Le bonsaï est l’art vert par excellence, qui met la nature à portée de main. De plus en plus prisé par les jeunes, il bénéficie aujourd’hui d’un retour en faveur et trouve aussi son public à l’étranger. Depuis quelques années, les bonsaï sont de plus en plus présents dans notre environnement. Dans les restaurants, les boutiques et les magasins d’ameublement fréquentés par les jeunes, les mini bonsaï, qui tiennent dans la paume de la main, font partie intégrante de la décoration. Sur le coin d’un bureau, ils sont sans aucun doute une source de relaxation pour de nombreux travailleurs aux yeux fatigués par l’écran de leur ordinateur. Autrefois considérée comme un passe-temps de retraité, la culture des bonsaï compte aujourd’hui de plus en plus d’adeptes, sur un mode plus léger.

Les fondements esthétiques : L’art d’apprécier les bonsaï
Pour profiter pleinement des bonsaï, mieux vaut avoir en tête quelques notions de base. Tout d’abord, le bonsaï est une œuvre d’art intégrant à la fois le contenant - bon, le pot - et le contenu - saï, la plante. Il convient de ne pas regarder seulement l’arbre, mais de s’attacher à l’harmonie entre la plante et le pot. Cet accord, qu’on désigne sous le terme de hachi-utsuri, est un élément-clé de l’évaluation de la beauté du bonsaï. C’est là une différence de taille avec le jardinage classique. La couleur du pot doit aussi mettre le bonsaï en valeur, par exemple avec du bleu pour un arbre aux fruits rouges.
Deuxième point : un bonsaï a un côté « face ». Il s’agit de l’angle qui le met le mieux en valeur. Normalement, une plante peut être admirée sous n’importe quel angle, de devant ou de derrière, d’en haut ou d’en bas, d’un côté ou de l’autre ; mais le bonsaï, lui, est cultivé pour être admiré de face. La disposition des racines, les motifs du tronc, la position des branches et la silhouette de l’arbre, entre autres, sont les éléments qui permettent de déterminer quel est le côté « face ». Cet angle n’a d’ailleurs rien d’immuable, il peut varier en fonction de l’évolution de l’arbre. Un bonsaï est un paysage, créé avec des ciseaux et du fil de fer en lieu et place des pinceaux : il est à contempler de face.
Troisièmement, le bonsaï s’admire en intérieur. Il orne le tokonoma, l’alcôve décorative d’une pièce, ou trône sur un socle posé directement sur les tatamis. Aujourd’hui, il agrémente de plus en plus souvent le salon, la cuisine ou un bureau. Au Japon, on se déchausse avant d’entrer dans une pièce. Dans le même esprit, le pied du bonsaï est recouvert de mousse afin de dissimuler la terre, pour plus de propreté. Cependant, à la différence des plantes d’ornement, le bonsaï demande à être mis au soleil et arrosé plusieurs fois par jour, ce qui ne permet pas de le garder continuellement à l’intérieur.

La philosophie derrière la miniaturisation
« Le véritable plaisir dans la culture du bonsaï, c’est de créer un paysage naturel à travers le bonsaï », explique Yamamoto Junsan, auteur de nombreux livres sur cet art. « Face à un magnifique bonsaï, on se perd dans la contemplation de l’arbre. On y retrouve le passage des saisons, le bruissement du vent, l’inspiration qui monte de la Terre nourricière, et le spectacle de la beauté de la nature dont l’expérience est gravée en nous se dresse sous nos yeux. »
A propos de l’essence du bonsaï, méditons cette citation tirée de Smaller is better-miniaturisation et productivité japonaises, un essai majeur sur la culture japonaise : « Nous ne nous abîmons pas dans la contemplation d’un arbre miniature, nous convoquons mentalement la mer et la brise marine qui ont sculpté cette forme ». Dans le même ouvrage, on trouve le passage suivant sur l’essence du haïku : « La spécificité du haïku ne réside pas seulement dans sa qualité de poésie courte. La volonté de concentrer, de réduire le monde, si vaste et confus, en créant pour ainsi dire un minuscule géant, c’est là l’esthétique unique du haïku. » Bien entendu, cette esthétique se retrouve aussi dans l’art du bonsaï.
Grégory Drouin, l’art du bonsaï reconnu jusqu’au Japon
Au-delà du malentendu : L’amour de l’arbre
Il est juste de dire que le bonsaï est un art vert construit sur la base d’une esthétique originale, mais lorsque cette esthétique est incomprise, elle devient source de malentendus. Prenons pour exemple le point de vue selon lequel le bonsaï est un produit de l’égo de l’homme. Même dans Smaller is better-miniaturisation et productivité japonaises, on relève la phrase suivante : « Le bonsaï est une maltraitance, c’est la Nature aux pieds bandés. » Mais est-ce vraiment le cas ?
