La permaculture, contraction des termes « agriculture permanente », est bien plus qu’une méthode de jardinage ; c’est une philosophie de vie et une science de l’aménagement écologique. Son objectif est de créer des écosystèmes résilients et productifs qui imitent les équilibres naturels. Le principe fondamental de la permaculture pourrait se résumer ainsi : « les déchets des uns deviennent les ressources des autres ». Dans cette quête d'autonomie et de respect du vivant, la création et l'entretien du sol occupent une place centrale. Le sol est la partie qui se trouve sous nos pieds juste avant la lithosphère (roche). Elle ne fait en moyenne que 2 mètres de profondeur. Donnée assez étonnante, ce sol est en fait principalement composé de 95 à 98% de minéraux (que l’on appelle argiles, limons, sables en fonction de la granulométrie). Donc seulement 2 à 5% du sol est en fait composé de matière organique (vivante ou en décomposition).

Comprendre la structure de votre sol
Il existe différents types de structures de sols. La structure particulaire est caractéristique des sols majoritairement sableux ; elle ne permet pas au sol de retenir l’eau et les nutriments essentiels aux plantes. À l'opposé, la structure compacte, caractéristique des sols majoritairement argileux, rend le sol saturé en eau et imperméable à l’air, ce qui crée un milieu asphyxiant pour les plantes et ne permet pas le développement de la vie aérobie qui est la plus importante dans la création de fertilité.
La structure grumeleuse est la structure idéale, caractéristique d’un sol où sables et limons sont liés entre eux par l’argile et forment des agrégats permettant d’avoir un sol à la fois perméable à l’eau et à l’air, pouvant retenir les nutriments et accueillir une belle activité biologique, base d’un sol fertile et vivant. En effet, de sa fertilité dépendront nos récoltes aussi bien en quantité qu’en qualité.
Finalement, dans le vocabulaire utilisé au jardin, ce qui fait la différence entre argile, limon et sable, est simplement la granulométrie (diamètre des morceaux de minéraux), et non sa composition (type de matière). Certains légumes préfèrent un sol très drainé, d’autre moins. Le fait de couvrir votre sol de foin chaque année va aider à équilibrer la structure de votre sol.
Le rôle crucial de la vie souterraine
Cette vie du sol, dont notamment les vers de terre, va creuser des galeries, aérer le sol, le rendre perméable à l’air et à l’eau, ce qui va permettre un meilleur développement des racines de végétaux, une circulation et un stockage optimal de l’eau. C’est pourquoi on recommande très fortement en permaculture de ne pas retourner ou labourer le sol sous peine de briser ce cercle vertueux et de bouleverser l’ensemble de cet équilibre vivant.
Les vers épigés vivent en surface, ils sont très nombreux et se reproduisent très vites. Ce sont eux que l’on trouve dans les lombricomposteurs. Ils sont très utiles pour la décomposition de notre compost de surface. Les vers anéciques vivent là où la température est de 12°C avec un taux d’humidité qui leur va bien. Ce sont eux qui nous intéressent le plus car ils remontent la nuit en surface et creusent alors des galeries entre la surface et les profondeurs.
Une autre raison de ne pas labourer est la préservation des réseaux mycéliens (champignons) dans le sol. En effet, les champignons contribuent pour beaucoup plus que l’on ne croit à la santé de nos végétaux, en créant notamment des associations vertueuses avec les racines des plantes (mycorhizes). Ils mettent à disposition des plantes eau et nutriments en échange de sucres et autres éléments nécessaires à leur survie que les plantes peuvent leur procurer.
La symbiose mycorhizienne, une alliance entre les arbres et les champignons
Les nutriments et le cycle de l'azote
Les plantes ont besoin d’eau, de lumière et de CO2 pour fabriquer leurs propres glucides grâce à la photosynthèse. Elles ont aussi besoin d’azote pour croître et fabriquer leurs acides aminés (protéines et code génétique). Bien que l’air qui nous entoure soit composé à 80% d’azote, la plupart des plantes (sauf légumineuses) ne peuvent pas absorber directement l’azote de l’air. En effet, celui-ci est sous forme « N2 », c’est-à-dire deux atomes d’azote reliés, mais cette liaison est en fait une triple liaison très difficile à casser. Ce sont certaines bactéries présentes dans le sol qui réussissent à casser cette liaison et à transformer l’azote de l’air en ammonium NH4+ et nitrate NO3- absorbables par les plantes.
En fonction de leur espèce, les bactéries préfèrent vivre plus ou moins en profondeur. Il ne faut pas remuer le sol car elles ne peuvent pas se déplacer d’elles-mêmes (seulement sur le dos des insectes).
Recréer la fertilité d'un sol épuisé
Ce ne sont pas les engrais (même bio) qui transformeront un sol fatigué en sol vivant ! Car si votre terre ne contient pas -ou plus assez- de micro-organismes, de vers de terre et de champignons, elle ressemblera un peu à nos intestins après 15 jours de traitement antibiotique : il manquera cette fameuse « flore » solide et équilibrée qui aide à bien assimiler les nutriments et lutter contre les attaques d’organismes pathogènes.
Si vous souhaitiez mettre en culture un sol épuisé (par exemple, par des cultures intensives non bio ou un gros chamboulement dû à un chantier) il faudrait apporter à vos cultures un peu d’engrais le plus naturel possible, mais malgré tout, les récoltes seraient décevantes : car l’engrais apporte certes de l’azote, du phosphore et de la potasse (le fameux « NPK »), mais uniquement ces éléments-là : or le magnésium et la silice sont importants aussi, par exemple, de même que le soufre, le bore… qui ne sont pas assez présents dans les engrais du commerce.
