L'art du compostage : transformer les déchets verts et bruns en or pour le jardin

Schéma des étapes du compostage

Le compostage est bien plus qu'une simple technique de jardinage ; c'est un acte citoyen et écologique à la portée de tous, transformant nos déchets organiques en un trésor pour le sol. Dans un monde où nos poubelles débordent, l'adoption d'un composteur est un geste simple et puissant pour lutter contre la pollution de l'air et l'émission de particules fines. En effet, les biodéchets, qu'ils proviennent de la cuisine ou du jardin, constituent une part significative de nos ordures ménagères. S'ils ne sont pas brûlés, ils sont enfouis et produisent du méthane, un gaz à effet de serre puissant. Composter, c'est valoriser ces déchets pour fertiliser la terre au plus près de nous, créant ainsi un engrais naturel d'excellente qualité et 100% biologique. Depuis le 1er janvier 2024, en France, tout producteur de déchets doit d'ailleurs procéder au tri à la source des biodéchets, soulignant l'importance croissante de cette pratique.

Le compostage : un processus naturel et maîtrisé

Le compost est un fertilisant à base de déchets d'origine végétale ou animale, formé par la transformation de ces déchets organiques. Il est le résultat d'un processus biologique complexe où des milliards d'êtres vivants - vers de terre, insectes, champignons, bactéries - s'associent pour « détricoter » ces matières organiques. C'est une décomposition organisée, accélérée et contrôlée, comparable à ce qui se produit dans les sols forestiers où feuilles, branches mortes et fougères desséchées sont recyclées en humus riche.

Le processus de compostage se déroule en plusieurs phases distinctes :

  • La phase de dégradation (ou décomposition aérobie intense) : C'est le début du processus, où la matière organique fraîche est décomposée à haute température (50 à 70 °C) sous l'action de bactéries thermophiles et en présence d'oxygène. Ces réactions dégagent de la chaleur, essentielle pour une décomposition rapide et efficace.
  • La phase de refroidissement : Après plusieurs semaines, la température baisse progressivement, indiquant que la majeure partie de la matière organique est déjà bien décomposée.
  • La phase de maturation : Caractérisée par une dégradation moins soutenue, cette étape permet aux micro-organismes de stabiliser la matière, la transformant en un humus riche et stable. Le compost mûr dégage une bonne odeur de terreau forestier et s'effrite facilement.
  • Le criblage : Cette étape finale permet d'affiner le compost en éliminant les fragments non décomposés, qui peuvent ensuite être réincorporés dans le prochain tas.

Pour un compost industriel, qui est issu d'une collecte à plus grande échelle, le processus peut inclure des phases de stockage en aire de fermentation (3 à 6 mois) puis en aire de maturation (10 mois), avec la possibilité de raccourcir ce temps grâce à des dalles béton avec soufflage d'air par le sol.

Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost

L'équilibre parfait : déchets verts et déchets bruns

La clé de voûte d'un compost réussi réside dans l'équilibre entre les "déchets bruns" et les "déchets verts", ainsi que l'aération et l'humidité nécessaires à sa bonne décomposition. Imaginez votre compost comme une recette de cuisine : les matières vertes sont les protéines et les vitamines, tandis que les matières brunes sont les fibres et les féculents.

