Le maraîchage biologique en Bretagne représente un secteur agricole dynamique et en constante évolution, marqué par une multiplicité d’initiatives locales, d'innovations techniques et de dispositifs d’accompagnement. Ces efforts visent à soutenir les agriculteurs, qu'ils soient jeunes installés, en reconversion, ou déjà établis, face aux défis spécifiques de la production biologique dans un contexte régional riche et diversifié. L'engagement en faveur de pratiques agricoles durables, de la préservation des sols et de la diversification des filières est au cœur de cette effervescence.
Les Couveuses Agricoles : Un Tremplin pour l'Installation en Maraîchage Biologique
Les couveuses agricoles constituent des dispositifs essentiels pour les porteurs de projets souhaitant se lancer dans le maraîchage biologique. Elles offrent un cadre sécurisé pour acquérir les compétences techniques nécessaires et bien dimensionner un projet avant de sauter le pas de l'installation définitive. Ces structures permettent aux reconvertis de cultiver à leur rythme, de commercialiser leurs produits et de commencer à se rémunérer, tout en percevant, si éligibles, une aide de Pôle emploi. L’apprentissage sur le terrain est jugé très important dans ce modèle, où les "couvés" peuvent progresser dans les domaines où ils doivent encore se perfectionner.
Un exemple éloquent de ce système est l'expérience de Paul à la ferme du Pas de Côté, à Saulx-les-Chartreux, dans l'Essonne. Après un début de carrière dans la grande distribution, domaine qu'il n'a pas apprécié, Paul a souhaité "repartir à la base" et voir comment il pouvait produire autrement, ce qui l'a mené au maraîchage. Grâce à la coopérative Les Champs des Possibles, et après des stages et l'obtention d'un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Entreprise Agricole), il est devenu membre de la ferme et a intégré une couveuse agricole depuis juin 2018. Avec son tuteur, Guilain, maraîcher installé depuis cinq ans, Paul prépare des dizaines de paniers de légumes bio deux fois par semaine, commercialisés à des habitants des communes voisines via une AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne). Maëla, elle-même "couvée" il y a deux ans dans cette ferme, se consacre aux céréales et aux 250 poules pondeuses élevées en plein air. La solidarité est de mise au sein de la ferme, où l'entraide est une norme. Paul, à 26 ans, envisage de rester encore un an et demi à la ferme du Pas de Côté, le temps de progresser, de peaufiner son projet professionnel et de se lancer définitivement.
En Bretagne, le projet multi-acteurs «Biopousses» de la Manche est un autre exemple pertinent. Il permet à de jeunes maraîchers de préparer leur installation en conditions réelles, tout en offrant des débouchés auprès des cantines locales, un modèle qui est susceptible de faire des émules. Depuis 2012, 10 personnes sont ou ont été suivies par la couveuse agricole Biopousses, avec 2 d'entre elles qui quittent la structure en décembre pour s'installer.
L'accompagnement ne se limite pas aux couveuses. Des organisations comme la FD CIVAM 35 et Accueil Paysan 35 proposent des sessions de formation telles que « De l’idée au projet », qui s'adresse aux porteurs de projets ayant une idée de création d'activité agricole et/ou d'accueil. Agrobio 35, quant à elle, organise des entretiens en petits groupes sur les bases de la bio, couvrant des thématiques comme l'élevage, le maraîchage et les grandes cultures. En parallèle, des remplacements de personnel, comme celui de Juliette Blanchot par Hélène Roisille et Marie Poisson à la FRCIVAM Bretagne et à la FDCIVAM 35, assurent la continuité de la coordination et de l'animation sur l'installation et la transmission (entretiens PAI, PPP, tests d'activités, formation transmission).
[TEMOIGNAGE] Florent Bonfils - Maraîcher (44)
L'Optimisation des Pratiques : Enseignements des Couverts Végétaux par le GIEE MAXIVEG-BIO
La préservation des sols et la limitation du travail du sol sont des enjeux cruciaux pour l'agriculture biologique. Le GIEE MAXIVEG-BIO de Rés’Agri 56, un groupe d'agriculteurs morbihannais en bio, travaille activement sur ces deux axes, notamment via l'expérimentation de couverts végétaux. Ce groupe est ouvert à tout créateur d’entreprise en lien avec la filière agricole ou agroalimentaire biologique.
