Le Binage du Tournesol : Stratégies, Dates Clés et Conseils pour une Gestion Efficace des Adventices

La culture du tournesol connaît une popularité croissante, en partie due à la diminution des surfaces de colza et à la forte demande de graines de tournesol sur le marché. Cependant, la maîtrise du désherbage reste un défi majeur pour les agriculteurs, notamment face à des adventices tenaces comme le chardon, la morelle, le xanthium, l'ambroisie et le datura. Avec la suppression progressive de certains herbicides, comme la Trifluraline, il devient impératif d'explorer des stratégies de désherbage innovantes et combinées, où le binage et le désherbinage jouent un rôle central.

Champ de tournesols en croissance

L'Importance du Désherbage et les Défis Actuels

Le désherbage est une étape cruciale pour assurer le succès de la culture du tournesol. Les adventices concurrencent fortement la plante pour l'eau, les nutriments et la lumière, ce qui peut entraîner des pertes de rendement significatives. En 2008, le Cetiom avait déjà signalé des développements préoccupants de certaines mauvaises herbes, soulignant la nécessité d'une vigilance constante et de l'adaptation des pratiques.

La perte d'herbicides clés, tels que la Trifluraline, dont le délai d'utilisation courait jusqu'au 31 décembre 2008, a contraint les céréaliers à revoir leurs stratégies. Cette suppression peut entraîner une moins bonne efficacité sur certaines mauvaises herbes, notamment les renouées. Des solutions de remplacement, comme Prowl sur les renouées ou Mercantor Gold sur les morelles, utilisables en pré-semis (avec une meilleure efficacité en incorporation) ou post-semis/pré-levée en association, sont désormais privilégiées.

Face à ces contraintes, l'intégration de méthodes mécaniques comme le binage et le désherbinage devient d'autant plus pertinente pour réduire les coûts de désherbage et optimiser l'efficacité.

Le Binage : Une Solution Efficace et Complémentaire

Le binage est une technique de désherbage mécanique qui consiste à travailler le sol entre les rangs de la culture pour sectionner les racines des mauvaises herbes et les enfouir. Par rapport à la herse étrille et à la houe rotative, la bineuse est efficace contre des mauvaises herbes plus développées, ce qui permet son utilisation à des stades de développement plus tardifs de la culture. Le binage complète efficacement l’action des herbicides, contribuant ainsi à une gestion intégrée des adventices.

Pourquoi Biner ?

Le binage permet de maîtriser la flore adventice dans l'inter-rang, là où les herbicides localisés peuvent ne pas être suffisants ou pour réduire la dépendance aux produits chimiques. Il favorise également l'aération du sol et la pénétration de l'eau, ce qui est bénéfique pour le développement du tournesol. Un agriculteur a souligné que le binage lui permettait, en outre, d'incorporer un engrais Apex de Timac Agro comportant du NPK et du bore, apporté à 5-6 feuilles de la culture. Il estime gagner entre 1 et 3 quintaux par hectare grâce à cette incorporation, surtout si les conditions sont sèches au moment de l'apport.

Quand Biner ? Dates Clés et Stades de Développement

Le binage du tournesol peut être envisagé dès le stade une paire de feuilles. Pour une bonne réussite, il doit être réalisé sur des adventices jeunes. On peut biner dès la 1ère paire de feuilles du tournesol, mais le débit est limité car la vitesse ne peut pas être élevée (4-5 km/h). Un agriculteur mentionne un premier passage de bineuse au stade 3 feuilles du tournesol, avec des protège-plants pour éviter de recouvrir de terre les pieds de la culture. À ce stade, les ray-grass sont à 2-3 feuilles et s'arrachent assez facilement, mais l'efficacité n'est pas de 100 %.

Sur tournesol développé (3 paires de feuilles), la vitesse de travail est plus rapide (7-8 km/h). Un second passage peut être effectué à 6-8 feuilles du tournesol, en retirant les protège-plants et en réglant la bineuse un peu plus bas. Le passage est alors plus rapide (8 km/h) avec de la terre remuée pour butter les pieds de tournesol et recouvrir les jeunes ray-grass.

