La Communauté des Marchands Fruitiers de Dijon : Blason et Histoire au Cœur d'une Cité Médiévale

Dijon, une ville médiévale riche en histoire, a toujours été un carrefour vibrant d'échanges et de commerce. La vie y était intense, les gens vivant beaucoup dehors, dans la rue, où ils étalaient leurs marchandises. Cette animation constante était le propre de chaque rue, chacune ayant sa spécialité et sa physionomie propre, avec des cris de marchands puissants qui interpellaient les passants, et des gens qui se bousculaient dans les venelles étroites. Au cœur de cette effervescence commerciale, la communauté des marchands fruitiers de Dijon occupait une place essentielle, contribuant à l'approvisionnement et à la richesse de la ville.

Dijon, un Cœur Commercial Vibrant

Dès l'époque médiévale, Dijon, comme la plupart des cités anciennes, a prospéré grâce à ses activités commerciales. Les articles étaient étalés devant les boutiques, créant un spectacle vivant et coloré. La journée se terminait lorsque l'obscurité tombait, et pour éviter les incendies ou protéger la ville, on fermait les lourdes portes de bois et on abaissait les herses. Des équipes de gardes assuraient le guet de nuit, plongeant la ville dans l'obscurité et le silence.

Scène de marché médiéval à Dijon

Les commerçants de Dijon, suivant leurs goûts et leur fortune acquise, étaient nombreux et variés. À cette époque, un grand seigneur avait même le droit de frapper sa propre monnaie. Les changeurs, essentiels à l'économie locale, travaillaient surtout les jours de marché, manipulant des pièces variées, frappées sans règle commune. La maison de change, avec ses voûtes caractéristiques, était un lieu stratégique où se réalisaient d'importants bénéfices. Au XIVe siècle, les Voûtes du Change, dont la belle façade est aujourd'hui restaurée, ont été le témoin de nombreuses transactions. C'est dans cette maison que naquit Hugues, vers 1320, qui deviendrait le prévôt de Charles V, et serait le dernier prévôt de la Bastille.

Parmi les nombreuses corporations et métiers, on trouvait les chaussetiers et les merciers. Dijon comptait plus de 3000 personnes liées à ces activités. Ils vendaient les draps communs et les tissus de laine, et si un surplus était nécessaire, on l'importait de l'extérieur. Le marché s'étendait parfois jusque devant l'église Notre-Dame, voire même dans le cimetière. Un mercier pouvait même se livrer au commerce des grains s'il se trouvait à court d'argent, et il pouvait acquérir des biens auprès de gentilshommes débiteurs, intégrant ainsi la magistrature et la noblesse de robe dijonnaise.

D'autres artisans étaient également présents, comme les maréchaux et les forgerons, les coustilliers, les potiers d'étain, et même les orfèvres, qui osaient braver les inconvénients de leur voisinage. La rue des Forges, par exemple (localisée sur l'un des contreforts au nord de l'église Notre-Dame), et la rue Jean-Jacques Rousseau, portaient les dénominations successives des fabricants d'étoffes qui vinrent l'habiter, ou de quelques verriers qui s'y établirent, la bordant sur plus de 80 mètres.

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L'Héritage Héraldique de la Bourgogne et de Dijon

L'héraldique, qui étudie les blasons, est un miroir de l'histoire des provinces de France. La série opérée par Viveleroy, à partir des ouvrages "Blasons des anciennes provinces de France" de Jacques Meurgey et "Les armoiries des provinces françaises" de Meurgey et Robert Louis, synthétise cet héritage. Le blason des provinces a été réalisé par Robert Louis, dessinateur symboliste des Services officiels et Conseiller technique de la Société française d’héraldique et de sigillographie. Les textes, inspirés de ceux de Jacques Meurgey de Tupigny, brillant héraldiste et Conservateur aux Archives nationales, sont enrichis pour mettre en lumière les périodes historiques qui expliquent le rang éminent du duché royal de Bourgogne au sein du royaume de France.

Ancien duché royal, la Bourgogne avait pour capitale Dijon et pour villes principales Semur, Bourg, Gex, Auxerre, Avallon et Autun.

