La figue est bien plus qu'un simple fruit ; elle est un symbole profondément ancré dans l'histoire et la culture du bassin méditerranéen, où elle est cultivée depuis des millénaires. Louis XIV, grand amateur, fit même planter 700 figuiers dans le potager de Versailles, témoignant de l'importance de ce fruit à travers les âges. Contrairement à une idée reçue, la figue est un faux-fruit. Les "vrais fruits" sont en réalité les petits grains, appelés "akènes", qui sont délicatement enfermés à l'intérieur de la chair sucrée.

Un Symbole Méditerranéen aux Racines Profondes
Le figuier, dont le nom commun est Figuier de Méditerranée et le nom latin Ficus Carica, est également connu sous les appellations de Figuier commun, Figuier d'Europe, Figuier de Carie, Arbre à cariques, Ficou ou Fighiéro. Appartenant à la famille des Moracées, tout comme le mûrier, la figue présente une ressemblance avec une mûre à l'envers. Son nom d'espèce, Carica, vient de l'ancienne province de Carie en Asie mineure, d'où le figuier est censé être originaire. Il a probablement été importé d'Asie centrale par les Grecs ou les Romains. Cet arbre est l'un des plus anciennement cultivés, comme l'atteste une peinture égyptienne représentant une cueillette de figues datée d'environ 4500 ans. Le figuier est un arbre endémique du milieu méditerranéen, présent à l’état sauvage.
Dans l'Antiquité, le figuier était porteur de nombreuses significations. Il semble acquis qu’Adam portait une feuille de figuier comme cache-sexe après le péché originel. Chez les Grecs de l'Antiquité, les athlètes suivaient un régime à base de figues pour se préparer aux jeux olympiques. En Asie, comme en Grèce, il est au centre de divers mythes créateurs, la plupart des héros fondateurs étant nés d'un figuier. Peut-être son latex blanc rappelait-il le lait maternel ? À Rome, rumix désigne à la fois le lait maternel et le latex du figuier. C'est sous un figuier que s'abrita la louve qui allaita Romulus et Remus. Cléopâtre, elle, adorait tant les figues qu'elle exigea, lors de son suicide par une vipère, que le serpent soit dissimulé dans une corbeille avec des figues. Il n'y a pas si longtemps, dans le sud de l'Europe et en Afrique du Nord, les mères enterraient le placenta au pied d'un figuier pour s'assurer d'une bonne montée de lait. Krishna grandit à l'abri d'un figuier, et l'arbre sacré de Bouddha est également un figuier. Le figuier est ainsi un des symboles de la paix.

Une Histoire de Production en Provence
Du plus loin que l’on se souvienne, la figue s’est développée sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. Pour la rive Nord de la Méditerranée, au Moyen-Âge, l’agglomération marseillaise proposait la plus grande partie de la production française. Pour en produire autour de Marseille, les Phocéens implantent les premiers figuiers domestiques (Ficus carica L.) autour de la ville dès le XIème siècle. Au fil des années, la culture du fruit s’étend jusqu’à devenir une production emblématique du Sud de la France. Les siècles passèrent et l'expansion de Marseille grignota peu à peu les terres propices au développement du figuier. Cette expansion urbaine conduisit cette culture à disparaître des Bouches du Rhône. Les lieux de production se sont davantage tournés vers l’Est de la Provence, et un nouveau bassin de production fut trouvé dans la Vallée du Gapeau au XIXe siècle.
Au début du XIXe siècle, la figue était principalement consommée sur place et tenait une place importante dans l'alimentation quotidienne. Les livres d'expéditions des années 1905-1910 nous précisent que les figues transitaient par chemin de fer. En 1907, la gare de Solliès-Pont expédiait quotidiennement 1 tonne 8 de figues en pleine saison, soit 18 000 kg de figues fraîches par jour ! En 1932, la production de figues atteint 1 260 tonnes, tandis que la cerise ne dépassait guère les 1 000 tonnes.
Au milieu des années cinquante, des vergers composés uniquement de figuiers commencèrent à se développer. Les vergers étaient dès lors entretenus de manière à assurer une cueillette piétonnière, moins contraignante. Parallèlement, la filière se structura ; une quinzaine d'agriculteurs créa la COPSOLFRUIT en 1961. À la fin des années quatre-vingt, les camions frigorifiques ont définitivement remplacé le chemin de fer pour le transport des figues.