Yamamoto Junsan reconnaît « comprendre en partie ce point de vue, mais… Pour les amoureux de bonsaï, c’est assurément une remarque totalement hors de propos. Parce qu’ils aiment éperdument les arbres auxquels ils prodiguent leurs soins. » « C’est un peu comme entraîner un sportif de talent », ajoute-t-il. « Quand on fait pousser des bonsaï à partir des graines, sur mille jeunes pousses, seules une ou deux donneront un bonsaï vraiment magnifique. Lorsque vous découvrez un arbre doté des qualités nécessaires, vous vous y consacrez corps et âme afin d’en faire le bonsaï idéal. Les ciseaux et le fil de fer sont les outils qui permettent, sans saper la force vitale de l’arbre, de s’approcher de cette forme rêvée. On ne consacre pas toute cette énergie à un arbre dénué de talent. »
Une portée internationale
A l’étranger aussi, les bonsaï trouvent un public de plus en plus large. En 2011, les exportations de bonsaï et d’arbres d’ornement atteignaient 6,7 milliards de yens, un record. Elles ont décuplé en dix ans et visent principalement la Chine, l’Italie, les Pays-Bas, le Vietnam et les Etats-Unis. En Asie, le bonsaï est le symbole d’un certain statut social, tandis que dans les pays occidentaux, il est plutôt considéré comme un élément de décoration intérieure. L’Italie en particulier se passionne pour les bonsaï, et il existe même des écoles, des musées et des magazines spécialisés.
Les bonsaïs, ces petits arbres miniatures qu’on croirait sculptés à la main, sont les partenaires idéaux de tous les décors zen ou d’inspiration asiatique. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le bonsaï n’est pas une essence en soi, mais bien un arbre qu’on cultive dans un très petit pot et dont on taille les branches et les racines à l’extrême pour qu’il reste tout petit et qu’il ait cet air tortueux. Bien que cela nécessite certaines connaissances et un bon niveau de soins, la culture des bonsaïs s’adresse à tous les types de jardiniers, des débutants aux plus expérimentés.

Précautions de culture : Intérieur ou extérieur
À l’origine, les bonsaïs étaient cultivés pour un usage en extérieur. Ce n’est que plus tard que des versions d’intérieur issues de plantes tropicales se sont développées pour s’adapter à l’environnement de nos maisons. Lorsque vous faites votre choix, informez-vous bien : les bonsaïs d’extérieur peuvent vivre un moment dans la maison, mais comme tout arbre, ils ont besoin de soleil et d’une pause hivernale à des températures près du point de congélation. Si vous les laissez toujours à l’intérieur, ils vont dépérir et mourir avec le temps. Même les bonsaïs d’intérieur devraient idéalement passer l’été dehors. Si ce n’est pas possible, assurez-vous de les installer devant une fenêtre très ensoleillée et de les déplacer dans un endroit plus frais en hiver pour leur donner le moment de repos dont ils ont besoin.
Maîtriser l’arrosage et l’entretien
L’élément clé de votre succès avec les bonsaïs est sans aucun doute l’arrosage. Comme ces arbres sont cultivés dans de très petits contenants et dans un minimum de terreau, il faut bien surveiller l’arrosage. Laissez sécher le terreau en surface entre les arrosages, mais pas trop. Il faut vérifier souvent, surtout en été lorsque la plante est en croissance. Vous pouvez vaporiser le feuillage pour augmenter l’humidité. L’éclairage est aussi un facteur déterminant de la qualité de votre bonsaï. Ces plantes ont besoin de beaucoup de lumière pour prospérer, encore plus si vous choisissez une espèce qui fleurit. Si vous le pouvez, tournez le pot de votre plante d’un quart de tour chaque semaine pour que tous les côtés reçoivent leur juste part de soleil.
Il faut aussi tailler votre bonsaï pour qu’il conserve sa forme. Il faut le tailler régulièrement et ne pas avoir peur : tailler les pousses et les branches qui dépassent. Vous pouvez le faire pendant toute la saison de croissance. Pour avoir des bonsaïs beaux et en bonne santé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, il faut être prêt à y investir un peu de temps. Il existe plusieurs groupes d’amateurs de bonsaïs comme le Groupe Bonsaï Québec et la Société de bonsaï et de penjing de Montréal qui offrent des cours et des formations sur l’art du bonsaï pour débuter la culture des bonsaïs ou parfaire vos connaissances en la matière.
Focus sur le Ficus : L'adaptabilité exemplaire
Le genre Ficus comprend de nombreuses espèces à petites feuilles persistantes et dont la croissance est régulière tout au long de l’année. Ces deux caractéristiques associées à une grande adaptabilité de ce type de plantes à des conditions de culture diverses font que les ficus sont traditionnellement employés dans l’art du bonsaï. Plante d’intérieur sous nos climats, le ficus et ses diverses espèces forment des arbres dans leur milieu naturel. Leur développement est beaucoup moins conséquent en pot, car ils poussent plus lentement dans ces conditions. Cultivés en bonsaï dans très peu de terre, ils produisent un feuillage touffu, mais des feuilles plus petites.