L’urgence est donc d’apporter de la « vie » à son sol, et pas uniquement des éléments chimiques. Quelques idées pour donner vie à un sol fatigué : booster la présence des vers de terre en laissant par terre les débris de végétaux frais dont ils raffolent, épandre du BRF ou des feuilles mortes pour chouchouter les champignons et leur magnifique réseau mycorhizien. Les « probiotiques » du sol ce sont les micro-organismes que l’on trouve principalement dans le compost, le fertilisant traditionnel Or Brun (une sorte de compost d’algues et de fumiers), le fumier frais et dans d’autres produits tel le Bacteriosol (bien connu des jardiniers bio, c’est un concentré naturel de micro-organismes), le « thé de compost », etc.
Techniques de préparation et de paillage
Que ce soit pour débuter son potager, ou le rituel annuel au jardin, cette partie est certainement la plus importante ! La meilleure manière de débuter un potager est de partir d’une prairie dont le sol sera bien vivant. L’idéal est alors de déposer une bonne couche de foin (20 cm) dès le mois de novembre (ou jusqu’à fin janvier au plus tard). On peut aussi mettre des feuilles mortes et des fougères. En fait, on peut mettre presque ce que l’on veut à condition que ce soit facilement accessible et assez couvrant.
Le paillage, ou mulch, désigne une couche protectrice déposée à-même le sol. Cette couche permet de nourrir le sol et de favoriser la rétention d’eau, évitant ainsi l’arrosage des cultures. Les plantes sont ainsi plus fortes et plus denses, elles protègent à leur tour le sol en lui offrant de l’ombre. Au fur et à mesure des années, le sol s’enrichit et gagne en qualité.

Ressources pour enrichir le sol
- Le compost : C’est la seule « nourriture » que j’enfouis dans le sol. Je le produis sur place, avec la méthode des « compost à courges ». Au printemps, mes deux tas de composts me fournissent environ 1/2 brouette par mètre carré de potager.
- Les tontes de gazon : Nos amis les vers de terre en raffolent. Je ratisse aussitôt la tonte et répands cette manne en couche fine sur le sol encore nu.
- Les engrais verts : Des rangs d’épinards en guise d’engrais verts. J’en sème beaucoup de l’automne au printemps. Au moment de libérer le rang, je coupe tout ce qu’il reste et je le laisse se composter sur place, à même le sol.
- Le BRF (bois raméal fragmenté) : C’est une source incroyable de nutriments et de vie pour le sol, et de plus un super « booster » pour les micro-organismes du règne des champignons.
- Le fumier : Celui de lapin est une merveille, je l’épands tout frais en surface et il ne brûle jamais les plants. Il a le pouvoir de transformer totalement le sol en une seule saison.
- Le paillage au foin : Après avoir testé la paille et le BRF, c’est le foin que j’ai retenu. Le foin est en effet beaucoup plus nutritif que la paille et après une saison estivale de bons et loyaux services en guise de paillage, il termine de se composter tranquillement au cours de l’hiver.
- La lasagne : Elle fait des merveilles en superposant des matériaux verts (tontes de pelouse, feuilles vertes, déchets de cuisine) et bruns (compost, fumier, carton, branchage).
Design et organisation : le système de zones
Avant de vous lancer, vous devez d'abord penser à l'organisation de votre jardin. La permaculture fonctionne sur un système de zones, sachant que plus un élément est utilisé souvent et nécessite de l'attention, plus il doit être placé dans une zone proche de la maison. La maison est considérée comme la zone 0, au centre du système.
- Zone 1 : L’ensemble des éléments nécessitant une attention quotidienne (herbes aromatiques, serre).
- Zone 2 : Cultures qui demandent un passage une fois tous les deux jours environ (potager, massifs).
- Zone 3 : Verger, arbres fruitiers et arbustes dont la récolte n'a lieu qu'une fois par an.
- Zone 4 : Animaux plus gros et forêt pour la récolte de bois.
- Zone 5 : Parties naturelles qui ne demandent aucun entretien, domaine de la petite faune.
Ces zones sont à adapter en fonction de la superficie de votre jardin et de sa disposition. Établissez des allées pratiques pour vous rendre sur les zones 1 et 2, car vous allez souvent vous y rendre.
Compagnonnage et rotation des cultures
En permaculture, il est important d’associer les plants pour recréer un écosystème fonctionnant avec le minimum d’intervention humaine. Pour cela, il faut choisir des plantes qui seront bénéfiques les unes pour les autres. La règle de base du compagnonnage de plantes est de ne pas cultiver des plantes d’une même famille côte à côte. On évite donc de cultiver des oignons et des échalotes ensemble. De même, on évite la monoculture intensive.
Les plantes aromatiques sont essentielles dans la lutte contre les nuisibles. De par leur odeur, elles repoussent les ravageurs en créant une confusion olfactive. Installez donc de l’ail, des échalotes ou des oignons près de vos cultures de tomates, de choux ou de carottes. L’aneth est idéal pour protéger le concombre, tandis que le basilic défendra les poivrons et les aubergines contre les pucerons.
Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances, voici quelques livres de référence :
- "Le poireau préfère les fraises"
- "Mon petit jardin en permaculture" de Joseph Chauffrey
- "Permaculture One" de Bill Mollison et David Holmgren
- "Soil Fertility and Permanent Agriculture" de Cyril G. Hopkins
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