Dans la pratique de nombreux jardiniers, le compost du jardin est le parent pauvre d’une fertilisation efficace au jardin. Le fumier serait beaucoup plus performant ? Il suffit de constater le dédain que de nombreux jardiniers apportent aux déchets des cultures et à leur tas de compost et leur inventivité pour trouver l’agriculteur chez qui il faudra aller chercher avec une remorque le fumier plus ou moins bien composté. Voyons les choses de plus près et passons aux choses sérieuses : l’analyse chimique des composants.

Les fondamentaux de la composition organique
Le compostage est un procédé de transformation de matières organiques hétérogènes en un produit homogène hygiénisé, riche en humus et en éléments nutritifs. Le compostage repose sur l’action combinée de différents microorganismes (bactéries et champignons) qui vont dégrader la matière organique. Rares sont les livres sur les techniques de compostage qui apportent des renseignements aussi détaillés et complets que l’ouvrage de Denis Pépin : Compost et paillis. En consultant les données de référence, nous pouvons comparer divers amendements organiques : lombricompost, compost de toilettes sèches, compost du commerce algo-forestier, compost du commerce de fumier (volaille et chevaux), algues, fumier de bovin, fumier de mouton, déjections de lapin, fumier de cheval et fumier de volaille (poulet de chair).
Globalement, les valeurs fertilisantes sont assez proches à quelques détails près. Une exception notable : le fumier de volaille est beaucoup plus riche qu’un compost de jardin, six fois pour l’azote et le phosphore et quatre fois pour le potassium. Soyez toutefois prudents avec ce type de fumier à ne pas « brûler vos cultures » ! On constate aussi que les déjections de lapins sont plus riches en phosphore, comme d’ailleurs le compost de jardin, lui aussi plus riche en phosphore que le fumier de bovin, de deux fois. Pour les valeurs en azote et potassium, les valeurs fertilisantes sont presque semblables entre un compost de jardin et un fumier de bovin.
Dynamique biologique et processus de transformation
Le compostage est une technique qui consiste à aérer des matières organiques solides stockées en andain et favoriser ainsi les conditions de stockage et une dégradation de cette matière, grâce à l’activité de micro-organismes aérobiques. Cette biotransformation entraîne à la fois leur décomposition et leur humification, et elle se déroule en deux phases principales.
La première est la phase de dégradation active. Suite au passage d’un retourneur d’andain, le volume du tas augmente dans un premier temps d’environ 30 %. Au cours de cette phase, la température s’élève jusqu’à 65-70°C et redescend ensuite à la température ambiante. Cette phase, qui pour les fumiers de bovins dure environ un mois, s’accompagne d’importantes modifications chimiques et biochimiques. La masse et le volume se réduisent de 50 %, par dégagement de CO2 et de vapeur d’eau. Grâce à l’activité microbienne et ces températures élevées, la matière est assainie, les germes pathogènes sont détruits et le pouvoir germinatif des grains d’adventices est réduit.
La seconde est la phase de maturation lente. Pendant cette étape, l’humification se poursuit en même temps que la minéralisation de la biomasse microbienne. Le compost mûr a une odeur de terreau, est friable et ne permet plus la reconnaissance des matériaux d’origine. Il y a lieu de souligner que le fumier simplement déposé en bordure du champ n’évolue pas en compost, même après un séjour prolongé, car les conditions indispensables d’aérobiose n’y sont pas remplies.
16 RETOURNEUR D'ANDAIN V2
Facteurs physico-chimiques et gestion des nutriments
Pour réussir le compostage, plusieurs paramètres doivent être maîtrisés. La présence d’oxygène est indispensable pour le compostage ; les besoins en oxygène sont très importants pour déclencher la décomposition. Le fumier doit être suffisamment structuré afin de maintenir les conditions d’aérobiose, ce qui est assuré par la paille ou la litière. Une humidité optimale de 25 à 50 % est nécessaire. Lorsqu’un fumier est trop sec, on peut l’humidifier ; un fumier trop humide ne convient pas, car il favorise l’anaérobiose et les pertes par des jus d’écoulement.