Durant l'été 2024, ce GIEE a mis en place une plateforme d'expérimentation comprenant 15 couverts longs, incluant des couverts relais, avec ou sans légumineuses. Les modalités de cette plateforme sont construites à partir des questions et interrogations des agriculteurs du groupe, chaque question donnant naissance à une modalité. Le test a été semé fin août à Pontivy, après une céréale et avant des pommes de terre, avec une destruction prévue en mars de l'année suivante. Les observations et résultats varient dans le temps selon les espèces, et la météo a un impact fort, ce qui explique pourquoi les observations ne sont pas forcément les mêmes d'une année sur l'autre. Par exemple, le trèfle a démarré plus vite au printemps en 2024, tandis que cette année, la pousse a démarré mi-mars.
Les questions initiales du groupe concernaient la part de légumineuses à viser dans un couvert, l'impact sur les adventices, et le choix des espèces pour maintenir un couvert vivant jusqu’en mars-avril. Avant de choisir son couvert, il est essentiel de savoir ce que l'on en attend. Voici quelques enseignements tirés des premiers résultats :
- Trèfles : Pour les couverts destinés à durer jusqu’en avril-mai, le choix de trèfles comme le Micheli ou l'Incarnat peut s'avérer payant. En revanche, si le couvert doit être détruit plus tôt, il est préférable d'opter pour des trèfles à pousse précoce tels qu'Alexandrie ou Squarosum, qui perdurent durant l'hiver. Le broyage mi-novembre a favorisé les trèfles.
- Avoine diploïde : Cette espèce a gelé en fin de cycle. Il est donc recommandé de la compléter par des espèces qui dureront plus longtemps, si un maintien jusqu'en avril est nécessaire.
- Radis et moutarde : Le radis et la moutarde ont pu monter à graine. Là encore, il est préférable de les compléter par d’autres espèces pour un couvert qui dure en hiver. Il est même suggéré de bannir la moutarde, car elle a nécessité une gestion par broyage. Pour les radis, une attention particulière doit être portée aux doses pour les semis précoces, car ils peuvent prendre le dessus sur les autres espèces du couvert. Des différences ont été observées entre 2 ou 4 kg/ha, et il est conseillé de garder les doses « fortes » (> 3 kg/ha) pour des semis plus tardifs.
- Tournesol et fénugrec : Ces espèces ont été peu visibles et peu développées. Il est préférable de les réserver pour des couverts courts ou des semis plus précoces.
- Phacélie : Elle s’en tire bien cette année. En pur, elle tient la route même si elle a versé et a en partie gelé. Elle assure une couverture du sol contre l’érosion jusqu'en mars. Associée à des trèfles, voire à une graminée ou une crucifère (qu’il faudra gérer en cas de montée à graine), c’est un très bon compromis en termes de couverture, de biomasse et de prix. Deux variétés étaient présentes sur la plateforme sans qu’aucune différence de comportement (levée, couverture proches) n'ait été observée.
- Seigle : Le seigle n’a pas très bien démarré après le broyage, contrairement à l’an dernier. Il est donc recommandé de prévoir un broyage plus précoce pour un meilleur relais par le seigle et le trèfle Incarnat. Le broyage a été réalisé le 12 novembre 2024, et le seigle commençait juste à se redresser mi-février.
- Féverole : La féverole semée en août a gelé ou s’est dégradée. Il est préférable de privilégier un semis en novembre si l’on compte sur elle en couvert relais (deuxième semis).
Les notes de couverture, exprimant le pourcentage de sol couvert, ont également fourni des informations précieuses. Mi-octobre, la meilleure couverture a été observée pour les modalités 1 (phacélie), 4 (25 % légumineuses), 6 (mélange sans avoine), 14 (couvert relais seigle féverole) et 15 (couvert diversifié). Mi-février, la couverture était meilleure pour les modalités 2 (100 % légumineuses), 4, 5 et 15 (avec avoine diploïde et trèfles ou féverole), ainsi que 10 et 11 (avec seigle et trèfle Incarnat). Le trèfle de Micheli, pour sa part, s’est développé plus tard, mi-mars.
L’azote disponible pour le couvert est également un facteur de réussite. Quatre modalités ont été semées le même jour en face de la plateforme sur une parcelle après céréale, mais avec des pailles broyées et non exportées, et moins d’arrières-effets organiques. Le développement en termes de couverture et de biomasse était insuffisant sur ces quatre bandes, soulignant l'importance de la gestion de l'azote.

