
Face à une augmentation constante de la production globale des déchets et à la saturation des centres de traitement, le compostage collectif constitue une alternative prometteuse et nécessaire. En France, la quantité annuelle de déchets est d'environ 350 kg par personne, et 30% des ordures ménagères sont des déchets organiques, donc recyclables. Pourtant, ces déchets sont quasi-systématiquement traités dans des centres de traitement. Pourquoi continuer à faire transporter ces déchets organiques en décharge alors qu’ils peuvent être directement transformés en un amendement organique précieux ? Le compostage collectif représente un levier essentiel dans la transition vers une économie circulaire, offrant des avantages environnementaux, économiques et sociaux significatifs.
Comprendre le Compostage : Un Cycle Naturel Accéléré
Le compostage est une pratique qui accélère le processus naturel de décomposition de la matière organique en sels minéraux et en humus. Il reproduit ainsi le cycle naturel de la matière. Concrètement, composter permet de réduire la quantité de déchets ménagers, favorise la vie du sol, améliore sa fertilité et sa teneur en humus. Les déchets organiques, aussi appelés “déchets biodégradables”, sont des déchets pouvant se dégrader au contact de la terre. Au bout de quelques mois, les bactéries et les champignons présents dans le sol, ainsi que les vers de terre s’étant nourris de ces déchets, les transforment en terreau, qui sert ensuite d’engrais naturel pour les plantes. Voilà la définition d’un compost.
Module 2 Les différents procédés de compostage compostage
Les Diverses Formes de Compost
Il existe plusieurs types de composts, chacun adapté à des contextes et des besoins spécifiques :
- Compost végétal : Ce type de compost est composé uniquement de matière végétale, ne contenant donc ni fumier ni autres matières animales. Il peut être réalisé à la maison ou sur des plateformes de compostage.
- Compost de toilettes sèches : Réalisé à partir des déchets des toilettes sèches et de matières sèches cellulosiques (comme la paille ou des copeaux de bois), ce compost nécessite une attention particulière. Pour éviter tout risque sanitaire, il est conseillé de le composter pendant 2 ans (les pathogènes ne tenant pas la longueur) ou de l'utiliser en dehors du potager (pour les plantes ornementales, le verger, etc.).
- Compost issu des plateformes de compostage : Ce compost, qu'il soit issu exclusivement de matières végétales ou de co-compostage (mélange avec d'autres matières telles que des algues ou du fumier), est en général mûr et peut être utilisé partout au jardin. Le compost des plateformes a l'avantage de comporter un taux important de lignine (contenue dans le bois), ce qui permet d'alléger et d'aérer le sol. Il est souvent vendu en sac ou en vrac directement sur les plateformes.
- Vermicompostage : Cette méthode de compostage inclut l'action de vers de terre. En effet, les vers de terre des tas de fumier et autres milieux riches en matières organiques sont d'excellents accélérateurs du processus. Il devient donc possible de composter dans les villes, même sans balcon. Le vermicompostage se fait dans des boîtes de relativement petite dimension en comparaison avec les composts traditionnels. Le produit issu de ce compostage est appelé vermicompost et est considéré comme le caviar des composts, les vers de terre contribuant à la création de complexes argilo-humiques.
L'Impératif du Compostage : Une Obligation Légale et Écologique
Dès le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets à la source est devenu obligatoire en France, conformément aux lois européennes et à la loi antigaspillage du 10 février 2020. En clair, tous les particuliers devront avoir un système de compostage afin de collecter leurs déchets organiques dans un "bio seau". Cette mesure vise à généraliser les solutions de compostage et à réduire significativement la quantité d'ordures ménagères envoyées dans les décharges et incinérateurs, contribuant ainsi à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Dans le cas contraire, des sanctions sont prévues en cas de non-respect des consignes de tri et des jours de collecte, l’amende pouvant aller jusqu’à 75 €.

L'Impact Transformateur du Compostage Collectif sur le Territoire
Le compostage des déchets issus des collectivités est un levier essentiel dans la transition vers une économie circulaire. Il valorise un tiers des ordures ménagères, qui est constitué de biodéchets, réduisant ainsi les coûts de traitement, les émissions de gaz à effet de serre et l’impact environnemental. Il améliore la qualité des sols, favorise la biodiversité et diminue l’usage d’engrais chimiques. Brûler ou enfouir ces déchets riches en eau est coûteux et écologiquement incohérent. Le compostage engage aussi les citoyen·nes dans une démarche locale, solidaire et éducative, transformant un déchet en ressource bénéfique pour l’environnement et la société.
En mettant en place des composteurs collectifs dans une ville, les bénéfices sont multiples :
- Économies significatives : Le coût de traitement de ces matières organiques s’élève à 50€ la tonne. Rapporté à un quartier, voire à une agglomération, cela représente vite des sommes importantes pouvant être économisées au profit de la collectivité. Par ailleurs, en compostant, on produit de l'engrais gratuitement.
- Création de lien social : En apportant les déchets au composteur, les habitants se retrouvent, animent leur quartier et créent du lien. Mettre en place un composteur a une fonction pédagogique autant pour les enfants que pour les adultes, favorisant la convivialité et la reconnexion des liens sociaux.
