Les enjeux du compostage en agriculture : entre bénéfices agronomiques et limites opérationnelles

Le compostage, processus de transformation biologique des matières organiques, est souvent présenté comme une panacée pour restaurer la fertilité des sols. Pourtant, derrière une image écologique consensuelle, l'utilisation des composts en agriculture soulève des questions complexes. Si le compost peut agir sur les propriétés chimiques, biologiques et physiques du sol, il est essentiel d'analyser non seulement ses avantages, mais aussi les contraintes techniques, économiques et sanitaires qu'il impose aux exploitants.

Schéma illustrant le processus de décomposition aérobie des matières organiques en compost

Les mécanismes de fertilisation : une action sur le long terme

Le compost est un produit noble qui est l’une des clés de la fertilité du jardin et des parcelles agricoles. Il contient tous les nutriments indispensables aux plantes, étant riche en de nombreux minéraux tels que l’azote, le phosphore, la potasse et le magnésium. Cependant, contrairement aux engrais de synthèse, ces éléments ne sont pas immédiatement disponibles pour la plante. Ils sont fixés et immobilisés dans des molécules stables de matière organique. Pour la nutrition des plantes, l’effet fertilisant du compost ne se fera sentir que sur le moyen ou long terme. À court terme, le compost agit principalement sur la structure du sol et nourrit la pédofaune.

Le compost est une nourriture équilibrée : s’il est bien réalisé, son rapport C/N (carbone/azote) est optimal. L’enrichissement du sol en humus stable est favorisé lorsque la matière organique est apportée sous forme de compost. Les éléments solubles des matières fortement azotées, comme l’urine et les excréments animaux contenus dans le fumier, sont liés aux éléments carbonés durant le processus de compostage et, de ce fait, stabilisés. Cette stabilisation permet de limiter le lessivage de l'azote, un élément facilement lessivé ou oxydé, qui est conservé à l’intérieur du tas de compost pendant une période de trois à six mois, durant le processus de compostage.

Amélioration de la structure et de la vie microbienne

L’un des apports majeurs du compost est l’augmentation de la teneur en matière organique des sols. Il en résulte une meilleure stabilité structurale du sol, une meilleure capacité de rétention d’eau et un taux d’infiltration plus élevé, ainsi qu’une capacité d’échange cationique supérieure. Un sol riche en matière organique est poreux et se comporte comme une éponge. Le compost contribue à donner à la terre une structure légère et poreuse, ce qui facilite la circulation de l’air et de l’eau. Ceci favorise le bon déroulement des cycles des nutriments.

Parallèlement, l’activité microbienne est stimulée par l’abondance et la diversité microbienne intrinsèque au compost, qui contient une vaste gamme de bactéries, d’archées et de protozoaires. Le lombricompost présente une biodiversité encore plus élevée, car il ne nécessite pas de phase thermique et que, par conséquent, aucune perte de microbes ne se produit en raison de températures élevées. Ces micro-organismes jouent un rôle crucial en fournissant des nutriments aux plantes et en agissant contre les maladies du sol. Beaucoup de composts ont la capacité de réprimer l’activité des agents pathogènes. Les effets directs comprennent la compétition microbienne pour les nutriments, les substances humiques, les substances volatiles toxiques ou les effets parasitaires directs. Les effets indirects des composts sont une croissance plus vigoureuse des plantes, une réduction du stress, une résistance induite et une amélioration de la structure du sol.

Que sont les MICRO-ORGANISMES ? 🦠 (Bactéries, Virus, Champignons et Parasites)

Les défis de la qualité et les risques sanitaires

Mieux vaut ne pas incorporer un compost si sa qualité n’est pas optimale. Il peut s’agir d’un déséquilibre de la teneur en nutriments, en acides humiques, ou d’une contamination organique et inorganique. Les débris solides (plastique, verre, métal…) et surtout les petits débris comme les microplastiques, sont un problème spécifique des composts provenant de sites de collecte des déchets. Les composts qui ne sont pas produits correctement peuvent aussi présenter des agents pathogènes ou des graines d’adventices.

La vigilance est de mise concernant l'origine des substrats. Le compostage intéresse certaines collectivités ou autres organismes qui ont des déchets pas toujours propres. Il existe une fâcheuse tendance à y incorporer des boues de stations d'épuration. Des analyses sont certes effectuées, mais le risque "métaux lourds" est important. Plusieurs collecteurs de céréales font signer un engagement aux agriculteurs de ne pas épandre ce type de produit dans leurs champs, par crainte de résidus dangereux ou toxiques qui peuvent se retrouver dans le compost.

