La dynamique de formation en alternance et en stage repose sur un triptyque fondamental : l'apprenant, le tuteur et l'environnement professionnel. Partir en stage ne s’improvise pas. C’est l’occasion pour l’apprenant de découvrir les réalités des situations de travail, d’entrer en contact direct avec le monde professionnel. Mais pour l’étudiant partir en stage, c’est partir à la découverte d’une terre nouvelle, parfois inaccessible ou encore très floue. Le stage va alors lui permettre d’approcher, voire d’accoster de manière concrète l’activité soignante. Encadrer un apprenant demande du temps et engage la responsabilité de chaque acteur. Il devient souhaitable de repositionner le rôle de chacun au regard du nouveau référentiel de formation.

Les fondements du suivi en entreprise et à l'université
Le suivi en entreprise ne se limite pas à une simple présence ; il nécessite une structure rigoureuse. Le tuteur universitaire doit effectuer au moins deux visites en entreprise par année de formation. Au cours de ces visites, plusieurs points sont à évaluer : le niveau de réalisation des missions, la qualité de travail, l’intégration dans l’entreprise, l’autonomie.
Parallèlement, le tuteur doit remplir ou viser le livret d’alternance : il doit comporter deux parties distinctes sur l’alternant·e pendant sa formation et pendant ses périodes en entreprise. Dans l’accompagnement, l’alternant·e peut avoir besoin d’informations diverses, comme dans l’administration. Le tuteur doit connaître des interlocuteurs privilégiés et guider l’alternant·e vers les bonnes personnes. Chaque année, le Responsable Formation organise une ou plusieurs réunions avec les maîtres d’apprentissage et les tuteurs d’entreprise. Le tuteur détermine un calendrier de rencontres avec l’alternant·e. De plus, il se met à sa disposition quand il le souhaite, pour l’aider dans son travail en formation et en entreprise et dans les méthodes qu’il emploie. Il contrôle le relevé de notes : la première évaluation des alternant·e·s se fait grâce aux sessions d’examen ou au contrôle continu.
Le maître de stage : organisateur et garant du cadre
Le maître de stage est responsable de l’organisation et du suivi de l’encadrement de l’étudiant en stage. Comme il est stipulé dans le portfolio, nous pouvons voir que le maître de stage est responsable de l’accueil organisationnel de l’apprenant. Sa vision de manageur de l’équipe lui permet d’orchestrer et de planifier le plan de travail de l’étudiant. Nous pouvons constater que dans de nombreuses structures le maître de stage est le cadre de l’unité ou parfois l’infirmière responsable. Il doit planifier les temps de rencontre entre l’étudiant et le tuteur (au moins trois temps surtout sur un stage de 10 semaines).
Le maître de stage assure un suivi avec l’IFSI d’origine de l’étudiant. C’est lui qui va régler les questions en cas de litige ou de conflit. Il rédigera le rapport circonstancier en cas de faute grave de l’étudiant. Son rôle est celui d'un pivot organisationnel, s'assurant que les conditions matérielles et humaines sont réunies pour que l'apprentissage puisse se dérouler sans entraves.
Le tuteur : entre posture pédagogique et évaluation
Le rôle du tuteur est décliné en deux parties : un rôle pédagogique et un rôle d’évaluateur. Le tuteur occupe une place centrale dans l’apprentissage de l’apprenant en stage. Par sa connaissance du parcours de formation de l’étudiant, il est à même de repérer les situations de travail les plus représentatives de l’exercice professionnel en lien avec le niveau de formation. Il accompagne, guide, transmet des savoirs professionnels et bien sûr évalue la progression des acquisitions de l’apprenant.
Son rôle se structure autour de quatre axes majeurs :
- L’accueil pédagogique : Il se déroule généralement dans la première semaine du stage. Ne pas oublier que l’accueil est un moment clé pour établir une relation de confiance. Accueillir, n’est-ce pas recevoir quelqu’un chez soi en lui ouvrant la porte d’un univers nouveau ?
- L’organisation pédagogique : Le tuteur connaît exactement les compétences ainsi que les activités clés du service dans lequel il exerce. Cet atout lui permet d’élaborer avec l’étudiant le parcours d’apprentissage. Il va ainsi croiser les demandes de l’apprenant avec les possibilités offertes par les spécificités du terrain.
- Approche réflexive : Le tuteur ne travaille pas de manière continuelle avec l’étudiant, ce qui lui permet d’avoir une vision distanciée sur son évolution. Ainsi, lors de moments de rencontre, ils peuvent échanger sur des situations de soins significatives de la pratique soignante. L’apprenant peut ainsi décoder le sens des gestes professionnels ou des attitudes soignantes.
- L’évaluation : Elle permet de mesurer la progression de l’étudiant. Pour ce faire, le tuteur se sera renseigné au préalable auprès des professionnels de proximité afin de connaître leur avis. L’évaluation est un moment qui permet de valoriser le stagiaire en lui donnant envie de se dépasser et de donner le meilleur de lui-même.