Terroir : la figue de Solliès, la meilleure du monde
Le Bassin de Solliès : Capitale de la Figue
Le Bassin de Solliès est aujourd'hui la seule région de France où ce fruit est l’objet d’une culture aussi importante. Avec 75 % de la production nationale, le figuier est la culture phare de la Vallée du Gapeau. La variété cultivée à Solliès est la Figue Violette, également appelée Bourjassotte Noire. Cette variété trouve dans le Bassin de Solliès les conditions idéales qui permettent une bonne expression de son identité gustative.
En plus d’offrir un contexte propice au développement du figuier, le terroir présente des caractéristiques non reproductibles qui influent directement sur les qualités du fruit.
Micro-climat Spécifique
Le Bassin de Solliès bénéficie d'un micro-climat spécifique. Les relevés météorologiques indiquent en effet que l’ensoleillement et les températures que l’on y trouve sont parmi les plus élevés de France. Cet ensoleillement, couplé aux abondantes ressources en eau qu’offre le secteur, favorise des arbres vigoureux et une maturation idéale des fruits. Le figuier a besoin d'eau, d'un sol profond pour s'enraciner et d'un bon ensoleillement.
Nature du Sol
La nature du sol tient également une place capitale dans la caractérisation de ce terroir. Le Bassin de Solliès occupe le sillon permien qui sépare la Provence calcaire, à l’Ouest, du Massif cristallin des Maures à l’Est. Les sols sont donc composés en grande partie de limons anciens ou plus récents, auxquels s’ajoutent des cailloutis calcaires ou cristallins en provenance de ces reliefs. Les figuiers préfèrent les sols caillouteux, légèrement calcaires, bien drainés, riches en minéraux et pauvres en matières organiques. Le sol doit tout de même être bien drainé.
Savoir-faire Arboricole Local
Le savoir-faire arboricole local est un pilier de cette production. Les vergers se situent aussi bien dans la plaine de Solliès que sur les coteaux qui la délimitent. Ils présentent la particularité d’être tous piétonniers, c’est-à-dire que les vergers sont taillés de manière à ne pas utiliser d’échelle lors de la récolte. Il existe plusieurs modes de taille, mais le plus répandu reste la taille en gobelet. Les producteurs adoptent souvent cette forme car les figues se développent de préférence sur les pourtours de l’arbre et sont donc plus accessibles lors de la récolte. Les agriculteurs enlèvent les grosses branches trop basses pour faciliter le passage sous l’arbre, ainsi que celles trop hautes afin que le verger reste piétonnier. La sélection des branches et leur taille a un effet direct sur le nombre de fruits produits, sur leur qualité et leur vitesse de maturation. La taille se pratique à la fin de l'hiver.
Irrigation Essentielle
L’irrigation est cruciale car le figuier craint particulièrement le manque d’eau, préjudiciable pour la santé de l’arbre comme pour la qualité du fruit. L’irrigation joue donc un rôle important de régulation afin de compenser ce déficit. Très résistant à la sécheresse atmosphérique, les figuiers requièrent néanmoins des sols profonds et bien drainés, où ils peuvent puiser toute l'eau dont ils ont besoin pour bien former leurs fruits. La première année de leur plantation, il faudra les arroser uniquement quand les feuilles prendront. Par la suite, ils développeront suffisamment de racines pour puiser l'eau où elle se trouve. Il leur faut beaucoup d'eau durant le printemps et le début de l’été (600 mm/an) ; sinon, les feuilles et les fruits se flétrissent.
Savoir-faire Fruitier et Récolte
Le savoir-faire fruitier est également primordial. La production de ce fruit exige de nombreuses interventions manuelles. Les contraintes au niveau de la récolte ne sont pas moindres. Elle s’effectue durant trois mois, de mi-août à mi-novembre, durée pendant laquelle les vergers seront parcourus entièrement, tous les deux jours en moyenne. Le fruit demande à être récolté avec beaucoup d’attention puisqu’en le cueillant, il faut éviter d’en arracher la peau. Les vendanges ont généralement lieu entre le 15 août et le 15 novembre.
Tri et Conditionnement
Le tri est le plus souvent effectué avec l’aide de calibreuses, sous la surveillance de plusieurs employés qui écartent les fruits abîmés, trop ou pas assez mûrs. Là encore, la main d’œuvre est très importante.

Une Biologie et une Reproduction Fascinantes
La figue est un fruit cousin de la mûre. En effet, comme la mûre, le fruit est en réalité composé de plusieurs fruits, chaque graine correspondant à une ancienne fleur. Pour les botanistes, ce que nous considérons comme un fruit est, en fait, une inflorescence particulière : un réceptacle creux (urne) et charnu refermé en bourse sur lui-même. À l'intérieur et à maturité, elle cache plusieurs centaines de fleurs. Les vrais fruits sont les innombrables pépins, également appelés akènes.