Le binage est réalisable avec des protège-plants et une vitesse faible (environ 3 km/h) à partir d'une paire de feuilles du tournesol, ou à partir de deux paires de feuilles jusqu’au stade limite de passage de la bineuse sans protège-plants. En avançant dans le cycle, il est possible d'augmenter la vitesse de passage (jusqu'à 10 km/h).

Conditions Optimales pour le Binage

Pour une bonne réussite du binage du tournesol, plusieurs conditions sont essentielles :

  • Préparation du sol en amont : Soigner la préparation du sol est fondamental.
  • Écartement des rangs : Prévoir un grand écartement (au moins 40 cm), idéalement entre 50 et 60 cm, est recommandé.
  • Absence de cailloux : Exclure les parcelles à gros cailloux pour ne pas endommager le matériel.
  • Sol sec : Le sol doit être sec lors du passage de la bineuse, et par le stade des adventices, qui doivent être jeunes.
  • Météo séchante : Miser sur une météo séchante les jours qui suivent l’intervention est crucial, afin d’éviter tout phénomène de repiquage des plantules.
  • Stade des adventices : L'efficacité dans l'inter-rang est très bonne sur des mauvaises herbes jeunes (jusqu’à 3-4 feuilles pour les dicotylédones et avant tallage pour les graminées). Si les adventices sont plus développées, l’efficacité du binage sera moyenne.

Plusieurs binages peuvent s’envisager pour garantir un résultat satisfaisant. Les performances du binage varient de 50 à 100 % sur dicotylédones. L’efficacité est comparable sur graminées mais les résultats sont plus aléatoires. Passé le stade 4 feuilles de la mauvaise herbe, le contrôle est beaucoup plus difficile.

Bineuse en action dans un champ de tournesols

Les Équipements de Binage et leur Guidage

La bineuse est équipée de socs (plats ou en forme de pattes d’oie) qui sectionnent les racines des mauvaises herbes présentes dans l’inter-rang. Par projection de terre au pied des plantes, les adventices présentes sur le rang peuvent être étouffées (fonction buttage), lorsque les disques protège-plantes sont relevés. En l'absence d'équipements spécifiques (doigts rotatifs) ou de systèmes de guidage très perfectionné, la bineuse n’agit pas à proximité du rang de la culture.

Différents systèmes de guidage peuvent être utilisés pour améliorer la précision du binage :

  • Guidage visuel avant : La bineuse, attelée à un relevage avant, est poussée par un portique. La visibilité et donc la précision sont améliorées.
  • Guidage électronique : Une interface placée entre le tracteur et la bineuse guide cette dernière grâce à des cellules photo-électriques qui détectent le rang.
  • Guidage par caméra : Les rangs sont reconnus grâce à un système vidéo qui transmet l’information à un boîtier électronique. Ce dernier commande hydrauliquement le déplacement latéral de la bineuse lorsque la trajectoire de cette dernière dévie sa course par rapport à la culture. Les guidages par caméra et par GPS sont bien adaptés et satisfaisants, notamment sur des terres qui peuvent être irrégulières.

Un agriculteur utilise une bineuse 7 rangs sans guidage avec protège-plants et interrangs de 60 cm. Il mentionne l'importance des protège-plants pour éviter de recouvrir de terre les pieds de la culture lors du premier passage.

Le Désherbinage : Une Approche Combinée

Le désherbinage est une technique qui associe un désherbage localisé sur le rang à un binage de l’inter-rang. Cette approche vise à réduire l'utilisation de matières actives et à augmenter l'efficacité de l'intervention sur le rang. Elle permet une réduction d’environ un tiers de matières actives et est d'autant plus efficace qu'elle est réalisée sur des adventices jeunes.

Le désherbinage consiste à combiner en un seul passage un traitement herbicide de post-levée sur le rang à un binage de l’inter-rang. Cette pratique permet de réduire des deux tiers la quantité d’herbicide appliquée à l’hectare. Pour augmenter la précision du travail et le débit du chantier, la désherbineuse doit être équipée d’un système de guidage par caméra vidéo ou bien par GPS.

