Les crottes de chien comme engrais : entre mythe et réalité du compostage responsable

Le chien, fidèle compagnon de l'homme, est une source de bonheur pour près de 7 millions de foyers en France. Cependant, cette relation privilégiée s'accompagne d'une question récurrente et essentielle : que faire des déjections canines ? Chaque chien produit en moyenne 80 kg de déjections au cours de sa vie, ce qui soulève un enjeu majeur en matière de gestion des déchets. Si la solution la plus courante est de ramasser les excréments dans un sac et de les jeter à la poubelle, une approche plus écologique et durable gagne du terrain : le compostage. Cette méthode, bien que prometteuse, nécessite une compréhension approfondie des précautions à prendre et des bénéfices réels qu'elle peut apporter. L'exploration des différentes facettes de cette pratique permet de distinguer les idées reçues des informations vérifiées, offrant ainsi des pistes pour un traitement responsable et efficace des déjections canines.

Chien faisant ses besoins dans un jardin

L'impact environnemental des déjections canines non ramassées

Il est de notoriété commune qu'il est polluant et gênant de laisser les crottes dans le caniveau ou sur le trottoir. Certains pensent encore que faire faire ses besoins à son chien dans l'herbe ou dans un endroit caché n'est pas problématique. Or, les déjections canines ne sont pas uniquement une pollution odorante et visuelle. Une étude a montré que les crottes de chien polluent l’environnement. En effet, comme toutes les selles, le caca de chien contient une forte charge bactérienne susceptible de se répandre dans la nature et de se transmettre à d’autres animaux. De plus, lorsqu’un chien fait ses besoins à un endroit, il libère un certain nombre de gaz et de nutriments tels que l’azote ou le phosphore qui impactent négativement l’écosystème.

Le phosphore, par exemple, favorise le développement des plantes aquatiques dans l’eau, ce qui peut étouffer la biodiversité. De même, l’excès d’azote dans la terre engendre un développement rapide de plantes aux feuillages trop tendres et donc vulnérables aux pucerons et aux maladies. Ainsi, même si les déjections canines sont des matières naturelles, présentes en excès, elles entraînent un effet nocif sur l’environnement par hyper-fertilisation des sols. Il est donc primordial de les ramasser, que ce soit dans les rues ou dans la nature.

Dans les réserves naturelles, par exemple, il est important de limiter les déplacements de nos amis les chiens grâce au port de laisse et de ramasser leurs cacas pour ne pas entraver le travail de protection et de développement de la flore. Le non-ramassage des crottes de chien est également une action punie par la loi et certains pays sont allés loin pour contrer les crottes de chien non ramassées. En France, pour toute déjection canine laissée sur la voie publique ou sur tout autre espace non autorisé, une amende allant jusqu’à 750 euros peut être adressée. À Cannes, l’amende peut s'élever jusqu’à 450 euros. D'autres villes cherchent à traiter le problème en amont en faisant payer les frais de nettoyage aux propriétaires de chiens. À l’étranger, certains vont même plus loin en réalisant des tests ADN sur les déjections animales afin de retrouver les fautifs et de les sanctionner.

Panneau signalant l'obligation de ramasser les déjections canines

Les sacs à crottes en plastique, bien que pratiques pour ramasser de manière hygiénique le caca de leur animal et le transporter jusqu’à la poubelle la plus proche, posent un autre problème. Un sac à caca ne doit pas être jeté par terre. Cela revient à jeter des déchets au sol, car si le sac finit par se détériorer naturellement, cette dégradation prendra du temps, beaucoup de temps : de 100 à 1000 ans. Entre-temps, si un sac a été jeté par terre ou laissé dans le caniveau, la probabilité est forte qu’il termine à la mer, entraînant les conséquences bien connues de pollution des océans et d’étouffement des animaux marins. Même les sacs considérés comme biodégradables doivent être mis à la poubelle.

Le compostage : une solution écologique pour les déjections canines

Face aux enjeux environnementaux et sanitaires liés aux déjections canines, le compostage se présente comme une alternative intéressante au simple jet à la poubelle. C'est une façon responsable de se débarrasser des excréments sans qu'ils se retrouvent à la décharge dans des sacs parfois non biodégradables. Faire son propre compost est un geste qui permet de protéger l’environnement par le recyclage et d’obtenir de l’engrais gratuitement et naturellement.