Les fleurs du figuier poussent en effet dans le creux de la « figue » verte où la femelle Blastophaga dépose ses œufs. Piégée dedans par la « figue », la guêpe meurt et la « figue » se referme au niveau de l’opercule… le fruit que l’on connaît est né et n’a plus qu’à se colorer en arrivant à maturité.
Le figuier commun a trois floraisons, au printemps, en été et en automne, mais ne produit pas forcément de figues. Pour que la figue soit produite, il faut une fécondation, qui est principalement effectuée par une guêpe Agaonide mutualiste du Figuier : Blastophaga psenes (également appelé cynips du figuier).
La sexualité du figuier, très originale et compliquée par des phénomènes de parthénogenèse et l'absence apparente de fleur, est longtemps restée un mystère qui a contribué à son aspect divin. Trois poussées de figues se succèdent dans l'année sur les figuiers sauvages (ou caprifiguiers) : au printemps, les réceptacles contiennent des fleurs femelles à style court et stériles avec des fleurs mâles productrices de pollen ; en été, des fleurs femelles fertiles à style long ; en automne, des fleurs à nouveau toutes stériles. La pollinisation dépend de l'interdépendance entre les figues-fleurs et cette petite guêpe. Les femelles pondent dans les fleurs stériles et y créent des galles. De ces œufs sortent des mâles et des femelles qui s'accouplent dans la figue. Ces femelles, en sortant de la figue, reçoivent le pollen des fleurs mâles situés près de l'œil. Elles vont ensuite pénétrer dans les figues d'été. La longueur du style les empêche de pondre, mais la pollinisation est assurée et les fruits mûrissent. Néanmoins, quelques femelles pourront quand même pondre car il existe quelques fleurs à style court, créant ainsi une deuxième génération d'été qui ira parasiter à son tour les figues d'automne à fleurs stériles des caprifiguiers. Là, éclosent les larves qui attendront le printemps pour renouveler le cycle. La caprification est le nom donné à cette reproduction sexuée avec l’assistance de ces auxiliaires ailés.
Les Anciens croyaient à la génération spontanée des insectes et que ces derniers, ayant épuisé la nourriture du premier gîte sauvage, passaient ensuite sur le figuier domestique. Aussi, plantaient-ils des pieds sauvages parmi les pieds domestiques. C'est ce qu'on a dû faire deux mille ans plus tard en Californie quand on y introduisit le figuier de Smyrne et que l'on comprit au bout de 10 ans de stérilité les raisons de l'absence de production fruitière !
Avec beaucoup de chances, l’observateur attentif apercevra cet hyménoptère noir de 2 mm de long, fugitivement, pendant quelques heures, en mai et en juillet. Il s’insinue dans l'ostiole, dont l’étroitesse lui arrache les ailes, laissant sur la figue deux paillettes irisées (les ailes perdues). Frileux, ce petit insecte n’existe qu’au sud du 45ième parallèle. Heureusement, la plupart des figuiers cultivés sont qualifiés de parthénocarpiques (et notamment ceux au nord de cette limite), c'est-à-dire qu'ils sont auto-fertiles et n'ont pas besoin de cet insecte pour produire de savoureuses figues. C'est le cas de tous les figuiers vendus dans les jardineries : Madeleine des 2 saisons, Ronde de Bordeaux, Marseillaise… Ils donnent a priori deux récoltes annuelles.
On ne cultive que le pied femelle appelé figuier commun ou figuier domestique. Les minuscules fruits sont déjà bien visibles dès avril (aux extrémités des branches) et la récolte se déroule en été, de manière échelonnée à partir de la mi-août. Elles constituent l’essentiel de la production et elles sont appelées figues d'automne (FA) ou figues-fruits ou secondes. C'est la seule production pour les figuiers unifères (type Smyrne, Ronde de Bordeaux). Pour les variétés bifères (San Pedro, Blanche d‘Argenteuil, Madeleine) et uniquement dans les régions suffisamment chaudes (sinon, pour un arbuste petit, il faut le recouvrir d'un voile, ceinturé au tronc, et le garnir de paille), il se forme, après les figues d’automne précédentes, des petites figues parthénocarpiques (à la base des feuilles) qui vont se développer au printemps de l’année suivante et mûrir à partir de la mi-juin.