Jeudi de TI - Démonstration des outils tournesol : densité de semis et date de récolte

Stratégies et Résultats du Désherbinage

Le désherbinage, testé depuis 2010 sur des variétés tolérantes, réalisé à 4 feuilles du tournesol, a procuré des résultats tout à fait corrects en conditions favorables, légèrement en deçà de la postlevée en plein. Cependant, la souplesse d'intervention est réduite car il faut répondre à la fois aux exigences du chimique et du mécanique en post-levée. Les conditions favorables à ces deux opérations (traitement herbicide et binage) en même temps sont rarement réunies : sol ressuyé et temps séchant pour le binage et hygrométrie suffisante pour le traitement. De plus, du fait de l'intervention relativement précoce, un binage supplémentaire peut s'avérer utile.

Le désherbinage, réalisé à 4-6 feuilles du tournesol (variété tolérante), a procuré globalement des résultats tout à fait corrects, à peine inférieurs à la postlevée en plein. Toutefois, la souplesse d'intervention est réduite car il faut répondre à la fois aux exigences du chimique et du mécanique en post-levée. Outre les conditions climatiques, le stade des adventices au moment du passage étant trop avancé, elles sont plus difficiles à détruire. Pour ces raisons, le désherbinage semble moins fiable et sécuritaire que la stratégie « herbisemis puis binage ».

Stratégies de Désherbage Mixtes : Herbicides et Binage

Plusieurs stratégies de désherbage combinant l'utilisation d'herbicides et le binage peuvent être envisagées pour optimiser la gestion des adventices et réduire les coûts.

Stratégie « Herbisemis puis Binage »

Cette technique consiste à appliquer l’herbicide de prélevée de façon localisée sur le rang, le jour du semis, grâce à un kit de traitement monté sur le semoir ("herbisemis"). Des soutiens à l’investissement pour ce type de matériel ont souvent été accordés dans le cadre du Plan Végétal Environnement et d’actions régionales en matière de réduction de pesticides. Le semis et le traitement herbicide sont donc réalisés en un seul passage, la contrainte étant de remplir la cuve de bouillie tous les 7-8 ha. Environ un tiers de la surface est traité (20 cm pour un écartement de 60 cm), ce qui permet une économie de deux tiers d’herbicides et l’utilisation d’un produit haut de gamme si besoin. Le temps nécessaire pour le binage est estimé à 45 min/ha, mais il peut varier selon la largeur de la bineuse, le système de guidage et le contexte parcellaire.

La performance de désherbage de cette stratégie est régulièrement égale ou supérieure à la référence en plein. Tout en faisant l’économie d’un passage de pulvérisateur en plein, elle permet en outre une diminution de l’usage d’herbicide (jusqu’à -66 %) et une totale maîtrise des coûts de production. Compte tenu du coût élevé des herbicides de prélevée (80 à 90 €/ha) et du coût estimé d’un binage (environ 25 €/ha, matériel, traction et main d’œuvre comprise), il devient possible d’envisager un voire deux binages sans alourdir le poste désherbage du tournesol. De plus, cette technique permet d’envisager la maîtrise des flores non contrôlables par la seule voie chimique (comme ammi majus, mercuriale, renouée liseron).

L’efficacité du traitement localisé de prélevée couplé au semis (herbisemis) succédé par le binage est clairement supérieure à celle du traitement localisé de post-levée couplé au binage (désherbinage sur variété tolérante) sur les flores classiques du tournesol. L’herbisemis présente l’avantage de sécuriser précocement la ligne de semis, à condition de choisir le(s) produit(s) adapté(s) à la flore. Le binage de l’inter-rang du tournesol élimine en tendance plus de 80 % des adventices présentes. L’association des deux, herbisemis puis binage, procure des résultats globalement supérieurs au traitement de référence en prélevée en plein et à peine inférieurs au traitement de post-levée en plein (imazamox ou tribénuron-méthyl).