Les excréments de nos chiens sont tout à fait compostables, c'est de la matière organique (très riche en azote), donc naturelle. Lorsqu’on possède quelques chiens à la maison, il est tout à fait possible de composter les excréments de nos compagnons à quatre pattes en les ajoutant au compost domestique. C’est également possible pour un élevage, à condition de prendre quelques précautions, de manière contrôlée, car il s’agit d’un apport quotidien important.

Un cheptel de 8 à 10 chiens, nourri exclusivement à base de croquettes, produit quotidiennement une quantité non négligeable d’excrément ; il faut compter environ 10 kg de crottes par jour. Pour un particulier, l’apport en excrément de chien étant moins important qu’un élevage, il devra compenser en matières azotées par l’apport de déchets de cuisine, ou du potager ou de tonte d’herbe fraîche. Le compost doit être humide mais pas trop ! La paille ou le foin absorbent mieux l’excès d’humidité des crottes.

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

Principes fondamentaux d'un compostage réussi

Pour réussir un bon compost, il faut ajouter le plus grand nombre possible de déchets variés (déchets de cuisine, déchets du potager, paille…). Les apports organiques variés sont essentiels. Inutile de produire un compost réalisé uniquement avec des excréments d’animaux. Le point clé du compostage se situe dans l’équilibre entre les différentes couches. Il est important de veiller à ne pas mettre trop de déjections.

Il est souvent précisé dans les guides de compostage qu’il ne faut pas composter les excréments d’animaux au même titre que les déchets de viandes qui émanent de mauvaises odeurs et peuvent attirer de petits animaux indésirables (mouches et moucheron en excès, rongeurs, etc.). Si le compost est brassé régulièrement, ces désagréments seront évités. L’apport d’oxygène relance l’activité biologique et fait monter le compost en température pouvant atteindre les 70°C. Cela assure une hygiénisation (traitement physique ou chimique, qui réduit les micro-organismes pathogènes) de son compost et permet ainsi de l’assainir des petits pathogènes humains, végétaux et animaux, si on souhaite l’utiliser comme engrais pour le potager. Cela permettra également d’accélérer la décomposition et d’avoir un compost prêt à l’emploi au bout de 10 à 12 mois.

Schéma des étapes de compostage

Une année de compostage permet un produit fini : sans odeur, de couleur noire, d'aspect friable, sans déchets visibles, et sans présence de petits animaux décomposeurs. Le compost produit alors un sol riche en restituant les excréments à la terre en toute sécurité, quand le protocole est respecté.

Choix et fabrication du composteur

Le plus pratique est d’utiliser des composteurs en bois pour des questions écologiques et esthétiques, mais surtout d’organisation. Mais il est tout à fait possible de faire le compostage en tas, qui est parfois plus pratique à mélanger si l’on a de grosses quantités. Si l’on est courageux, on peut aussi fabriquer son composteur soi-même, en palettes ou autres matériaux de récupération (plastique, béton… mais moins naturels).

Par exemple, la méthode du musher Pascal, rencontré dans une région, consiste à disposer 3 palettes pour former un carré. Cela fera office de bac. Attacher les palettes entre elles en haut et en bas par du fil de fer (plus résistant que du cordage). La 4ème palette peut servir de “porte”. Couvrir le bac par une bâche sur laquelle un bâton est attaché, pour parfaire la protection contre la pluie et la neige.

Le processus de compostage des déjections canines

Pour composter les crottes de chien efficacement, il est primordial d'utiliser des sacs à crottes compostables, conçus à base de matières végétales, tels que l’amidon ou la fécule de pomme de terre. Contrairement au plastique, ces matières végétales sont compostables et se dégraderont naturellement dans un compost. Il en va de même des sacs à crottes en papier recyclé.

Une fois que le premier bac est plein, le compost doit être transféré vers le second. Il faut compter 4 mois de repos entre chaque transfert pour un maximum de 2 transferts, ou 6 mois pour un seul transfert. Ce processus va permettre de retourner le compost complètement et d’apporter à nouveau de l’oxygène, relançant ainsi l'activité biologique. Pour accélérer le processus de compostage, il est également possible d'utiliser un activateur de compost.

