Stratégies naturelles et efficaces pour protéger vos arbres fruitiers contre les vers

Les vers peuvent causer d’importants dégâts dans les vergers, en affectant la qualité et la quantité des fruits récoltés. Les vers des fruits sont des ravageurs d’importance en arboriculture. En effet, en forant la chair du fruit, ils entraînent une très forte dépréciation de leur valeur marchande. Pour protéger vos récoltes, il est essentiel de bien connaître ces insectes et d'adopter des stratégies efficaces pour les contrôler de manière naturelle.

Schéma illustrant le cycle de vie du carpocapse, du stade œuf à l'adulte en passant par la larve

Identifier les principaux ravageurs de vos vergers

Le carpocapse de la pomme ou Cydia pomonella, souvent appelé « ver de la pomme », est un insecte dit « ravageur » car il peut rendre les fruits véreux, notamment les pommes, poires et noix. Le carpocapse est un papillon qui mesure de 15 à 22 mm. Ses ailes antérieures sont striées de fines lignes sombres avec une tache ovale brune à l’extrémité, bordée de deux liserés brillants en parenthèses. Ses ailes postérieures sont brun cuivré.

Les larves, quant à elles, sont blanchâtres avec une tête brune et peuvent atteindre 2 cm de long. Elles se développent à l’intérieur des fruits en creusant des galeries directement dans la chair. On distingue principalement deux espèces : le carpocapse des prunes (Cydia funebrana) qui s’attaque aux prunes, mirabelles et autres quetsches, ainsi que le carpocapse des pommes et des poires (Cydia pomonella), dont la chenille est un ravageur des pommiers, des poiriers, des abricotiers, des pêchers, des cognassiers et des noyers.

Un autre acteur majeur est la tordeuse orientale du pêcher (Cydia molesta). C’est un ravageur des arbres fruitiers, principalement du pêcher, mais aussi du poirier, du pommier, de l'abricotier, du prunier et du cognassier. Le papillon mesure de 10 à 16 mm d’envergure, possède des ailes antérieures brunâtres rayées de blanc, des ailes postérieures grises tandis que ses pattes et son ventre sont argentés. La chenille, est rose, a une tête marron et mesure environ 14 mm de long.

Enfin, les hoplocampes sont des insectes hyménoptères. Ils sont de proches parents des guêpes. L'hoplocampe du poirier (Hoplocampa brevis) est le plus petit, mesurant tout juste 4 mm de long, tandis que l'hoplocampe du pommier (Hoplocampa testudinea) est le plus grand (7 mm de long). La larve qui en découle est une fausse chenille ; c'est cette dernière qui peut vite engendrer de grosses pertes de rendement.

Comprendre le cycle biologique pour mieux intervenir

Le cycle de vie du carpocapse de la pomme se déroule en plusieurs étapes distinctes :

  1. Adulte : Les adultes émergent au printemps (avril, mai, voire juin). Ils vivent environ 2 à 3 semaines, période durant laquelle ils s'accouplent et pondent leurs œufs.
  2. Œuf : Les femelles pondent leurs œufs sur les feuilles ou les fruits, généralement près du pédoncule.
  3. Larve : Après l'éclosion, les larves pénètrent dans le fruit et se nourrissent de sa chair, créant des galeries qui rendent le fruit impropre à la consommation. Cette phase dure environ 3 à 5 semaines.
  4. Chrysalide : Une fois leur développement terminé, les larves quittent le fruit et se transforment en nymphes près de la surface du sol ou dans les replis de l'écorce des arbres.

Le carpocapse produit 2 à 3 générations par an selon le climat. Les conditions climatiques, notamment les étés chauds et secs, sont particulièrement propices au développement du carpocapse. Les températures élevées accélèrent son cycle de vie, augmentant ainsi le nombre de générations par an. La présence de fruits au sol, les fruits tombés et laissés parterre peuvent abriter des larves, augmentant ainsi les risques d'infestation.