  • Les déchets verts (ou carbonés) : Ces matières sont souvent humides, molles et colorées, et riches en azote. Elles constituent le "carburant" nécessaire à la croissance et à l'activité des micro-organismes.
    • Marc de café : Un excellent activateur, riche en azote, phosphore et potassium.
    • Tontes de gazon : Une "bombe d'azote". Attention, en tas épais, elles pourrissent et dégagent des odeurs fétides par manque d'oxygène. Il est préférable de ne pas les mettre en couche trop épaisse.
    • Mauvaises herbes (Adventices) : Idéales quand elles sont jeunes et vertes. Éviter celles qui sont en fleurs ou en fruits pour ne pas disséminer leurs graines.
    • Déchets et épluchures de légumes et de fruits : Sources d'azote et d'humidité.
    • Feuilles de thé et sachets de thé : Riches en nutriments.
    • Litières de volailles : Très riches en azote, à utiliser en faible quantité.
    • Fumier frais : En petite quantité, il apporte de l'azote et élève la température du tas. Le fumier de cheval est le plus riche, celui d'ovins est très apprécié, et celui des bovins est le moins nourrissant.
  • Les déchets bruns (ou azotés) : Ces matières sont sèches, dures, ternes et riches en lignine (carbone). Elles apportent du carbone et aident à conserver une structure aérée au compost.
    • Feuilles mortes : Le "brun" par excellence. Les feuilles de châtaignier et de chêne, bien que riches en tanins et lentes à se décomposer, donnent un excellent compost. Les feuilles épaisses et vernissées (laurier-cerise, camélia, éléagnus) et celles à pétioles longs et rigides (érable, frêne) nécessitent d'être broyées.
    • Paille et foin vieux : Excellents structurants, ils sont idéaux pour équilibrer un apport de gazon.
    • Broyat de bois (BRF - Bois Raméal Fragmenté) : Branches passées au broyeur, à condition de les débiter en tronçons (environ 10 cm) ou de les broyer à la machine.
    • Aiguilles de conifères (pin, thuya) : Très acides et lentes à se dégrader.
    • Carton brun : Cartons de livraison, rouleaux de papier toilette/essuie-tout. Il est impératif de retirer les scotchs et étiquettes plastiques.
    • Papier journal : En petite quantité, en s'assurant que l'encre n'est pas toxique.
    • Sciures et copeaux de bois : À utiliser avec précaution si le bois n'est pas traité ou exotique.
    • Tissus naturels : Coton et lin, broyés.

Tableau comparatif des déchets verts et bruns

Certains déchets font débat ou nécessitent des précautions particulières :

  • Agrumes (Oranges, Citrons) : Leur peau est épaisse et acide. Il est conseillé de les couper en petits morceaux pour faciliter leur décomposition.
  • Cendres de bois : Riches en minéraux mais très basiques (calcaires). Une poignée de temps en temps, saupoudrée, peut être bénéfique. Ne pas composter les cendres de charbon, qui sont nocives.
  • Coquilles d'œufs : Elles ne se décomposent pas vraiment mais apportent du calcium et aident à la structure du compost. Pensez à les broyer avant de les incorporer.
  • Pain rassis : Peut attirer les rongeurs.
  • Papier essuie-tout : S'il a servi à essuyer des graisses végétales ou de l'eau, il peut aller au compost. Il est considéré comme une matière brune même mouillé.

Ce qu'il ne faut PAS mettre au compost

Pour garantir la qualité et la sécurité de votre compost, certains éléments doivent être absolument évités :

  • Au jardin :
    • Terre, sable et cendre de charbon.
    • Gros bois, bois traité, bois exotique.
    • Plantes malades ou porteuses d'œufs ou de larves d'insectes. Si le compost ne chauffe pas suffisamment (au moins 60°C pendant plusieurs jours), les spores de champignons et les insectes indésirables ne seront pas détruits et seront disséminés lors de l'utilisation du compost.
    • Toutes plantes grainées, notamment les mauvaises herbes en fleurs ou en fruits, car leurs graines survivraient et seraient ensuite semées partout dans le jardin avec le compost.
    • Litières non biodégradables.
  • À la maison :
    • Viandes, poissons, produits laitiers : Ils dégagent de fortes odeurs et attirent les nuisibles (rongeurs, insectes).
    • Plastiques, métaux, verres : Non biodégradables, ils doivent être triés dans les poubelles appropriées.
    • Papier glacé, imprimé ou coloré : Peut contenir des encres toxiques ou des produits chimiques.
    • Langes jetables.
    • Poussières de sac d'aspirateur et balayures.
    • Tissus synthétiques (nylon, lycra).
    • Tous les produits chimiques, huiles de vidange.

Choisir l'emplacement et le type de composteur

L'emplacement idéal pour un composteur est dans un coin du jardin, un endroit ombragé en contact direct avec le sol. Une situation trop chaude dessèche le compost. Il est crucial que le fond du bac à compost soit en contact avec la terre, car c'est une source directe de micro-organismes (comme les lombrics) indispensables à la réussite du compost. Avant d'incorporer des déchets organiques, il est important d'aérer la terre à son pied pour permettre une belle migration des vers de terre.