Stratégie « Pulvérisation Localisée d’Herbicide sur le Rang puis Binage »

L’inconvénient majeur du désherbinage est que les conditions favorables à la fois au traitement et au binage sont rarement réunies (sol ressuyé et temps séchant pour le binage et hygrométrie suffisante pour le traitement). Par conséquent, il est préférable de séparer les deux opérations.

La pulvérisation localisée sur le rang au moyen d’une rampe grande largeur adaptée (de type Maréchal) puis binage dans l’inter-rang a été évaluée par le projet Ecophyto II du nom de PLEVOP (Pulvérisation Localisée En Végétation sur Oléagineux et Protéagineux), financé par l’OFB. Des essais sur tournesol réalisés en Lorraine par Terres Inovia entre 2017 et 2020, en collaboration avec la Coopérative Agricole Lorraine, ont montré que la technique de désherbage mixte (herbicide localisé sur le rang puis binage) en post-levée du tournesol (sur variété tolérante) était tout à fait pertinente et semblable à un traitement en plein, à condition de pouvoir biner au moins 1 fois.

Stratégie « Binage Seul »

De par son action exclusive sur l’inter-rang, le binage seul, même répété deux fois, était, dans les conditions testées, insuffisant pour aboutir à un désherbage acceptable. Sur le rang, la compétition des mauvaises herbes pour l’eau et les éléments nutritifs est forte. Il convient donc de sécuriser au mieux la ligne de semis par un traitement adapté à la flore dominante. La modalité binage(s) seul(s) est la plus compétitive en termes de coût mais son efficacité n’est pas toujours satisfaisante.

Coûts et Efficacité des Différents Itinéraires de Désherbage

Des comparaisons techniques (efficacité) et économiques (coût et temps de travail) ont été réalisées pour différents itinéraires de désherbage mixte du tournesol avec binage. Les modalités avec prélevée en plein, que ce soit à dose pleine ou à dose réduite avec binage, sont efficaces mais ce sont celles qui coûtent le plus cher.

Un agriculteur témoigne de sa stratégie : en traitement de prélevée au lendemain du semis, il recourait jusqu’en 2025 au mélange Dakota 2,5 l/ha + Racer 2l/ha, mais le produit Racer va être interdit et sera remplacé par Challenge 600. Le coût de ces produits en mélange est de 95 €/ha. Il utilise ensuite la bineuse pour deux passages. Sur certaines parcelles, la forte présence d’ambroisie l’oblige à utiliser le produit Viballa (49 €/ha) en plus du traitement de prélevée. Sur un tiers de ses parcelles de tournesol où il y a du chardon, il choisit des variétés Express Sun tolérantes à des herbicides, avec deux traitements de post-levée (après la prélevée) avec les produits du Pack Express (tribénuron méthyle, 48 €/ha). La bineuse est également utilisée en complément dans ces champs.

Les références du barème APCA 2017 indiquent les coûts suivants pour la mécanisation :

  • Pulvérisateur porté 24 m à 600 ha/an avec tracteur 120 cv.
  • Bineuse 8 rangs avec guidage optique à 100 ha/an avec tracteur 120 cv à 700 h/an.
  • Kit Herbisemis à 6 000 € HT amorti sur 7 ans à 100 ha/an soit 7.1 €/ha.
  • Kit de désherbage localisé sur bineuse à 6 000 € HT amorti sur 7 ans à 100 ha/an soit 7.1 €/ha.
  • Désherbinage 8 rangs, cuve 1200 l/ha : 27.3 (passage) + 5 (remplissage) = 32.3 min/ha.Le temps de travail inclut le temps de remplissage du pulvérisateur.

Gestion Spécifique des Adventices : Le Cas de l'Ambroisie et du Ray-grass

Certaines adventices, comme l'ambroisie et le ray-grass, nécessitent une attention particulière en raison de leur résistance et de leur impact.