Comment installer des pièges à phéromone au verger

Méthodes de prévention et bonnes pratiques au jardin

La prévention est souvent la meilleure stratégie pour lutter contre le carpocapse de la pomme. Une surveillance régulière est primordiale : inspectez régulièrement vos arbres fruitiers pour détecter les premiers signes d'infestation. Utilisez des variétés résistantes et plantez des fruitiers adaptés à votre région. Ramasser les fruits tombés au sol est essentiel pour éliminer régulièrement les fruits tombés au sol afin d'éviter qu'ils ne servent de refuge aux larves. Cela réduit les chances de survie des larves et limite la propagation de l'infestation.

Poser des filets de protection est une méthode physique efficace : l'utilisation de filets anti-insectes peut empêcher les papillons adultes de pondre leurs œufs sur les fruits. Ces filets protègent aussi les fruits des attaques d’oiseaux. L'installation de bandes de glu de couleur jaune sur les troncs peut empêcher certaines larves de progresser. De même, installer des cabanes à insectes et des nichoirs pour attirer les animaux utiles au jardin, comme la mésange bleue et la mésange charbonnière, constitue une aide précieuse.

Techniques de lutte biologique et traitements naturels

Si le carpocapse est déjà installé, plusieurs méthodes peuvent être employées. Les pièges à phéromones, notamment les pièges Delta, attirent et capturent les mâles adultes, réduisant ainsi la population et évitant la reproduction. Ils sont particulièrement utiles pour surveiller la présence du carpocapse et déterminer le moment optimal pour intervenir. Les professionnels en culture biologique utilisent aussi la confusion sexuelle, une technique qui consiste à diffuser dans le verger des phéromones synthétiques reproduisant l’odeur des femelles.

Le Bacillus Thuringiensis (Bt) est une bactérie naturelle qui peut être pulvérisée sur le feuillage pour tuer les larves sans nuire à l'environnement. Cette méthode est spécifique du carpocapse. Une autre solution très efficace consiste à utiliser les nématodes Steinernema feltiae. Ce sont des vers microscopiques existant dans la nature et invisibles à l’œil nu. Le nématode a un mode d'action singulier : il s’introduit à l’intérieur de ses proies en passant par leurs voies naturelles avant de libérer une bactérie symbiotique. Celle-ci va dégrader leurs tissus en nutriments qui serviront au développement et à la reproduction des nématodes. Il en découle une immobilisation rapide des insectes et une mort de l’hôte au bout de deux à trois jours.

Infographie montrant les étapes d'application des nématodes sous la canopée des arbres fruitiers

Pour appliquer les nématodes, la température doit être comprise entre 12 et 30°C. Veillez à ce que la zone à traiter soit humide avant et après application, car cela facilitera l’activité de S. feltiae. Appliquez les nématodes de préférence à l'automne après la récolte des fruits, entre octobre et novembre, lorsque les larves descendent pour hiverner. La surface à traiter correspond à la zone sous la surface des branches. Les nématodes contre les vers des fruits doivent être appliqués sur le tronc et les charpentières ainsi que sous la surface couverte par le feuillage.

Pour une petite quantité, une application au pulvérisateur est suffisante. Pour un nombre d'arbres plus important, commencez d'abord par traiter la zone sous la surface des feuilles à l'aide d'un arrosoir ou d'un pulvérisateur spécial. Réalisez ensuite le traitement des branches maîtresses et du tronc de vos fruitiers. Veillez à ce que les buses mesurent plus de 0,8 mm de diamètre et que la pression n’excède pas 5 bars. Si vous utilisez des produits de traitement à base de soufre ou des insecticides chimiques, appliquez les nématodes au minimum 3 jours avant ou deux semaines après ces traitements, car ils ont un impact négatif sur S. feltiae.

Enfin, la pulvérisation d’une eau légèrement sucrée, à raison de 1 à 10 g pour 100 litres d’eau, aurait un rôle protecteur contre le carpocapse. Cette méthode permettrait de réduire les dégâts de l’ordre de 40 % dans certaines situations. En combinant ces pratiques, et en restant vigilant, vous pouvez protéger efficacement vos arbres fruitiers contre le carpocapse et assurer une récolte de qualité.

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