Valorisation et gestion des matières organiques : du déchet à la ressource

La gestion des matières organiques, qu’il s’agisse de végétaux issus de l’entretien des espaces verts ou de fumiers provenant des activités d’élevage, représente un enjeu environnemental et agronomique majeur. Loin d’être de simples rebuts, ces substances constituent des ressources essentielles pour la fertilité des sols. Comprendre les cycles de transformation, les réglementations en vigueur et les meilleures pratiques de valorisation est indispensable pour tout acteur, du particulier au professionnel.

Les végétaux : de la déchèterie au retour à la terre

Environ 20 % des déchets apportés à la déchèterie sont des végétaux : tontes de gazon, branchages, tailles de haies, etc. Ces éléments ne sont pas des déchets ultimes, mais des matières premières précieuses. Derrière la filière Végétaux se trouve un réseau de 80 agriculteurs qui ont choisi d’utiliser ces végétaux comme ressources pour enrichir le sol de leurs cultures.

La qualité des matières premières est un facteur majeur pour optimiser les procédés de traitement de la matière organique et améliorer les performances des chaînes de recyclage. Les procédés de mélange et de fermentation des filières principales de valorisation (compostage et méthanisation) font appel à des outils mécaniques et automatisés pour traiter (broyage, mélange, séchage) des volumes importants de biomasse et les rendre plus dégradables et fermentescibles.

Schéma illustrant le cycle de transformation des végétaux broyés en amendement organique pour les sols agricoles

Le co-compostage : une synergie entre végétaux et fumier

La filière de « co-compostage » fête ses 20 ans cette année ! Le co-compost est un mélange de 50 % de végétaux et 50 % de fumier. Après avoir été broyés, les végétaux sont mélangés au fumier de l’agriculteur, directement sur sa parcelle sous forme d’un andain. L’andain mettra environ 6 mois à se décomposer.

Le co-compostage est une sorte de compostage à base de matières organiques de natures différentes, comme du fumier et des broyats végétaux de déchèterie. Mise en tas, appelés andains, permettant de faciliter le retournement. Bâchage pour éviter le lessivage des nutriments avec les précipitations. Un suivi est nécessaire pour s’assurer du bon déroulement du compostage.

Les principes fondamentaux du compostage

Le compostage est un procédé de transformation de matières organiques hétérogènes en un produit homogène hygiénisé, riche en humus et en éléments nutritifs. Le compostage repose sur l’action combinée de différents microorganismes (bactéries et champignons) qui vont dégrader la matière organique.

  • Température : Mesurée à environ 40 cm de profondeur, elle doit être supérieure à 50°C. Si elle est trop haute, le compost doit être aéré.
  • Aération : Les microorganismes ont besoin d’oxygène pour dégrader la matière organique, le tas de compost doit donc être retourné au minimum 2 fois pendant le compostage. Si le mélange est trop humide, de l’effluent sec peut être ajouté, ou l’andain peut être retourné à une fréquence plus élevée pour permettre à l’eau de s’évaporer.

Le compost est un amendement organique qui s’intègre naturellement au terrain pour le nourrir : il ne peut donc PAS servir pour combler ou remblayer un terrain. Les matières plastiques ne peuvent pas être dégradées et recyclées par fermentation.

Le retournement du compost (en langue des signes)

Gestion du fumier équin et obligations réglementaires

La gestion du fumier, notamment pour les détenteurs d'équidés, est strictement encadrée. Un cheval adulte produit chaque jour : 10 à 14 kilos de crottin, 9 litres d’urine et 3 à 7 kilos de litière. Toujours sur 6 mois, cela peut faire 5,4 tonnes de déchet par cheval. Un cheval produit environ 2 m3 /mois de fumier.

C’est là que l’Etat intervient avec le SRD (Règlement Sanitaire Départemental) qui s’applique à tout détenteur de plus de 3 équidés âgés de plus de 6 mois : une déclaration en mairie est obligatoire via la Fiche Elevage et Environnement. Il est interdit (même pour un particulier) de stocker du fumier à même le sol afin que les liquides ne pénètrent pas les nappes phréatiques. Il est également interdit de stocker dans les parcelles en forte pente, en zone inondable, près d’un forage, etc. Le lieu de stockage doit être à une distance minimum de 35m et à 5 m des fossés.

Solutions de proximité et bonnes pratiques

Pour la gestion du fumier, des solutions de proximité existent, avec le plus souvent la valorisation agronomique directe du fumier sur site ou par des agriculteurs voisins. Le compostage à la ferme est une technique facile à mettre en œuvre, nécessitant peu de matériel et peu coûteuse.

Faire le tri sur la base de celui de la commune est une première étape. Celui-ci doit être facile pour tous les usagers du site : présence de poubelles visibles et facilement différentiables. Les déchets piquants coupants (aiguilles, seringues, ciseaux, …) et les déchets mous (compresses, pansements, gants souillés, médicaments périmés, sondes d’insémination, …) constituent les DASRI. Ces déchets doivent être correctement triés, pour être évacués vers la filière adaptée.

Infographie sur le tri des déchets en milieu équestre : séparation des DASRI, des ficelles plastiques et du fumier

Vers une valorisation optimale de la biomasse

La Communauté de communes Alpes Provence Ver-don (CCAPV) s’est adressée en 2017 à la chambre d’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence car elle souhaitait valoriser les broyats de déchets verts du territoire en partenariat avec des agriculteurs locaux pour faire du compostage en pur ou du cocompostage avec fumier. Le bilan de l’étude a révélé que les agriculteurs locaux étaient dans l’ensemble favorables à cette initiative et qu’ils avaient besoin d’un broyat de qualité.

Une vigilance accrue est nécessaire sur les délais d’enlèvement des broyats ; la place étant souvent limitée sur les déchetteries. Depuis 2019, 100 % des déchets verts sont récupérés par les agriculteurs. Ces indésirables ne se décomposent pas et se retrouvent donc épandus dans les champs alentours. Il faut donc impérativement sensibiliser le public à ne pas traiter le tas de fumier ou les zones de dépôt comme un vide-ordure.

La méthanisation agricole est un système de production d’énergie (biogaz) et de fertilisant (digestat). Le Bokashi est une méthode japonaise de fermentation simple permettant d’obtenir une phase liquide (le jus de fermentation) riche en matières azotées et une phase solide (le compost “sec”) riche en MO et en micro-organismes nécessaires à la fertilité du sol. Le compostage en anaérobie se centre sur la fermentation des composés organiques par des bactéries similaires aux bacilles lactiques présents dans la fabrication fromagère. En l’absence d’oxygène, la fermentation ne produit pas de CO2.

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