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L'implication des professionnels de proximité
Les professionnels de proximité donnent du sens à leurs actes en sortant d’un listing de tâches à réaliser et en inscrivant l’étudiant dans une autre dynamique. C’est-à-dire qu’ils associent un acte de soin à une personne, à un contexte et en rappellent les finalités. Comme le tuteur, ils ont la responsabilité de montrer, d’expliquer et de transmettre la démarche et le geste professionnel.
Pour son apprentissage, il est important que l’étudiant soit au contact de différents professionnels. C’est dans la diversité des personnalités et des approches que l’apprenant va pouvoir se construire professionnellement. Il va ainsi lever, tout doucement, le voile sur les codes du métier, la dynamique d’équipe, le langage professionnel et trouver son identité professionnelle. Les professionnels de proximité sont en lien avec le tuteur afin de faire le point sur l’encadrement de l’étudiant. Ils ont connaissance du parcours d’apprentissage établi entre l’étudiant et le tuteur.
La fonction tutorale : une exigence de professionnalisation
Ne peut prétendre au titre de tuteur, qu’un professionnel expérimenté pouvant mener son activité proprement dite et la fonction tutorale. C’est un professionnel qui, aidé par la formation, a pris conscience de sa compétence. En valorisant le tutorat, les instances affirment la nécessité de rendre intelligible le réel pouvoir professionnalisant du stage.
Le tuteur est doté d’un ensemble d’outils pour évaluer la progression, la capacité, les ressources de la compétence. Il s’est fait du portfolio un ami. Celui-ci ne lui fait plus peur. En formation, il a décortiqué les intitulés de compétences et a trouvé par compétences, des indicateurs spécifiques à son service au regard des critères. C’est un tuteur qui, aidé par la formation, sait décoder les besoins relationnels et amener une posture autonome.
La planification des activités de stage exige les mêmes efforts et les mêmes précautions que la construction d’un programme de formation : objectifs d’évolution, objectifs intermédiaires, activités, évaluation et feedback ciblés. Les objectifs doivent être précis. L’étudiant ne devrait plus deviner ce qu’on attend de lui en termes de progressivité. L’instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, précise que le stage a pour objectif premier, de développer la capacité réflexive de l’étudiant.
Le rôle de l'étudiant dans sa propre construction
Petit à petit, au fil de ses apprentissages, l’étudiant construit son parcours de formation. Il va devoir se prendre en main et être acteur de l’acquisition de ses compétences. Il a une place à prendre, afin de développer ses savoirs professionnels. Mais à son arrivée sur le lieu de stage, il peut se trouver déstabilisé par les méthodes de travail qui lui sont proposées, et ses représentations être mises à rude épreuve. Il va devoir travailler sur ses émotions et faire expliciter aux encadrants leurs choix professionnels. Ces étapes seront indispensables pour analyser les situations de travail et acquérir progressivement une posture professionnelle.

Le tutorat étudiant : une réponse aux enjeux contemporains
Face à la crise sanitaire, le nombre d'étudiants tuteurs a été amené à augmenter, révélant une nouvelle forme de solidarité pédagogique. Le tutorat est personnalisé selon l’université et selon la discipline. En principe, un étudiant expérimenté, souvent en master, accompagne un étudiant de licence, souvent en première année. Il peut s’agir d’un accompagnement à l’intégration, mais son rôle est surtout de l’aider à la réussite pédagogique.
Les tuteurs tiennent des permanences et organisent des séances avec des groupes d’étudiants. Leur rôle, c’est de répondre aux questions sur les contenus de cours et la méthodologie. Selon les universités, ils peuvent aussi jouer un rôle d’interface avec les enseignants et l’ensemble des services à la disposition des étudiants. Il s’agit aussi de lutter contre l’isolement et d’exprimer ses difficultés.
Synergie entre formation universitaire et milieu professionnel
Le tuteur pédagogique est donc l'un des piliers du parcours d'apprentissage de l'étudiant. Le tutorat est un outil d’insertion et de transmission de compétences. Il contribue à l’acquisition de connaissances, d’aptitudes et de compétences professionnelles par l’apprenti, via des actions de formation.
L’intégration de l’alternant au sein de l’entreprise d’accueil est hautement facilitée par la nomination d’un tuteur ou maître d’apprentissage. Le tuteur garantit la bonne mise en place des conditions d’intégration de l’alternant. Ainsi, il accueille l’alternant et l’introduit aux différentes équipes avec lesquelles l’alternant évoluera. Il lui décrit également les missions qui lui sont assignées, lui présente le planning et son emploi du temps. Le tuteur participe activement à la formation de l’alternant. Il organise l’activité en réorganisant l’équipe accueillant l’alternant et répartit ainsi les rôles.
Assurer la cohérence entre les missions menées par l’alternant dans son entreprise et les cours suivis par l’alternant est un indicateur de performance. Le tuteur assiste et conseille l’alternant dans l’ensemble de ses activités. Il s’informe non seulement des acquis professionnels dans le cadre des missions menées par l’alternant mais également de ses performances académiques au sein des organismes de formation. Au sein des structures de suivi, ces marges de progression sont mises en perspective grâce au travail régulier des chargés de suivi pédagogique qui entretiennent le contact avec les tuteurs tout au long de la formation de l’alternant.