Le Mémorandum de Wye River, signé en octobre 1998, demeure l'un des chapitres les plus complexes et les plus significatifs de l'histoire du conflit israélo-palestinien. Organisé sous l'égide des États-Unis à Wye Plantation, dans le Maryland, ce sommet visait à sortir de l'impasse un processus de paix alors à la dérive, bloqué depuis mars 1997. L'objectif principal était de relancer les accords d'Oslo II en définissant des modalités concrètes pour le transfert de contrôle territorial et le renforcement de la coopération sécuritaire.

Le sommet de Wye Plantation : Contexte et enjeux
Le sommet s'est ouvert le 15 octobre 1998, réunissant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, avec une implication importante du président américain Bill Clinton. Le sommet de Wye River Plantation, qui se déroule du 15 au 23 octobre 1998, a pour objectif de relancer les accords d’Oslo II. Washington propose un retrait supplémentaire israélien de 13 % de la Cisjordanie en échange d'un renforcement des mesures de sécurité de la part de l'Autorité palestinienne.
Les négociations furent ardues. En principe, Benyamin Netanyahu et Yasser Arafat se sont mis d'accord sur une proposition américaine de retrait de 13 % de l'armée israélienne de Cisjordanie. Mais Israël lie désormais ce retrait à l'application de mesures de sécurité dont certaines sont totalement inacceptables par la partie palestinienne. Le 20 octobre, la C.I.A. annonce qu'elle se porte garante des mesures de sécurité que s'engage à appliquer l'Autorité palestinienne. Le même jour, le roi Hussein de Jordanie se joint aux discussions auxquelles le président Bill Clinton prend une part importante.
Les dispositions du Mémorandum
Le 23 octobre 1998, Israéliens et Palestiniens signent un mémorandum qui relance le processus de paix. Le texte prévoit notamment le retrait de l'armée israélienne de 13 % du territoire de la Cisjordanie - 1 % doit passer sous le contrôle total de l'Autorité palestinienne et 12 % sous son administration civile. Le renforcement par l'Autorité palestinienne de la lutte « contre les organisations terroristes et leur infrastructure », sous contrôle de la C.I.A., est également acté.
L'accord prévoit aussi l'achèvement de la révision de la charte de l'O.L.P. dont les articles litigieux ont été supprimés en avril 1996 mais pas remplacés, ainsi que l'ouverture d'un aéroport à Gaza et la reprise des discussions sur l'ouverture d'un port à Gaza et d'un « corridor » entre ce territoire et ceux de Cisjordanie. Enfin, il stipule l'engagement immédiat de négociations sur le statut définitif de Jérusalem et des territoires palestiniens.
ISRAEL: PRESIDENT CLINTON TO DISCUSS WYE PEACE AGREEMENT
Les conséquences politiques et l'application partielle
L'accord a été malmené dès le début par Israël, qui n’a appliqué que la première des trois phases du retrait - évacuant 2 % de la Cisjordanie - alors que, selon le calendrier annexé à l’accord, l’ensemble aurait dû être achevé dans un délai de 12 semaines, soit en janvier 1999. L’accord a contribué à la chute du Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu, en incitant ses alliés d’extrême droite à faire défection. M. Netanyahu a été contraint de convoquer des élections anticipées, qu’il a perdues en mai 1999.
Parmi les autres points de friction, l'accord stipulait aussi un certain nombre de dispositions à caractère économique ou visant à donner aux Palestiniens la possibilité de se déplacer entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ces dispositions, dans leur grande majorité, n’ont pas été appliquées. Israël a libéré seulement 250 prisonniers, dont 100 étaient des détenus politiques, alors que l'accord en prévoyait 750.
La transition vers le gouvernement Barak
À l'été 1999, les Palestiniens espéraient que le successeur de Netanyahu, le travailliste Ehud Barak, qui affirme être favorable au processus de paix, applique sans tarder les retraits stipulés par l’accord. Mais M. Barak cherche à reporter une nouvelle fois la mise en œuvre des retraits, estimant qu’Israéliens et Palestiniens devraient plutôt s’atteler sans tarder à négocier un règlement de paix définitif.
En juillet 1999, le nouveau Premier ministre israélien Ehud Barak négocie avec Yasser Arafat l’accord de Charm el-Cheikh, version révisée de Wye Plantation, qui est signé le 5 septembre. Il prévoit pour l’essentiel un retrait de 11 % de Cisjordanie en trois étapes et la négociation d’accords sur le statut final et permanent portant notamment sur la question de Jérusalem, des colonies, sur le droit au retour des réfugiés palestiniens et sur l’État palestinien.

La dynamique du contrôle territorial
L'extension des zones contrôlées, totalement ou partiellement, par les Palestiniens, devait passer de 27 % de la superficie de la Cisjordanie (hors Jérusalem-Est) à 40 %. Après application de la première étape de l’accord, les Palestiniens contrôlent 29 % de la Cisjordanie. Dans ce total, la part sous contrôle exclusif palestinien passe de 3 % à 18,2 % de la Cisjordanie. Après application de la première étape de l’accord, les Palestiniens contrôlent exclusivement 10 % de la Cisjordanie.
Le blocage persistant de ces transferts, couplé à l'absence de gel de la colonisation, a miné la confiance. En effet, rien n’est prévu dans Wye sur le sujet des colonies en Cisjordanie. Au fil des décennies, d'autres tentatives de paix ont vu le jour, notamment à Camp David en 2000, à Taba en 2001, et via la « feuille de route » du Quartet en 2003, mais la question des implantations est restée centrale.
La persistance des enjeux de sécurité et de souveraineté
Les engagements renouvelés de la partie palestinienne à empêcher les actes de terrorisme, des crimes et des violences dirigés contre la partie israélienne, ainsi que les actes d’incitation à la violence, et à coopérer avec Israël dans la lutte antiterroriste, ont été une pierre angulaire du mémorandum. L'OLP s'est conformée à l'annulation des clauses anti-israéliennes de sa charte nationale en décembre 1998, lors de la visite du président américain Bill Clinton à Gaza.
Cependant, la création d’une commission mixte israélo-palestinienne chargée de négocier l’étendue d’un retrait ultérieur en Cisjordanie ne s’est jamais réunie. Les pourparlers sur le statut final, prévus pour aboutir avant le 4 mai 1999, n’ont jamais commencé. Cette incapacité à transformer les promesses de Wye en une réalité durable sur le terrain a marqué durablement la perception des accords de paix dans la région, illustrant la difficulté de concilier des impératifs de sécurité immédiats avec des objectifs politiques à long terme.
tags: #conference #de #wye #plantation