Matériel et Techniques Adaptés aux Petites Fermes Bio Bretonnes
Le maraîchage breton se distingue par la multiplicité de petites fermes, avec 61% des exploitations bretonnes ayant moins de 20 hectares, selon Agreste (2023). Ces structures, souvent portées par de nouveaux installés ou en reconversion vers le bio, font face à des problématiques bien différentes des grandes cultures conventionnelles. L'investissement dans du matériel trop lourd, pensé pour 50 hectares, peut entraîner une perte de réactivité et engorger l'espace de travail. À l’inverse, l’outillage manuel ou mécanique allégé, spécifiquement adapté aux planches de culture, permet de maximiser la productivité tout en respectant la vie du sol. Les outils sont un levier économique majeur pour l’autonomie du maraîcher.
Voici quelques exemples d'outils essentiels et leurs avantages :
- Le vibroculteur à pousser : Véritable standard, simple et résistant, il permet un désherbage rapide sur planche, même après la pluie.
- La grelinette et la campagnole ou biofourche : Indispensables pour l’aération du sol sans le retourner, la campagnole étant un outil 100% manuel mais très ergonomique pour décompacter sans inversion des horizons. L’intérêt de ces outils réside dans leur capacité à préserver la structure des sols, un enjeu clé du maraîchage bio.
- Le rotavator à faible puissance : Un micro-tracteur équipé d’un rotavator de 80 cm est adapté à la gestion de parcelles très fragmentées.
- Plantoirs et transplantoirs 1 à 3 rangs : Parfaits pour repiquer salade, choux, poireau sur planche serrée.
- Filets anti-insectes et tunnels modulaires : Un investissement qui est amorti dès la première année contre des nuisibles comme la mouche de la carotte ou les altises.
- Épinettes et cisailles inox spéciales récolte : Pour tomates, haricots, courges… L’enjeu ici est d'assurer des coupes nettes et d'offrir un confort d’utilisation.
Sur une petite ferme, il n'y a pas de place pour le superflu. Il est donc crucial d'identifier le matériel dont le retour sur investissement est direct et de stocker le matériel dans des racks mobiles ou caisses étiquetées pour un accès rapide. L’irrigation, même en climat tempéré et humide comme celui de la Bretagne, reste cruciale, notamment face à des épisodes de sécheresse plus fréquents observés depuis 2019 (Météo Bretagne). Une gestion fine de l’eau permet d'optimiser chaque mètre cube utilisé.
La tendance actuelle dans le maraîchage breton se tourne vers la mécanisation raisonnée (mini-tracteurs électriques, robots de désherbage de type Naïo), la fabrication artisanale d’outils sur-mesure, et le retour en force de l’entraide de proximité. Enfin, l’accès à de la formation pratique accélère la maîtrise de ces équipements spécifiques. Le succès d’une petite ferme bio en Bretagne passe donc par une sélection exigeante et raisonnée du matériel, une organisation intelligente, et le partage d’expériences au sein du réseau local.

Le Paysage Agricole Breton : Production Légumière, Économie et Emploi
Si la Bretagne est largement reconnue pour l’importance de ses productions animales, elle détient également une place prépondérante dans la production de légumes. La région se positionne comme la troisième région française pour ses surfaces et productions de légumes, et la cinquième pour celles des pommes de terre. En 2023, la superficie développée cultivée en légumes atteignait 44 800 hectares, dont 13 900 hectares en choux, 7 600 hectares en petits pois et 4 900 hectares en haricots verts.
La Bretagne excelle dans la production de certaines cultures, étant la première région productrice de tomates avec 150 milliers de tonnes produites quasi exclusivement sous serres, le plus souvent chauffées, ce qui représente 24 % de la production nationale. C’est également la première région productrice de choux-fleurs (81 % de la production nationale), de choux brocolis (67 %), d’artichauts (71 %), d’échalote (57 %) et d’épinards (36 %).
Une des caractéristiques bretonnes est le regroupement des producteurs de légumes au sein d’organisations de producteurs (OP). La majorité des producteurs de légumes destinés au marché du frais de la côte nord de la Bretagne adhèrent à l’une des trois coopératives principales : la SICA de Saint-Pol-de-Léon, Les Maraîchers de l’Armor et Terres de Saint-Malo, toutes fédérées par l’association Cerafel (AOP). Pour les légumes destinés à l’industrie, les producteurs se regroupent au sein de deux OP : Eureden et Terres de l’Ouest. Par ailleurs, deux autres OP, Savéol et Solarenn, sont spécialisées dans la tomate.