Le rapport carbone/azote (C/N) est un indicateur déterminant. Il se situe idéalement entre 20 et 30. Le fumier animal est « vert », ce qui signifie qu’il est riche en azote. Si ce rapport passe en dessous de 2 pour 1, il y aura une perte d’azote, ce qui entraînera une augmentation des odeurs d’ammoniac. Un rapport carbone/azote trop élevé, supérieur à 4 pour 1, ralentira le processus de compostage.
La disponibilité des éléments fertilisants
La mise à disposition de l’azote des produits résiduaires organiques (PRO) est très variable selon la part d’azote minéral et les formes d’azote organique qu’ils contiennent. La part d’azote minéral se présente essentiellement sous forme ammoniacale et est immédiatement disponible pour les plantes, alors que l’azote organique doit être au préalable minéralisé. Pour les PRO de type fientes ou fumiers de volailles, l’azote organique se minéralise rapidement : 30 à 80 % de l’azote organique apporté est minéralisé au cours des premiers mois. En revanche, les composts de déchets verts ou de fumiers de bovins qui ont subi une phase de maturation longue (> 12 mois) se minéralisent très lentement : seul 5 à 10 % de leur azote organique est libéré au cours de la première année.
Le phosphore, quant à lui, se trouve en majorité sous des formes minérales plus ou moins solubles, mais aussi sous des formes organiques très diverses, comme les phospholipides et les phytates. Après un an de présence dans le sol, le phosphore des matières organiques a le même effet sur l’enrichissement du sol que les engrais phosphatés solubles dans l’eau.
Enjeux sanitaires et environnementaux
L’hygiénisation est l’un des grands avantages du compostage. La température générée par l’activité microbiologique peut atteindre 60-71 °C. L’inactivation par la température est probablement le moyen le plus efficace pour la destruction des pathogènes. La majorité des pathogènes est éliminée par un traitement à 55 °C pendant seulement 30 minutes. Cependant, les virus semblent être plus résistants au compostage que les champignons et les nématodes.

Le compostage permet également une gestion responsable des ressources. En limitant les activités liées au ramassage et au transport des déchets, le compostage pour les particuliers et les agriculteurs participe à la réduction du volume des ordures ménagères. Pour les exploitations agricoles, valoriser les sous-produits permet de diversifier les sources de revenus et de mieux exploiter les ressources disponibles à la ferme. Une approche efficace consiste à transformer ce qui serait autrement considéré comme un déchet en une source de revenus supplémentaire ou en un intrant réutilisable, tout en évitant les risques de pollution liés à un stockage inapproprié.
Méthodes alternatives : Bokashi et Méthanisation
La méthanisation agricole est un système de production d’énergie (biogaz) et de fertilisant (digestat). Le compostage en anaérobie, quant à lui, se centre sur la fermentation des composés organiques par des bactéries similaires aux bacilles lactiques présents dans la fabrication fromagère. En l’absence d’oxygène, la fermentation ne produit pas de CO2. Le Bokashi est une méthode japonaise de fermentation simple permettant d’obtenir une phase liquide (le jus de fermentation) riche en matières azotées et une phase solide (le compost « sec ») riche en matière organique et en micro-organismes nécessaires à la fertilité du sol.
Optimisation des pratiques au jardin
Prendre soin de son jardin n’est pas une tâche anodine. Il faut bien analyser les différents fertilisants, dont le compost, le terreau et le fumier. Contrairement au compost, le terreau est un support de culture prêt à planter. C’est une combinaison de minéraux et de matières organiques qui change en fonction de la plante et de l’usage. Pour ce qui est du fumier, il provient, en règle générale, des excréments des gros mammifères. Néanmoins, à l’image du terreau, tous les fumiers ne sont pas compatibles avec tous les types de sols.
Le compost se démarque en revanche par ses nombreuses vertus et ses risques quasi inexistants. Pour réussir, appliquez les gestes de base : étalez systématiquement vos déchets de cuisine sur toute la surface du bac et mélangez avec la couche inférieure. Fragmentez vos déchets ligneux du jardin, rien de plus long que 20 cm, sans quoi vous ne pourrez plus effectuer les mélanges de surface hebdomadaires. Pour les gazons, le paillage est la priorité. Compostez, mais compostez bien !