L'ascension du Col de Romme : Un défi alpin au départ de Cluses

Le cyclisme de montagne ne se résume pas seulement à la conquête des sommets les plus célèbres du Tour de France ; il s'agit souvent de découvrir des ascensions exigeantes, parfois méconnues, qui testent les limites physiques et mentales des pratiquants. Le Col de Romme, situé en Haute-Savoie, est l'une de ces ascensions emblématiques. Cette montée, que presque personne ne connaissait, est soudain devenue mondialement célèbre grâce au passage du Tour de France en 2009, qui l'a classé "col de 1ère catégorie".

Panorama des sommets du Massif du Faucigny vus depuis la montée de Romme

Géographie et accès au pied de l'ascension

Le Col de Romme se situe dans le département de la Haute-Savoie. Pour les cyclistes souhaitant se mesurer à ses pentes, la ville de Cluses sert de camp de base idéal. La montée est praticable du 01/04 au 30/10, hors période d’enneigement et en fonction des conditions climatiques. Il est vivement conseillé de se renseigner au préalable auprès de l’Office de tourisme sur les conditions du moment.

Pour rejoindre le point de départ, l'accès depuis Cluses se fait via la D4 et la D119. Si vous arrivez par l'autoroute A40, prenez la sortie 18 Scionzier, puis suivez la D304, la D1205 jusqu'au giratoire pour entamer la D4 et le départ de la D119. Pour les pratiquants utilisant le train, la gare la plus proche se trouve à Cluses. À la sortie de Cluses, pour rejoindre le pied du Col de Romme qui se trouve de l’autre côté de l’A40, il faut passer par une voie cyclable car l’accès à la D1205 est interdite aux vélos. Elle mène d’abord au Pont Vieux, puis longe l’Arve sur quelques mètres avant de retomber rapidement sur la D4 à l’entrée de Scionzier.

Caractéristiques techniques de la montée

Le Col de Romme est une ascension exigeante. Pour ce type de montée, nous recommandons un braquet de montagne, plus précisément un système compact. Cela signifie un petit plateau de 34 dents, combiné à une cassette arrière où, selon votre niveau, votre force et votre expérience, vous choisissez une couronne de 30, 32 ou même 34 dents. N'oubliez pas qu'une cadence fluide est toujours plus efficace.

En partant de Cluses, c’est près de 9,4 km à 8,5% de moyenne. Un sacré client d’autant que peu après le départ, la route se dresse brutalement avec 2,2 km à 11% de moyenne. Cette montée présente une déclivité moyenne de 8,7 %, sur 8,3 kilomètres d’ascension. La pente se calme un peu au hameau des Cruz mais il faut grimper 2 lacets sur 1650 m à 8-9%. Puis un replat salvateur durant 1 km à 6% permet de se refaire un peu la cerise. Tandis que l’on traverse le sympathique village de Nancy-sur-Cluses, la pente se redresse implacablement à 10% durant 500 m et offre quasiment la même punition à 9,5-10% sur les 3150 m suivants.

Profil altimétrique simplifié montrant les rampes brutales au départ de Cluses

Le versant du Reposoir

Le village du Reposoir est le point de départ du versant Ouest du Col de Romme. L’ascension, assez courte avec 6,4 km, se fait en deux temps. La première partie, ardue, fait 4,3 km à 8% de moyenne pour atteindre un point culminant à 1318 m, qui n’est pas celui du col puisque la deuxième partie consiste en une descente tranquille de 885 m à 1% suivie d’une plus pentue (225 m à 7,5%) puis une courte remontée de 150 m à 4% pour joindre le Col de Romme à 1297 m.

Considérations sur l'altitude et la topographie

Le Col de Romme a été longtemps un col « officieux ». Ce col, correspondant à un col topographique indiscutable, a été seulement reconnu par la confrérie du Club des Cent Cols (CCC) en 2019. Pour l'avoir gravi et après avoir bien étudié une carte IGN, on le place au centre du village juste à côté de sa chapelle, à 1297 m d’altitude, là où la route bascule de chaque côté des deux versants.

Il est intéressant de noter que le cyclisme de montagne impose souvent de gérer des incertitudes. Lors d'une ascension, la température peut monter rapidement : il n'est pas rare d'affronter des chaleurs avoisinant les 30°C. Dans ces conditions, il est crucial de boire régulièrement et de ne pas hésiter à refaire les niveaux dès qu'une fontaine est visible. La gestion de l'effort est la clé : trouver son rythme dès le début et le garder jusqu'au sommet est tout à fait possible.

route du Col de Romme sur Cluses vue autrement

Préparation et conseils pour le cycliste

Col de Romme est une ascension de première catégorie : longue et difficile. Ne sous-estimez pas cette montée. De nombreux cols célèbres du Tour de France appartiennent à cette catégorie. Préparez-vous à une longue et exigeante ascension. Seuls les cyclistes bien entraînés atteindront le sommet sans difficulté. Assurez-vous d’avoir un vélo de route avec un braquet adapté et un bon entraînement, sinon ce sera une lutte.

À un rythme lent de 7 km/h, il faut environ 01:19:50 pour monter le Col de Romme. À 11 km/h, le temps est de 00:50:48, et à 15 km/h 00:37:15. Pour les cyclistes les plus rapides, 00:29:24 est un temps réalisable. Après à peine 1 kilomètre, on observe une vue plongeante impressionnante sur le torrent en bas et sur la ville de Cluses. Bonne route et soyez prudents. Partagez vos connaissances, car votre expérience compte.

