Longtemps associé à des climats plus exotiques, le kiwi trouve désormais sa place sur les terres normandes, défiant les idées reçues et ouvrant de nouvelles perspectives pour l'agriculture locale. Cette région, réputée pour ses pommes et ses poires, se révèle être un terreau fertile pour ces fruits venus d'Asie, à la surprise de nombreux.

Le kiwi en Normandie : un choix de culture inattendu mais logique
Quand on pense au kiwi, l'image de la Nouvelle-Zélande vient souvent à l'esprit, où le fruit fait partie intégrante de l'économie et est une fierté nationale. Cependant, le climat normand, caractérisé par un temps humide et froid, s'avère être propice à la culture de l'actinidia, la liane sur laquelle pousse le kiwi. Jean-Christophe Chapdelaine, maraîcher à Sartilly-Baie-Bocage (Manche), a fait ce pari il y a 20 ans en plantant une vingtaine de pieds au sud de sa maison. Un pari payant, puisqu'ils ont donné des fruits. Par la suite, Jean-Christophe a planté 110 autres actinidiers sur une parcelle voisine, portant le total à 130 pieds. Son exploitation, la Ferme des Châtaigneux, produit désormais environ une tonne de kiwis par an.
Vincent de Brunville, arboriculteur près de Saint-Lô à Lamberville, confirme également la bonne adaptation du kiwi en Normandie. Il affirme que « le kiwi pousse bien en Normandie », et pourtant, c'est un fruit qui est peu cultivé dans la région. Il est un des rares producteurs à proposer des kiwis manchois. Il ajoute que « c'est une plante assez capricieuse car elle n'aime pas les excès d'eau, de chaleur, de vent. » Pour éviter le gel, il a même mis en place tout un système.

Le kiwaï, le cousin miniature du kiwi : une culture encore plus délicate
Outre le kiwi classique, une autre variété, le kiwaï, commence également à faire son apparition. Originaire d’Asie, le kiwaï est un fruit méconnu : il ressemble à un raisin mais possède les qualités nutritionnelles d’un kiwi. En Normandie, sa culture reste rare. À Varneville-Bretteville, en Seine-Maritime, Claire Vandenbulcke a relevé le défi de cultiver ces fruits. Ancienne propriétaire d’un gîte, elle n’aurait jamais imaginé devenir productrice de kiwis et de kiwaïs. Aujourd’hui, son verger compte une cinquantaine de plants.
La récolte du kiwaï demande patience et délicatesse. Claire explique : « Je regarde la branche et je tâte un peu le fruit pour voir s’il est souple sous le pouce ou pas. Ça se fait au ciseau. On pourrait les arracher mais je n’ai vraiment pas envie. » Ces fruits minuscules, qui se mangent sans peau, sont cueillis à la main. Si la culture du kiwi est déjà délicate, celle du kiwaï l’est encore davantage. Claire souligne : « Ici, c’est risqué car peu de monde dans la région fait du kiwi. Toutes les recherches que j’ai pu faire, je les ai faites toute seule donc je suis autodidacte. »
Dans son verger, les deux cousins cohabitent donc : le kiwi, plus connu, et le kiwaï, version miniature. Claire observe que « le kiwaï est beaucoup moins acide car il a un taux de sucre beaucoup plus élevé. » Pour l’instant, la culture du kiwi et du kiwaï en Normandie reste anecdotique, mais des passionnés comme Claire Vandenbulcke prouvent qu’elle est possible.
Les défis de la culture du kiwi en Normandie
Bien que la Manche pluvieuse semble être l'endroit idéal pour la production de kiwis, cette culture n'est pas sans défis. Jean-Christophe Chapdelaine explique que les conditions météorologiques doivent être plutôt bonnes parce que ça influe sur la pollinisation, qui se fait principalement grâce aux insectes et un peu au vent. D’ailleurs, pour faire pousser des kiwis, il faut des arbres mâles et des femelles.
L’actinidier et ses lianes sont également sensibles aux gelées tardives. Jean-Christophe confie : « Nous n’en avons jamais été victimes, mais certains de mes confrères, dont les exploitations sont plus dans les terres, oui. » Il détaille : « Le problème, c’est que si les bourgeons gèlent en avril, les pieds doivent en refaire à temps, pour avoir des fruits… »
Malgré ces contraintes, peu de maladies menacent le kiwi. « On en compte une seule, une virose assez rare, donc les kiwis en bio, c’est pas mal », indique le maraîcher. Si les pieds demandent « un gros travail de taille, un investissement en tuteurs », ainsi que « de la lumière et un peu de chaleur », les producteurs normands parviennent tout de même à récolter des quantités significatives.
La récolte de kiwis s'annonce assez bonne en Charente-Maritime
La cueillette à la ferme : une expérience enrichissante pour tous
Certains producteurs, à l'instar de Vincent de Brunville, ouvrent leurs vergers pour de la cueillette directe, offrant une expérience immersive et pédagogique. Vincent avait cette idée avant même son installation. « J'avais vraiment l'idée de faire découvrir mon métier. Quand on achète un produit en magasin, on a du mal à se rendre compte de la charge de travail et parfois même du prix. Venir sur le terrain permet de voir comment on travaille, les différentes étapes de production. Et on peut goûter aussi ! », vante-t-il. Il a aménagé son terrain pour que des familles puissent venir cueillir des fruits en toute sécurité.
Pour les clients, le prix est moins cher qu'en magasin. Pour le producteur, « ça me soulage de beaucoup de tâches : la cueillette, la partie chambre froide avec des coûts d'électricité, la prospection, la partie gestion des commandes et livraisons. 1,80€ du kilo pour les pommes, je m'y retrouve bien et les consommateurs aussi », détaille le jeune homme. Un véritable bon plan !
Vincent de Brunville ouvre donc sa cueillette directement au verger, situé derrière l'église de Lamberville (fléché). Dans un premier temps, c'est pour les pommes. Pour les kiwis, il faudra attendre novembre, et il n'y aura qu'une très petite quantité.
La récolte et la conservation des kiwis normands
La récolte des kiwis normands s'effectue généralement en octobre et novembre, lorsque les fruits sont encore durs. Jean-Christophe Chapdelaine, à Sartilly, ramasse ses kiwis pendant cette période. La maison d'hôtes "Les Bruyères du Mont" a également récolté une cinquantaine de kilos de kiwis un dimanche 19 novembre, lorsque les journées sont plus fraîches mais souvent ensoleillées dans l'après-midi. Le jardin prend peu à peu son aspect hivernal et rentre doucement en dormance.
Une fois cueillis, les kiwis sont entreposés dans des caissettes au frais et se conservent ainsi plusieurs mois. Cette bonne capacité de conservation permet aux consommateurs de profiter de ces fruits locaux sur une période étendue.

