Le jardinage est une activité qui oscille constamment entre le désir de contrôle et l’acceptation de la nature. Au cœur de cette pratique se trouve la question des « mauvaises herbes ». Chiendent, pissenlit, pâquerette, oxalis, ortie… Certaines espèces végétales n’ont aucune utilité dans la production agricole ou maraîchère et sont considérées par bon nombre de jardiniers comme des mauvaises herbes, qui envahissent et concurrencent leurs cultures. Mais tout est une question de point de vue car pour les insectes et les pollinisateurs ce sont des herbes mellifères, sources de nourriture précieuse. Certaines sont aussi dotées de propriétés médicinales et nutritives très intéressantes pour l’homme. À vous de faire la part des choses et d’éliminer uniquement les herbes indésirables qui freinent la croissance de vos plantes (ou altèrent trop la beauté de votre jardin).

Les indésirables du jardin : portrait de quelques espèces courantes
La perception d'une plante comme "mauvaise herbe" est souvent liée à sa capacité de propagation rapide. Voici quelques-unes des espèces les plus fréquentes :
1. Le chiendent (Elymus repens)
Le chiendent est une mauvaise herbe reconnaissable à ses feuilles fines et allongées, légèrement coupantes. Originaire d’Europe et d’Asie, le chiendent appartient à la famille des graminées. Cette mauvaise herbe reconnaissable à ses feuilles fines et allongées, légèrement coupantes et ses petites fleurs vertes en été, a de puissants rhizomes qui peuvent transpercer ou étouffer les racines des autres plantes, notamment le gazon. S’il faut bien admettre que le chiendent a tout d’une herbe indésirable, cette plante herbacée vivace est également connue pour ses propriétés médicinales ou sa capacité à lutter contre l’érosion des sols.
2. Le pissenlit (Taraxacum)
Également appelée « dent de lion » en raison de la forme de ses feuilles, le pissenlit est une plante à tige creuse qui fleurit de mai à novembre. Considéré comme une mauvaise herbe de la famille des Astéracées, le pissenlit est une plante à racine pivotante dont les graines facilement transportées par le vent se répandent un peu partout. On distingue facilement ses fleurs jaune vif, dans une pelouse et c’est souvent ce qui pose problème. Mais n’oubliez pas que le pissenlit est l’une des fleurs parmi les plus nectarifères et mellifères. Elle offre également des vertus médicinales, principalement utilisée pour traiter les troubles du foie et de la vésicule biliaire.
3. Le mouron rouge (Anagallis arvensis)
Le mouron rouge est une petite plante annuelle rampante et tapissante (10 cm) appartenant à la famille des Primulacées. Ses petites feuilles vertes, de forme ovale, se propagent rapidement, au détriment d’autres plantes et cultures, qui se retrouvent privées de leur dose d’eau et d’azote. Cette herbe indésirable affectionne particulièrement les potagers.
4. La bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris)
La bourse-à-pasteur (famille des Brassicacées) est une plante herbacée annuelle qui se reproduit par graines et pousse un peu partout. Originaire d’Europe, on la reconnaît à sa tige dressée, ses quelques feuilles et ses grappes de petites fleurs blanches. Cette herbe indésirable au jardin cache une autre facette : elle est délicieuse en salade, avec son petit goût piquant ! Ses feuilles sont riches en protéines, en vitamines et en sels minéraux.
5. La moutarde des champs (Sinapis arvensis)
Plante herbacée annuelle, la moutarde des champs est parente du colza et appartient à la famille des Brassicacées. Sa tige érigée velue atteint entre 30 et 80 cm et produit des fleurs jaunes de janvier à décembre. Elle est considérée comme une plante indésirable lorsqu’en s’installant parmi les cultures, elle capte leur eau et les éléments nutritifs dont elles ont besoin.
6. L’oseille crépue (Rumex crispus)
Plante sauvage vivace appartenant à la famille des Polygonacées, le Rumex crispus présente des tiges très coriaces et dressées et des fleurs vertes puis pourpres en longues grappes. La racine pivotante de cette herbe indésirable s’enfonce en profondeur dans la terre. Le rumex se développant dans les terres très (trop) fertilisées et compactées.
7. L’ortie (Urtica dioica)
Avec ses feuilles dentées couvertes poils urticants, l’ortie est automatiquement classée dans la catégorie des mauvaises herbes. Ce membre de la famille des urticacées pousse abondamment, un peu partout. L’ortie est certes une herbe considérée comme mauvaise mais elle a aussi de nombreux atouts. Elle est très riche en vitamine C, en protéines et en minéraux. Elle est aussi utilisée pour fabriquer le purin d’ortie, un excellent engrais azoté et un remarquable accélérateur de compost.
