Les toilettes sèches, solutions sanitaires respectueuses de l'environnement, se sont imposées comme une alternative écologique et économique aux toilettes traditionnelles. Contrairement aux toilettes standards reliées au tout-à-l'égout, elles ne nécessitent pas d'eau pour fonctionner, permettant ainsi de réduire significativement la consommation d'eau (jusqu'à 15 000 litres par an et par personne) et les factures associées. Leur fonctionnement repose sur la séparation ou le mélange des déjections humaines avec une litière, pour ensuite les composter. Cette pratique, également appelée "compostage humain", vise à transformer les excréments en un humus riche en nutriments, offrant une manière passionnante de récupérer des ressources précieuses et de réduire l'impact environnemental.

Principes de Fonctionnement et Avantages
Le principe des toilettes sèches est simple. Après chaque utilisation, une première couche de sciure ou de copeaux de bois (litière) est déposée au fond du seau, puis renouvelée. Ce processus permet l'absorption des liquides et la neutralisation efficace des odeurs, dissipant l'idée fausse d'un "petit coin" peu accueillant. L'absence de chasse d'eau rend les toilettes sèches moins bruyantes et élimine les risques de fuites. Un papier toilette écologique, non blanchi, sans motifs ni parfums, est recommandé pour compléter la panoplie, évitant ainsi l'introduction de substances indésirables dans le compost.
Les toilettes sèches peuvent être conçues sous différentes formes, souvent réalisées en bois pour le siège (caisson) et complétées par un seau, placé sous ce dernier. Le seau, de préférence en inox embouti pour une étanchéité parfaite, est vidé en moyenne une fois par semaine et par personne dans un composteur prévu à cet effet. Pour faciliter la désintégration des composants, il est conseillé de créer un creux avant le dépôt du contenu du seau dans le composteur, puis de mélanger et d'arroser le tout. Ce type de toilettes est particulièrement adapté aux Tiny Houses ou aux lodges en autonomie.
L'utilisation de la sciure de pin est recommandée pour sa bonne odeur. Les copeaux et la sciure peuvent être obtenus directement auprès d'une scierie. L'entretien des toilettes sèches repose principalement sur le nettoyage du seau, pour lequel un mélange de 3/4 d'eau et 1/4 de vinaigre blanc est très efficace comme nettoyant naturel et désodorisant. L'utilisation de sacs compostables peut simplifier la vidange du seau.
Les avantages du compostage des matières fécales humaines dans les toilettes sèches à séparation sont multiples. Le compost fécal est une source naturelle d'éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes, remplaçant ainsi les engrais synthétiques. En compostant les excréments humains, nous réduisons les déchets et préservons les ressources naturelles. Au lieu de devoir traiter les eaux usées ou de les mettre en décharge, les déchets sont transformés en compost riche en nutriments, qui peut être utilisé pour améliorer le sol. Les matières fécales contiennent des nutriments précieux tels que l'azote, le phosphore et le potassium. De plus, le compostage des matières fécales contribue à la conservation de l'eau en réduisant la consommation d'eau pour les chasses d'eau.
Cadre Réglementaire et Pratiques de Compostage
L'installation, l'usage, l'élimination et le compostage des déchets des toilettes sèches sont acceptés sans trop de difficultés, à condition de n'entraîner aucune nuisance pour le voisinage. Bien qu'aucune déclaration préalable ne soit nécessaire, il est recommandé de demander conseil auprès du SPANC (Service Public d’Assainissement Non Collectif), qui peut orienter et conseiller sur l'installation, voire contrôler son bon fonctionnement. Le compostage des déchets doit être réalisé dans des conditions spécifiques pour éviter la contamination des sols, des eaux souterraines et la propagation de maladies.
L'arrêté du 7 septembre 2009, modifié par l'arrêté du 7 mars 2012, fixe les prescriptions techniques applicables. Il autorise les toilettes dites sèches (sans apport d’eau de dilution ou de transport) à la condition qu’elles ne génèrent aucune nuisance pour le voisinage ni rejet liquide en dehors de la parcelle, ni pollution des eaux superficielles ou souterraines. Les toilettes sèches sont composées d’une cuve étanche recevant les fèces ou les urines. La cuve est régulièrement vidée sur une aire étanche, conçue pour éviter tout écoulement et à l’abri des intempéries. Si les fèces sont traitées par séchage, les urines doivent rejoindre le dispositif de traitement prévu pour les eaux ménagères, conforme aux dispositions des articles 6 et 7 de l'arrêté. L'immeuble doit être équipé d'une installation conforme pour traiter les eaux ménagères, dont le dimensionnement est adapté au flux estimé. Aucun permis de construire n'est nécessaire, sauf si l'installation dépasse 12 mètres de hauteur et 5 m² de superficie.