Les Racines Antiques de la Bourgogne : Des Gaulois aux Romains

L'histoire des hommes qui ont habité la future Bourgogne avant l'époque gauloise est peu connue. Vers la fin du IIe siècle, l'implantation des tribus gauloises dans la région bourguignonne devient plus nette. Certains de ces peuples ont participé aux grandes expéditions des siècles précédents en Grèce et en Italie : les Sénons, les Lingons et peut-être les Insubres. Les Éduens, dont le domaine essentiel était le Morvan, base de leur puissance, étendaient leur territoire largement sur le sud et l'ouest de la Bourgogne, atteignant la vallée de l'Allier et celle du Rhône, s'allongeant vers le nord jusqu'aux hauteurs qui dominent Dijon, jusqu'à l'Avalonnias et contrôlant une partie de l'Auxois.

Les Éduens avaient pour voisins, du côté du nord, les Sénons et les Lingons. Le territoire des premiers, qui comprenait la région de Meaux, s'étendait sur une partie de l'Auxerrois actuel ; les seconds, qui avaient pour capitale Andomatunum (Langres), paraissaient dominer la région au nord de Câtillon-sur-Seine. Entre Lingons et Éduens se trouvait un peuple mystérieux : les Mandubiens, dont la forteresse, Alesia, a eu le privilège d'inspirer des légendes, Diodore de Sicile ayant même rapporté qu'elle aurait été fondée par Héraklès lui-même. Alésia était une vieille cité ligure, une ville sainte dans laquelle on a retrouvé les restes de nombreux temples datant de l’époque romaine. L'Auxois et le Tonnerrois sont attribués au territoire mandubien.

Soucieux de préserver leur indépendance et leurs prétentions à l’hégémonie contre les autres peuples gaulois, les Éduens firent de bonne heure appel aux Romains. Dès 121, ils s’allièrent à ces derniers pour abattre l’empire arverne, puis contre les Séquanes et enfin les Suèves. C'est en 58 qu'apparut César, portant secours aux vieux alliés du peuple romain en guerre avec les Helvètes. Les Éduens semblaient dociles mais ne manquaient pas de clairvoyance envers les Romains. Le contingent d’Éduens présent à Gergovie, contre les Arvernes, renversa son alliance et pilla les dépôts de vivres que les Romains avaient abrités en Éduie. En outre, c'est à Bibracte même que Vercingétorix fut reconnu chef suprême des Gaulois révoltés.

Carte des peuples gaulois en Bourgogne avant la conquête romaine

Passée la conquête, la domination romaine sembla s’être imposée sans heurts. Les « cités » gauloises conservaient leurs frontières, leur administration traditionnelle et leurs usages, et c’est insensiblement qu’elles se mirent à l’école de Rome. Toutefois, des transformations importantes se dessinaient et se réalisèrent assez vite. Par exemple, cinquante ans après la conquête, on assista au déplacement des vieilles capitales. Ainsi Bibracte était évacuée par ses habitants, qui se transportaient sur une colline bordant la vallée de l’Arroux : Augustodunum (Autun). Les villes et les élites se romanisèrent. La Gaule étant sûre, il n’était pas nécessaire d’installer dans la future Bourgogne de garnisons importantes. Il suffisait d’échelonner quelques postes de légionnaires le long des grandes voies militaires qui reliaient le littoral méditerranéen à la côte de la Manche et à la frontière de Germanie. Le réseau des voies commerciales se développa.

Le IIIe siècle vit disparaître la quiétude et la prospérité de l’époque précédente. Le péril germanique se dessina plus nettement. En 276, ce fut le déferlement des Alamans. Un siècle plus tard, en 355, une nouvelle invasion déferla : les garnisons n’osaient quitter les villes. La vie large des villes ouvertes des Ier et IIe siècles était finie. Des murailles furent érigées en urgence ; l’organisation militaire fut renforcée. C’était désormais le Bas-Empire, avec sa hiérarchie sociale rigoureusement fixée, sa fiscalité envahissante et le contrôle exercé par le pouvoir central.

Cependant, la Bourgogne avait appris à connaître la foi chrétienne. Dès le IIe siècle, on surprit à Autun l’existence précoce d’une petite communauté chrétienne de langue grecque. Dès la paix de l’Église, un évêque résida à Autun, puis à Auxerre, à Langres, à Chalon et à Mâcon. La pénétration chrétienne dans les campagnes s’amorça : saint Martin prêcha aux paysans de la cité des Éduens.