En 2020, la production reposait sur 3 985 exploitations ayant une production significative de légumes ou de pommes de terre. Ensemble, elles couvraient une surface de 55 000 hectares en légumes et pommes de terre, en légère diminution par rapport aux 57 000 hectares de 2010. Cette surface représente 3,4 % de la surface agricole bretonne (dont 2,6 % en légumes), un niveau de couverture plus important qu’en France métropolitaine où ces surfaces représentent 1,7 % des surfaces agricoles. Cette surface se décompose en 29 500 hectares cultivés en rotation avec des grandes cultures (légumes de plein champ), 13 000 hectares dédiés aux pommes de terre, 11 000 hectares cultivés en rotations avec d’autres légumes (maraîchage en extérieur) et 1 500 hectares sous serre ou abri haut (maraîchage en intérieur), dont 900 hectares chauffées. La Bretagne est la seule région où la part des légumes sous serres chauffées est supérieure à celle des serres et abris hauts non chauffés, illustrant la diversité des modes de culture représentés.
La production brute standard (PBS) des légumes et pommes de terre s'élevait à 1 160 millions d’euros, contribuant à 16 % de la PBS de la région et à 58 % de la PBS des cultures végétales.
Toutefois, les surfaces des légumes de plein champ sont en diminution. Les superficies cultivées en choux-fleurs ont baissé de moitié en vingt ans. Celles en artichauts sont passées de 9 800 hectares en 2000, à 7 600 hectares en 2010 et 3 000 hectares en 2023. Entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations avec une production de légumes à dominante plein champ ou pommes de terre a baissé de 35 %, en raison d’une régression tendancielle de la consommation d’artichaut et d’un manque de main-d’œuvre et de reprises d’exploitations. La substitution de cultures céréalières plus lucratives a pu accentuer ce déclin. À l’inverse, les cultures maraîchères se sont développées.
Le poids des exploitations productrices de légumes et pommes de terre dans l’agriculture bretonne s’apprécie davantage par le nombre d’emplois en équivalents temps plein (ETP) que par les surfaces cultivées. Ces exploitations mobilisent 42 % de la main-d’œuvre permanente non familiale de l’ensemble des exploitations agricoles bretonnes (soit 4 600 ETP sur 10 900), alors qu’elles n’occupent que 3,4 % de la surface agricole utile (SAU) bretonne. Les exploitations avec serres chauffées ont des surfaces moyennes moindres mais mobilisent davantage de main-d’œuvre salariée, occupant à elles seules 20 % de la main-d’œuvre permanente non familiale de l’agriculture bretonne pour seulement 0,1 % des superficies. Cette concentration est encore plus marquée pour les emplois non permanents (saisonniers ou occasionnels), avec 3 400 ETP non permanents mobilisés par ces exploitations, soit 71 % des emplois non permanents des exploitations agricoles, dont plus de la moitié au sein des exploitations ayant des serres chauffées.
Seulement 18 % de ces exploitations cultivent exclusivement des légumes et n’ont pas d’autre production agricole. Dans ce cas, elles produisent principalement en maraîchage hors serres chauffées (62 % d’entre elles) ou en serres chauffées (30 %). La surface moyenne qu’elles consacrent aux légumes (9,5 hectares) est inférieure à celle (14,8 hectares) des exploitations mixtes qui associent culture de légumes et autres productions agricoles. Parmi ces exploitations mixtes, 54 % ont comme production majoritaire des légumes et 46 % ont une production agricole principale autre que des légumes.
La production légumière en Bretagne est très variée et l’exploitation type dans cette filière n’existe pas. On peut différencier les exploitations selon la destination des produits (transformation pour l’industrie ou marché du frais), les rotations ou non avec des cultures non légumières (légumes de plein champ ou maraîchage), la présence ou pas d’abris ou de serres, le fait qu’elles soient chauffées ou non, et la spécialisation ou non dans un légume. Rares sont les producteurs de légumes travaillant à la fois pour la transformation et pour le marché du frais (13 %). Les trois quarts des exploitations productrices de légumes ou pommes de terre n’ont ni serre ni abri bas. Parmi les producteurs de légumes sous serres chauffées, deux tiers n’ont ni légumes en plein air, ni légumes sous abris bas ou serres non chauffées.