L'Ambroisie : Un Enjeu de Santé Publique

L'ambroisie à feuilles d'armoise est une plante annuelle dont le pollen allergisant provoque des troubles tels que rhinite, conjonctivite, asthme, urticaire. En Rhône-Alpes, où sa présence est importante depuis de nombreuses années, elle concurrence les cultures de printemps et est à l'origine d'un véritable problème de santé publique qui affecte 6 à 20 % de la population selon la zone. Son aire de répartition croît d'année en année. Il est crucial de réagir dès son identification et d'appliquer soigneusement le programme de lutte dans l'ensemble de la rotation. Cette prise en compte précoce dans les cultures et les intercultures est essentielle pour éviter que les premières plantes bouclent leur cycle et accroissent le potentiel d'infection de la parcelle (les graines se conservent très longtemps dans les sols). L'expérience montre que la destruction durant les intercultures estivales est indispensable pour réduire les problèmes de santé publique et pour une bonne maîtrise dans les cultures de printemps.

Viballa bénéficie d'une autorisation de mise en marché récente. Il s'agit d'un herbicide auxinique, une hormone de croissance à utiliser entre les stades 4 feuilles et 8-10 feuilles du tournesol. Il est absorbé par les feuilles des adventices, sans persistance dans le sol, mais peut entraîner des déformations sur le tournesol au croisement des passages de rampes. Terres Inovia a testé son efficacité et il est préférable d'intervenir après le stade 4 feuilles. Son spectre n'est pas très large, il est faible sur morelle et renouée, mais relativement satisfaisant, notamment sur ambroisie, bien qu'un peu en retrait de Passat, la référence.

Le Ray-grass : Un Défi pour les Céréaliers

Un agriculteur se dit confronté à du ray-grass sur ses céréales et aussi sur tournesol, avec des plantes qui résistent à certains herbicides. Même avec un traitement à base de Wing (= Dakota-P) en prélevée, il y a de nouvelles levées de ray-grass derrière. Sa stratégie de désherbage combine traitements herbicides et binage.

Stratégies Globales de Désherbage du Tournesol : Une Approche Intégrée

Aujourd’hui, l’agriculteur dispose d’une gamme de solutions étendue pour raisonner le désherbage de ses tournesols, combinant désherbage en pré ou en post-levée, combinaison des deux, désherbage complémentaire mécanique, sans oublier les pratiques agronomiques préventives.

1. Identifier les Adventices Cibles

Une stratégie de désherbage efficace sur le long terme se conçoit toujours dans la rotation. Elle s’appuie sur une connaissance fine de l’historique des parcelles concernées. La première étape du désherbage du tournesol consiste donc à identifier les adventices qui, à l’échelle de chaque parcelle, posent un problème tout au long de la rotation. C’est sur elles que le désherbage se concentrera dès la première culture de la rotation. En cas de flore très diversifiée, on établira des priorités de lutte.

2. Les Pratiques Agronomiques Préventives

Avant tout traitement herbicide, il est crucial de recourir aux pratiques culturales qui limitent le développement de la flore adventice. Parmi les plus efficaces, on peut citer :

  • L’alternance de cultures d’hiver et de printemps : Cette pratique perturbe le cycle des mauvaises herbes.
  • Le labour tous les deux ou trois ans : Pour enfouir le stock semencier superficiel. Une pratique efficace sur les graines à faible durée de vie, de type graminées estivales. Un agriculteur réalise un labour avant le semis de la moitié de ses tournesols, ce qui contribue encore à réduire le potentiel d’infestation.
  • Le faux-semis : Pour favoriser la levée des adventices et leur destruction avant le semis de la culture (efficace contre ambroisie, ray-grass, tournesol sauvage, etc.).

3. Choisir sa Stratégie de Désherbage : Pré ou Post-levée ?

Le choix de la stratégie de désherbage du tournesol dépend essentiellement du type de flore adventice présente sur la parcelle, de sa densité et des contraintes d’organisation du travail sur l’exploitation.