La loi fédérale sur les jardins familiaux permet le compostage des excréments, à condition qu'il n'y ait pas de danger pour l'environnement. Il est crucial que les excréments restent dans leur conteneur et ne soient pas évacués par l'eau de pluie, et qu'aucune odeur ne trouble la tranquillité du voisinage.
Le Processus de Compostage des Excréments Humains
Le processus de compostage des matières fécales humaines est complexe et nécessite des conditions adéquates. La collecte et la préparation correctes des matières fécales sont essentielles. Dans les toilettes sèches à séparation, les matières solides et l'urine sont déjà collectées séparément, ce qui facilite et accélère le compostage. L'utilisation de litière assure une bonne aération dès la collecte des excréments. Pour accélérer le processus, de la terre mélangée à des cendres peut être ajoutée à la litière.

Le compostage commence par la mise en tas du contenu du conteneur. Lors du vidage, il est important que les excréments soient aussi secs que possible et bien mélangés. Un empilement en pente favorise l'aération et le processus de décomposition. Après un an, il est conseillé de retourner le tas pour permettre aux micro-organismes et aux organismes du sol de décomposer les déchets. Une méthode de rotation est recommandée pour des résultats optimaux : commencer à vider les solides frais à un nouvel endroit chaque année, créant ainsi un nouveau tas et laissant le processus de décomposition se dérouler tranquillement.
Après une période d'environ deux à trois ans, une courte période de pourrissement a lieu, transformant un tas de compost en une masse hygiéniquement inoffensive, appelée "masse d'humus brut". Cependant, elle n'est pas encore sous une forme optimale pour être incorporée directement dans le sol. Pour obtenir des résultats optimaux, les jardiniers expérimentés recommandent une période de pourrissement de trois à quatre ans. L'utilisation de compost longuement mûri permet au sol d'étendre sa fertilité à des couches plus profondes. Au fil du temps, la masse des différents tas de compost diminue. Cette substance précieuse peut alors être utilisée en petites quantités pour améliorer le sol à long terme. Pour stimuler efficacement le processus de compostage, l'ajout d'humus ou de compost starter est recommandé, introduisant ainsi une variété de micro-organismes et d'organismes du sol qui accélèrent la décomposition.
Gérer les Agents Pathogènes et les Parasites
Les matières fécales humaines peuvent contenir des parasites et des organismes pathogènes. Pour les éliminer, la variante du compostage à long terme est particulièrement adaptée. Les habitants indésirables des matières fécales sont décomposés soit dans les premiers stades, en particulier lors de la décomposition à chaud, soit au cours de la longue période de compostage. Il est donc conseillé de respecter les phases de pourrissement recommandées de trois à quatre ans. Une attention particulière doit être portée à l'ingestion de médicaments, car s'ils sont éliminés avec les fèces, ils se retrouveront également dans le tas de compost.
Il est impératif de porter des gants lors des manipulations et de se savonner les mains à la fin de chaque intervention. Des outils dédiés uniquement au compost de toilettes sèches doivent être utilisés pour éviter toute contamination croisée.
Comprendre les Controverses sur l'Aire Étanchéifiée
La "nécessité" de réaliser le compost domestique de toilettes sèches sur une aire étanche repose souvent sur une mauvaise lecture et interprétation des textes réglementaires. Contrairement aux grosses unités de compostage collectives, il est souvent aberrant et même néfaste de composter sur une aire étanche pour un petit compost domestique, car c'est précisément cela qui produirait les "lixiviats" (rejet liquide noir infâme) que l'on cherche à éviter.