L'Émergence des Burgondes et la Formation du Royaume

Le peuple qui devait donner son nom à la Bourgogne, les Burgondiones ou Burgundi, venait de Scandinavie où l’île de Bornholm (Burgundarholm) conserve leur souvenir. Ils débarquèrent sur le continent entre l’Oder et la Vistule, et atteignirent progressivement la vallée du Rhin à la fin du IVe siècle. Leur mission était de garder le fleuve face aux Huns, en liaison avec leurs congénères restés sur la rive droite. La royauté burgonde était déjà forte. Les Burgondes étaient pacifiques et réputés comme d’habiles artisans du bois.

Cependant, sous une nouvelle poussée des Huns, de nombreux Burgondes d’outre-Rhin passèrent très vite sur la rive gauche. Repoussés par Aetius, ils cherchèrent à récupérer leurs territoires perdus d’outre-Rhin en 436. Les Burgondes subirent alors un épouvantable massacre : les Huns d’Attila en massacrèrent 20 000, et leur roi Gundichaire (Gunther). Hébétés par ce carnage, les survivants se tinrent tranquilles dans la zone de Worms, certains restant païens, leurs rois étant ariens, alors que subsistait un petit clan catholique. Le souvenir de cette effroyable bataille continua à faire vibrer la mémoire collective des peuples germaniques.

En 443, le patrice Aétius put installer facilement les survivants vaincus sur un nouveau territoire : la Sapaudia (Savoie très élargie). Les Burgondes y formèrent un îlot ethnique germanique qui garda son organisation propre et un roi national. La mort du patrice préluda à leur émancipation. Sous la conduite de leurs nouveaux rois Gondioc (456-471) et Chilpéric, ils s’avancèrent dans la vallée du Rhône, envahirent le nord de l’Helvétie, puis Dijon, Langres, Besançon, Windisch en 479.

Dans ce royaume, les Burgondes constituaient l’armée, alors que l’administration civile restait aux mains des Gallo-Romains ; le roi y était un représentant de l’Empereur - de celui d’Occident d’abord, de celui d’Orient ensuite. Il portait le titre de Magister militum, ce qui lui donnait un commandement légitime aux yeux des populations romanisées. Gondebaud, fils de Gondioc et petit-fils de Gundichaire, fut un roi éminent. Élevé à la cour impériale, l’Empereur d’Occident lui conféra le titre de Patrice, vers 473. Il resta seul roi des Burgondes à la mort de son dernier frère, Godegisil. Gondebaud améliora le droit et promulgua la célèbre loi Gombette (Lex Burgundionum) pour ses sujets de race burgonde ; pour ses sujets gallo-romains, un abrégé du droit en vigueur - la Lex romana Burgundionum. Ce royaume solide résisterait un peu à l’assaut des rois Francs Saliens. La Burgondie plia face à Clovis, puis tomba en 534.

La Bourgogne Franque et la Division du Royaume

La Burgondie réapparut dans la carte de la Gaule franque grâce à l’action d’un petit-fils de Clovis, fils de Clothaire Ier : le saint roi Gontran (561-593). C’est avec lui que la Bourgogne prit l’aspect qu’elle garderait jusqu’au IXe siècle. Ses limites allaient au nord jusqu’à Langres, au sud jusqu’à Cavaillon, voire Marseille, à l’ouest jusqu’à Nevers et à l’est jusqu’au lac de Constance. En 733, il conduisit ses troupes en Burgondie.

La conquête austrasienne bouleversa la Bourgogne. Les biens d’Église furent sécularisés, les abbayes données à des fidèles du nouveau conquérant, les sièges épiscopaux restèrent vacants, l’aristocratie locale fut dépossédée et les comtes étaient des Austrasiens ou des Bavarois : ce fut la fin de la Bourgogne mérovingienne. L’unité bourguignonne fut rompue, et les partages carolingiens ne respectèrent plus l’intégrité du regnum burgundiæ.

Si en 768 la Bourgogne toute entière fit partie du royaume de Carloman - frère de Charlemagne -, les partages arrêtés en 806 par le roi-empereur prévoyaient le démembrement du royaume. C’est au traité de Verdun que la frontière de la Saône fut adoptée pour séparer le royaume de Lothaire de celui de Charles le Chauve. La plupart des pagi de l’ancienne Burgondie furent attribués à Lothaire ; le reste formerait ce qu’on allait appeler la Bourgogne franque.

