La gestion des produits résiduaires urbains constitue, depuis de très nombreuses années, un défi majeur pour les collectivités et les secteurs agricoles. La valorisation de ces matières au sein de la filière agricole demeure la solution la plus économique pour traiter ces volumes, mais elle soulève des questions cruciales : est-ce réellement dans l'intérêt des agriculteurs et des consommateurs ? L'équilibre entre nécessité agronomique, protection de l'environnement et sécurité sanitaire est au cœur des débats réglementaires actuels.

Le contexte des boues urbaines et la problématique MIATE
La commission Européenne a apporté un premier élément de réponse en mettant en avant le principe de précaution et en exprimant le souhait d’interdire l’utilisation agricole des composts de boues urbaines. Cette position est partagée par plusieurs nations : la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne sont des pays peu favorables à l'utilisation de ces produits. Plus radicalement, la Suisse les interdit en fumure depuis 2003.
En France, les prises de positions des autorités restent floues, bien que le cadre normatif évolue. En juillet 2012, l’AFNOR a clôturé une enquête publique sur une évolution de la norme « engrais organiques » (NFU 42-001), qui mentionnait l’incorporation de composts de boues urbaines dénommées MIATE, soit « composts contenant des Matières d’Intérêt Agronomique, issues du Traitement des Eaux ». L'incorporation de boues de stations d’épuration dans la composition des engrais organiques, avec pour seule indication réglementaire la mention « Miate » sur l’étiquette, soulève des inquiétudes légitimes.
La norme NFU 44-095 identifie les mélanges de boues urbaines et de déchets verts depuis 2004, mais elle est bien distincte de la norme NFU 44-051 des Amendements Organiques, qui autorise principalement les matières organiques d’origine agricole et agro-alimentaire.
Risques sanitaires et environnementaux : une vigilance nécessaire
De nombreuses études, notamment celles issues du programme PIREN-CNRS, nous alertent sur les risques de contamination des boues urbaines. Elles sont contaminées par des métaux lourds et surtout par des complexes organiques de synthèse, tels que les antibiotiques, les hormones, les PBDE, les phtalates et les HAP, dont les seuils normatifs de tolérances n’existent pratiquement pas.
Parmi ces substances, on trouve des produits toxiques comme les perturbateurs endocriniens et des substances cancérogènes qui menacent de polluer les écosystèmes. La plaine du Val-d’Oise, désormais interdite au maraîchage, illustre parfaitement les conséquences irrémédiables de l’épandage de ces résidus polluants. Si les études de l’Ademe évaluent des conséquences relativement faibles à court terme, elles expriment de fortes incertitudes à moyen et long terme quant à l’épandage de ces matières.
Pollution traditionnelle vs polluants émergents : quel danger pour notre futur ?
Processus de compostage et qualité des amendements organiques
Le compostage est un processus de décomposition naturelle, au cours duquel, sous l’action conjuguée des bactéries, champignons, micro-organismes et macro-organismes, les matières organiques sont transformées en un produit fertilisant, stabilisé, hygiénique, semblable à un terreau ou à de l’humus. Ce processus, également appelé « fermentation », dépend de la présence d’éléments nutritifs, du taux d’humidité et de la teneur en oxygène.
Il se caractérise par une brusque montée de la température, pouvant atteindre plus de 70 °C en quelques jours. Cette montée en température garantit la destruction des micro-organismes : agents pathogènes et graines d’adventices. Durant le compostage, nous perdons 50% de matières organiques en volume et en poids. La phase de la maturation est la dernière étape du compostage, où la température diminue pour se stabiliser au niveau de la température ambiante. La maturité influence directement la qualité du compost. Les dernières réactions biochimiques conduisent à la formation de molécules humiques, précurseur de l’humus.
Pour la fabrication d’un compost de qualité, il est essentiel de ne pas utiliser de matières indésirables. Par exemple, chez Fumeco, on n'utilise ni Matière d’Intérêt Agronomique issue du Traitement des Eaux (MIATE) ni denrées alimentaires. Les terreaux doivent répondre à la norme NFU 44-051, qui concerne les supports de culture et amendements organiques.
Gestion des biodéchets et transition écologique
Les usagers se mobilisent de façon croissante autour de la réduction des déchets et du réchauffement climatique. Les déchets organiques (biodéchets, boues, tonte de pelouse), riches en matière organique et en fertilisants, ont un réel intérêt agronomique et n’ont plus leur place en incinération. Les déchets alimentaires sont constitués à 70% d’eau ; leur traitement en incinération ou en enfouissement n’est pas une solution durable.
Le tri et la valorisation des biodéchets résonnent positivement auprès des usagers en France. 63% des Français ont entendu parler de l’entrée en vigueur du tri des biodéchets pour les usagers, bien que la notoriété de cette mesure soit très clivée selon la catégorie d’âge. Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti-gaspillage de 2020, le tri des biodéchets se généralise. En aucun cas le tri des déchets alimentaires est une obligation pour les usagers ; les collectivités sont tenues de proposer à leurs habitants des solutions de tri.

Traçabilité et contrôle des installations
Les sites de compostage sont des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) soumises à une réglementation stricte. Avant d’envisager le traitement des boues ou d’un co-produit, il est impératif de demander au producteur du déchet une analyse initiale complète selon les paramètres de l’arrêté du 08/01/1998.
Si le déchet est conforme aux seuils d’acceptabilité, les exploitants délivrent un Certificat d’Acceptation Préalable (CAP) permettant le traitement sur le site. À la livraison, a lieu un premier contrôle visuel pour s’assurer que le chargement correspond bien au déchet analysé et déclaré. Afin d’assurer la traçabilité des intrants, les données issues de la réception et du pont bascule sont informatisées. Une procédure rigoureuse de gestion par lots est appliquée en vue de garantir la qualité des composts.
Les MIATE utilisables comme matières premières doivent être conformes à la réglementation en vigueur pour l’épandage agricole et respecter en particulier les teneurs limites en éléments traces de l’arrêté du 08/01/98 relatif à l’épandage des boues urbaines. Cette norme fixe des teneurs limites en éléments traces métalliques (ETM), en composés traces organiques (CTO) et en micro-organismes. Elle impose aussi des flux maximum annuels moyens sur 10 ans pour les ETM et les CTO qui doivent être utilisés pour déterminer la dose maximale préconisée du produit.
L'importance de la matière organique pour les sols
Composée de micro-organismes vivants, de résidus de végétaux et d’animaux, de matières en décomposition, la matière organique (MO) est essentielle à la vie du sol et à l’écosystème tout entier. Elle est un réservoir d’éléments nutritifs et contribue à la structuration du sol, en participant à la formation du complexe argilo-humique, qui augmentent la capacité d’absorption en eau du sol et facilitent la pénétration du sol par les racines.
Dans le contexte actuel d’appauvrissement des sols, il existe un réel besoin d'amendements organiques naturels que les composts de déchets organiques, dont les biodéchets, peuvent en partie combler. Ces amendements naturels ont une forte capacité à prévenir l’érosion des sols et à limiter le ruissellement par temps de pluie. La séquestration du carbone dans les sols permet la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’INRA participe à l’initiative « 4 pour 1000 », afin d’augmenter les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an. Une telle augmentation permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète.