La tonte de la pelouse est une activité d'entretien courante qui, si elle est pratiquée sans discernement, peut engendrer diverses problématiques, allant des nuisances sonores aux impacts écologiques. En Haute-Normandie et plus spécifiquement dans le département de l'Eure, des réglementations encadrent cette pratique, notamment en semaine, afin de préserver la tranquillité du voisinage et de promouvoir une meilleure gestion environnementale.
La réglementation des horaires de tonte en semaine
Les horaires autorisés pour la tonte de la pelouse et autres activités bruyantes de jardinage sont généralement définis par les mairies, voire les préfets. La plupart des communes s'appuient sur des recommandations nationales pour établir leurs règles. En semaine, du lundi au vendredi, il est généralement possible de tondre le matin et l'après-midi. Les plages horaires communément admises sont souvent de 8h30 à 12h00 le matin et de 14h00 à 19h30 l'après-midi. Il est important de noter que la tondeuse n’est pas autorisée le soir après 19h30, en rentrant du travail. Cette réglementation vise à éviter que les bruits ne portent atteinte à la tranquillité du voisinage, conformément à la loi du 31 décembre 1992 et au décret du 18 avril 1995. Un décret datant de 2006 stipule qu’aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé. Les forces de l’ordre peuvent sanctionner les infractions par une amende forfaitaire de 68 euros.

Cependant, les maires de commune ont des pouvoirs de police générale et peuvent prendre un arrêté municipal complémentaire pour édicter des règles plus strictes. Pour les copropriétaires, il est recommandé de se rapprocher de son syndic pour connaître les dispositions spécifiques mises en place. Des dérogations peuvent être acceptées, mais généralement dans le cadre d’activités professionnelles, sportives, culturelles ou de loisirs. Avant de se lancer dans la tonte, il est toujours judicieux de se renseigner auprès de sa mairie ou de consulter son site internet.
Le cas spécifique de l'Eure : des horaires de tonte plus restrictifs en semaine
Dans le département de l’Eure, la préfecture a pris un nouvel arrêté modifiant les horaires auxquels les habitants ont le droit de faire du bruit pour bricoler ou jardiner. Ce nouvel arrêté, publié le mardi 20 août 2024, est relatif à la lutte contre le bruit de voisinage. Le texte établit que les activités bruyantes, effectuées par des particuliers, telles que la rénovation, le bricolage et le jardinage, réalisées à l’aide d’outils ou d’appareils comme les tondeuses à gazon, tronçonneuses, perceuses, raboteuses, scies mécaniques, bétonnières, compresseurs à air ou haute pression, etc., sont soumises à des restrictions.
Avec ces nouveaux horaires, les habitants de l’Eure disposent de créneaux plus restreints en semaine. Auparavant, ils pouvaient s’adonner à ces activités, du lundi au vendredi, de 8h30 à 12h00 et de 14h30 à 20h00. Le précédent arrêté préfectoral datait du 25 septembre 2014 et n’avait pas été modifié depuis. Les changements opérés ont été effectués à la suite d’une demande formulée par l’une des associations d’élus du département de l’Eure (Association des maires ruraux de l’Eure et Union des maires et des élus de l’Eure), et ont été validés par les deux. Le nouveau document vise également à établir des dispositions homogènes entre les particuliers et les entreprises.
Les multiples impacts de la tonte fréquente
Au-delà des réglementations, la tonte fréquente de la pelouse, telle qu’elle est devenue une norme culturelle, soulève de nombreuses questions environnementales et de bien-être.
Pollution sonore
Tondre sa pelouse toutes les semaines, comme c’est la mode depuis les années 70, génère une pollution sonore extrêmement désagréable pour ses voisins, source de stress et de mal-être. Le niveau sonore d’une tondeuse thermique est de l’ordre de 90 dB, voire 98 dB pour une tondeuse autotractée. Le son porte très loin. Une fois la pelouse tondue, c’est souvent le passage du rotofil, puis du taille-haie thermique et pour finir du souffleur de feuilles thermique. Cela peut durer ainsi toute la journée rien que pour un seul jardin.
Impact du bruit au travail sur la santé
Gestion des déchets verts
Tondre sa pelouse génère des quantités de déchets verts qui sont de plus en plus difficiles à gérer. En effet, il y a souvent absence de ramassage des déchets verts dans les communes à cause du coût important pour la collectivité. Cela génère des allées et venues en voiture à la déchetterie. Par ailleurs, l’alternative trop souvent pratiquée et interdite est, hélas, souvent l’incinération des déchets verts, ce qui aura comme conséquence d’enfumer tout le secteur, causant une pollution aux particules fines toxiques. Il est important de rappeler les dispositions du Code de l’environnement, notamment l’article L541-21-1, qui encadrent la gestion des déchets.
Destruction de la biodiversité
La fauche trop courte et répétitive des pelouses élimine la floraison des fleurs spontanées et contribue à la disparition des insectes qui font partie de la chaîne alimentaire des oiseaux et autre faune. Les tondeuses robots ont l’avantage de faire très peu de bruit, cependant, si elles tournent la nuit, elles estropient les hérissons qui se retrouvent avec les pattes coupées. Ces engins massacrent également les amphibiens qui ont une activité nocturne. Or, toutes ces espèces sont des espèces protégées.

Jaunissement de la pelouse et consommation d'eau
Couper trop ras sa pelouse en augmente l’évaporation, d’où son jaunissement prématuré, et souvent la nécessité d’arroser. Cela est problématique certaines années de sécheresse et constitue une aberration d’arroser avec de l’eau potable.
Effet thermique
La température du sol est plus basse quand l’herbe est haute. En période de canicule, les îlots de fraîcheur créés par une végétation plus haute sont particulièrement bienvenus.
Les limites de la "fauche tardive" mal appliquée
Certaines municipalités pratiquent la « fauche tardive », ce qui pourrait sembler une action positive. Or, pour la paix sociale, les mairies font souvent couper en juin, en pleine période de reproduction des insectes qui pondent sur les fleurs notamment à cette époque. Finalement cette pratique devient un piège mortel pour les insectes et le but recherché est annihilé. Idéalement, il faudrait couper l’herbe en fin de saison pour le respect de la biodiversité comme c’est annoncé.
Adopter des gestes responsables pour sa pelouse
Face à ces constats, il est essentiel d'adopter des pratiques plus respectueuses de l'environnement et du voisinage.
Laisser la mousse et l'herbe pousser naturellement
Laisser la mousse pousser là où elle pousse est une bonne pratique. C’est doux aux pieds et, de toute façon, elle reviendra. Cela permet de limiter la hauteur de l’herbe. Il est également recommandé de laisser pousser l’herbe là où on n’a pas besoin de marcher.
Créer des chemins d'accès et tondre moins fréquemment
Il est judicieux de créer des chemins d’accès qu’on tondra de temps en temps quand l’herbe fait plus de 8 cm et de mettre la tondeuse en position haute.
Gérer la tonte par parcelles
Une approche plus écologique consiste à répartir le secteur non tondu en 3 parcelles. Tondre en automne une seule fois l’une des trois parcelles et changer tous les ans de parcelles. Cette méthode permet de préserver la biodiversité tout en maintenant un certain ordre.

En conclusion, la tonte de la pelouse en Haute-Normandie, et plus particulièrement en semaine, est une activité encadrée par des réglementations qui visent à concilier entretien des espaces verts et respect du voisinage. Au-delà du cadre légal, il est crucial de prendre conscience des impacts environnementaux et sociétaux de nos pratiques et d'adopter des gestes plus responsables pour favoriser la biodiversité et le bien-être de tous.