L’idée d’une unité survécut cependant. Néanmoins, dès 880, les Carolingiens envahirent le royaume de Boson, considéré comme un usurpateur, car étranger au sang carolingien. La grande Bourgogne avait vécu. Elle fut divisée en quatre parties : la Bourgogne franque, le comté de Bourgogne ou Franche-Comté de Bourgogne, la Bourgogne Transjurane ou royaume de Haute-Bourgogne, et la Bourgogne Cisjurane au sud ou Basse-Bourgogne ou encore Provence.

La Bourgogne franque suivit une destinée différente. Elle dut son unité et son autonomie à la menace que faisait peser le reste de la Bourgogne sur le royaume de France. L’apparition des pillards normands accéléra la constitution du duché de Bourgogne par le comte Richard d’Autun. Celui-ci se consacra à la lutte contre les envahisseurs, bien au-delà de son comté d’Autun. En 911, le danger fut plus grave : Rollon se porta sur Auxerre. Repoussé par l’évêque, saint Véran, ils se rejetèrent sur Chartres poursuivis par Richard. L’armée du duc de France survint et fit la jonction avec celle de Richard. Toutes deux infligèrent au chef normand une terrible défaite. Pour faire face aux périls, un commandement unique fut créé au profit de Richard, en 898, qui fut autorisé à fusionner ses comtés par le roi Eudes. Il fut alors investi du titre de marchio jusqu’en 918, puis de celui de dux. Dès 890, plusieurs comtes de la région bourguignonne parurent lui obéir. Richard le Justicier est considéré comme le premier duc de Bourgogne et le fondateur de cette principauté territoriale.

Blason du Duché de Bourgogne sous les Capétiens

Le Duché de Bourgogne sous les Capétiens

Pendant près de cent trente années, le duché perdura - avec une physionomie assez mouvante - malgré la lutte entre les Robertiens et les descendants de Richard. Robert le Pieux reconstitua le duché de Bourgogne au profit de son second fils, Henri. Mais le roi garda le gouvernement du duché. Robert Ier de Bourgogne était de surcroît comte de Charolais, de Langres et d’Auxerre.

Celui-ci joua en Espagne un grand rôle dans la propagation de la réforme grégorienne et dans l’éradication du rite mozarabe. Ainsi il intéressa la noblesse bourguignonne à la Reconquista. Tout d’abord, l’intérêt des Bourguignons se porta sur la péninsule ibérique, notamment auprès du comte de Barcelone, Bérenger-Raimond. Son fils aîné, Henri le Damoiseau, y aurait épousé la fille du comte, Sibylle. Son frère cadet, Henri de Bourgogne, combattit aussi les Maures dans la péninsule Ibérique. Il rejoignit le roi Alphonse VI de Castille, époux de sa tante Constance de Bourgogne, et l’aida à conquérir la Galice. Puis il épousa la fille d’Alphonse VI, Thérèse de Léon, et devint comte de Portugal. Il est le père du fondateur de la maison royale du Portugal, Alphonse Ier.

En outre, la Bourgogne se passionna pour le pèlerinage de Compostelle : deux comtes de Chalon moururent sur la route d’Espagne, en 1065 et 1078. La croisade en Terre Sainte attira aussi les chevaliers bourguignons. Le duc Eudes Ier, le comte de Bourgogne-Comté, les comtes de Nevers et de Chalons prirent la croix pour l’« arrière-croisade » de 1101. Eudes Ier mourut à Tarce en Cilicie en 1103.

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À Vézelay, en 1146, si le duc de Bourgogne n’y participa pas, un grand nombre de chevaliers bourguignons prirent la route d’Orient. En 1162, le duc Eudes II mourut au cours du voyage Outremer qu’il avait entrepris pour racheter ses fautes de seigneur pillard. Par contre, Eudes III refusa de prendre la tête de la quatrième croisade à la mort de Thibault de Champagne. Mais il participa à la croisade d’Albigeois et mourut au moment de partir en Terre Sainte. Hugues IV se croisa deux fois : en 1238, à la suite du comte Thibault IV de Champagne, puis en 1248, où il accompagna le roi saint Louis à la septième croisade. Il y sera le chef d’une moitié de l’armée au siège de la Mansourah et sera fait prisonnier avec son roi. Notons également l’aventure de Robert, fils cadet du duc Robert Ier, qui devint Régent de Sicile.

