeurs, métiers à rubans, métiers à tapisserie), et le tricot, à l'aide de machines, aiguilles, crochets et tricoteurs, témoignent d'une diversité d'approches artisanales.
L'utilisation de matériaux comme le cornouiller sanguin, le troène, le noisetier pour les anses et les montants, ou encore le cornouiller blanc pour ses magnifiques brins rubis, enrichit la palette des possibilités en vannerie. Même le lierre rampant peut être intégré dans certaines réalisations.
La vannerie sauvage est ainsi une invitation à redécouvrir les liens qui nous unissent à la nature, en transformant des ressources souvent négligées en objets d'art et d'utilité, tout en perpétuant un savoir-faire ancestral.