Pour les botanistes, les vrais fruits sont les minuscules grains (akènes) que l’on sent craquer sous la dent. Ils sont dispersés par les oiseaux qui sont friands de figues ("becfigues" comme les merles et les étourneaux). Ces graines germent dans n’importe quel coin, si exigu soit-il (interstice d'un mur, pot de fleurs). Mais, ce n'est pas la bonne solution pour le reproduire car la moitié des plantules seront des figuiers mâles (encore appelé figuier sauvage, figuier de bouc ou caprifiguier). Le figuier mâle se reconnaît, au cœur de l'hiver, car il porte de nombreuses figues (en fait, des galles) déjà formées au bout de ses rameaux : il ne produit que des figues-fleurs qui donnent des petites figues vertes, spongieuses, sèches, immangeables (les mammes) qui tombent avant leur maturité en mai. De l'automne jusqu’en mai, elles servent de pouponnières aux blastophages (car les fleurs femelles du figuier mâle sont adaptées pour recevoir la ponte des guêpes femelles). Quant aux figuiers communs « femelles » qui portent les vraies figues comestibles, rappelons qu'ils servent de pépinières : les femelles blastophages ne peuvent pas y pondre, mais elles fécondent lors de leurs brefs passages les fleurs puisqu‘elles viennent de sortir des fleurs du figuier mâle chargées de pollen. Ainsi, le figuier est dioïque (mais fonctionnellement monoïque).
Dans le Midi, on avance de près d'un mois la maturation des figues d'automne non fécondées en plaçant une goutte d'huile d'olive à l'œil quand celui-ci commence à rougir avec une paille ou une plume !

Les Variétés de Figuiers et leur Rusticité
Dans le monde, il existe plus de 600 espèces de figuiers, la majorité tropicales, constituant le groupe des figuiers classé dans la famille des Moracées. En Provence, une vingtaine d'espèces de figuiers (sur de nombreuses variétés recensées) fructifient chaque année. Savez-vous qu'il existe 700 variétés de figuiers de Méditerranée, dont 300 se trouvent en France ?
Parmi les variétés les plus réputées du Var, on retrouve : la Noire de Caromb, charnue et parfumée, la Blanche de Provence, douce et sucrée, la Grise de Saint-Jean, très prisée pour sa finesse et sa délicatesse. La variété cultivée à Solliès est la Figue Violette appelée Bourjassotte Noire. La Figue de Solliès bénéficie, depuis 2006, d’une Appellation d’Origine Contrôlée. Ce fruit, de la variété Bourjassotte noire, est cultivé dans le Var, dans la vallée du Gapeau, sur les terroirs des communes de Belgentier, Carqueiranne, Cuers, La Crau, La Farlède, La Garde, Hyères, La Londe-les-Maures, Le Pradet, Solliès-Pont, Solliès-Toucas, Solliès-Ville, La Valette, et sur une partie du territoire de Pierrefeu et de Puget-Ville. Une autre figue de bouche intéressante est la figue de Caromb, cultivée principalement dans le Vaucluse, sur les communes de Caromb et de Sarrians, et un peu dans les Bouches-du-Rhône autour de Châteaurenard. La Figue Longue Noire de Caromb, aussi appelée Douquiera Negra ou Perroquine, est une variété plus grosse que la Solliès, et de forme plus allongée. Très sucrée, elle a une peau couleur bleu-violet profond et sa chair est rouge rosée.
Concernant la rusticité, le figuier est un symbole de la Méditerranée, parfaitement adapté aux climats chauds et secs. Il se cultive à exposition chaude et ensoleillée (contre un mur au sud ou au sud-ouest, à l'abri des vents froids), dans une terre non acide. Il ne supporte pas le couvert. À -15°C, la partie aérienne est détruite, mais il peut repartir du pied.
Des observations surprenantes ont été faites concernant la résistance au froid de certains figuiers. Un figuier d'une variété unifère très précoce, âgé de plusieurs dizaines d'années et constitué de trois gros troncs formant une cépée en haute tige, a montré une résistance au froid remarquable à proximité de Langres, une des régions les plus froides de France. Cet arbre a fructifié de façon régulière même après une chute de température à -23 °C. Des essais de culture de figuiers ont même été menés en Suède depuis 2004.