En Grèce, Hugues IV de Bourgogne gagna le titre de roi de Thessalonique en échange de sa promesse d’aider Baudouin II de Courtenay, empereur détrôné de Constantinople. Louis de Bourgogne (1297-1316), fils du duc Robert II, sera roi titulaire de Thessalonique et prince d’Achaïe. Il partira en Grèce faire valoir ses droits à la tête de chevaliers bourguignons ; vaincra son rival, Ferdinand de Majorque, à la bataille de Manolada, mais mourra quelques semaines plus tard dans des circonstances troubles.

Aux XIe et XIIe siècle, le développement des abbayes de Cluny et de Cîteaux contribua au rayonnement spirituel mais aussi économique, culturel et artistique de la Bourgogne. Hugues Ier devint moine à Cluny de 1079 jusqu’à sa mort en 1093. Puis Cîteaux essaima notamment à Clairvaux, dont saint Bernard deviendra abbé en 1115. Son influence dépassa très largement le cadre de la Bourgogne.

Finalement, de 1016 à 1361, treize ducs capétiens se succéderont pour diriger le Duché de Bourgogne. À partir de 1103, le duché se transmit de père en fils. L’autorité du duc de Bourgogne était reconnue sur ses terres et le duché se stabilisa. Avec le XIIIe siècle et le duc Hugues III, l’heure de l’indépendance des grands féodaux était passée. Désormais, les ducs étaient de fidèles serviteurs du roi de France. Ce furent des pairs laïcs primitifs de France. Depuis Hugues IV, les ducs firent figure de princes français. Ce furent des familiers du roi : Robert II épousa la fille de saint Louis, Agnès. Il devint comte de Bourgogne en 1330. Le Duché et le Comté de Bourgogne furent à nouveau réunis. Mais pas pour longtemps, car la première Maison capétienne de Bourgogne s’éteignit. Le fils d’Eudes IV, Philippe Monsieur, mourut en Guyenne au siège d’Aiguillon (1346), avant son père. Son petit-fils Philippe de Rouvre hérita des possessions d’Eudes et de Jeanne. Dans son testament, le jeune duc Philippe avait ordonné de respecter la coutume des différents pays qu’il gouvernait. Après sa réunion au domaine royal, le duché de Bourgogne fut à nouveau érigé en apanage au profit de Philippe le Hardi.

Chronologie des Ducs Capétiens de Bourgogne

Dijon à travers les Âges : Croissance et Transformations

Un des faits les plus importants est le séjour à Dijon des évêques de Langres du Ve au IXe siècle. Résidence de la cour ducale, elle connut, sous le règne des grands ducs Valois, un grand rayonnement culturel. Au XVIIIe siècle, elle vécut une nouvelle ère de prospérité et fut promue au rang d'évêché en 1731. Patrie des ducs de Bourgogne Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire ; de sainte Jeanne de Chantal, de Bossuet, du physicien Mariotte, des sculpteurs Dubois et Rude, du musicien Rameau, du poète Crébillon, du président de Brosses et de l'ingénieur Eiffel (1832).

Dijon, comme la plupart des cités anciennes, a grandi sur la sédimentation des constructions antérieures en se composant et se recomposant sans cesse sur elle-même, mais également en s’étendant dans l’espace pour donner naissance à de nouveaux quartiers qui, à leur tour, se modèlent et se remodèlent.

Plusieurs siècles avant notre ère, au temps de la splendeur de Vix, d’Alésia et de Bibracte, un habitat celtique occupait vraisemblablement les hauteurs, à l’image de l’oppidum du Mont-Afrique. Sous l’Empire romain, notamment au IIe siècle, cette bourgade semblait florissante. Cette petite bourgade, étirée le long des chemins, apparaissait relativement étendue et ses modes de vie étaient profondément marqués par l’art importé de Rome. Vers la fin du IIIe siècle, alors que le christianisme se développait, la cité fut saccagée par les premières invasions barbares. La cité-forteresse était suffisamment solide pour résister à toutes les invasions suivantes. C’est sans doute ce qui justifie, au début du Ve siècle, le choix des Évêques de Langres d’y établir leur résidence dans l’angle nord-est du Castrum où ils firent bâtir selon la tradition trois édifices cultuels, deux églises et un baptistère.