Parmi les espèces prisées, on trouve :
- Bonsaï Ficus microcarpa ginseng : Nombreuses racines aériennes d’aspect noueux et renflées, originales. Feuilles coriaces et épaisses.
- Bonsaï Ficus retusa : Petites feuilles coriaces, tronc noueux permettant de créer des formes en plateau.
- Bonsaï Ficus benjamina : Très adaptable et résistant. Feuilles assez fines. Peut se conduire en arbre pleureur miniature.
Lors du rempotage du ficus, coupez le fil d’ancrage sous le pot puis retirez avec précaution la motte du pot avec un crochet à racines. Enlevez l’ancien terreau à l’aide d’une baguette, sur les côtés puis dessous. Taillez les racines trop longues sans supprimer plus de 1/3 du système racinaire. Positionnez le ficus dans le pot et maintenez-le avec le fil d’ancrage. Ajoutez du terreau en le faisant glisser autour des racines à l’aide d’une baguette pour combler toutes les poches d’air. Montez le niveau de terreau jusqu’au collet puis arrosez.

Une perspective historique : De la dynastie Han à nos jours
L’art du bonsaï trouve son origine il y a plus de 2000 ans. L’histoire du bonsaï est riche, et remonte à l’ère de la dynastie Han (-206 à 220 après J-C). Le mot bonsaï vient de l’art chinois du « Penjing » ou « Punsai ». Cela consistait à mettre en pot des graines d’arbres sauvages trouvées dans la nature. C’est durant la période de Kamakura (1185-1333) que cet art vit le jour au Japon. Le bonsaï combine à la fois les techniques horticoles et l’esthétisme propre à l’Asie de l’est. Il a été introduit partout dans le monde par le biais d’échanges commerciaux grâce aux voies maritimes.
En Europe, la première apparition des bonsaïs eut lieu lors de la troisième Exposition universelle de Paris en 1878 suivie d’une exposition plus privée dans le cœur de Londres peu de temps après. C’est John Yoshio Naka qui a principalement répandu la taille et la codification actuelle. Il reste une référence dans l’art du bonsaï. C’est à partir de cet instant que la structure codifiée du bonsaï telle que nous la connaissons naquit.
L'entretien technique : Tailles et rempotages
La taille des bonsaïs s’exécute 1 à 2 fois par an seulement, le plus souvent en février ou en mars. Avec des ciseaux fins, taillez les branches longues en laissant 2 à 3 feuilles sur chaque rameau. Il est important de couper en biais juste au-dessus d’un bourgeon afin de ne pas stopper la croissance des branches. Il ne faut jamais couper une jeune pousse.
Le rempotage se fait entre 1 à 4 ans en conservant ou non le même substrat. Un bonsaï a besoin d’être rempoté lorsque les racines vont occuper la totalité de l’espace imposé par la céramique. Si vous sortez l’arbre du pot et que les racines sont enroulées autour du pain racinaire, c’est le moment de rempoter votre plant. Munissez-vous de tous les outils indispensables au rempotage ainsi que la nouvelle terre, le terreau et le nouveau pot. Dans un premier temps, enlevez le plant de la céramique et commencez à enlever la vieille terre des racines à l’aide d’un kumade (petit râteau) ou d’une fourchette. Taillez environ un tiers des racines à l’aide d’une paire de ciseaux ou d’une pince adéquate pour les racines plus imposantes.
Fertilisation et gestion des besoins
Étant cultivés dans de petits pots, les bonsaï épuisent rapidement les nutriments présents dans leur substrat. Apportez de l’engrais à votre arbre du printemps jusqu’à l’automne, en espaçant les applications d’environ deux mois. Dans notre pépinière, nous utilisons un engrais pour tomates et fleurs (NPK 12-12-17), particulièrement adapté aux besoins des bonsaï. Attention toutefois : ne mettez jamais d’engrais juste après un rempotage ! Les racines fraîchement taillées sont encore en phase de cicatrisation et risquent de brûler au contact de l’engrais.
Le bonsaï est bien plus qu'un simple arbre en pot : il incarne un art ancestral, une harmonie entre la nature et l'intervention humaine. Le mot "bonsaï" vient du japonais et signifie "planté dans un pot". En résumé, la définition du Bonsaï s'explique : "Bon" : un plat ou un bol mince et "Sai" : un arbre cultivé qui est planté et figé dans le sol. Le mot "bonsaï" a donc pour définition "un arbre qui est planté dans un récipient peu profond". Cette pratique allie technique horticole et esthétique asiatique pour créer une réplique miniaturisée d’un arbre naturel. Cultiver un bonsaï n’est pas une simple plantation : il s’agit d’un travail patient et minutieux sur plusieurs années. L’objectif est de donner à l’arbre une apparence vénérable tout en dissimulant les traces d’intervention humaine. Créer un bonsaï, c'est l'application de techniques de culture et de taille pendant des années, qui petit à petit vont donner une apparence d'arbre vénérable.