Des observations personnelles ont été réalisées sur des variétés choisies pour leur rusticité. Un plant de trois ans, variété 'Violette Dauphine', planté dans un sol pas très riche, a très bien résisté à un hiver où la température est descendue à -17 °C, sa partie aérienne n'ayant pas gelé. La variété 'Ice Crystal', bien que plus jeune (cinq ans), s'est montrée très vigoureuse à partir de la souche. En revanche, la 'Brown Turkey' a été une déconvenue. Un collectionneur de fruitiers de l'Est de la France a rapporté qu'un plant de 'Sultane' d'un diamètre de l'ordre de 1 cm seulement, a survécu à un épisode de froid intense où -20 °C avaient été recensés, et a émis des pousses au printemps. Ces plants venaient d'être plantés l'automne précédent et bénéficiaient d'une protection naturelle, avec une couche de paille sur la surface autour de la base pour protéger la souche, et une couche de 10 cm de neige recouvrant le sol la nuit du minimum enduré, ce qui a eu également un effet protecteur contre le froid. Le cas le plus étonnant de rusticité rapporté est celui de la variété 'Saint-Martin'.
Il est important de noter que certains figuiers sont autofertiles et donnent des fruits stériles sans pépins, tandis que d'autres comportent des fleurs mâles ou femelles.
Le Figuier : Description Botanique
Les racines du figuier sont denses, traçantes et superficielles, il n'est donc pas nécessaire de procéder à un binage profond. Le tronc est trapu et lisse, d’un beau gris argenté, souvent tortueux. Les feuilles sont grandes (jusqu’à 25 cm), divisées en 3-7 lobes (généralement cinq), vert tendre, avec un dessous duveteux mais un dessus rugueux, et un long pétiole. Elles sont légèrement urticantes, pouvant provoquer un risque d’allergie de la peau.
Ses « fruits » parfumés en forme de petites outres, ont une chair (d’un intense rouge violacé) attractive pour les animaux dotés de la vision en couleurs. Verte pâle ou violette suivant la variété, la figue doit être consommée en légère surmaturité ou lorsqu’une perle de jus apparaît à l'ostiole (le petit trou sur le fruit, à l'opposé du pédoncule).
Comme tous les Moracées, toutes les parties coupées de la plante (et notamment le fruit) laissent écouler un lait blanc (latex). Ce latex est corrosif pour les mains, mais il est utilisé pour détruire les verrues.
Le bois du figuier, blanc-jaunâtre ou grisâtre, est mou et peu durable quand il est jeune. En prenant de l'âge, il se raffermit. On s'en servait alors pour construire des vis de pressoirs et les statues des saints des églises du Var. Le bois est un médiocre combustible.
Comme la vigne, le figuier est prolifique (1-2 kg/m²) et il fructifie sur les rameaux de l'année. Le figuier se bouture très facilement en fin d’hiver en prélevant un rameau de 15-30 cm avec un bourgeon terminal. Il commence à produire la quatrième année et atteint sa pleine production vers la douzième année. On lui apporte, loin du tronc, à l'aplomb du feuillage, 150 g/m²/an d’engrais 4-8-12 (pauvre en azote) ou 30 g de sulfate de potassium/m²/an, au printemps seulement. Ainsi, le bois aura le temps de se lignifier avant l'hiver, ce qui est important dans les régions froides. La fructification est meilleure dans les sols calcaires, frais, surtout si la croissance des racines est restreinte. On ne le taille pas car il cicatrise mal. Mais il faut néanmoins l'étêter quand il atteint 2,50 m de haut (la récolte sera plus facile).
Ses ennemis principaux sont la teigne, la cochenille, la mouche (vers des fruits) et l'acarien. Traiter l'arbre avec un insecticide ou un acaricide si besoin. La teigne s’élimine de manière écologique avec la bactospéine. On prévient le chancre avec la bouillie bordelaise. Si les feuilles s'enroulent au niveau de leur sommet (du printemps à l'automne), c'est l'œuvre de la larve du xylopode du figuier Choreutis nemorana, chenille verte à points noirs. En ouvrant une feuille, on voit un ou deux cocons (et de minuscules crottes noires). Pour les éliminer, il faut les écraser avec les doigts.
Propriétés Nutritionnelles et Bienfaits
Forte d’une grande diversité minérale, la figue apporte du potassium (40% des minéraux du fruit !), du calcium, du phosphore et du magnésium. Une figue de taille moyenne n’apporte que 25 kcalories. La figue fraîche est très calorique (80 kcal/100g) et la figue sèche l'est 4 fois plus (270 kcal/100 g), c'est-à-dire autant que le raisin sec. De plus, elle est riche en minéraux (calcium, phosphore, potassium), en oligoéléments (fer, magnésium : ce dernier est un excellent anti-stress), en protides, en glucides (50 %) et en vitamines (A, B, C). La peau de la figue contient des antioxydants.