Plan du Castrum de Dijon

Le haut Moyen Âge débuta par l’occupation des Burgondes qui donnèrent son nom à notre région. L’an mil passé, l’abbé Guillaume de Volpiano construisit la rotonde de l’abbaye Saint-Bénigne, lieu de pèlerinage plus important à l’époque de Cluny. La ville déborda alors largement à l’extérieur de l’enceinte gallo-romaine, autour de l’abbaye de Saint-Bénigne et au-delà du chapitre Saint-Étienne.

La cité médiévale se forgea, pour l’essentiel, durant le long règne des ducs Capétiens de Bourgogne (1031-1362). Au cours du XIe siècle, la ville continua de s’étendre au-delà de l’enceinte primitive et l’on aménagea les dérivations et les biefs des rivières. Au moment où l’Europe connaissait un exceptionnel regain démographique et économique, les Ducs engagèrent la construction d’une nouvelle enceinte largement dimensionnée qui engloba la totalité des faubourgs, y compris l’abbaye Saint-Bénigne.

La ville, modelée sous le règne des Capétiens, connut une renommée flamboyante avec la dynastie des Ducs Valois de Bourgogne (1363-1477). L’émulation artistique, le développement de l’artisanat et du commerce furent à l’origine de somptueuses demeures à l’apparence encore médiévale. En 1477, à la mort de Charles le Téméraire, Louis XI posa habilement la couronne de France sur la Bourgogne.

En 1678, le rattachement de la Franche-Comté au royaume rendit les fortifications inutiles. Dijon, capitale de la Bourgogne, dont les Princes de Condé étaient gouverneurs, connut alors un âge d’or marqué par une intense activité architecturale. On repoussa l’idée de créer une ville nouvelle à côté de la ville ancienne. Les faubourgs d’Ouche, Saint-Pierre et Saint-Nicolas furent réaménagés et s’étendirent bien au-delà des bastions pour accueillir de nouvelles activités.

Après la Révolution, Dijon rétrograda de son statut de capitale de province à celui de chef-lieu de département. En 1833, le canal de Bourgogne, commencé 50 ans plus tôt, fut enfin terminé. Toutefois, c’est l’inauguration, en 1851, de la ligne de chemin de fer Paris-Dijon-Lyon-Marseille qui marqua le début du développement industriel et urbain de la ville. La guerre de 1870 stoppa brutalement le premier débat démocratique sur l’urbanisme de la ville. Après la guerre, la ville, devenue à nouveau place-forte, fut dotée de casernes. De nouvelles populations furent attirées par l’expansion économique, poussées par l’exode rural ou chassées de l’Alsace-Lorraine perdue.

En 1919, l’État imposa aux villes l’élaboration d’un plan d’aménagement, d’extension et d’embellissement. Les préoccupations économiques et sociales, la diminution démographique, la vision restrictive que l’on avait de l’avenir n’incitaient pas à engager de grands bouleversements. Les nouvelles techniques de constructions et les influences extérieures conduisirent à des styles très éclectiques allant du néo-classique à l’Art nouveau, voire moderne.

Dès 1945, la ville entreprit quelques opérations de relogement et de construction sur la base de lotissements de maisons individuelles et de petits immeubles. Mais le monde changeait, les besoins étaient énormes et l’État prit les choses en main pour rattraper le retard considérable pris par la France en matière d’industrialisation et d’urbanisation. Pour s’efforcer de répondre rapidement à la crise du logement, on simplifia à l’extrême, voire on dénatura, les théories du « Mouvement Moderne » portées en France par Le Corbusier. Comme partout, ce fut l’apothéose du superlatif : plus haut, plus grand, plus vaste… dans l’euphorie exponentielle de la période dite des « Trente Glorieuses ». En 25 ans à peine, l’agglomération doubla sa surface urbanisée.

Au début de la décennie 1970, la ville de Dijon “rejeta” la démesure et choisit de faire vivre le centre ancien revalorisé en harmonie avec son agglomération.

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