Les 730 exploitations dont la production « légumière » principale est la pomme de terre sont concentrées, 45 % étant localisées dans le Finistère et 25 % dans le Morbihan. Pour 55 % de ces exploitations, cette activité est minoritaire et 64 % ont une activité d’élevage. Leur surface agricole moyenne s’élève à 92 hectares, dont 14 hectares pour les pommes de terre. Les exploitants sont relativement âgés (42 % ont 55 ans ou plus, et seulement 20 % ont moins de 40 ans). Parmi ces 730 exploitations, 47 % produisent exclusivement des pommes de terre de conservation ou demi-saison et 40 % sont entièrement spécialisées en plants certifiés. La localisation des producteurs de plants certifiés est plus concentrée, les deux tiers exerçant dans le Finistère.
Les 890 exploitations dont la production légumière est principalement constituée de légumes de plein champ destinés à la transformation sont majoritairement installées dans le Morbihan (52 %), notamment autour de Pontivy, et aussi nombreuses dans le Finistère (une sur quatre). Les petits pois (cultivés par 51 % d’entre elles) et les haricots verts (43 %) constituent leurs deux principaux légumes, souvent sous contrats avec l’industrie. Ces exploitations utilisent peu de main-d’œuvre salariée (69 % du volume de travail est assuré par les exploitants) et l'élevage y occupe une place importante (72 % d'entre elles élèvent des animaux). La surface agricole moyenne est élevée : 109 hectares dont seulement 13 hectares consacrés aux légumes de plein champ pour la transformation. La culture de légumes peut y être un complément de revenu et permet d’assurer une rotation avec d’autres cultures.
Les 720 légumiers pour le marché du frais exploitent en moyenne 20 hectares de légumes et pommes de terre sur une SAU de 68 hectares. Ils se concentrent dans le Finistère (39 %) et les Côtes d’Armor (34 %), avec une forte présence sur le littoral nord. Un tiers de ces exploitations cultivent un seul légume et 21 % deux légumes. Les chefs d’exploitation sont plutôt âgés (38 % ont 55 ans ou plus) et quatre sur cinq se sont installés dans un cadre familial.
Enfin, les maraîchers, au nombre de 1 230, cultivent beaucoup plus de légumes que les autres types d’exploitations, avec 13 légumes différents en moyenne. La production est plus diversifiée pour les maraîchers détenant des tunnels ou des serres non chauffés (18,2 légumes en moyenne). Pour neuf d’entre eux sur dix, la production de légumes constitue l’activité agricole majoritaire. Ceux utilisant des abris hauts ou serres non chauffés travaillent sur de plus petites surfaces (4,9 hectares de légumes en moyenne) et commercialisent très souvent en circuits courts (80 % d’entre eux). Ils sont aussi fortement engagés dans l’agriculture biologique (60 % d’entre eux), une part qui s’élève à 23 % pour l’ensemble des exploitations légumières et 12 % pour l’ensemble des exploitations agricoles bretonnes. Ils sont plutôt jeunes (30 % ont moins de 40 ans), la féminisation est relativement plus élevée (32 %), et plus de la moitié ne sont pas issus du milieu agricole (61 % se déclarent installés dans un cadre non familial).
Les 320 producteurs de légumes sous serres chauffées (serristes) sont principalement concentrés dans le Finistère (56 %), notamment autour de Brest (bassin de Plougastel). La tomate est leur produit leader (cultivée par deux tiers d’entre eux), devant la fraise (22 %). Ces exploitations emploient en moyenne plus de main-d’œuvre que les autres (14,2 ETP contre 2,6 ETP), et 83 % ont une PBS supérieure à 250 milliers d'euros. Ce type d’exploitation nécessite d'importants investissements et de lourdes charges (chauffage, ferti-irrigation, monitoring, isolation thermique et ombrage…). Leur SAU moyenne en légumes est de 5,3 hectares, dont 2,8 sous serres chauffées. Au total, ces 320 exploitations emploient plus de 4 500 personnes en équivalent temps plein.

Dynamiques d'Innovation et de Filières en Bretagne
La vitalité du secteur biologique breton se manifeste également à travers une série d'innovations et le développement de filières structurées, visant à diversifier les débouchés et à répondre aux attentes des consommateurs.
Un exemple notable est l'essor du chanvre, une plante jusqu'ici principalement utilisée dans le textile, le bâtiment ou l'alimentation animale, mais reconnue pour ses qualités agronomiques et nutritionnelles. Grâce à des techniques spécifiques de décorticage de la graine et de transformation, la société LChanvre et les producteurs associés ont diversifié les débouchés. Huile, graines, farine, pâtes et même chocolat sont désormais au menu, ouvrant de nouvelles perspectives pour cette culture.