- Réduction de l'empreinte écologique : La réduction du volume des déchets à transporter et à traiter contribue directement à la diminution de l'empreinte écologique. Les déchets apportés au composteur, une fois valorisés, se transforment en engrais naturel que les foyers peuvent utiliser directement pour leurs plantations. Cela permet une refertilisation des terres agricoles et une autonomie vis-à-vis de la pétrochimie.

Mettre en Place des Composteurs Collectifs : Une Démarche Structurée
La mise en place de composteurs collectifs exige une préparation rigoureuse et une implication de la communauté. Il est important de démontrer que le compostage en pied d’immeuble fonctionne, y compris dans les grandes villes. Les sites de compostage collectif peuvent être mis en place sous deux conditions : la présence d'un espace vert suffisant et l'engagement d'au minimum 20% des logements. Une fois ces deux conditions réunies, le processus peut s'articuler autour des étapes suivantes :
- Constituer un groupe projet : Ce groupe sera chargé de mettre en place le projet et de sensibiliser la population en organisant, par exemple, une soirée-débat, une campagne d'affichage, des cours sur le compostage, etc.
- Définir les emplacements : Les composteurs peuvent être installés au pied des immeubles, dans les écoles, les restaurants, etc. Il est crucial de s'assurer que l'emplacement du bac soit discret, inaccessible aux animaux, abrité du vent et à l'ombre.
- Établir le nombre de foyers participants et identifier les acteurs : Il s'agit de recenser les riverains, le gardien, le syndic, le bailleur social, le cuisinier ou encore les acteurs locaux qui peuvent se sentir concernés par cette action (associations, responsables des espaces verts, etc.). Une réunion de présentation du projet est ensuite proposée à l'ensemble des habitants. À la suite de cette réunion, les habitants souhaitant s'engager dans la démarche de compostage se font connaître. Le choix de l'emplacement du site est également fait à ce moment.
- Information claire et permanente : Prévoir d’indiquer en permanence à proximité du compost ce qui se composte (déchets organiques humides et secs en alternance) et ce qui ne se composte pas (plantes malades, viande, poisson, produits laitiers, agrumes, etc.).
- Aménagement et inauguration : Le site est ensuite aménagé par un prestataire et l'inauguration est programmée. Lors de l'inauguration, les bio-seaux sont distribués et les volontaires signent une charte de participation. Le matériel type fourche est mis à disposition par le syndic/bailleur.
- Organisation de la répartition du compost : Au bout de 10 à 12 mois, le compost est prêt à être récolté. Les usagers peuvent l’utiliser comme engrais pour leurs jardinières, le jardin de la résidence en accord avec le bailleur ou la copropriété, ou encore se rapprocher d’un jardin partagé.
Le Fonctionnement Quotidien d'un Composteur Collectif
Un compost est un milieu de vie qui évolue. Pour rester dans la zone d'équilibre de ce milieu, il suffit d'équilibrer les déchets "secs" (feuilles mortes, paille, copeaux, herbe de tonte pas trop humide) et les déchets "humides" (fruits, légumes, marc de café, coquilles d'œufs, restes alimentaires), en laissant le milieu respirer (ne pas tasser par exemple) et humide (mais pas trop). Un bon principe est de ne pas mettre trop souvent la même chose ni en trop grosse quantité. En fonction des apports et suivant les couches du compost, différentes formes de vie vont prospérer et se succéder. Ainsi, retourner le compost est nécessaire pour maintenir une bonne aération et éviter les mauvaises odeurs. Une tige aératrice peut être utilisée pour cet effet.

Pour un premier compostage, il est conseillé d'installer le composteur sur une petite surface plane et mi-ombragée, pas trop loin de la maison. Il est important de faciliter l'ouverture du panneau du bas pour vérifier l'état d'avancement du compost. Dans la cuisine, un seau avec une couverture "hermétique" permet de stocker plusieurs jours de déchets de cuisine sans que les odeurs se répandent. Une fois plein, videz-le dans le composteur en utilisant la tige aératrice, puis ajoutez une couche de matériaux "secs" et, par temps chaud, arrosez le tout sans excès.
Le critère de succès est l'absence d'odeur quelques jours après l'apport. Si une mauvaise odeur survient, il faut vérifier si le compost n'est pas trop humide en le soulevant ; dans ce cas, il faudra le remuer en ajoutant du "sec" (du carbone). Dans le cas contraire (où l'on observe souvent une pourriture blanche), il faut humidifier.
La récolte du compost est idéalement réalisée en le démoulant plutôt que par la petite porte de la compostière. Cela permet également de nettoyer les trous du fond. Le compost mûr (couleur noire et odeur d'humus forestier) ne comporte plus de vers de compost et ressemble beaucoup à une bonne terre de jardin. Il est généralement obtenu en 6 mois à 1 an.
Biodéchets : Ce que l'on peut Composter et ce qu'il faut Éviter
Le compostage des déchets ménagers ou biodéchets exige une préparation rigoureuse. Les déchets doivent être équilibrés en termes de taille, structure et composition chimique pour assurer une décomposition homogène. On peut mettre beaucoup de déchets de cuisine et du jardin dans le compost, comme par exemple :
- Les déchets verts : tontes et fauchages de la pelouse, feuilles mortes, brindilles.