L'enchaînement avec le Col de la Colombière

Pour les cyclistes les plus endurants, le Col de Romme est souvent le prélude à l'ascension du Col de la Colombière. Après avoir basculé vers le Reposoir, l'ascension du Col de la Colombière ne sera pas vraiment très longue - 7,3 km - mais les 635 m de dénivelé positif à 8,5% de moyenne font figure d’épouvantail. Au niveau de St-Bruno, il y a un petit passage où la route semble descendre sur quelques mètres puis remonte sur une centaine de mètres avec un coup de cul assez traître qui peut atteindre 10-11%.

La montée se poursuit avec des lacets bien pentus qui hissent rapidement le cycliste au-dessus du village. En arrivant au panneau annonçant les 3 derniers kilomètres, la force tranquille prend le dessus. L'altitude du Col de la Colombière fait l'objet de légères variations selon les sources : 1607 m pour IGN, 1618 m pour le panneau du col et 1613 m pour le Club des Cents Cols. Quoi qu'il en soit, le sommet offre une récompense inestimable : le calme des sommets, loin de l'agitation des mois de juillet et août, permettant de découvrir l'environnement au naturel.

Cycliste atteignant le sommet du Col de la Colombière sous un ciel clair

Stratégies de montée et gestion de l'effort

La montée du Col de Romme attaque sans ménagement à 11% dès le premier kilomètre. Il est impératif de se mettre dans la roue et de suivre son propre rythme. Comme on dit dans le milieu, ce col-là, dès le départ, « envoie le bois ». Après les 800 premiers mètres de ligne droite avant le premier lacet, on domine très rapidement Cluses à l'ombre agréable de la forêt en plein été.

Une fois dépassé le hameau des Chavannes à l’issue du cinquième lacet, le ciel est plus présent au-dessus de la tête, signe que l’on attaque le final. Les 1200 derniers mètres à seulement 7,5% apparaissent du coup assez roulants. Romme et son col apparaissent alors clairement au bout d’une route rectiligne. Il est conseillé de toujours garder une réserve d'eau et de prévoir une alimentation adaptée, comme des pâtes de fruits, pour maintenir un niveau d'énergie constant tout au long de l'ascension. La récupération après un tel effort est essentielle, car même si la montée est courte, l'intensité des pourcentages sollicite énormément le système cardiovasculaire et musculaire.

L'aspect technique du matériel

L'évolution du matériel cycliste a transformé la manière d'aborder ces cols. Si le triple plateau était autrefois la norme pour affronter des pentes dépassant les 10%, le passage au double plateau couplé à des cassettes de 32 ou 34 dents permet aujourd'hui de conserver une cadence de pédalage efficace. Le choix des roues et des pneus joue également un rôle, bien que sur l'ascension de Romme, la qualité de l'asphalte soit globalement bonne, notamment après les travaux récents de sécurisation et la pose de grillages pour retenir la roche.

La maintenance du vélo avant de se lancer sur les routes de Haute-Savoie est une étape à ne pas négliger. Vérifier l'état de ses patins de freins ou de ses plaquettes de disques est indispensable, car la descente, tout comme la montée, demande une grande vigilance. La route est spectaculaire, elle s’accroche avec l’aide d’un seul virage en épingle à la paroi des Rochers de Huant, ce qui impose une conduite prudente, surtout en cas de présence de gravillons sur la chaussée.

L'impact du Tour de France sur les ascensions locales

Le passage du Tour de France sur le Col de Romme a durablement ancré cette montée dans le paysage du cyclotourisme international. Bien que la montée soit exigeante, elle attire chaque année des passionnés venus tester leur forme sur les pentes empruntées par les professionnels. Cette popularité a permis d'améliorer l'entretien des routes et la signalétique, rendant l'accès plus lisible pour les sportifs amateurs.

Il est fascinant d'observer comment une ascension, autrefois confidentielle, peut devenir une référence. Cela souligne l'importance de la cartographie et du partage d'expérience au sein de la communauté cycliste. Des applications comme Sitytrail, utilisées par de nombreux pratiquants pour planifier leurs sorties, permettent désormais de consulter minutieusement les cartes IGN et d'anticiper les difficultés, comme la présence de travaux ou de routes coupées. Cette préparation numérique, combinée à l'effort physique, définit l'expérience moderne du cyclo-alpinisme.

Vue panoramique sur la vallée de l'Arve depuis les hauteurs de Nancy-sur-Cluses

L'importance de la régularité

La réussite sur le Col de Romme repose sur la capacité du cycliste à gérer la « rampe de lancement » initiale. Beaucoup d'amateurs se laissent surprendre par la violence du début de l'ascension. En restant concentré sur sa respiration et en utilisant le développement adéquat, il devient possible de transformer cette lutte contre la pente en une danse fluide. Le passage au hameau des Cruz marque souvent un point de bascule où le moral est mis à l'épreuve par la répétition des lacets.

Cependant, la récompense vient avec la vue sur les sommets enneigés du Massif du Faucigny qui se dévoilent au fur et à mesure que l'on prend de la hauteur. Chaque lacet est une victoire, et chaque mètre parcouru renforce la satisfaction d'atteindre le sommet. Que l'on soit un grimpeur aguerri ou un cyclo-touriste curieux, le Col de Romme offre une expérience qui combine effort pur et beauté sauvage, propre aux ascensions alpines les plus authentiques.

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