Dans le domaine de l'alimentation, la SARL Plurielles se distingue par la fabrication de desserts brassés élaborés uniquement à base de graines : sarrasin de Bretagne, millet du Val de Loire ou riz de Camargue. Cette approche répond à une demande croissante pour des produits alternatifs et nutritifs.
L'innovation se conjugue également avec des valeurs éthiques et sanitaires. «Une Histoire bio» propose des chocolats et pâtisseries au sarrasin 100% bio et équitable, sans lécithine et sans gluten, incluant des tablettes fourrées, des brownies frais, des muffins et des financiers. Cette entreprise a tissé des liens solides avec des producteurs bio locaux, s'approvisionnant en farine de sarrasin et plantes aromatiques du Pays, en œufs du département, et en beurre et lait de Bretagne, illustrant un engagement fort envers les circuits courts et la qualité.
Sur le segment des barres énergétiques fabriquées en France, encore assez peu pourvu en bio, «Tiboost» propose des galettes combinant graines, oléagineux et fruits secs, offrant une alternative saine et biologique aux consommateurs actifs.
La structuration des réseaux est également un pilier essentiel. En restauration collective, des initiatives comme «L’Assiette au champ» associent des producteurs, des collectivités et une entreprise d’insertion pour faciliter l'approvisionnement en produits locaux et de qualité. Le succès de «Biopousses» (mentionné précédemment pour l'installation) témoigne aussi de sa capacité à offrir des débouchés auprès des cantines locales, créant ainsi un cercle vertueux entre production et consommation locales.
Enfin, pour soutenir le développement commercial des start-up bio, le Synabio et l'incubateur à impact Makesense ont lancé un parcours d'accompagnement. Ce programme d'accélération, qui renforce le dispositif "Jeune Pousse" du Synabio, offre six semaines d'accompagnement collectif et à distance (3 heures par semaine) pour permettre aux huit start-up sélectionnées de renforcer leur stratégie commerciale et de développer leurs projets bio, avec un coût entièrement pris en charge par le syndicat.

Opportunités et Accompagnement à la Reprise de Fermes en Bretagne
L'accès à la terre et la transmission des exploitations sont des défis majeurs pour le renouvellement des générations en agriculture. En Bretagne, des opportunités d'installation et de reprise de fermes existent, souvent accompagnées par des structures dédiées.
Des offres de fermes sont régulièrement disponibles. Par exemple, une ferme de 25 hectares avec bâtiments et maison d’habitation à Fougères (35) était proposée à la vente, orientée sur des activités équestres mais offrant une possibilité de réorientation et de diversification, avec un passage en Agriculture Biologique (AB) possible immédiatement. Cette propriété inclut une salle d’accueil, des hangars, six bâtis en pierre, des boxes à chevaux, une carrière éclairée et plusieurs paddocks. La date de reprise prévue était à partir du printemps 2017.
Une autre opportunité se présentait sous la forme d'une ferme laitière biologique à Pipriac-Plélan-le-Grand (35), dans la zone Sud-Ouest 35. Cette exploitation de 58 hectares était dédiée à la production de lait et de volailles en vente directe. Elle comprenait une stabulation de 28 places et deux tunnels de 160m² chacun (pour un total de 35 places sous tunnels), ainsi que des niches mobiles pour les volailles. Un logement d'habitation était également à vendre sur place, et l'offre était mixte, avec une date de reprise prévue d'ici 2020.
Pour ces offres et pour accompagner les porteurs de projets, la Structure et/ou personne à contacter est Emeline Jarnet, de la FD Civam 35.
Parallèlement à ces opportunités concrètes, des programmes de formation sont régulièrement proposés pour équiper les futurs agriculteteurs. Le Collectif des Associations INPACT 35 met à disposition un programme de formation automne-hiver consultable. De plus, la FD CIVAM 35 et Accueil Paysan 35 proposent une nouvelle session de la formation « De l’idée au projet », destinée aux porteurs de projets ayant une idée de création d'activité agricole et/ou d'accueil. Cette formation, qui avait démarré un lundi 13 mars pour se terminer le 27 juin 2017, s'étend sur deux journées (les lundis et mardis) toutes les trois semaines environ. Agrobio 35 organise également, à l’attention des porteurs de projet en émergence, des entretiens en petits groupes sur les bases de la bio, couvrant spécifiquement l'élevage, le maraîchage et les grandes cultures. Des journées sont aussi dédiées aux intervenants dans le milieu scolaire primaire ou à ceux qui accueillent des classes sur leur ferme, pour les aider à proposer des animations s'intégrant parfaitement dans les programmes éducatifs.

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