  • La pré-levée : À réserver aux adventices classiques (chénopode, morelle, graminées estivales…) et nécessite d’appliquer l’herbicide très rapidement après le semis.
  • La post-levée : Pour les situations combinant adventices classiques et difficiles (ambroisie, xanthium, bidens, datura…), on désherbera de préférence en post-levée, en utilisant des variétés résistantes aux herbicides (VTH).
  • Combinaison des deux : Dans les parcelles les plus infestées, on combinera les deux approches pour une meilleure efficacité.
  • Désherbage mécanique : Enfin, on pourra recourir au désherbage mécanique (binage, désherbinage…) pour compléter le désherbage chimique.

4. Le Désherbage de Pré-levée

Pour qu’il se révèle efficace, le désherbage de pré-levée du tournesol réclame un certain nombre de conditions :

  • Flore classique : Chénopode, morelle, panic, ray-grass, sétaire…
  • Sol propre et correctement préparé : Pas de mauvaises herbes déjà levées ni de grosses mottes.
  • Humidité du sol : Humidité du sol au moment du traitement et pluie dans les 10 jours qui suivent l’application : indispensable pour une bonne efficacité avec les produits racinaires utilisés en pré-levée.
  • Application rapide : Obligatoire pour une bonne sélectivité.
  • Conditions météorologiques : 60 % d’hygrométrie minimum, vent inférieur à 19 km/h.

En cas d’échec, le désherbage de pré-levée ne permet pas de rattrapage, sauf s’il est utilisé sur une variété tolérante aux herbicides de post-levée.

5. Le Désherbage de Post-levée

Avec l’arrivée des VTH, le désherbage du tournesol a fait de nets progrès, permettant même la relance de cette culture dans des régions où elle avait été abandonnée en raison d’impasses techniques en matière de désherbage. Les avantages d’un désherbage de post-levée sont nombreux :

  • Désherbage à vue : Le traitement s’effectue sur des adventices déjà levées, ce qui permet de n’intervenir qu’en cas de nécessité (bénéfice économique et environnemental).
  • Large spectre d’efficacité : Les herbicides de post-levée permettent de contrôler de nombreuses mauvaises herbes (graminées et dicots), adventices classiques, mais aussi adventices difficiles à détruire dans le tournesol, comme l’ambroisie, la lampourde (xanthium), le bident ou le tournesol sauvage.
  • Sécurité et souplesse d’utilisation : Les conditions d’utilisation des herbicides de post-levée sont moins contraignantes que celles des produits de pré-levée. Ils se montrent ainsi efficaces même en conditions sèches.
  • Désherbage sur une culture qui a réussi sa levée : L’investissement herbicide se fait à bon escient, lorsque le tournesol est bien levé et n’est plus menacé par différents ravageurs, comme les limaces ou les oiseaux.
  • Meilleure organisation du travail : L’application herbicide de post-levée n’est plus dépendante du semis. L’agriculteur peut choisir la date optimale d’intervention en fonction du stade des adventices (traiter au plus tard au stade 6 feuilles des dicotylédones et au stade 2-3 feuilles des graminées) et des conditions météorologiques.

Atic® Aqua apporte une solution de désherbage en pré-levée du tournesol efficace sur un grand nombre d’adventices (graminées et dicotylédones). Sur tournesols Clearfield® Plus, Atic® Aqua s’utilise en programme : une application en pré-levée suivie par une application de Pulsar® Plus en post-levée. Clearfield®, c’est l’association d’un herbicide à base d’imazamox (Pulsar® 40) et de variétés de tournesol résistantes à cet herbicide (VTH). Cette innovation de BASF autorise le désherbage du tournesol en post-levée, une solution qui permet de mieux contrôler les adventices difficiles.

7. Les Techniques de Désherbage Complémentaires

Le binage peut être utilisé pour compléter des programmes de désherbage chimiques incomplets et/ou pour réduire les quantités d’herbicides utilisées. Il est possible de coupler cette opération avec une pulvérisation localisée sur le rang de l’herbicide de post-levée (désherbinage). Toutefois des conditions adaptées sont nécessaires pour une bonne réussite du binage : sol bien ressuyé au moment de l’intervention, temps sec dans les 3 à 4 jours qui suivent et adventices jeunes (avant le stade 2-4 feuilles des dicotylédones et 1-2 feuilles des graminées).

