Définition et réalité des sacs compostables : Entre enjeux environnementaux et complexités techniques

La question des emballages plastiques est devenue centrale dans les politiques environnementales contemporaines. Depuis le 1er janvier 2019, l’interdiction des sacs en plastique s’est étendue et nous trouvons de plus en plus fréquemment leur alternative, les sacs dits « compostables ». Pour comprendre ce marché, il convient de distinguer les terminologies, les normes de fabrication et les impacts réels de ces produits sur notre écosystème.

Schéma illustrant la différence entre plastique traditionnel, biodégradable et compostable

Les fondements des matériaux biosourcés et compostables

Dans une démarche responsable, le sac poubelle a dû se transformer pour devenir un produit qui s'élimine de manière naturelle. Les sacs compostables sont conçus à partir d'amidon de pomme de terre ou de maïs associés à des polymères d'origine végétale (amidon transformé en résine). Ces nouvelles matières sont biosourcées, c'est-à-dire fabriquées, en partie ou en totalité, à partir de matières d'origine végétale telles que, l'amidon, l'huile ou le sucre qui peuvent être issus du blé, du maïs, de la pomme de terre, du tournesol, de la betterave, et encore du chardon ou de déchets alimentaires.

Il est crucial de noter qu'une matière biodégradable n'est pas nécessairement biosourcée. Ces nouvelles matières sont biodégradables : des micro-organismes peuvent les décomposer naturellement en matière organique, dans des conditions de température, d’humidité et d’oxygénation adéquates. Cependant, le pourcentage de matière biosourcée est fluctuant : ils sont composés de 30 à 80% de matière biosourcée, matière première renouvelable issue de la biomasse donc à priori compostable. Ce pourcentage fluctuant nous indique qu’ils peuvent contenir encore jusqu’à 70% de matière fossile !

Distinctions normatives : Compostable vs Biodégradable

Les consommateurs sont sans cesse plus sensibles à l'origine de leurs produits de consommation, mais bien des consommateurs sont confus quand vient le temps de choisir un sac pour leur bac de compost. Les sacs à déchets dits « oxo-biodégradables » ou « oxo-fragmentables » ne sont pas compostables, car ils sont faits de polyéthylène. On trouve ce polymère dans les plastiques traditionnels auxquels on a ajouté des additifs chimiques dans le but d’en accélérer la fragmentation en petits morceaux… de plastique !

Il ne faut pas les mettre au compost puisque le plastique et les additifs qu’ils contiennent représentent un contaminant qui pourrait affecter la qualité du compost. De plus, plusieurs études, comme celles rapportées dans la revue Nature en 2011, indiquent que la « dégradation » de ces sacs est loin d'être établie et que leurs résidus peuvent rester dans l’environnement durant de nombreuses années. Enfin, ces sacs ne sont pas non plus recyclables, car les additifs qui favorisent leur fragmentation peuvent corrompre le plastique recyclé.

À l'inverse, les sacs compostables respectent la norme NF EN 13432 et sont biodégradables. Dans l'industrie, ils sont considérés comme compostables si le produit se décompose au même rythme que les végétaux. Toutes ces matières se doivent d’être conformes à la norme européenne EN 13432 : 2000 et sont facilement identifiables par le label OK compost INDUSTRIEL qui atteste de leur biodégradabilité en un temps donné de 6 mois maximum en compostage industriel.

Visuel comparatif des logos de certification de compostabilité

Les enjeux du compostage industriel et domestique

Les déchets organiques (épluchures, marc de café, …) représentent 32% des déchets ménagers d’une poubelle de cuisine. Les sacs poubelles compostables facilitent leur collecte et participent à l’obtention d’un compost de qualité. Certaines communes, collectivités locales et sociétés de collecte ont choisi le compostage industriel comme solution de traitement des déchets de cuisine et biodéchets. Dans les installations de compostage industriel, le taux d’humidité et la température ainsi que la qualité du compost final obtenu sont contrôlés.

Cependant, des tests sur leur décomposition dans des composteurs domestiques ont été effectués. Les sacs se retrouvent rapidement déchiquetés en une myriade de petits bouts. Malheureusement après ce premier stade, les morceaux restent stables longtemps et ne se décomposent plus. Ces résultats semblent variables et restent conditionnés par la proportion de matière fossile utilisée et par la vitesse de dégradation de la matière biosourcée utilisée. De plus, la matière qui se retrouve prise dans ces sacs peut pourrir et créer des poches nauséabondes qui se décomposent moins bien par défaut de circulation de l’air et de l’eau.

Risques environnementaux et fausses bonnes idées

On pourrait croire qu’il est plus écologique d’utiliser un sac de plastique d’origine végétale comme sac à poubelle, mais il n’en est rien. Lorsqu’on les envoie au dépotoir, les sacs compostables se dégradent sans présence d’oxygène, ce qui génère du méthane, un gaz à effet de serre 23 fois plus puissant que le CO2. Donc, les plastiques compostables qui se retrouvent à l’enfouissement contribuent au réchauffement climatique !

Paradoxalement, le fait que les sacs à poubelle traditionnels soient stables (ils peuvent prendre plusieurs centaines d’années à se dégrader) fait en sorte qu’ils ne génèrent pas de gaz à effet de serre dans un site d’enfouissement. C’est pourquoi on recommande de continuer à utiliser des sacs de plastique pour les déchets. Les risques de perturber le processus de compostage ou de retrouver des morceaux non décomposés dans le compost mûr sont bien réels. Par ailleurs, la fabrication de ces sacs nécessitent de la matière végétale. Si les sacs compostables présentent un intérêt dans certains cas spécifiques, leur généralisation n’est donc pas souhaitable.

[Consomag] Tri des biodéchets : ce qu’il faut savoir ?

Vers une économie circulaire responsable

Pour notre avenir à tous, la biodégradabilité des sacs poubelle est porteuse d'enjeux responsables, mais aussi économiques. En effet, de nombreux emplois liés à la filière féculière pourraient voir le jour. D'autre part, de nombreux acteurs industriels innovent déjà par la fabrication de sacs en plastique biodégradable. Sur ce marché de dimension mondiale, les entreprises françaises s'en sortent plutôt bien.

Des sacs poubelle plus respectueux de l'environnement émergent et deviennent la nouvelle alternative aux solutions classiques élaborées à partir de polyéthylène. Parmi ces grandes enseignes, SPHERE s'engage activement pour la planète et propose des sacs poubelle plus responsables qui s'inscrivent dans la recherche d'une économie circulaire. Il existe également des sacs en papier : fabriqué avec de la pâte à papier, il est par définition biodégradable. Il est généralement issu de papier recyclé ou provenant de forêts certifiées FSC. Ce label indique que le produit est issu d'une gestion durable et éco-responsable de la forêt. Le sac peut être composé de papier kraft ce qui lui confère une plus grande résistance.

En définitive, la durée de vie moyenne d’un sac distribué en magasins n’excède pas vingt minutes. Ensuite, ils échouent au mieux dans nos poubelles, au pire dans la nature. Ils mettront 400 ans avant de disparaître. Bien que très répandue pour des raisons pratiques, l’utilisation des sacs compostables n’est généralement pas obligatoire dans les municipalités qui font la collecte du compost. Cela signifie qu’on peut mettre directement nos déchets de table dans le bac brun, si on le souhaite. Il est crucial de repérer un logo de certification sur le sac ou sur l’emballage pour s'assurer qu’un sac est vraiment compostable avant de l'introduire dans un circuit biologique.

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