8. Le liseron des champs (Convolvulus arvensis)
Dans la famille des Convolvulacées, demandez le liseron des champs, une mauvaise herbe rampante ou grimpante qui peut mesurer jusqu’à 150 cm. D’apparence charmante avec ses feuilles en forme de cœur allongé et ses fleurs en forme de trompettes roses qui s’ouvrent au soleil, le liseron des champs est en fait une herbe indésirable au jardin, qui enroule ses tiges autour des autres plantes et les prive de lumière et d’eau.
9. La renouée du Japon (Fallopia japonica)
Sous son nom poétique, la renouée du Japon est inscrite sur la liste des cent plantes les plus invasives de la planète ! Cette plante herbacée vivace (famille des Polygonacées) possède des rhizomes qui se dispersent et créent sans cesse de nouvelles pousses. Pour la reconnaître, rien de mieux qu’une photo, sur laquelle vous verrez de multiples petites fleurs blanches (nectarifères et mellifères), installées en panicules à l’aisselle de feuilles ovales ou triangulaires.
10. L’égopode (Aegopodium podagraria)
Les racines profondes et ses rhizomes traçants de celle qu’on appelle également « herbe aux goutteux » en font une mauvaise herbe redoutée, qui envahit rapidement l’espace. Reconnaissable à ses nombreuses fleurs blanches qui apparaissent en été et à ses feuilles très découpées, l’égopode (famille des apiacées) mesure de 60 cm à 1 m de hauteur.
Désherbage et adventices
Vers une nouvelle vision : les plantes adventices comme alliées
La notion de « mauvaise herbe » est un terme qui n’est pas spécifique et qui est très flou. Comme le disait le philosophe Ralph Waldo Emerson : « Qu’est-ce qu’une mauvaise herbe ? Une plante dont on n’a pas encore découvert les vertus. » Il n’y a pas de mauvaises herbes, il n’y a que des plantes qui poussent au mauvais endroit.
L'intérêt écologique et utilitaire
Le caractère involontaire ne transforme pas automatiquement une plante en mauvaise herbe et ne nécessite pas toujours sa destruction. Tolérer les plantes spontanées est un moyen d’augmenter la diversité dans son jardin, permettant ainsi l’établissement d’équilibres écologiques qui contribuent à la régulation naturelle des ravageurs et maladies. La présence de ces plantes spontanées a des effets bénéfiques lorsqu’elle abrite des formes de vie utiles au jardin, protège le sol de l’érosion par le vent et les précipitations, enrichit le sol en humus et aère le sol grâce à son système racinaire.
Bio-indicateurs : ce que les plantes disent de votre sol
L’observation des plantes qui poussent spontanément peut également constituer un bon moyen de mieux connaître son sol. En effet, certaines plantes sont des indicateurs fiables de carences ou d’excès en certains éléments (azote, calcium…), de pH, ou de compaction. Une espèce est rarement indicatrice à elle toute seule, il est donc nécessaire de prendre en compte l’ensemble des espèces présentes.

Stratégies de gestion raisonnée
Si certaines plantes peuvent devenir envahissantes et étouffer les végétaux ou la pelouse, il est possible d'adopter des méthodes de contrôle sans recourir systématiquement à l'éradication totale.
Méthodes naturelles de contrôle
- Privation de lumière : L'installation d'une bâche opaque ou d'un paillage organique permet d'affaiblir considérablement les plantes indésirables en les privant de photosynthèse.
- Gestion mécanique : Pour le chiendent ou l'égopode, ne pas utiliser de motoculteur ou de binette qui coupent les rhizomes, mais griffer ou bêcher avec une fourche-bêche pour retirer les rhizomes dans toute leur longueur.
- Arrachage ciblé : Pour le pissenlit, l'utilisation d'une gouge permet d'extraire la racine pivotante sans retourner tout le gazon.
- Gestion de la fertilité : La présence de certaines plantes, comme le liseron ou le rumex, révèle souvent une terre trop riche en matière organique et trop compactée. Réduire l'apport d'azote ou de fumier peut limiter leur prolifération.
L'importance de la cohabitation
Il est essentiel de comprendre que, exception faite des plantes exotiques invasives, la plupart des adventices sont des plantes indigènes naturellement présentes. Elles sont souvent mieux adaptées au milieu. Plutôt que de voir le jardin comme un champ de bataille, de nombreux experts suggèrent de penser à cohabiter avec les plantes qui habitent sur notre pelouse. Cette approche, soutenue par des mouvements comme le « Défi pissenlits », redonne une place à la biodiversité sauvage, offrant ainsi un refuge précieux pour les insectes pollinisateurs. Avant d’éliminer toute plante spontanée par réflexe, il faut se demander si les nuisances occasionnées sont acceptables ou non, si l’on peut tolérer que les plantes du potager partagent leurs ressources quand en contrepartie le jardin est plus vivant et plus sain.
tags: #desagreable #apparence #mauvaise #herbe