Précautions et utilisations du compost de déjections canines

Bien que le compostage des déjections canines soit une démarche écologique louable, il est crucial de prendre en compte certaines précautions, notamment en ce qui concerne l'utilisation du produit fini. En effet, la présence de médicaments et de parasites dans les excréments des animaux carnivores impose une vigilance particulière.

Les risques liés aux traitements médicamenteux et parasites

Comme nous, les animaux domestiques carnivores sont traités avec des médicaments (vermifuges, antibiotiques…). Ces substances peuvent persister dans les déjections et, par conséquent, dans le compost. Le fût à composter ne monte pas beaucoup en température pour dégrader les médicaments ou les éventuels parasites ou maladies, ce qui rend l'hygiénisation incomplète dans un compostage domestique standard.De plus, les matières fécales des canidés peuvent contenir et attirer de nombreux parasites qui peuvent se développer et se répandre dans le compost. C'est la raison pour laquelle certains recommandent de ne pas utiliser ce compost dans votre potager.

Concernant les chats, certaines maladies telle que la toxoplasmose peuvent être transmises aux femmes enceintes. Bien que l'article se concentre sur les déjections canines, il est important de noter cette précaution générale concernant les excréments d'animaux domestiques.

Utilisation du compost pour les plantes d'ornement

En raison des risques potentiels de transfert de germes, parasites ou traces médicamenteuses, il est généralement conseillé d'utiliser le terreau obtenu à partir des déjections canines pour les plantes d’ornement, et non pour le potager. Cette recommandation est d'autant plus pertinente si la température de 60 à 70 degrés, essentielle pour une hygiénisation complète, ne peut être atteinte ou vérifiée à domicile.

Les déjections de chien, riches en azote et constituées à 75% d’eau, n’auront aucun mal à se décomposer naturellement. Cependant, le bon apport en carbone (avec de la paille, par exemple), en air et en chaleur est crucial pour éliminer totalement les bactéries à l’origine de maladies. L’utilisation du terreau obtenu dans les plate-bandes décoratives est conseillée pour éviter tout transfert à vos potagers de germes, parasites ou traces médicamenteuses dont le chien aurait pu être porteur.

Réduire l'apport d'excréments par l'alimentation

Il est bon de savoir que vous pouvez également réduire l’apport d’excréments au compost (divisé par deux) en nourrissant vos chiens au BARF (viande crue). Cette méthode d'alimentation peut influencer la quantité et la consistance des déjections, facilitant potentiellement leur gestion et leur compostage.

Les initiatives collectives et la sensibilisation

La gestion des déjections canines ne se limite pas à l'échelle individuelle. En ville, il est parfois difficile de savoir que faire des excréments de chien, hors gestion classique des déchets. Cependant, certaines collectivités territoriales, sensibles à la cause environnementale et souhaitant limiter la part de déchets organiques de leurs usagers, installent des systèmes de composts partagés. Certains sont même spécialement dédiés aux crottes de chien.

Composteur collectif avec panneau d'information

Ces initiatives collectives sont un moyen efficace de sensibiliser les propriétaires de chiens à une gestion plus responsable des déjections de leurs animaux. L’écologie et la propreté sont les deux arguments principaux à exposer aux représentants locaux qui souhaitent savoir comment éliminer les crottes de chien durablement ou pourquoi doit-on et peut-on mettre du caca de chien dans le compost.

Un éleveur produit beaucoup de déchets (crottes de chien, produits de nettoyage, emballages des aliments), il est donc indispensable qu'un éleveur participe à la réduction et à la valorisation de ses déchets. Le compostage peut représenter une solution significative pour cette catégorie de propriétaires d'animaux.

En résumé, diverses réponses existent à la question “que faire des crottes de chien dans son jardin ou en collectivité ?”. Entre la poubelle et le compost, le choix est vaste. Toutefois, si l'objectif est de se débarrasser des crottes de chien de façon éthique et de composter les crottes de chien sans aucun risque, l'utilisation de sacs à crottes de chien compostables est un accessoire indispensable, et la compréhension des processus de compostage et de leurs limites est essentielle.

tags: #crottes #de #chien #comme #engrais