Voici un aperçu de ses nombreuses propriétés : asthénie, cancer, constipation (graines laxatives), cœur, convalescence, croissance, cure d'amaigrissement, grossesse, poumon (le lait bouilli avec des figues est recommandé en cas de maux de gorge, de toux ou de rhume), tension, verrue, vieillissement (régime crétois). Le latex blanc ("lait de figuier") contient des enzymes digestifs capables de digérer la viande (efficace contre les cors et les verrues). À l'état frais, la figue est un diurétique et surtout un excellent anti-fatigue grâce à son taux élevé de vitamines A, B et C.
ATTENTION ! Les feuilles par simple contact peuvent provoquer des réactions allergiques (dermites douloureuses), à peine touchées, surtout par temps chaud et si l'on transpire, à cause des furanocoumarines (ou psoralènes).
La Figue dans la Gastronomie Varoise
Véritable emblème de la Provence, la figue occupe une place de choix dans le patrimoine agricole et gastronomique du Var. Le Var, avec son ensoleillement généreux, ses hivers doux et ses sols variés, offre des conditions idéales pour la culture de la figue.
La figue varoise est un trésor culinaire qui se prête à toutes les envies :
- Fraîche, simplement dégustée à la main, en salade estivale avec fromage de chèvre, jambon cru ou roquette. La figue est un fruit fin, à la saveur prononcée. Il est possible de le relever avec une touche de miel et des saveurs d’amande.
- Séchée, idéale pour accompagner un plateau de fromages, une planche de charcuterie ou pour donner de l’énergie lors d’une randonnée. La figue sèche faisait partie de la biasse du berger, du casse-croûte du paysan aux champs et du viatique du voyageur. Pour obtenir des figues sèches, il faut choisir des figues-fruits, les fendre en deux, les exposer au soleil sur des claies et les retourner fréquemment ; les rentrer dans la maison pour la nuit ; les aplatir avec la paume ; les conserver avec des feuilles de laurier sauce. On peut aussi les réduire en pâte de fruits.
- Cuisinée, en confitures et chutneys, en tarte gourmande, ou pour sublimer des plats salés comme un magret de canard, un foie gras ou encore des tajines parfumés. La figue se marie également avec des fruits sucrés tels que les fruits rouges, ainsi qu'avec le raisin. Ces alliances se retrouvent en accompagnement de viandes de caractères et riches en goûts tels que le canard, ou le chevreuil, saupoudré de poivre et de noix, de thym et de laurier. En salé, la figue séchée est souvent utilisée dans des plats du Maghreb comme les tagines, à base de mouton ou d’agneau. On transforme la figue en bonbons, confitures (relever la saveur avec des baies de genièvre, des zestes de citron ou d'orange) et on l'associe aux mets les plus délicats (foie gras). Jadis, les Romains avaient l'habitude de manger les figues en hors-d'œuvre, assaisonnées de sel, de vinaigre et de garum.
Le latex (ou la décoction de rameaux) contient un ferment servant de présure : séché, il sert à coaguler le lait, surtout s'il est bouilli (propriété connue depuis l'Antiquité). Il sert même d'attendrisseur pour les viandes un peu coriaces.
La Figue de Solliès, plus précisément la violette, est une production phare de la région et une vraie fierté depuis longtemps.
Les Fêtes de la Figue
La figue est si importante dans le Var qu’elle a sa propre fête ! Créée en 1997, La Fête de la Figue est devenue incontournable. Chaque été, plusieurs villages provençaux célèbrent ce fruit emblématique lors de marchés et festivals dédiés : La Fête de la Figue à Solliès-Pont, capitale varoise de la figue, rassemble producteurs, artisans et gourmets. Dégustations, démonstrations culinaires et animations festives mettent la figue à l’honneur. Le dernier week-end d'août lui est consacré depuis 23 ans. La première soirée est réservée à un repas à base de figues cuisiné spécialement pour l'occasion par un chef de renom. Au-delà de sa saveur, la figue est un symbole de convivialité et de générosité provençale.
Si vous souhaitez en savoir plus sur ce trésor local, vous pouvez visiter une ferme familiale durant toute l'année. Les Trucco y récoltent des fruits et légumes depuis 1926 et vendent également des produits locaux faits maison, comme de la soupe ou de la confiture.