- Les déchets ligneux : provenant de l'élagage et de l'abattage d'arbres et de haies (après broyage, ils deviennent un excellent substrat).
- Les déchets alimentaires : restes de repas, de préparation de repas, ou produits périmés qui n'ont pas été mangés (épluchures de fruits et légumes, coquilles d'œufs, marc de café, restes alimentaires).
En revanche, tous les déchets ne sont pas à mettre dans le composteur collectif. Il faut éviter :
- Les plantes malades.
- La viande et le poisson.
- Les produits laitiers.
- Les agrumes.
- Les mauvaises herbes.
- Les emballages plastiques, en verre ou en métal.
Il est important de noter que sur certains territoires, le type de compost varie (compost ménager, compost potager…) : il est donc recommandé de se rapprocher de sa commune pour savoir ce qui peut y être mis.
Les Avantages Écologiques du Tri des Biodéchets à la Source
Le tri à la source des biodéchets offre des bénéfices environnementaux considérables :
- Diminution de l'empreinte carbone : Plus de 80% des biodéchets sont constitués d'eau. Les détruire consomme de l'énergie de manière inutile. Le méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement global est 25 fois supérieur au CO2, est produit lorsqu'il est enfoui. Les trier afin de les valoriser ne présente que des avantages. Plus de 800 000 tonnes de gaz à effet de serre sont évitées en triant les biodéchets.
- Production d'énergies renouvelables : La mobilisation des biodéchets permet la création de biogaz, une source d'énergie renouvelable essentielle à la décarbonation. Le biogaz peut être utilisé de plusieurs manières : comme carburant pour produire de l'électricité et de la chaleur ; purifié et utilisé comme carburant ; ou injecté dans le réseau de gaz naturel.
- Substitution des engrais de synthèse : Il est très avantageux pour l'environnement de remplacer les engrais de synthèse par des engrais organiques provenant de biodéchets tels que le compost. Il est possible de régénérer les sols en utilisant des approvisionnements renouvelables et accessibles sur le territoire.

Les Solutions des Collectivités pour le Tri des Biodéchets
En 2024, il n'y aura pas d'obligation de compostage pour les particuliers, mais les collectivités territoriales seront tenues de mettre en place le tri à la source et la valorisation des biodéchets. Les solutions possibles, selon le gouvernement, incluent :
- Une gestion de proximité : en mettant à disposition des habitants des composteurs de quartiers ou à pied d’immeuble (composteur collectif d’immeuble ou composteur collectif municipal).
- Une gestion séparée : en prévoyant un bac supplémentaire au couvercle le plus souvent marron, ramassé séparément par des camions bennes dédiés, comme les autres poubelles de tri.
- Distribution de composteurs individuels : Les collectivités peuvent en outre financer la distribution de composteurs individuels, souvent dans les zones résidentielles ou rurales.
Les conséquences concrètes pour les particuliers dépendent du choix opéré par la collectivité publique. Lorsque celle-ci opte pour une gestion de proximité, les ménages assurent le traitement de leurs biodéchets eux-mêmes en les rassemblant dans des composteurs. En revanche, en cas de collecte séparée, les habitants doivent sortir leurs « bio-seaux » qui seront soit récupérés en porte-à-porte au même titre que les autres poubelles, soit apportés à un point d’apport volontaire. Pour le composteur collectif d’immeuble, une réunion des membres de la copropriété est fortement recommandée afin de récolter les avis des propriétaires et des locataires avant de passer au vote lors de l’Assemblée Générale. Pour le composteur municipal, une recherche sur le site Internet de la commune permettra de localiser le composteur le plus proche.
Le Rôle du Référent-Composteur et l'Importance de la Formation
Lorsqu’un composteur est installé dans une résidence, il faudra qu’un des habitants soit désigné “référent-composteur”. Il sera principalement chargé de gérer le compost et de répondre aux questions et aux problématiques autour de celui-ci. Pour lui, comme pour les autres membres de la copropriété, il peut être utile de suivre une formation pour bien comprendre ce qu’il faut faire et ne pas faire en matière de compostage. De nombreuses villes organisent des formations pour accompagner les citoyens dans cette démarche. Des associations de locataires ou de consommateurs peuvent également apporter un soutien précieux. Il est aussi possible de s'adresser à la mairie ou au bailleur pour une autorisation d’occupation de site nécessaire à l’installation des composteurs.
Initiatives Locales Exemplaires
Des entreprises et associations se mobilisent pour faciliter le compostage collectif. Les Alchimistes Hauts-de-France, fondée en 2020, se sont donné pour mission de collecter, métamorphoser et redistribuer les biodéchets sans sortir de la métropole lilloise. Chaque année, pas moins de 150 tonnes de ce compost enrichi sont distribuées localement, principalement aux maraîchers en agriculture biologique, aux projets d'agriculture urbaine et aux particuliers. Ces initiatives démontrent la faisabilité et les bénéfices concrets du compostage à l'échelle locale.
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