Plusieurs options s'offrent à vous pour composter :

  • Le composteur en bac : C'est la solution la plus utilisée au jardin. On trouve dans le commerce des silos de formats variés (environ 300-500 litres pour une famille de 4 personnes) et de matières diverses (bois, plastique). Il est idéal d'avoir au moins deux compartiments à compost pour faciliter le retournement et la maturation des différents tas.
  • Le compostage en tas : Pour ceux qui disposent d'une propriété plus vaste, la solution la plus simple consiste à déposer tous les déchets à composter à même le sol, en tas. Cette méthode est efficace et facile à brasser.
  • Le compostage de surface : Consiste à creuser un trou directement dans la terre, de 20cm de profondeur et d'une largeur correspondant à la quantité de déchets. On couvre ensuite de paille ou d'un plastique noir et on maintient humide.
  • Le lombricomposteur ou composteur d'intérieur : Pour ceux qui n'ont pas de jardin ou habitent en appartement, ces solutions compactes permettent de composter les déchets de cuisine. Le lombricomposteur, avec son activateur de compost, est inodore et adapté aux débutants, offrant un amendement de qualité pour les plantes d'intérieur, pots de fleurs et jardinières.
  • Le compostage collectif : De plus en plus de communes mettent en place des sites de compostage partagé dans les jardins collectifs ou en pied d'immeuble, favorisant le lien social et la valorisation des biodéchets.

Différents types de composteurs

L'entretien du compost : aération et humidité

Un compost réussi est un compost vivant, qui nécessite un minimum de surveillance et d'entretien.

  • Aération : Le compostage est un processus aérobie, ce qui signifie qu'il nécessite de l'oxygène. La mauvaise aération est la principale raison d'un compostage lent, partiel, hétérogène ou malodorant. L'air devrait occuper au moins 50% du volume du tas.

    • Mélanger le tas : Le retournement régulier du compost (toutes les 4 à 6 semaines) est essentiel pour apporter de l'oxygène aux bactéries et maintenir une température optimale (autour de 70°C). Le premier mélange ne doit être réalisé que 2 à 4 semaines après la mise en tas des déchets.
    • Former des puits d'air : Utiliser un outil adapté comme l'aérocompost pour créer des puits d'air.
    • Ajouter de la terre et des branchages : La terre agit comme un levain, et un lit de branchages au fond du composteur améliore l'aération.
  • Humidité : Les micro-organismes responsables de la décomposition ont besoin d'eau pour se développer. L'humidité doit être contrôlée attentivement.

    • Vérifier l'humidité : Comprimez une poignée de compost dans votre main. Si aucun liquide ne se forme et que la matière s'effrite, elle est trop sèche. Si le compost est trop sec, les bactéries meurent et la décomposition s'arrête.
    • Trop sec : Arrosez le compost et/ou ajoutez des déchets humides. Vous pouvez également couvrir le tas avec une bâche après l'avoir arrosé pour conserver l'humidité. Une aération trop importante ou un emplacement trop venteux peuvent également dessécher le compost.
    • Trop humide : Un excès d'eau diminue la quantité d'air disponible, favorisant les bactéries anaérobies qui dégagent des gaz et engendrent des odeurs désagréables (odeurs d'œuf pourri). Dans ce cas, mélangez bien le compost pour éviter les zones trop humides, découvrez-le par temps sec pour augmenter l'aération, ou étalez une partie du compost sur le sol pendant quelques heures pour le faire sécher avant de le remettre dans le bac.
    • Odeurs désagréables : Souvent dues à une trop grande humidité ou à une trop forte proportion de déchets verts sans suffisamment de matières brunes. Ajoutez des matières sèches et brassez.

L'outillage essentiel pour un bon compostage

Pour faciliter le processus et garantir un compost de qualité, quelques outils sont utiles :

  • Une brouette : Pour transporter les déchets jusqu'au tas de compost.
  • Un récipient de petite taille : Pour récupérer les déchets de la cuisine.
  • Un broyeur : Pour couper les déchets en petits morceaux (hacher les végétaux en tronçons de 10 à 15 centimètres) et faciliter le travail de fermentation des micro-organismes. La taille compte ! Ayez toujours une paire de ciseaux ou un sécateur à portée de main près de votre bio-seau pour couper les peaux de banane, déchirer les cartons, écraser les coquilles d'œufs.
  • Un ou deux silos à compost ou composteurs : Selon la méthode choisie et la quantité de déchets à traiter.
  • Une fourche : Pour remuer et aérer régulièrement le tas.
  • Un thermomètre de couche : Pour observer l'évolution de la température au cœur du compost, traduisant l'activité qui y règne. Si la température est trop élevée, aérez le compost.
  • Un activateur de compost : Des activateurs naturels comme l'urine, le fumier de volaille, la poudre d'algue ou la poudre d'os marine stimulent l'activité microbienne.

