Le rôle du compost dans la gestion de l'azote en agriculture

La gestion de la fertilité des sols constitue le pilier fondamental de toute pratique agricole durable. Au cœur de cette stratégie, le compost occupe une place singulière, agissant non seulement comme un apport en nutriments, mais surtout comme un levier de structuration biologique du sol. Comprendre son interaction avec le cycle de l’azote est crucial pour tout agriculteur cherchant à concilier productivité et respect de l’environnement.

Schéma illustrant le cycle de l'azote dans le sol, montrant la transformation de l'azote organique du compost en azote minéral assimilable par les plantes, et les risques de lessivage.

Les spécificités du compost en tant qu'apport azoté

Il est important de savoir que la libération d’azote par le compost est très lente et difficile à estimer, offrant pratiquement pas d’azote rapidement disponible. Contrairement aux engrais minéraux qui agissent comme une "perfusion", le compost s'inscrit dans une dynamique de long terme.

Les apports très importants peuvent séquestrer l’azote disponible dans le sol si le compost possède un mauvais rapport C/N (Carbone/Azote). Il constitue cependant un bon engrais de fond pour le phosphore (P), le potassium (K) et le magnésium (Mg). Si c’est la seule source d’éléments nutritifs, on observe souvent un rapport défavorable entre P, K et N. La teneur en P est d’ailleurs souvent le facteur limitant pour la détermination de l’apport maximal. Il est intéressant de noter que c’est la deuxième année que la mobilisation de P, K et Mg est la plus forte.

Dynamique du rapport C/N et mécanisme de la « faim d’azote »

Le rapport carbone/azote, ou rapport C/N, est une notion essentielle pour bien comprendre les mécanismes de fertilité. Si une matière a un rapport C/N de 25/1, cela signifie qu’elle contient 25 fois plus de carbone que d’azote. En dessous de 25, la matière est considérée comme riche en azote.

Le phénomène de "faim d’azote" se manifeste par un affaiblissement des plantes, un retard de croissance et/ou une décoloration des feuilles. Cet azote inorganique est produit par les microorganismes du sol à partir de l’azote organique. Cependant, pour croître et produire les enzymes nécessaires à la décomposition des molécules carbonées, les microorganismes consomment aussi l’azote inorganique. Il y a alors concurrence entre les microorganismes et les plantes.

Cet appauvrissement est temporaire car il s’agit d’une immobilisation. Lorsque toute la matière organique apportée est décomposée, une grande partie des microorganismes meurt et libère l’azote qu’ils avaient absorbé. La durée de l’indisponibilité dépend des matériaux apportés, de la profondeur d’enfouissement et du climat.

L'azote - Rapport C/N et faim d'azote [Série NPK & Oligos - 2b]

Stratégies d'utilisation dans la rotation culturale

Dans les fermes pratiquant des cultures sarclées, le compost est une précieuse compensation pour la minéralisation de l’humus provoquée par les sarclages. Pour une efficacité optimale, il est recommandé d'épandre idéalement à la fin de l’été ou en automne, d'incorporer légèrement et de semer un engrais vert (légumineuses).

Les légumineuses profitent particulièrement bien du compost en raison d'un effet sanitaire positif. Les apports sur prairies temporaires sont judicieux, mais le compost ne doit pas présenter le degré maximal de décomposition, sinon l’azote est libéré trop vite. En cas d’épandage directement pour la mise en place d’une culture commerciale, un apport de lisier est souvent nécessaire pour pallier le manque de disponibilité immédiate de l'azote.

Effet sur la santé des plantes et la vie du sol

Les composts sont porteurs de bactéries, de champignons et d’actinomycètes antagonistes. Après la fin de la décomposition intensive, la matière organique des composts - surtout de ceux à base de matières premières riches en bois - est riche en lignocellulose difficilement dégradable. Les microorganismes bien adaptés à cette substance possèdent une forte capacité concurrentielle qui les avantage face aux agents pathogènes.

En agriculture biologique, "nourrir le sol pour nourrir la plante" constitue l'un des principes clés. La richesse en matière organique améliore les caractéristiques physiques des sols : stabilité structurale accrue, meilleure porosité, capacités de rétention en eau plus élevées. Les organismes vivants du sol - comme les vers de terre, les champignons, les insectes de surface - sont plus nombreux et diversifiés.

Infographie comparant la structure d'un sol riche en humus (issu de compost) et d'un sol pauvre, mettant en avant la porosité et la biodiversité.

Comparaison entre types de composts et recommandations

Le compost le plus noble est le compost de fumier, à condition d’être préparé soigneusement. Contrairement au compost de déchets verts, il peut aussi être utilisé comme engrais de couverture et possède une excellente efficacité fertilisante.

Pour les composts de déchets verts, un bon produit ne contient quasiment pas de substances interférentes et présente un certain degré de décomposition, mais le critère principal reste son odeur de terre. Il est important de demander les résultats des analyses pour pouvoir introduire les teneurs réelles en éléments nutritifs dans le Suisse-Bilanz. Par ailleurs, il faut éviter d’introduire dans un compost des déchets organiques ayant connu des traitements conséquents avec des substances contenant du cuivre, car lors du processus de compostage, au moins 80 % de la matière organique est perdue, mais pas le cuivre, qui n’est pas biodégradable.

Enjeux environnementaux et climat

La production alimentaire est responsable de 57 % des émissions de gaz à effet de serre de notre assiette. L’agriculture biologique contribue à la lutte contre le réchauffement climatique en limitant les rejets polluants et en stockant davantage de CO2 dans le sol.

L’utilisation d’engrais organiques permet de ne pas contribuer à l’émission de CO2 nécessaire pour la fabrication industrielle d’engrais chimiques de synthèse. De plus, l’introduction de légumineuses dans les rotations aide à réguler la fertilité des sols et limite le passage de l’azote dans l’eau sous forme de nitrates. L’azote d’origine organique se lie aux argiles du sol et est libéré de façon progressive, réduisant ainsi les risques de lessivage. La présence de parcelles en agriculture biologique dans les zones de captage d’eau constitue l’un des leviers les plus efficaces pour reconquérir et préserver la qualité de l’eau.

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