La largeur de travail de la bineuse doit être adaptée à la largeur du semoir pour éviter des destructions accidentelles de la culture.

Implantation Réussie du Tournesol : Au-delà du Désherbage

La réussite de la culture du tournesol ne se limite pas au désherbage. Il faut respecter les exigences de la plante. Le tournesol est ainsi exigeant vis-à-vis de la structure du sol : lit de semence assez fin avec présence de mottes et structure poreuse dans l'horizon sous-jacent pour ne pas pénaliser l'enracinement. Le conseil est donc d'observer la structure de son sol avant de décider du travail du sol à effectuer, ou pas.

Il va falloir bien entendu détruire les couverts en place et la date de destruction va être un compromis entre l'intérêt des couverts maintenus et le fait de ne pas entamer le potentiel du tournesol à venir. Deux mois avant le semis semble un bon compromis, à moduler notamment en fonction du développement du couvert, du salissement de la parcelle. L'optimum pour un couvert est lorsqu'il atteint une production de biomasse de 3 à 4 t MS/ha. Il faudra détruire plus tôt le couvert si le semoir utilisé ne gère pas les résidus ou ne referme pas le sillon. Bien entendu, avant de détruire le couvert, il faut que les conditions soient idéales, à savoir un sol friable ou semi-plastique. La préparation du sol vise à fournir un lit de semence idéal.

Semis et Densité de Peuplement

Le semis doit s'effectuer sur un sol suffisamment réchauffé, 8°C à 5 cm de profondeur est idéal. La vitesse de semis conseillée est de 4 km/h, 6 au maximum, à moduler en fonction de la technicité du matériel. En tout cas, les écartements trop larges entre les rangs sont à proscrire, l'optimum se situe entre 50 et 60 cm. Il faut viser un peuplement de 50 000 pieds/ha, pour un gain de rendement de 2 q/ha et une teneur en huile améliorée de 1,8 point. Pour l'obtenir, il faut souvent semer 65 à 75 000 grains/ha.

Un agriculteur sème ses tournesols tôt, par exemple le 27 mars en 2023. Les levées avaient été très régulières et l’impact des oiseaux limité. Souvent, les agriculteurs sont davantage ennuyés courant avril. La levée du tournesol est la période critique avec des lièvres et pigeons qui font des dégâts sur les plants. Un semis assez tardif à partir de la mi-avril sur des terres suffisamment réchauffées permet de limiter le salissement avec une levée rapide des cultures. Cela diminue également la pression limaces et oiseaux.

Traitements de Semences et Gestion des Ravageurs

En traitement de semences, deux nouvelles molécules ont été homologuées. La seconde est un stimulateur des défenses naturelles, l'acibenzolar-S-méthyl (produit Ressivi), avec un risque de résistance moindre car ayant deux modes d'action. En 2022, la pression pucerons a souvent été forte, précoce et persistante. Les essais mis en place ont montré une bonne efficacité des produits comme Mavrik Jet et Karaté K.

Outils d'Aide à la Décision

Pour accompagner les agriculteurs dans leurs prises de décision, des outils innovants sont développés. Terres Inovia, en partenariat avec AgroSupDijon et la société SUDUINNOV, a conçu une application smartphone Android qui permet de calculer les réglages optimaux d’une pulvérisation localisée efficace (choix de la buse, angle, volume, quantité de produit, vitesse, etc.) en fonction de la culture et de son stade (hauteur, largeur de la biomasse de la culture, etc.). Les paramètres de sortie sont, selon le choix de l’utilisateur : le volume ou la vitesse ou le débit (choix de la buse).

AgAssist met à disposition gratuitement le catalogue complet des solutions phytosanitaires disponibles en France, ainsi que des services personnalisés (alertes météo, actualités, aides à la décision…) afin d'aider à préserver les cultures. La Lettre d'Infos Agro et les prévisions météorologiques régionales à 8 jours sont également des ressources précieuses. L’utilisation des produits phytosanitaires est fortement encadrée et elle doit suivre les bonnes pratiques agricoles : préservation de l'environnement et de la biodiversité.

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