La première règle d'or est que le compostage doit se faire en contact direct et intime avec la terre. Le processus biologique d’une très grande complexité a lieu grâce à la faune microscopique et macroscopique qui vit naturellement dans le sol. Le cycle de vie de ces organismes comporte des passages dans le sol et aussi dans le compost qui se trouve au-dessus, créant un échange continuel entre les deux. Il est donc déconseillé d'utiliser des bacs en plastique de compostage. De plus, le compost ne doit jamais être couvert d'une feuille de plastique et ne doit pas être réalisé dans un trou, car ces techniques privent le compost de la faune aérobie du sol et de l'air. L'expression « à l’abri des intempéries » ne signifie pas non plus « toit étanche ».
Ce point est crucial : alors que le cycle traditionnel du WC à eau et de l’assainissement collectif ne traite absolument pas les résidus médicamenteux, qui finissent par être rejetés en rivière, perturbant gravement le milieu aquatique et le cycle de l'eau potable, le traitement par compostage terrestre des déjections des toilettes sèches résout de manière considérable ce problème majeur. Même si l'on imagine que le compostage des matières de toilettes sèches à litière ne traiterait que 50% du problème, ce serait déjà 50% de mieux et de gagné sur les solutions traditionnelles actuelles, totalement inefficaces.
Optimiser le Compostage Domestique
L'espace nécessaire pour le compostage représente environ 3 mètres par 1 mètre, soit 3 m² pour une famille de quatre personnes. À la fin de la première année, il est conseillé de disposer un deuxième composteur de 1000 litres pour entreposer les matières ayant séjourné dans le premier tas de remplissage. Après une première année de repos, le compost est déjà bien décomposé, le tas ayant réduit au moins de moitié. Le processus touche à sa fin, les vers finissant de digérer les micro-particules et de minéraliser l’ensemble du compost en l’aérant. Le composteur de 1000 litres intermédiaire ainsi vidé pourra ensuite être rempli avec les résidus entreposés dans le composteur de remplissage, laissant ce dernier vide pour être rempli à nouveau.
Compost et toilette sèche
L'air et l'eau sont indispensables à la vie du compost. Des outils simples comme le Brass'compost existent pour aérer le compost sans effort. À chaque mise à nu d'un tas, il est conseillé de le tapisser avec 15-20 cm de paille sur le sol avant de le remplir. Les tas au repos peuvent également être couverts d'une bonne couche de paille. Il est important de protéger le tas de compost de la pluie par un couvercle. Le composteur doit fournir une bonne aération à son contenu. Si un composteur du commerce en plastique est choisi, il est important de vérifier qu'il offre une aération suffisante, car ils en manquent souvent cruellement. Des marques comme Lécopot proposent des composteurs spécialement étudiés et adaptés aux toilettes sèches, et depuis 2024, Lécopot propose des composteurs et lames pour composteur en kit sous la marque Compost Nature.
Expérimentation et Accompagnement
Le Réseau d'Assainissement Écologique (RAE) propose une expérimentation sur 30 projets avec deux niveaux de suivi in situ : une expérimentation classique (26 unités) avec collecte de données d'observations par l'usager, et une expérimentation approfondie (4 unités) avec plaques poreuses pour analyse physico-chimique des eaux ménagères traitées (paramètres de la matrice eau du sol). Un comité de sélection propose le type de suivi au porteur de projet sélectionné. Les projets doivent respecter les règles techniques et avoir un dimensionnement de moins de 20 équivalents-habitants.
Le dossier de candidature comprend un dossier de conception permettant de vérifier l’adaptation du projet au type d’usage, aux contraintes sanitaires et environnementales, aux exigences et à la sensibilité du milieu, aux caractéristiques du terrain et à l’immeuble desservi. Il inclut également un engagement à transmettre annuellement le « cahier de vie » de l’installation, à autoriser des visites du site par le comité pour vérifier le bon fonctionnement, à autoriser l’installation d’équipements de suivi, et à ne plus se servir de l’installation en cas de suspension ou d’interruption de l’expérimentation, ou si l’expérimentation n’est pas suivie d’une généralisation. Le RAE propose un formulaire de candidature pour faciliter les démarches. Les règles techniques sont disponibles dans la publication de Pierre & Terre sur l’assainissement écologique.
Le comité se réunit plusieurs fois par an pour sélectionner les projets et assurer le suivi de l’expérimentation, réalisant des visites sur site et installant des équipements de suivi si nécessaire.
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