Contraintes logistiques et économiques en milieu agricole

La pratique du compostage à l'échelle agricole est devenue un processus très technologique. Des équipements lourds sont utilisés pour traiter les substrats et transporter le compost jusqu’aux champs. Le travail requis pour la mise en andain et le retournement est laborieux, particulièrement pour les fermes qui ne peuvent pas s’équiper d’un retourneur à compost. Il est parfois difficile de s’approvisionner en composts, surtout ceux qui présentent des qualités spécifiques. Le poids et le volume élevé des composts rendent difficile leur transport sur de longues distances.

Le coût élevé du compostage à la ferme est un frein majeur. Selon une étude de 2019, le coût des opérations se situe entre 14 et 18 $ la tonne de fumier à composter, sans tenir compte de l’achat de la matière première, ni du géotextile pour protéger le tas. Dans une publication du CRAAQ de 2016, le coût du compostage réalisé à la ferme variait de 35 $ à plus de 100 $ la tonne selon la méthode et les matériaux employés. Il est quasiment impossible de trouver des chiffres sur les investissements nécessaires, qui doivent se compter en millions d'euros pour les installations d'envergure.

Pertes nutritives et déséquilibres du système

Bien que le compost concentre les nutriments dans le produit final, qui ne représente que de un dixième à un cinquième du volume de matière organique initial, le processus de compostage engendre une perte de nutriments par lessivage, sous forme gazeuse ou par transformation. Il y a souvent des pertes d’azote principalement par volatilisation de NH3, surtout lors des retournements ou s’il manque de carbone facilement assimilable dans le mélange.

Certains professionnels estiment que, pour la vie du sol, il est préférable d’utiliser principalement des matières organiques fraîches, les produits compostés ne devant être employés qu'en complément. Le compostage n'est pas toujours une alimentation équilibrée pour la vie du sol. On incite cependant quelques producteurs à en faire même si ça finit par attaquer le stock fertilité des parcelles. Si le compostage permet de gagner en logistique, il ne faut pas oublier les différentes pertes. Il est indispensable de ne pas exporter les résidus de récolte, ou alors il faut travailler avec de "vrais" couverts végétaux en interculture.

Infographie comparant l'apport de matières organiques fraîches versus compostées

Réglementation et nuisances de voisinage

Le compostage ne doit pas présenter de nuisances pour le voisinage, selon le règlement sanitaire départemental. Si l’installation est supérieure ou égale à 50m3, l’initiateur doit faire une déclaration au préalable. Une étude préalable est effectuée afin de faire respecter les règles de voisinage, notamment pour éviter les préjudices liés aux cultures environnantes, à la pollution des eaux et à la pollution des sols.

Les nuisances olfactives sont une réalité bien connue. Les mauvaises odeurs se dégageant d’un compost ne sont ni agréables, ni normales. En cas de senteur de soufre, il est fort possible que le substrat ne reçoive pas suffisamment d’air, ce qui a pour effet de faire pourrir les déchets organiques. Parfois, l’installation de compostage peut attirer des rats, appâtés par les odeurs qu’il dégage ou les restes alimentaires qu’il contient. Ces contraintes, cumulées à la technicité du processus, poussent certains utilisateurs à se tourner vers des alternatives plus modernes comme la déshydratation des biodéchets, bien que celle-ci consomme de l'énergie électrique.

L'équilibre : le pivot de la réussite

Pour un compost équilibré, veillez à composter 2/3 de matière fraîche, c’est-à-dire de déchets « verts » apportant de l’azote pour 1/3 de matière sèche ou brune riche en carbone. La pratique du compostage est économique et respecte l’environnement, à condition de respecter les règles de l'art. Quelle que soit l’installation de compostage, les déchets dangereux sont formellement interdits.

Pour accélérer le processus, il ne faut pas oublier de respecter l’équilibre entre l’azote et le carbone. Trop d’eau est préjudiciable au compost, tout comme la sécheresse. Si le compost est trop sec, il convient de l'humidifier avec de l’eau de pluie issue du récupérateur ou d'ajouter des déchets organiques verts. À l’inverse, si de l’eau perle entre vos doigts, le mélange est trop humide. Il faut alors ajouter de la matière brune comme des copeaux de bois ou des morceaux de carton. La maîtrise de ces paramètres, sur une période relativement longue et avec des suivis réguliers, est la condition sine qua non pour transformer des déchets organiques en un engrais de grande qualité.

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