Les vertus nutritionnelles du kiwi et ses multiples utilisations
Manger des kiwis c'est bon pour la santé ! Riche en vitamines, le kiwi peut se consommer au petit déjeuner, en salade de fruits, en confiture, gelée ou même en glaces. Les kiwis récoltés par les producteurs locaux sont proposés sans traitements chimiques.
Jean-Christophe Chapdelaine produit des kiwis bios à La Rochelle-normande depuis 20 ans. La vente de kiwis s’effectue sur une période précise de l’année et sans traitements chimiques. Vous les retrouverez donc sur votre table du petit-déjeuner, à déguster nature ou en compote, ou bien en accompagnement de votre yaourt ou de vos céréales favorites.
Sur place, chez certains producteurs, vous trouverez également des courges (butternut, potimarron, courges spaghetti…), des pommes de terre, carottes, poireaux, pommes, poires, issus de producteurs locaux en culture raisonnée. D'autres produits comme le miel, le cidre, les jus de fruits, viennent compléter l'offre, créant un véritable écosystème de produits locaux.
L'actinidia, la plante du kiwi : une liane aux fleurs magnifiques
L'actinidia deliciosa est une variété de plantes à fleurs de la famille des actinidiaceace et du genre Actinidia. L'actinidia deliciosa est une liane originaire de Chine, cultivée ailleurs dans le monde pour son fruit le kiwi. A deliciosa n'étant pas autofertile, il est nécessaire de planter des pieds mâles et femelles. La période florale allant de mai à début juin offre des fleurs blanches magnifiques avec 6 pétales. Le fruit, dénommé kiwi, à la forme ovale de 5 à 6 cm est marron, à la peau duveteuse et couvert de petits poils courts. Dans le jardin de la maison d'hôtes "Les Bruyères du Mont", environ 3 pieds d'actinidias ont été plantés il y a 7 ans.

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