La cueillette consiste en la collecte par l'homme de parties de plantes sauvages (fruits, graines, racines, tubercules, feuilles, etc.) et de petits animaux. Avec la chasse, elle constitua jusqu'à la révolution néolithique l'unique source de nourriture. Même après l'apparition de l'agriculture et de l'élevage, elle resta un appoint important, souvent sous-estimé. On suppose, sans preuve formelle, qu'elle était principalement l'affaire des femmes à l'époque préhistorique.

Les racines de l'alimentation : Omnivorie et adaptation
Depuis l'origine, malgré les idées reçues, tous les humains sont des omnivores. C’est ce que montre bien l’aspect des dents : des incisives et des canines pour couper et dilacérer la viande, des molaires pour broyer les végétaux. L’étude microscopique des stries dentaires le confirme : ces stries sont verticales chez les carnivores, horizontales chez les herbivores ; chez les hommes anciens, elles sont obliques. L’analyse chimique des os s’intéresse au rapport du strontium et du calcium Sr/Ca : il place les humains entre les carnivores et les herbivores.
Les hommes de la préhistoire, ou plus précisément du Paléolithique, cet âge de la pierre taillée des anciens auteurs, sont de jeunes chasseurs-cueilleurs semi-nomades. Sans doute ont-ils été au début plus des charognards, prélevant leur pitance sur les carcasses du gibier tué par les grands fauves, que des chasseurs habiles. Dans tous les peuples primitifs existe une division sexuelle du travail : les hommes chassent quelques heures par jour ; les femmes, accompagnées des enfants, vaquent tout le long du jour à la collecte et aux travaux dans l'habitat. Il en fut sans doute ainsi depuis toujours.
Preuves archéologiques et sites de référence
Il existe très peu d'études sur les restes de nourriture dans l'Europe centrale du Paléolithique. Un des rares endroits qui permette de telles recherches est le site de Bilzingsleben (Thuringe), où l'homo erectus ramassa, il y a quelque 230 000 années, de nombreux fruits (noisettes, glands, etc.), probablement aussi dans le but de se nourrir. Des fouilles de l'Epipaléolithique - le passage du Paléolithique à l'agriculture - effectuées dans le Croissant fertile permettent d'affirmer que la cueillette des plantes a constitué le point de départ de leur domestication.
En Europe, durant le Mésolithique, la cueillette fournit également un élément fondamental de l'alimentation. Au nord, les noisettes semblent avoir été particulièrement appréciées, mais l'on mangeait aussi des glands et des châtaignes d'eau; dans certains sites, les fouilles ont permis de constater que racines et tubercules étaient également récoltés.

Stratégies nutritionnelles et climatiques
Durant les temps préhistoriques et selon les lieux, le climat a beaucoup varié, allant de climats chauds à des climats tempérés, voire très froids. Les sources alimentaires varient selon le climat et, schématiquement, quand la température s’abaisse, la nourriture d’origine animale augmente, tandis que la consommation de produits végétaux diminue. Ainsi on voit alors la ration quotidienne de protides s’accroître, de même que celle de lipides, tandis que la ration glucidique s’abaisse, passant d’environ 55% à 15% de la ration énergétique.
C’est en raison de cette rareté des sources de glucides, durant les périodes froides, que les hommes ont fait une véritable chasse à la graisse, pour alimenter la production hépatique de glucose à partir des lipides et des protides (néoglucogénèse). Le gibier étant habituellement peu gras, ils ont fait appel à la moelle : la moelle jaune des diaphyses en les concassant (d’innombrables débris jonchent le sol des gisements) ; la moelle rouge des épiphyses en confectionnant des bouillons portés à ébullition par des galets chauffés au rouge.
La transition vers le Néolithique : Domestication et cueillette
Durant la fin de la dernière glaciation, une steppe froide et sèche recouvrait le Proche-Orient. Puis, 15 000 ans avant notre ère, lorsque le climat s'est réchauffé, des céréales sauvages et des arbres à fruits comestibles sont apparus. L'abondance de nourriture a favorisé la sédentarisation des populations. Cependant, lors d'une période froide, entre 11 000 et 10 300 avant notre ère, ces plantes se seraient raréfiées. La cueillette serait devenue insuffisante pour subvenir aux besoins alimentaires de nos ancêtres, qui auraient alors commencé à cultiver les céréales sauvages pour assurer leur subsistance.
Guide de la culture des céréales au Maroc
Les archéologues ont fouillé environ 40 sites. Ils ont dissous les sédiments dans l'eau et récupéré les végétaux carbonisés, qui flottent, et les ont observés au microscope. Ils ont déterminé le genre des plantes anciennes, voire leur espèce. Ils ont étudié leur morphologie, afin de préciser si elles étaient sauvages ou domestiques. Enfin, les archéologues ont daté les restes végétaux par la méthode du carbone 14.
Continuité de la cueillette après l'agriculture
La cueillette conserva une grande importance au début du Néolithique, même après les débuts de l'agriculture. Les plantes constituaient un complément indispensable aux céréales et permettaient une alimentation relativement équilibrée. La culture des céréales et légumineuses, plantes annuelles, précède vraisemblablement de plusieurs milliers d'années celle des arbres fruitiers (cultures fruitières); en revanche, les fruits sauvages furent récoltés de tout temps.
Comme les conditions de conservation y sont particulièrement favorables aux matériaux organiques, les stations littorales du Néolithique et de l'âge du Bronze dans l'arc alpin fournissent de nombreux renseignements sur la cueillette. Des millions de restes végétaux proviennent de plantes sauvages récoltées. Les fruits riches en calories et aisés à stocker, comme les noisettes, avaient une importance particulière. Les pommes étaient coupées en deux et séchées en grande quantité. Outre les prunelles, framboises, mûres et fraises des bois étaient récoltées en nombre, probablement comme complément saisonnier.
Usages diversifiés des ressources naturelles
Toutes les matières premières végétales qui ne pouvaient être cultivées, étaient récoltées dans la nature, en particulier le bois, comme combustible, pour la fabrication d'outils et la construction. Au Moyen Age, la cueillette conserva son importance bien qu'elle ne soit guère attestée dans les sources. Les forêts, les communaux et les haies le long des chemins et des bordures des champs fournissaient toute une palette de plantes et fruits sauvages, utilisés pour l'alimentation ou à d'autres fins.