Quand le compost est-il prêt et comment l'utiliser ?

Le compost peut être mûr au bout de 3 à 6 mois au printemps/été, ou 6 à 9 mois en automne/hiver s'il est bien isolé et retourné régulièrement. Certains composteurs performants permettent même d'obtenir un compost de qualité en 4 à 6 semaines seulement.

Un compost est prêt lorsqu'il sent la terre forestière, l'humus, et s'effrite facilement. Il aura perdu environ 2/3 de son volume initial, mais sera concentré en éléments nutritifs.

Utilisation du compost mûr :

  • Amendement du sol : Incorporez-le superficiellement au pied des plantes ou dans les trous de plantation. Il est conseillé d'épandre 30 à 70 kg de compost pour une surface de 100 m², trois fois par an.
  • Paillage : Le compost peut servir de paillis en surface, protégeant le sol du dessèchement, limitant la pousse des mauvaises herbes et régulant la température.
  • Nourrir les plantes : Les plantes cultivées sur un sol enrichi en compost sont généralement plus vigoureuses et mieux armées contre les maladies et les ravageurs. Le compost allège la terre et permet des économies d'engrais, de terreau et d'eau.
  • Jardinage d'automne : Après l'été, de septembre à novembre, vous pouvez utiliser le compost en recouvrant vos parcelles vides du potager afin de fertiliser le sol pour le printemps prochain.
  • Plantes d'intérieur et jardinières : Le compost issu des lombricomposteurs est idéal pour nourrir les plantes en pot.

Si vous n'avez pas obtenu suffisamment de compost pour l'ensemble de votre jardin, n'hésitez pas à le compléter par du terreau commercial prêt à l'emploi. Si, au contraire, vous produisez plus de compost que vous n'en utilisez, vous pouvez le stocker dans un sac en toile de jute ou un bac bien aéré, en veillant à le maintenir légèrement humide. Partagez-le avec vos voisins, vos proches, ou un jardin partagé !

Compost mûr pour le jardin

Les avantages du compostage : un geste pour la planète et votre jardin

Composter, c'est adopter une démarche vertueuse avec de multiples bénéfices :

  • Réduction des déchets : C'est un moyen efficace de réduire considérablement le poids de ses poubelles et le nombre de rotations jusqu’au conteneur. Cela permet de réduire la quantité de déchets organiques envoyés à l'enfouissement ou à l'incinération.
  • Lutte contre la pollution : Moins d'émissions de gaz à effet de serre. Les biodéchets enfouis ou incinérés produisent du méthane et du dioxyde de carbone. Ce qui n'est pas brûlé ne sera pas rejeté dans l'atmosphère.
  • Engrais naturel et gratuit : Le compost est un amendement organique naturel d'excellente qualité, 100% naturel, qui nourrit vos plantes et les rend plus saines et plus résistantes aux maladies. Plus besoin d'acheter d'engrais ou de terreau !
  • Amélioration de la qualité du sol : Le compost allège la terre, améliore sa structure, et contribue à la création d'un milieu de vie propice au développement d'une faune et d'une flore diversifiées.
  • Économies d'eau : Le compost aide le sol à mieux retenir l'eau, réduisant ainsi les besoins en arrosage. Le paillage et la tonte mulching, qui sont des techniques complémentaires utilisant des déchets verts, permettent également de limiter l'arrosage.
  • Compréhension du cycle naturel : Composter permet de mieux comprendre le cycle naturel de transformation d'une matière organique en une matière fertilisante. C'est un formidable outil pédagogique, notamment pour les enfants.
  • Contribution à l'économie circulaire : Le compostage participe pleinement à l'économie circulaire, dont l'objectif est de limiter le gaspillage des ressources et la production de déchets.

Le compostage n'est pas réservé aux experts ; c'est une pratique accessible et gratifiante. En adoptant le compostage, vous faites déjà un grand pas pour la planète. Faites-en une habitude, un plaisir, et surtout, partagez vos bonnes pratiques avec vos voisins et votre entourage.

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