La cueillette se différencie difficilement de l'exploitation professionnelle des forêts, comme la récolte de la résine (gemmage) et des tanins (écorce de chêne notamment), et des activités paysannes traditionnelles telles que la coupe de branches de saule et de noisetier pour lier les gerbes et cercler les tonneaux, la récolte de foin, de ramées, de branches, de glands et de faînes comme nourriture et litière pour le bétail. Les coutumiers villageois, les règlements sur les biens communaux et les droits forestiers seigneuriaux réglaient les droits d'usage; dès le XVIe s., ces derniers furent progressivement limités, ce qui entraîna régulièrement des conflits.
La survie par la cueillette à l'époque moderne
A l'époque moderne, la cueillette conserva son importance, même en dehors des périodes de disette; jusqu'au XIXe s., elle resta indispensable pour les familles pauvres, également durant les bonnes années de récoltes. Pour prévenir les carences nutritives, l'homme a besoin d'une grande variété d'aliments. Les plantes cultivées, encore peu diversifiées, ne suffisaient pas à couvrir ces besoins multiples. Au Moyen Age et durant les temps modernes, fruits et herbes sauvages complétaient donc les produits du jardin pour fournir les vitamines et les minéraux que la nourriture à forte dominante céréalière ne contenait pas en quantité suffisante.
Lors de disettes ou de crises de subsistances, on récoltait durant l'hiver racines et tubercules. Au printemps, les premières pousses et feuilles se consommaient sous forme de salades ou de soupes. Il existait de nombreuses recettes de pains de disette, préparés à partir de carottes, raifort, radis blanc, oignons, feuilles, copeaux de bois et pives. Les glands, moulus et torréfiés, et la racine de la chicorée sauvage servirent de succédané de café jusqu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
La cueillette contemporaine : Entre tradition et loisir
La cueillette se pratique dans la nature ou dans les cultures. Cependant, la cueillette de culture, ou ‘récolte’, est aujourd’hui une production principalement mécanisée et industrialisée, tandis que la cueillette sauvage a peu évolué depuis la Préhistoire. La cueillette sauvage est aujourd’hui surtout pratiquée comme loisir populaire dans les pays industrialisés.
En forêt, en champs et même aussi en milieu urbain, certaines plantes peuvent être ramassées et consommées directement. La cueillette de loisir répond alors en partie à l’envie de se rapprocher de la nature et de retrouver les goûts du terroir. Elle repose avant tout sur l’expérience et une bonne connaissance des techniques et des outils en fonction des plantes à ramasser. Afin de préserver la biodiversité, des réglementations s'appliquent aux espèces récoltées, à la quantité ramassée, aux zones et aux périodes de cueillette. La cueillette appelée ‘récolte’ est l’une des tâches du jardinier amateur et de tout producteur, lorsque les fruits et les légumes arrivent à maturité. Dans la plupart des cas, la cueillette se pratique à mains nues.
tags: #cueillette #definition #dans #la #prehistoire